CHAPITRE V. — LES PROCELLARIENS
Le groupe naturel dont les Albatros font partie, comprend aussi les Procellariens et, par conséquent, si j'avais été astreint à Suivre ici un ordre méthodique, j'aurais dû en parler avant de m’occuper des Stercoraires, dés Goélands et des Sternes, mais les vues qui m'ont aidé à expliquer la dispersion de ceuxei me paraissent propres à faciliter l’étude du mode de distribution géographique des autres grands voiliers ; aussi, ai-je pré- féré réserver pour ce chapitre ce que j'avais à dire des Petrels.
Ces Longipennes, dé même que les Albatros, abondent dans la région antarctique, mais ils sont répandus anssi sur presque tousles points de la surface du globe ; néanmoins leur distribution géographique est intéressante, car dans certaines stations, nous voyons se perpétuer côte à côte un nombre considérable d'espèces qui, sans présenter entre elles des différences physiologiques notables, ne se mêlent pas et conservent leurs caractères spécifiques, bien qu’elles vivent dans des. conditions biologiques similaires. En effet, si des circonstances de cet crdre pouvaient déterminer dans l’organisation de ces animaux des modifications profondes, l'influence de conditions identiques devrait amener l'unification des représentants d’un même type zoologique et tendre à faire disparaître les particularitées réputées spécifiques. Or, nous voyons dans quelques îles de peu d’étendue où les influences du climat doivent être partout à peu près les mêmes, à Kerguelen' par exemple, beau-
(Voy. tome IX, article n°9 t. XI article n° 7. ANN. SC. NAT. ZOOL. — ART. N° 4.
coup de Procellariens habiter ensemble sans cesser de différer les uns des autres par des caractères constants. Les particularités distinctives de ces oiseaux sont donc bien tenaces, ou dépendent d’autres causes que celles dues à l’action des conditions biologiques.
Il me paraît utile, pour expliquer cette manière de voir, de passer en revue les diverses espèces de Procellariens qui habitent les régions australes.
La plupart des représentants de ce type ornithologique sont de moyenne grandeur, ou même assez petits, mais une des espèces de cette famille, se fait remarquer par sa grande taille et a reçu pour cette raison le nom de PROCELLARIA GIGANTÆA; elle est presque aussi grosse que l’Albatros et diffère assez des autres Procellariens pour que des ornithologistes distingués aient cru devoir en former un genre particulier appelé Ossifraga (1). Or, ce palmipède grand voilier , appartient presque exclusivement à la région antarctique (2). Il fut aperçu pour la première fois par les navigateurs dans les iles Falkland (3) et 1l y niche (4) il se trouve aussi communément à la terre de Feu (5) et au cap Horn (6), on sait qu'il
(1) Cette division générique établie, en 1853, par Jacquinot (Voyage au pôle Sud, Zool., t. II, p. 148), a été adoptée par le prince Charles Bonaparte (Conspectus, t. Il, p. 186), par M. Coues (General review of the family Procellaridæ. Proceedings of the Acad. of Philadelphia, 1866, p. 31), et par M. Sharpe, Birds of Kerguelen (Philosophical transactions, t. CLXVIIT,
142). Elle prend place dans la section des Fulmariens.
(2) Voy. la carte n° 4.
(3) Bougainville en parle sous le nom espagnol de Qubranta Huessas (Voyage autour du monde en 1766-1769, p. 68). Pernetty, qui l'appelle Mouton, en donne une figure (Histoire d’un voyage aux îles Malouines, t. M, p. 15, pl. 8, fig. 3).
(4) Abbott, Birds of the Falkland-Islands (Ibis, 1861, p. 164).
(5) Cook signale cet oiseau parmi ceux qu’il remarqua sur la côte sud de cette grande île à Chrisimas-Sound, et ses matelots l’appelèrent Mother-Crary's Goose, nom sous lequel les autres navigateurs le désignent aussi fort souvent (Voyage towards the south pôle in 1772-1775, t. IL, p. 205). Les matelots anglais l’appellent aussi Molly Mook, ou Nilly.
(6) Cassin, United states exploring expedition. Birds, p. 451.
EPS EN RAT
niche sur les îles qui bordent la Patagonie (1), ainsi que plus au sud, sur la terre de Palmer (2), et il fait le tour du globe au sud du trentième parallèle. En effet il niche à Kerguelen (3) et 1l fréquente le voisinage des îles Saint-Paul et Amsterdam, sans y habiter (4). Dans les parties adjacentes du grand Océan on le voit souvent, en pleinemer, suivre les navires pendant un trajet de 200 lieues; il se montre parfois à l’île de la Réunion (5); 1l n’est pas rare en Tasmanie et sur les côtes sud, est et ouest de l'Australie (6). Plus loin vers le sud-est, on le trouve à la Nouvelle-Zelande (7) et à l’île Campbell (8). Dans l'océan atlantique, il n'arrive pas jusqu’à l’Hémisphère septentrional, mais dans la partie est de l’océan Pacifique, il s’étend fort loin vers le nord. On en a vu jusque vers le 39° de latitude boréale 9), et même plus loin sur la côte de l'Amérique, au nord de l’Orégon (10). Mais on ne lui connaïît de station de reproduction que dans les mers australes, notamment sur le littoral de la Patagonie (11), dans le voisinage du cap de Bonne-Espérance (12), à l’ile du prince Édouard (13) et à Kerguelen (14).
(1) Par exemple sur la côte est, à l'entrée de la baie de Santa-Cruz (Darwin and Gould; Voyage of the Beagle. Zool., t. LE, Birds p. 139), et sur la côte ouest près de Valparaiso (Bibra, Naturgesch u. Chile. Mém. de l'Acad. de Vienne, 1853, t. V, p. 132).
(2) Fanning, op. cit., p. 439.
(3) Morrell, op. cit., p. 62.
Coues, Birds of Kerguelen (Bulletin of U. S. Nat. Museum, n° 2, p. 23).
Sharpe, Birds of Kerguelen (Philosoph. transact., t. CLXVITE, p. 142).
(4) Velain, Faune des îles Saint-Paul et Amster FAX Thèse, 1878, p. 49.
(5) Gray, Hand-list, t. TI, p. 105.
(6) Gould, Birds of Australia, t. NII, pl. 45.
(7) Diffenbach, Travels in New-Zealand, t. IX, p. 199.
— Buller. Brrds of New-Zealand, p. 297.
(8) Ross, op. cit., t. IL, p, 415 et collection de M, Filhoi.
(9) Cassin, Expl. exped. Mamm. and Ornith., p. 407.
(10) Notamment aux attérages de Nootka, sous le 49€ parallèle (Cook, Voyage to the Pacific ocean in 1776-1780, t. IL, p. 297.
(11) Voyage of the Beagle. Birds, p. 139.
(12) Layard, op. cit., p. 360.
(13) Hutton, loc. cit.
(14) Sharpe, 0p. cit. (Philosophical transuctions. t. GVIIE, p. 145).
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Le Petrel antarctique, oiseau de moyenne taille, dont la tête et le manteau ainsi que l’extrémité des ailes et de la queue sont noirâtres, paraît être confiné dans le voisinage des glaces circumpolaires de l’hémisphère sud. Le navigateur Cook et son compagnon de voyage Forster, qui furent les premiers à en signaler l’existence, le rencontrèrent en haute mer, près de la Banquise, au sud-est du cap de Bonne-Espérance, par 66°,36 de latitude sud et sur quelques autres points de la même région (1). L'expédition de Ross trouva ce Procellarien dans les mêmes parages (2) et Jacquinot le rencontra près des glaces flottantes (3). J’ajouterai qu'ilse reproduit aux îles Falkland (4); et qu'il paraît se montrer parfois à Kerguelen (5); mais, à ma connaissance, aucun navigateur ne l’a aperçu ailleurs (6). Jacquinot a cru devoir en former un sous-genre particulier sous le nom de Priocella (7), et plus recemment on a donné à cette même division générique le nom de Thalassoica (8).
Dans ces mêmes régions, ainsi qu’un peu plus au nord, le type sous-générique réalisé par ce Pétrel, est représenté également par une autre espèce ou variété qui lui ressemble beaucoup par sa conformation générale, mais qui s’en distin-
(1) Pétrel antarctique, Cook, Voyage dans l'hémisphère austral, t. I, p. 120; t. Il, p. 144, 150.
Forster, Voyage round the World, t. 1, p. 108 ; et Descriptiones animalium, p. 60 et 202.
(2) Gray, Voyage of the Erebus and Terror, Birds, pl. 34.
Flumarus antarcticus; Gray, Handlist, t. IT, p. 105.
(3) Jacquinot, Voyage au Pôle sud, Zoologie, t. II, p. 141.
(4) Abbott, Birds of the Falkland-Islands (the Ibis, 1861, p. 165.)
(5) Sharpe, Loc. cit., p. 124.
(6) La présence de cet oiseau pélagien n’a pas été signalée aux îles Saint- Paul et Amsterdam.
(7) Jacquinot, op. cit., t. IIE, p. 148.
(8) Reichenbach, Synopsis avium; Longip. tubinares, pl. 14.
Ch. Bonaparte, Tableaux (Comptes rendus, 1856, t. XLIL, p. 768).
Coues, Rewew (Proceedings of the Acad. of Philadelphia, 1866, p. 31).
M. Sharpe a repris comme désignation générique de cet oiseau le nom de Priocella (Voyage ofthe Erebus and Terror,. Birds suppl., p. 37.
gue par son mode de coloration. On désigne communément cet oiseau sous le nom de PROCELLARIA GLACTALOIDES (1), et Forster le considérait comme ne différant pas spécifiquement du Procellaria glacialis des mers boréales (2), mais cette assimilation n’est pas admise par les ornithologistes de nos jours, et ils ont donné à cet oiseau plusieurs noms différent. Ainsi c’est le Priocella Garnoti de Hombron et Jacquinot (3), le Procellaria tenuirostris d’Audubon, de M. Coues etc. (4), le Procellaria Smithii de M. Schlegel (5), le Procellaria polaris du prince Ch. Bonaparte (6) et la Thalassoica glacialoides de M. Coues (7).
La Géorgie australe paraît être un des lieux de reproduction du Pétrel glacialoïde (8). Cet oiseau à aussi été trouvé à l’île Louis-Philippe (9), aux environs du cap Horn (10), dans le détroit de Magellan (11), sur la côte est de la Patagonie (19), sur les côtes du Chili (13), dans le sud deocéan Pacifique (14), à la Nouvelle-Zélande (15), à Kerguelen (16) et au cap de
(1) Linnée, Systema nature, t. \, p. 213.
Pétrel de l’île Sainte-Kilda, Buffon, Planches enluminées, n° 59. — Degland et Gerbe, op. cit., t. IL, p. 371.
Fulmarus glacialis, Ch. Bonaparte, Conspectus, t. IL, p. 187. — Coues, Procellaridæ (Proceed. Acad. Philadelphia, 1866, p. 27). (2) Forster, Descriptiones animalium, p. 25.
(3) Voyage au Pôle sud, Zoologie, t. II, p. 148. -(4) Audubon, Ornithological Biography, t. V, p. 333. (5) Schlegel, Muséum d'histoire naturelle des Pays-Bas, Procellaria, p. 22. (6) Charles Bonaparte, Tableaux, etc. (Comptes rendus de l’'Acad. des “sciences, t. XLIIL, p. 768.
(7) Elliot Coues, op. cit. (Proceed. Philad. Acad., 1866, p. 30). (8) Darwin, Zoology of the Voyage of the Beagle. Zool., 1. I, p, 140. (9) Sharpe, loc. cit., p. 124.
(10) Gould, Birds of Australia, t. VIE, pl. 48. — Darwin, loc. cit. (11) Sharpe, loc. cit., p. 124.
(12) Darwin et Gould, Voyage of the Beayle ; Birds, p. 140. (13) Procellaria Smithii, Schlegel, op. cit., p. 23. (14) Gould, Birds of Australia, t. VIT, p. 48. (15) P. Smithii, Hutton, Finsch, Vôgel Neu-Seelands (Journal fur Ornitholulogie, 1872, p. 255). — Procellaria glacialoides, Buller. Birds of New-Zealand, p. 301).
(16) Thalassoica tenuirostris, Sharpe, op. ct. (Philosoph. Trans., t. CLXVIN, p. 123).
6 ALPH. MILNE ED WARDS. | Bonne-Espérance (1). Il paraît ne pas fréquenter la partie septentrionale de l’océan Atlantique (2), mais sa présence a été signalée sur plusieurs points près des côtes de l’Amérique du nord jusqu’à l’Oregon (3) et l'embouchure du fleuve Colombia (4).
À raison de ce mode de distribution géographique on est conduit à se demander si le Procellaria glacialis et le Procellaria glacialoides ne reraient pas seulement deux races diffé rentes d’une seule et même espèce.
Le groupe des PurFins qui sa distingue des autres Procellariens par l’épaisseur de la cloison médiane des narines, appartient en majeure partie à l'hémisphère nord, mais il est représenté dans la mer du Sud par une espèce très remarquable, le grand Petrel noir (5) ou Petrel du cap de Bonne-Espérance (6), désigné par Linné sous le nom de Procelluria æquinoxialis (7). Get oiseau diffère beaucoup des Puffins proprement dits ; ses ailes sont plus courtes que d’ordinaire dans cette famille; son bec est trèsrobuste ; ses tubes nasaux sont gros et s’ouvrent presque directement en avant, sa queue est courte et arrondie; enfin son plumage est partout d’un noir fuligineux, si ce n’est vers la base du bec où se trouve une tache blanche dont les dimensions varient. Aussi la plupart des ornithologistes de nos Jours s’accordent-ils à le classer dans un genre ou sous-genre particulier, auquel le nom de Majaqueus a été donné (8).
(1) Smith, Jllustrations of Zoology of the S. Africa. Aves, pl. 51.
(2) Elliott-Coues, Procellaridæ (Proceedings Acad. af Philadelphia, 1866, p. 30).
(3) Procellaria tenuirostris, Cassin. United States exploring Expedition, Birds, p. 409.
(4) Elliott-Coues, loc. cit., p. 30.
(5) G. Edwards, Hist. nat., t. IL, pl. 89.
(6) Brisson, Ornithologie, t. VI, p. 137.
(7) Linné, Systema nature. Édit. 6, t. I, p. 213.
(8) Reichenbach, Natürl. Syst., 1850, p. 4. — Bonaparte, Comptes rendus, 1856, t. XLII, p. 768.
Ce Puffin est commun aux environs du cap de Bonne-Espérance, et y reste sédentaire pendant la plus grande partie de l’année (1),maisils’en éloigne à l’époque de la ponte etilniche aux îles Crozet, ainsi qu'à Kerguelen (2). Il se montre aussi à Saint-Paul sans y être commun (3). Cette espèce appartient donc essentiellement à la faune antarctique.
Une autre race locale réalisant le même type organique, mais ayant un peu plus de blanc sous le bec, sur les côtés de la face et sur le front, porte dans nos catalogues ornithologiques un nom spécifique particulier, celui de Procellaria conspicullata, et les marins, à raison de la disposition des taches céphaliques, l’appellent le Puffin à lunettes. Gould, qui fut le premier à en parler, la rencontré en grand nombre auprès des îles Saint-Paul et Amsterdam, dans les parages de la Tasmanie, auxîles Falkland et autour de l’île Tristan d’Acunha (4). Mais cet oiseau ne se montre jamais dans la région sud-africaine (5). |
Une troisième variété locale a été trouvée à la Nouvelle- Zélande, et décrite sous le nom de Procellaria Parkinsoni (6). Elle niche aussi sur les îlots adjacents (7). |
Le Puftin de Buffon, ou Puffin cendré (8) de nos mers, qui est appelé aussi par divers ornithologistes Puffinus Kuhlii (9), niche sur divers points de la Méditerranée (10) et remonte parfois au nord jusqu’à Groenland (11). Mais il est aussi très répandu dans les régions australes, depuis l'extrémité sud de
(1) Layard, Birds of South Africa, p. 360.
(2) Sharpe, op. cit., (Philosoph. Transact., t. CLXVIIL, p. 121).
(3) Velain, Thèse, p. 49.
(4) Gould, Birds of Australia, t. NIL, pl. 46.
(5) Layard, Birds of South Africa, p. 360.
(6) Gray (the Ibis, 1862, p. 245).
(7) Buller, Birds of New-Zealand, p. 302.
(8) Le Puftin, Buffon, Planches enluminées, n° 993. Puffinus Cinereus, Cuvier, Règne animal, t. 1, p. 554.
— Degland et Gerbe, Ornithologie européenne, t. IL, p. 310.
(9) Boie, Isis, 1825, p. 257, sp. 13.
(10) Notamment sur les îlots rocheux qui avoisinent Marseille et Toulon.
(11) Schlegel, op. cit., Muséum des Pays-Bas, p. 24.
l'Amérique jusqu’à la côte du Chili (1). fl fréquente également Kerguelen (2).
Les Puffins dont le prince Ch. Bonaparte a formé le genre Adamastor (3), participent aux caractères des Puffins proprement dits et des Fulmars, mais ils ressemblent tellement à l'espèce précédente, que plus d’un ornithologiste habile ne les en a pas distingués.Ils sont tout à fait cosmopolites; ainsi PAdamastor typus de Bonaparte n’est autre chose que le Puffin trouvé par Forster dans l’océan Pacifique, vers le 48° de latitude sud (4). M. Darwin a vu ces oiseaux en nombre incalculable dans les parages de l’île Chiloë (5); M. Hutton assure qu'ils sont très communs sur les côtes de la Nouvelle-Zélande (6); Gould les a souvent rencontrés près de la côte est de l’Australie (7); M. Velaim les a observés à lPîle Saint- Paul (8); enfin M. Sharpe, qui a examiné plusieurs exemplaires de cette espèce provenant de Kerguelen (9), n’a pu constater aucune différence entre eux et le Puffin de la Méditerranée. Or, ce dernier se montre aussi dans la Manche (10) et paraît ne pas devoir être distingué spécifiquement de l’Adamastor cinereus des côtes de l'Amérique septentrionale (11).
(1) Pelzeln, Novara. Vôgel, p. 142,
(2) Sharpe, op. cit. (Philosoph. Trans., t. CLXVIIT, p. 122).
(3) Ch. Bonaparte, Conspectus avium, t. IF, p. 187.
(4) Forster, Descriptiones animalium, p. 208.
(5) Darwin, Voyage of the Beagle, t. II, p. 354.
(6) Procellaria cinerea, Bulier, Birds of New-Zealand, p. 305.
(7) Procellaria hæsitata, Gould, Birds of Australia, t. VIX, pl. 47.
(8) Velain, Thèse, p. 49.
(9) Puffinus Kuhlii, Sharpe, op. cit. (Philosoph. Transac.,. p: 122).
À Kerguélen, ces Procellariens nichent par paires dans des terriens très longs et élargis vers le fond en forme de chambre qu'ils creusent dans le solhumide. Voy. Hutton (the Ibis, 1865, p. 286).
(10) Procellaria hæsitata, Degland et Gerbe, op. cit.,t. I, p. 417.
(11) Elliott-Coues, Procellaridæ (Proceedings of the: Acad: of Philadelphia,
Le PÉTREL BLANC DE NEIGE, Procellaria nivea de Gmelin (1), est un des oiseaux les plus caractéristiques de la faune antarctique (2). Les voyageurs le reconnaissent facilement au vol et il diffère assez de toutes les autres espèces du même groupe naturel pour que le prince Ch. Bonaparte ait cru devoir en former un genre particulier, auquel il a donné le nom de Pagodroma (3). 11 niche à l’ile Cockburn (4), sous le 64° degré de latitude sud, au sud-ouest des Nouvelles Shetland, à l’île Franklin, près la Terre Victoria, vers le 76° degré de latitude sud (5), et probablement aussi sur d’autres points de la même région circompolaire, car le capitaine Ross l’a vu en nombre incalculable dans le voisinage du grand volcan l’Erebus (6), ainsi que sur les glaces, un peu moins vers le sud; c’est l’oiseau le plus commun dans le voisinage des glaces circompolaires de l'hémisphère sud (7). Il abonde aussi dans le groupe d’iles situées au sud du cap Horn, notamment à la terre Louis- Philippe (8), dans le petit archipel des Sandwich australes (9) età la terre de Palmer (10).On l’a égalementsignalé dans l’archipelMagellanique(11}; enfin, bien qu'il soitun des oiseaux les plus
(4) Linné, Systema naturæ, édit. XEIT, €. I, p. 562.
— Gray, Voyage of the Erebus and Terror. Birds, pi. 34.
— Cassin, United States Exploring expedition. Ornithology, pl. 42.
(2) Voyez la carte n° 4, sur laquelle cette espèce est indiquée par le n° 9.
(3) Bonaparte, Tableaux comparatifs et paralléliques des Pélagiens (Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1856, t. XLII, p. 768), et Conspectus avium, t. Il, p. 192.
(4) Ross, Voyage in ihe southern and antarctic regions, t. IX, p. 342.
(5) Ross, op. cit., t. [, p. 215.
(6) Op. cit., t. I, p. 223.
(1) 15°53' latitude S., et 184 52’ longitude O. de Greenwich (Ross, t. Îf, p. 196).
— Voy. aussi Hombron et Jacquinot, Voyage de l’Astrolabe, Zool., t. MW},
m9 ‘ (8) Cassin, United States Exploring expedition. Birds, p. 415, pl. 42.
(9) Ross, op. cùt., t. IT, p. 420.
(10) Weddell, op. cit., p. 42.
(11) Fanning, op. cit., p. 439.
10 ALPH. MEILNE EDWARDS.
communs des mers polaires du sud, ilne descend guère en été au delà du cercle antarctique (1), et il paraît ne se montrer en aucune saison ni en Australie ni à Kerguelen, n1 au cap de Bonne-Espérance. Il varie beaucoup quant à la taille, mais il ne présente d’ailleurs aucune différence notable, quelle que soit Sa provenance (2).
= Le PÉTREL DAMIER (3) ou Pigeon du Cap (Procellaria Capensis), dont les ornithologisies modernes forment un genre parti-
culier sous le nom de Daption (4), n’est pas moins caractéristique de la faune antarctique (3). Ses principales stations de
reproduction paraissent être situées toutes au delà du cercle
glacial, et, dans les parties les plus reculées de l’océan circompolaire du sud, où les Jeunes oiseaux de cette espèce ont été rencontrés en nombre Imcalculable.
Ainsi le savant marin dont j'ai déjà cité si souvent les observations, James Ross, a remarqué de grandes bandes de ces jeunes oiseaux venant tournoyer autour de son navire près de la terre Victoria (6), et les myriades d’émigrants qu’il a vu arri-
(1) Ross, op. cût., t. IL, p. 415.
(2) Schlegel, op. cit., Procellariæ, p. 16.
(3) Feuillée, Journal d'observations, p. 211.
— Buffon, Oiseaux, t. IX, p. 304. — Planches enluminées, n° 964.
— Brisson, Ornithologie, t. VI, p. 146.
— Procellaria Capensis Liuné (Systema nature, édit. X, t. I, p. 213).
(4) Le nom de Daption a été proposé, en 1825, par Stephens, et il est adopté aujourd'hui par la plupart des auteurs, mais en y assignant des valeurs très différentes. Ainsi, le prince Charles Bonaparte ne l’applique qu'à l'espèce dont il est ici question (Conspectus, t. IT, p. 188), tandis que M. Schlegel l’emploie pour désigner un groupe comprenant tous les Procellariens qui ont 1° le bec d’un noir intense et uniforme, court, mais robuste et comprimé ; 2 la première rémige dépassant les autres; 3° la queue plus ou moins arrondie, rarement cunéiforme; 4° la jambe emplumée jusque près du talon ; 5°les narines séparées par une mince cloison (Schlegel, Muséum des Pays-Bas, Procellariæ, p. 8). Ge groupe correspond à peu près à la division des Æstreliens dans le système de classification de M. E. Coues (General Review of the Family Procellariidæ. Proc. of the Acad. of Philadelphia, 1864 et 1866).
(5) Voyez la carte n° 4, où cette espèce est désignée par le n° 10,
(6) Ross, Narrative, t. I, p. 192.
Ce nr M UE,
ver en pleine mer du sud et passer au-dessus de satêteau N. O. de la terre Adélie paraissaient être aussi de jeunes Pétrels du Cap (1). Wilkes a remarqué aussi abondance de ces oiseaux par le 64° degré de latitude sud, près du continent qui porte son nom (2). Enfin, les matelots du Beagle ont affirmé à M. Darwin que cet oiseau niche à la Géorgie australe (3). Ce Pétrel se plaît également sur le littoral tempéré du sud de l'Australie (4) et sur les côtes de la Nouvelle-Zélande (5); parfois il arrive à l’île Saint-Paul (6), et M. Hooker a constaté qu'il se reproduit à Kerguelen, station où il n’est pas rare (7).
Dans la partie orientale de l'océan Pacifique, il atteint jusqu’à la zone intertropicale au voisinage de Callao, par 12° de iatitude australe (8). Cette espèce est commune entre l'Australie (9) et le cap de Bonne-Espérance (10), ainsi que plus loin vers embouchure de la Plata (11), et même dans le voisinage de Rio-Janeiro (12). Mais dans ces parages elle ne s’avance pas aussi loin vers l'Équateur que dans la partie de l'océan Pacifique voisine de l'Amérique (13), et cette différence
(1) Ce sont ces grandes volées d’oiseaux dont j'ai déjà parlé, voy. 1'° partie, p. 21.
(2) Wilkes, Exploring expedition ; narrative, t. IL, p. 345.
(3) Darwin, Zool. of the Voyage of the Beagle. Birds, p. 141.
(4), Gouid, Birds of Australia, t. VI, pl. 53.
(6) Buller, Birds of New-Zealand.
(6) Velain, Thèse, p. 49.
(1), Ge naturaliste à noté ce fait pendant son voyage avec le capitaine Ross; mais ses observations à ce sujet n’ont été confirmées ni par les membres de l'expédition anglaise, qui plus récemment a séjourné à Kerguelen pendant plusieurs mois, ni par les zoologistes de l’Expédition astronomique américaine (voy. Sharpe, op. cit., p. 118, et Coues, loc. cit.). Hutton assure qu'ils ne nichent pas dans l’île, du Prince-Édouard (1bis, 1865, p. 287).
(8) Cassin, United States Exploring Expedition. Birds, p. 416.
(9) Bennett, Gatherings of a naturalist, p. 90.
(10) Eayard, Birds of South Africa, p. 361.
- (41) King, Narrative ofthe Voyage. of the Adventure and Beagle, t.1, p- o41.
(12) Pelzeln, Novara, Vügel, p. 145.
(13) Huttcn, d’après ses observations personnelles, y assigne pour limite septentrionale le 27° degré de latitude sud (the Ibis, 1865, p. 288); mais M. Darwin a vu cette espèce sur les côtes du Pérou entre le 16° et le 17° degré de latitude sud (voy. Voyage of the Beagle, Zool., t. XIE, p. 140).
19 ALPH. MILNE EDYWARDS.
dans la limite ordinaire de ses excursions vers le nord me paraii devoir être attribuée à la direction des lignes isothermes dans l'hémisphère «ad. En effet, le Pétrel du Cap est un oiseau des régions froi «es qui dans les mers tempérées fait tout le tour du globe, mais qui ne fréquente nulle part les mers très chaudes ; or, le grand courant tropical, qui après avoir traversé l'Atlantique sous l'équateur rencontre les côtes du Brésil, se divise là en deux branches, dont l’une va former le Gulf-Stream, et l’autre se termine vers le sud en suivant les côtes de l’Uruguay. Dans ces parages, la limite thermique entre les mers chaudes de la zone tropicale et les mers tempérées de l’hémisphère austral se trouve ainsi portée entre le 20° et le 23° degré de latitude sud. Mais sur le littoral opposé du contment américain, les choses ne se passent pas de la même manière, et ainsi que j'ai déjà eu l’occasion de le rappeler, un courant froid venant des glaces circompolaires antarctiques, court vers le nord et rafraichit la mer, les terres adjacentes et l’atmosphère jusque sous l’équateur. Il en résulte que dans cette partie de l’océan Pacifique, la ligne isothermale, qui dans l'Atlantique se recourbe vers le sud jusqu’au 23° parallèle, passe au nord des îles Galapagos et atteint même l'hémisphère boréal; or, ces différences dans le climat océanique à l’estet à l’ouest de l'Amérique méridionale coincident exactement avec les différences qui existent dans l'extension de la région fréquentée par le Pétrel Damier et me semblent en donner une explication plausible.
Plusieurs autres Procellariens appartenant comme le Pétrel damier au groupe des Daptions, tel que M. Schlegel délimite ce sous-genre, et à la section des ÆSTRELIENS de M. E. Coues, babitent également Kerguelen. De ce nombre est le Procellaria inæxpectata de Forster (1), appelé plus communément aujourd'hui Procellaria mollis (2) où Æstrelata mol-
(1) Forster, Descripliones animalium, p. 204. (2) Gould, Annals of Natural history, t. XIII, p. 263. — Birds of Australia, t. VIX, pl. 50.
— Schlegel, op. cit. (Procellariæ), p. 11.
FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 13 lis (1). Cette espèce fréquente aussi les parages des îles Saint-Paul (2) et d’autres parties de l'océan Indien austral vers le 44° degré de latitude sud (3) ; on la trouve aussi sur les côtes de la Nouvelle-Zélande (4). Dans l'océan Atlantique elle est commune entre le 20° et le 50° parallèle sud (5), et elle fréquente aussi les mers antarctiques (6).
Les nids de ces oiseaux ont été observés à Kerguelen et ressemblent à ceux de l’Adamastor typus ; 11s sont placés dans des terriers profonds (7).
Le Pétrel à petit bec (Procellaria brevirostris) de Lesson (8), rapporté par erreur au Procellaria grisea de Linné par Kuh1(9), et appelé récemment Æstrelata Kidderi par M. E. Coues (10), niche à Kerguelen(11) et a été observé à Tristan d’Acunba à 12).
Le Pétrel de Lesson, trouvé par Garnot dans les parages du cap Horn et dans la partie sud de l'océan Pacifique (13), ne paraît pas devoir être distingué du Procellaria leucocephula, découvert par Forster dans le voisinage de Australie (14) et
(1) Elliott-Coues, op. cit. (Proceed. of the Acad. of Philadelphia, 1866, p. 150.
— Gray, Handbook, t. Il, p. 453.
— Sharpe, Pirds of Kerguelen (Philosoph. Transac., t. CLXVIIL, p. 128). Dans le système ornithologique du prince Ch. Bonaparte, ce Pétrel prend le nom de Cookilaria mollis (Conspectus, t. IL, p. 190).
(2) Pelzeln, Novara, Vügel, p.146.
(3) Macgillivray, loc. cit., p. 127. Voy. Sharpe.
(4) Sharpe, loc. cit., p. 127.
(5) Gould, Birds of Australia, t. VII, pl. 50.
(6) Procellaria qularis Peale United states exæploringexpedit. Birds, p. 410).
(1) Sharpe, loc. cit., p. 127.
(8) Lesson, Traité one EL p. 011.
(9) Kuhl, op. cit. (Beiträge, t. IL, p. 144).
(10) Elliott-Coues, Birds of Kerguelen (Bulletin of the U. S. National Muséum, -n° 2, p. 28).
(11) Sharpe, op. cit. (Philosoph. Transac., t. GLXVIIF, p. 124).
(12) Voy. Sharpe, loc. cit., p. 125.
(13) Procellaria Lessoni Garnot. Remarques sur la zoologie des iles Mutouines (Annales des sciences naturelles, 1826, t. VIT, p. 54, pl. 4).
(14) Cette espèce n’a été publiée qu’en 1844 (Forster, Descriptiones anima lium, p. 206).
— Procellaria Lessoni Gould (Birds of Australia, t. VIE, pl. 49). Æstrelata Lessoni Cassin (Proc. Acad. Philadelphia, 1862, p. 327; 1866, p. 142.)
14 ALPH. MILUE EDWARDS.
observé aussi sur les côtes de la Nouvelle-Zélande (1); on doit aussi y rapporter une des espèces qui fréquentent Kerguelen etqui nichent dans cette île (2). Dans l’est de l'océan Pacifique, sa présence a été constatée sous le 33° degré de latitude sud (3). Enfin, il visite aussi les parages du cap de Bonne-Espérance (4).
Le groupe naturel des Daptioniens et des Æstreliens compte aussi dans la région antarctique le Procellaria Cookii, qui n’est pas rare sur les côtes de la Nouvelle-Zélande (5).
L'expédition américaine commandée par Wilkes en a constaté l'existence vers le 68° degré de latitude sud (6), et Mac Cormick cite cet oiseau parmi ceux qu’il rencontra pendant sa traversée de l’ile Campbell à la terre Victoria (7). M. Gould a déerit sous le nom de Procellaria leucoptera des individus de cette espèce qui provenaient de la côte orientale de l’Australie (8). Enfin, le prince Charles Bonaparte a cru utile d’en former un genre particulier sous le nom de Cookilaria (9) et d'en séparer spécifiquement les individus dont le plumage est ‘ un ton moins foncé que d'ordinaire. Get auteur réserve à ces derniers le nom de Cookilaria velox; mais ces distinctions ne reposent sur aucune base solide, et les ornithologistes qui, dans ces dernières années, ont étudié d’une manière approfondie la famille des Procellariens, s'accordent à ne pas admettre la nouvelle division générique proposée par Ch. Bonaparte.
(1) Buller, Birds of New-Zealand, p. 303.
-() Æstrelata Lessoni, Elliott-Coues, Natural history of Kerquelen ;: Ornithology, p. 27 (Bulletin of the U. S. national Museum, n° 2).
(3) Pelzeln, Novara, Vôgel, p. 145.
(4) Cassin, Catalogue of Birds (Journal of the Acad. of Philadelphia, 1869, p. 927).
(5) Gray, Diffenbach, Travels in New-Zealand, t. IT, p. 199.
— Buller, Birds of New-Zealand, p. 309.
(6) Cassin, United States Exploring exæpedition. Birds, p. 414.
(7) Ross, op. cit., t. Il, p. 415.
(8) Gould, Birds from Australia (Proceedings of the Zoological Society, 1844, p. 57).
(9) Ch. Bonaparte, Conspectus Avium, t. Il, p. 190.
Æstrelata Gookii, Elliott-Coues (Proceed. of the Acad. of Philadelphia,
Les PRrons ou Pétrels bleus occupent également une place importante dans la faune antarctique. Un de ces Oiseaux qui, dans les systèmes ornithologiques les plus récents, constitue le genre HoLoBænA (1), a été remarqué par Ross dans le voisinage des glaces circompolaires par 60 degrés de latitude sud et environ 138 degrés de longitude ouest du méridien de Paris (2). Le capitaine Cook l’a vu presque chaque jour pendant Sa navigation dans le sud de l’océan Pacifique (3), et son compagnon de voyage Forster nous apprend qu’il commença à le rencontrer vers le 58° degré de latitude sud (4). M. Gould en à constaté l’existence en nombre considérable sur les côtes de la Tasmanie, de l'Australie orientale et de la Nouvelle- Zélande, au cap Horn et au sud de l’océan Atlantique, près de Tristan d'Acunha (5). Enfin ce Pétrel bleu fréquente aussi les parages du cap de Bonne-Espérance (6).
Les navigateurs ont souvent confondu, avec ce Pétrel bleu, une espèce de même couleur (7) qui en diffère par diverses particularités de conformation (8), et qui est désignée par les ornithologistes sous le nom de Prion vittatus (9). On n’est que peu renseigné relativement aux stations de reproduction de
(1) Ïs. Geoffroy, 1836.
— Bonaparte, Conspectus Avium, t. H, p. 193.
— Elliott-Coues, Proceedings Acad. of Philadelphia, 1866, p. 162.
(2) Ross, Voyage, t. I, p. 69.
(8) Voyage dans l'hémisphère austral en 1772, etc., t. 1, p. 283.
(4) Forster en parle sous le nom de White edged silvery Pétrel où de Procellaria similis (Descript. animalium, p. 59).
(5) Gould, Birds of Australia, t. VIE pl. 52.
(6) Procellaria Forskäli Smith (Ilust. South Africa Zool. Aves, pl. 53).
— Procellaria Cœærulea Layard (Birds of South Africa, p. 561).
(7) The blue Petrel Forster (Voyage, t. EL, p. 91 et 155).
(8) Notamment par l'élargissement de la base du bec, caractère qui la fait désigner par Bonaterre sous le nom de Procellaria lalirostris (Tableau encyclopédique, Ornithologie, t. I, p. 81).
(9) Procellaria viltata Gmelin (Linné, Systema naturæ, édit. XI, t. I, p. 560).
— Prion vittaius Lacépède, op. cit. (Mémoires de l'Institut, 1800, p. 514).
16 ALPH. MELNE EDWARDS.
cet Oiseau; mais, d’après les indications de quelques marins, on pense qu'il niche dans l’île Landfall, près de la côte ouest de la Terre de Feu (1). M. Lantz et M. Velain ont trouvé des œufs de ce Prion à l’île Saint-Paul (2). Il fréquente l’île Campbell (3), l’île Auckland (4), l’île Stewart (9), la côte est de la Nouvelle-Zélande (6), l’île Pitt (7), les côtes de la Tasmanie (8), Kerguelen (9), et souvent on le trouve jusqu’à l’île de la Réunion et à Madagascar (10). M. Sharpe a constaté récemment quele Prion Banksu de Gould (11) ne diffère pas spécifiquement du Prion vittatus (12). Cette variété ou race avait été signalée au cap de Bonne-Espérance, à Natal (13), à la Nouvelle-Zélande (14) et à l’île Auckland (15). Mais on remarque, chez ces Oiseaux, de nombreuses variations dans la conformation du bec, et il est probable que ces modifications correspondent en partie à des races locales différentes (16); mais nos Musées ne possèdent pas assez de spécimens de ce
(1) Darwin, Zoology ofthe Voyage of the Beagle, Birds, p. 141. (2) Collections du Muséum faites en 1874 par l'expédition astronomique du passage de Vénus.
— Macgillivray, d’après Buller, Birds of New-Zealand, p. 312. (3) Ross, op. cit., t. Il, p. 415.
(4) Gray, List of Birds of New-Zealand and adjacent Islands (the Ibis, (5) Collections faites par M. Filhol.
(6) Gray, List of Birds (Diffenbach, Travels in New-Zealand, t. II, p. 200). — Buller, Birds of New-Zealand, p. 312.
(7) H. Travers, d’après Buller, op. cit., p. 312. (S) Gould, Birds of Australia, t. VIE, p. 55. © (9) Sharpe, Birds of Kerqguelen (Philosoph. Transact., t. CLXVIIL. p. 135). (10) Pollen, Faune de Madagascar. Oiseaux, p. 144. — Hartlaub, Die Vogel Madagascars, 1877, p. 376. — Collections faites à Madagascar par M. A. Grandidier. (11) Gould, Annals and Mag. of natural history, t. XII, p. 906. (12) Sharpe, loc. cit. (Philosoph. Trans., 1. CLXVII, p. 135). (13) Pachyptila Banksi Smith (Zool. South Africa, pl. 55). — Layard, Birds of South Africa, p. 362.
(14) Buller, Birds of New-Zealand, p. 311. | (15) Gray, List of Birds of New-Zealand and the adjacent Islands (the Ibis, 1862, p. 247).
(16) M. Sharpe a figuré une série de becs de ces Prions dont les uns sont éuroits, les autres de plus en plus larges (loc, cit., pl. VIL, fig. 3-6). ARTICLE N° 4.
FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. . 17 type pour que l’on puisse rien préciser à cet égard. On peut affirmer cependant que le même Oiseau a été appelé Procellari Forsteri par Latham (1), Pachyptila Forsteri par Stephens, Lesson et quelques autres ornithologistes (2), Prion magnirostris par Gray (3), et Prion australis par Potts (4).
Le Procellaria desolata de Gmelin (5), rencontré à Kerguelen par les compagnons du capitaine Cook (6), et retrouvé récemment dans la même localité par les naturalistes des expéditions astronomiques (7), paraît appartenir au groupe des Prions (8) ; 1l niche dans les mêmes stations que le Procelluria cœrulea et dépose ses œufs au fond de véritables terriers.
Le Prion turtur de Forster (9) ne doit probablement pas être distingué spécifiquement de l’espèce précédente. Il a été très bien figuré par Gould, d’après des exemplaires provenant des côtes de la Tasmanie (10) et par Smith, d’après un individu pris au cap de Bonne-Espérance (11); sa présence a aussi été signalée à Maurice (19).
Enfin M. Sharpe a constaté récemment (13) que les petits
(1) Indian Ornithology, t. IH, p. 827.
(2) Stephens, General Zoology, t. XIII, p. 251.
— Lesson, Traité d’ornithologie, p. 613.
— Jardine et Selby, Ilust. Ornith., t. I, pl. 47.
— Swainson, Classification of Birds, t. IL, p. 374.
(3) Gray, Handlisi, 1. IL, p. 108.
(4) Potts, Notes on a supposed new species of Prion (the Ibis, 1873, p. 85).
(9) Gmelin, Systema naturæ, édit. XII, t. E, p. 562.
— Kuhl, op. cül., Beilräge, t. Il, p. 145, pl. IL fig. 8.
(6) The brown banded Petrel de Banks; Latham, Genera, t. IX, p. 409.
(7) Kidder et Coues, Birds of Kerguelen (Bulletin of the U. S. national Museum, n° 2).
Sharpe, op. cit. (Philosoph. transactions, t. CLXVIIT, p. 138).
(8) Prion desolatus Sharpe (loc. cit., p. 137).
(9) Prion Turtur, Gould (Proceed. of the Zool. Soc., 1857, p. 366).
— Pseudoprion turtur E. Coues, Procellaridæ (Proceed. Acad. of Philadelphia, 1866, p. 166).
(10) Gould, Birds of Australia, t. VII, pl. 54.
(11) Procellaria Turtur Smith (Ilustrations of the Zool. of South Africa. Birds, pl. 54).
(12) Hartlaub, Die Vogel Madagascars, p. 371.
(13) Sharpe, op. cut. (Transac. Philosoph., t. CLXVIIL, p. 138).
18 ALPE. MINE LDVWARDS.
Procellariens, désignés sous les noms de Prion Ariel (4), de Prion brevirostris (2) et de Prion Rossi (3), appartieñnent à l'espèce dont je viens de parler; par conséquent, dans l’océan Atlantique, elle s’étend fort loin vers le nôfd (4).
Les petits Pétrels à longues pattes, appelés vulgairement Oiseaux des tempêtes, constituent le groupe désigné sous le nom de THALASSIDROMA (5) ou d'OcÉANITES par les auteurs les plus récents (6). Ils sont représentés à Kerguelen par trois espèces qui ne diffèrent guère entre elles que par l'extension plus ou moins grande des parties noires de leur plumage. Ce sont le Procellaria oceanica (7), le Procellaria tropica (8) et le Procellaria nereis (9).
Le Procellaria où Thalassidroma oceanica (10) ne diffère guère du Pétrel décrit par divers auteurs sous l8 nôm de Pr6cellaria pelagica (14) et de Thalassidroma Wilson (19). I a été , trouvé, d’une part, très lom vers le sud, près de là terre Louis-
(1) Gould, Annals and Mag. of nat. kist., t. XII, p. 306.
— Birds of Australia, it. VII.
— Ch. Bonaparte, Conspectus, t. 11, p. 194.
— Procellaria Ariel Schlegel (op. cit., p. 18).
(2) Gould, Proceed. Zool. Soc., 1855, p. 88, pl. 93.
(3) Bonaparte, Conspectus nn DOTE, po LEE
(4) Le Prion brevirostris de M. Gould a été pris dans le voisinage de Madère.
(5) Vigors, Zool. Journal, 1826, t. Il, p. 405. * (6) Keyserling et Blasius, Wirbelthiere Europ., p. 283, 1840.
(7) Kuhl, Beiträge zur keñntniss der Procellarien (Van Hasselt et Kuhl, Beiträge zur vergl. anat., t. 11, ph. 139).
(8; Gould, Ann. Mag. nat. hist., 1844, t. XII, p. 366.
— Banks, voy. Kuhl, op. cit., p. 136.
(9) Gould, Proceed. Zool. Soc. 1840, €. VITE, p. 173
(10) Ch. Bonaparte, Tableaux (Comptes rendus de r'Acadénle «les sciences, t. XLIII, p. 769).
— Elliott Coues, Procellaridæ (Proceed. of the Acad. of Philadelphia, 1864, p. 82.
(11) Wilson, American ornithology, t. VI, p. 90, pl. 69, fig. 6.
— Ch. DonaDe te (Journ. Philad. Acad., t. NL, p. 231, pl. 9, lig. 2).
— Audubon, Birds of America, pl. 311.
(12) Bonapärie, Journal Acad. Phéludelphid, LI, p. 251, pl: 9.
FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 14 Philippe (1), d'autre part, sur la côte de l’Angleterre (2), ainsi que sur le littoral de l'Amérique du Nord (3), et sa présence a été constatée sur béaucoup de points intermédiaires, notamment sur les côtes du Chili (4), aux atterrages du cap Horn (5) et du cap dé Bonne-Espérance (6), amsi que dans les mers australiennes (7). A Kerguelen, ce Thalassidroma niche dans des localités très différentes (8). M. Abbott pense qu'il couve aux îles Falkland (9), et d’après les témoignages des marins, la Géorgie australe sérait aussi une de ses stations de reproduction (10). Le même Procellarien fréquente les côtes du Brésil, les Antilles, l'Amérique septentrionale et lés mers Britanniques. Enfin le Thalassidroma pelagica, qui ne parait en différer par aucun caractère important, niche sur les côtes de la Provence et de la Bretagne, aux îles Feroëé, au Shetland et jusque sur les côtés du Groënland.
Le Procellaria où Thalassidroma tropica niche aussi à Kerguelen (11); il paraît ne pas différer spécifiquement du Pétrel noir et blanc, désigné par Gould sous lé nom de Thalassidroima melunogaster (12). Ce dernier a été rencontré en abondarice dans le voisinage de l’île Saint-Paul (13), ainsi que sur les côtes de l'Australie, de la Tasmanie, de la Nouvelle-
(1) Voyage d'exploration de Ross (voy. Sharpe, op. cit. (Philos. Trans., t. CLXVIIL, p. 139).
(2) Yarrel, British Birds, t. LI.
(3) Wilson, Ch. Bonaparte, Audubon, Cassin, Catalogue of Birds (Journal of the Philadelphia Academy, 1862, p. 327).
(4) Gay, Historia de Chile, Zool., 1.1, p. 474.
(5) Gould, Birds of Australia, t. VIX, pl. 65.
(6) Layard, Birds of South Africa, p. 359.
(7) Gould, op. cit., p. 65.
(8) E. Coues, Birds of Kerguelen (Bulletin of the U. St.national Museum, n°2).
— Sharpe, Birds of Kerguelen (Philosoph. Trans., t. CLXVIIL, p.133).
(9) Abbott, Birds of the Falkland Islands (the Ibis, 1861, p. 164).
(10) Darwin, Voyage of the Beagle. Zool., it. HI, p. 141.
(11) Sharpe, op. cit., p. 130.
(12) Gould, Ann. and Mag. of nat. history, 1844, t. XIII, p. 366.
— Fregetta melanogasira Ch. Bonaparte, op. cit. (Comptes rendus de l’Acad. des sciences, 1856, t. XLIII, p. 769).
— Gould, Birds of Australia, t. VIT, pl. 63.
(13) Gould, op. cit., t. VIT, pl. 62.
Zélande, des îles Chatham (1) de lile Norfolk (2) et du Chili (3). On connait également des exemplaires du Thalassédroma tropica, qui proviennent du sud de locéan Atlantique (4), et cet Oiseau s’y étend jusque dans le voisinage de l’'Équateur (5). M. Sharpe, qui a étudié récemment avec beaucoup de soin les Procellariens des mers du Sud, pense que l’Oceanites leucogastra est probablement aussi une variété individuelle de la même espèce (6).
Le Procellaria ou Thalassidroma nereis de Gould (7) niche à Kerguelen dans les mêmes conditions que lespèce précédente (8) à laquelle 1l ressemble beaucoup. Il est commun dans le détroit de Bass et dans les parages de la Nouvelle- Zélande (9), de l’ile Philippe et de l’ile Norfolk (10), enfin il se montre aux îles Falkland (11). Il ne présente d'ailleurs aucune particularité qui mérite de nous arrêter 101.
Le Pétrel plongeur de Forster (12) ou Procellaria urinatrix de Gmelin (13), dont Lacépède a formé le genre PÉLÉCA- Noïpes (14), division qui, dans lesystème d’Illiger, a reçu ensuite
(1) Buller, Birds of New-Zealand, p. 319.
(2) Gray, List of Birds of New-Zealand and the adjacent Islands (the Ibis, 1861, p. 245).
(3) D'Orbigny. Voy. Schlegel, op. cit., p. 6. (4) Sharpe, op. cit. (Trans. Philosoph., t. CLXVIIT, p. 132). (5) Gould, Introduction to the Birds of Australia, 1848, p. 119. -(6) Sharpe, Birds of Kergquelen (Trans. Philosoph., t. CLXVIIT, p. 151). (7) Thalassidroma n 2reis, Gould, Proceed. Zool. Soc., 1840, p. 178. — Procellaria nerers Ch. Bonaparte (Conspectus, t. IL, p. 196). — E. Coues, Procee 1. of the Acad. of Philadelphia, 1864, p. 81. (8) E. Coues, Birds of Kerguelen (Bulletin of the U, St. national Museum, n° 2, p. 32. Sharpe, 07 . cit. (Philosoph. Trans.,t. CLXVIIT, p. 129). (9) Gould, Birds of Australia.
(10) List of Birds of New-Zealand and the adjacent Islands (the Ibis, 1862, p. 245).
(11) Abbott, Birds of the Falkland-Islands (the Ibis, 1861, p. 164). (12) Voyage, t. I, p. 185. — Latham, Gen. syst., t. II, p. 413. (13) Linn, Syst. nat., édit. XIE, €. I, p. 500. (14) Lacépède, Nouvelle table méthodique de la classe des Oiseaux (Mém. de l’Institut, 1801, t. III, p. 517).
le nom d’Halodroma (1), diffère des divers Procellariens, dont je viens de parler, par absence du pouce plus ou moins rudimentaire, dont le pied de ces oiseaux est armé d’ordinaire, et par quelques autres caractères de moindre valeur. Ge type avien appartient exclusivement à la région australe et y est représenté par trois formes qui ne sont que des races locales, ou peut-être des variétés d'âge seulement. Elles ne se distinguent guère entre elles que par la taille, mais la plupart des auteurs les considèrent néanmoins comme constituant autant d'espèces particulières, savoir : le Pelecanoides urinatrix (9), le Pelecanoides Garnoti (3), le Pelecanoides Berardi (4). Mais M. Kiüdder a révoqué en doute la validité de ces distinctions (5), et M. Sharpe, après avoir étudié très attentivement un nombre considérable d'exemplaires provenant de diverses localités, partage presque complètement l'opinion de l’ornithologiste américain. D’après ce dernier auteur, le P. Berardi ne serait que le jeune du P. urinatrix, et le P. Garnoti serait une race caractérisée par sa forte taille. Quoi qu'il en soit à cet égard, les Pelecanoïdes nichent à Kerguelen dans des terriers, et fréquemment aussi aux îles Crozet (6). [ls sont très communs près des côtes de la Tasmanie (7), de la Nouvelle- Zélande (8) et de l’ile Auckland (9). Ils visitent aussi les côtes du Ghili (10) et même du Pérou (11). M. Gould en a ren-
(1) Illiger, Prodomus systematis mammalium et avium, p. 274, 1811.
(2) Procellaria urinatrix Gmelin.
Procellaria tridactyla — Forster (Descript. animal., p. 149).
(3) Puffinaria Garnoti Lesson (Voyage de la « Coquille », pl. 46).
(4) Quoy et Gaymard, Voyage de l & Uranie », p. 135, pl. 37.
— Temmink, Planches coloriées, 511.
(5) Elliott-Coues et Kidder, Birds of Kerguelen (Bull. of the U. S. nat. Museum, n° 2, p. 56.
(6) Sharpe, loc. cit., p. 118.
(7) Gould, Birds of Australia, t. VIT, pl. 60.
(8) Buller, Birds of New-Zealand, p. 313.
(9) Gray, Handlist, t. WII, p. 102.
(10) P. Garnoti Gray (Handlist, t. IE, p. 102).
(41) L’individu type du Pelecanoides urinatrix de Tacépède provient de cette côte et se trouve dans la collection ornithologique du Muséum.
99 ALPH. DMHLNE EDWARDS.
contré beaucoup dans les parages du cap Horn, et il n’a pu découvrir entre ces exemplaires et ceux provenant de la région australienne aucune différence notable (1). C’est dans le détroit de Magellan et aux îles Falkland que Quoy et Gaymard ont trouvé les individus de petite taille auxquels 1ls donnent le nom de Pelecanoides Berardi (2). Get oiseau paraît y nicher (3), et c’est aussi à Falkland que fut trouvé lexemplaire du Pelecanoides Garnoti décrit par Lesson (4).
En résumé, nous voyons que la faune antarctique est très riche en Procellariens et que la plupart des espèces ou races propres à la région boréale s’y trouvent représentées approximativement, tandis que beaucoup d’espèces bien caractérisées qui ont pour patrie la zone australe, n’ont pas d’analogues sur d'autres parties du globe. M. Hutton, a qui l’on doit beaucoup d'observations intéressantes sur les oiseaux Pélagiens de Phé-
-misphère sud, a depuis longtemps appelé l'attention des naturalistes sur ces faits, et 1l ne tire cette conclusion : que probablement le type avien, dont dérivent tous ces Palmipèdes, est originaire des régions australes, et que c’est par émigration de cette partie du globe vers le nord qu'ils sont arrivés dans nos mers (9).Je suis assez disposé à partager son opinion à ce sujet, mais pour trancher cette question 1l faudrait faire de tous les Procellariens une étude comparative très approfondie, et les grands musées de l’Europe ne possèdent pas, en ce moment, des matériaux suffisants pour que lon puisse exécuter ce travail d’une manière satisfaisante.
(4) Gould, Loc. cit.
(2) Quoy et Gaymard, op. cit., pl. 37.
(3) Abbott, Birds of the Falkland-Islands (Ibis, 1861, p. 164).
(4) L’exemplaire type se trouve dans les galeries du Muséum sous le n° 14498.
(5) Hutton, Notes on some Birds inhabiling the Southern Ocean, (the Ibis, 1865, p. 290).