RECHERCHES
SUR
Par M. Albert VAYSSIÈRE.
Lorsqu'on a eu l’occasion d'observer les [nsectes que nous allons étudier dans ce Mémoire, on n’est nullement surpris de voir que ces animaux aient élé l’objet de recherches spéciales de la part des premiers naturalistes du dix-huitième siècle. La vivacité avec laquelle ils se meuvent dans l’eau, qui est leur premier élément, l’extrême mobilité des organes foliacés ou en houppes, qui garnissent les côtés de leur abdomen, et surtout leurs transformations en insectes parfaits et le peu de durée de leur vie à cet état, étaient de nature à attirer l’attention des premiers observateurs.
Réaumur, en poursuivant ses recherches sur les mœurs des insectes, fut frappé de bonne heure par la bizarrerie des métamorphoses des Éphémères ; ce qui l’étonnait le plus, c’était la mue que subissaient ces êtres peu de temps après leurs transformations en insectes parfaits et avant l’accouplement, particularité qui n'appartient qu’à cette famille. Mais cet habile naturaliste avait porté toute son attention sur l'étude du genre de vie de ces animaux et nullement sur leur organisation. Aussi faut-il s'adresser aux travaux d’un de ses prédécesseurs, J. Swammerdam, pour trouver des données sérieuses sur l’auatomie de ces insectes. Ge dernier travail est même ce qui a été publié de mieux jusqu’à nos jours sur la structure des Éphémères.
Les modifications intéressantes que présentent les insectes de cette famille méritaient cependant que l’on entreprit sur leur organisation des études anatomiques ayant pour but de montrer les rapports qui existent entre eux. |
C’est ce que nous avons essayé de faire dans le présent
travail. ANX. SC. NAT., ZOOL., FÉVRIER 4882. XII. |. — ART. N° 1.
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Pour étudier l’organisation des Éphémérines, nous ne nous sommes pas adressé à des individus arrivés à l’état parfait, ne derneurant à éet état que pendant quelques heures, un jour, au maximum une semaine, et ayant tous leurs organes, à l’exception de ceux de la génération, plus ou moins atrophiés, mais à leurs larves. Les larves, en effet, ont une vie d’une longue durée, un an chez quelques espèces, deux chez d'autres; elles nt par suite besoin de posséder des organes bién conforés pour pouvoir sé développer et arriver ainsi à l’époque de leurs métamorphoses. Il est certain qu’en nous fondant seulemént sur l’état de supériorité dé l’organisation des Éphémérimes pendant cette longue période de leur vie, c’ést à celle-ci et non à la période aérienne que nous donnerions la dénomination d’état parfait.
Depüis longtemps on a l'habitude de se servir des caractères urés de l’état parfait pour établir les groupes principaux des insectes ; cette coutume est quelquefois trop absolue, et c’est lè cas pour les êtres qui font partie de cette famille. Ainsi, das certains Traités d'Entomologie, on peut lire à leur sujet la diagnose suivanté : « Les Ephémérines forment une tribu » bien tranchée ét très naturelle par leurs antennes courtes, à > trois articles dont le dernier est une soie mince, leur bouche » tnparfaite St dépourvue de véritables organes de mastication » (d’où le nom d’Agnathes de Cuvier et de Duméril). »
On commence à réagir un peu contre cette ancienne habitude, Car souvent, depuis quelques années, on a le soin de donner aussi les caractères üirés de l’état larvaire après ceux de l'état parfait ; quelques-uns même, entre autres M. Eaton, les‘donnent en premier lieu.
Ne nous occupant dans le présent travail que de l’état larvaire de ces insectes, nous renverrons pour la connaissance de leurs métamorphoses en subimago et en imago, aux ouvrages spéciaux, tels que la Monographie des Éphémères, par Pictet, où celle du Rév. À. Eaton, où bien encore aux mémoires publiés par Réaumur et par de Géer. On trouvera aussi dans ces divers travaux des descriptions plus ou moins complètes sur
ORGANISATION DES LARYES DES ÉPHÉMÉRINES. 3 la structure externe de ces insectes pendant la dernière période de leur vie.
Les larves des Éphémérines sont toutes aquatiques et n’ont été trouvées jusqu'à présent que dans les eaux douces. Les unes préfèrent les cours d’eau rapides, les autres au contraire ne se rencontrent que dans des bassins où les courants sont nuls ou à peu près nuls ; ce sont dans les eaux tranquilles que se trouvent les larves essentiellement nageuses; celles qui sé- Journent dans les rivières peuvent, suivant leurs formes extérieures, vivre blotties sous Les pierres ou bien au milieu de la vase. Parmi ces dernières, nous en trouvons qui se creusent des galeries profondes dans lesquelles 1l leur est facile de se mettre à l'abri de leurs ennemis.
Pictet, dans sa Monographie des Éphémères, avait établi pour les divers genres de vie de ces larves quatre sections ainsi dénommées : larves nageuses, fouisseuses, rampantes et plates. Nous aurons dans le cours de notre travail à discuter la valeur de cette espèce de classification.
Nous avons divisé notre Mémoire en six parties. La première est consacrée à la bibliographie de tout ce qui a trait à l’organisation des larves ou nymphes de cette famille. Dans la seconde, nous étudierons la struclure externe des larves que nous avons pu nous procurer, en commençant d’abord par suivre ps à pas le développement de l’une d’entre elles, et en insistant sur les modifications successives que présentent ses appendices respiratoires pendant toute la durée de sa vie aquatique ; puisaous décrirons la forme de toutes nos autres larves au moment où elles arrivent à leur état nymphal, en faisant connaître avec soin la structure de leurs organes respiratoires externes, Nous terminerons cette seconde partie par quelquesmots sur la disposition générale de l’appareil trachéen interne chez ces insectes.
La troisième partie sera consacrée à l’étude de l'appareil circulatoire.
Dans la quatrième, nous nous occuperons des organes de la
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digestion et spécialement des appendices buccaux qui offrent dans leur forme une certaine diversité.
L'étude du système nerveux fera l’objet de la cinquième partie.
Enfin la sixième et dernière partie sera consacrée à la description de quelques parasites, tant externes qu’internes, que nous avons observés chez nos Éphémérines.
Nous laisserons de côté les organes de la génération, attendu que l’on ne peut en étudier tous les détails que chez des mdividus arrivés à l’état parfait.