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CHAPITRE III APPAREIL CIRCULATOIRE

Les larves des Éphémérines, à cause de leur transparence, ayant toujours été choisies comme sujets d'étude pour arriver à connaître le fonctionnement de l'appareil circulatoire des Insectes, il était de notre devoir, en étudiant l’organisation de ces êtres, de porter toute notre attention sur ce système, de vérifier les assertions de nos devanciers et de pousser plus loin nos recherches, si cela nous était possible

Nous n'avons pas à résumer 101 les travaux de Carus, de Verloren, de M. Blanchard, de Newport, etc., sur l'existence de la circulation chez les Insectes, ce fait n’est plus contesté par aucun naturaliste depuis longtemps. Nous nous contenterons de signaler seulement trois mémoires publiés ces dernières années dans des revues allemandes.

(1) Note sur le vaisseau dorsal des Éphéméridés, dans le Zeitschrift für Wiss. Zool., 34° année, fase. 3 (1880). ; ARTICLE N° 1.

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Deux de ces travaux sont de M. Graber, ils ont paru dans les Archiv für Mikrosk. Anat., l'un sur l’ensemble du système circulatoire chez les Insectes (1873); l’autre sur un nouvel appareil propulseur du sang, situé à la face ventrale de l'animal, au-dessus de la chaîne ganglionnaire (1876).

Le troisième est une note de M. O. Zimmerman sur le vaisseau dorsal des larves des Éphéméridés, insérée dans le fase. 3, de la trente-quatrième année du Zeuschrifi für Wiss. Zool. (1880).

Ge sont chez les larves de Clocopsis diptera et chez celles du Cloéon du Rhône que l'appareil circulatoire est le plus facile à observer; aussi c’est sur les larves de la première de ces deux espèces d'Éphémérines, que les naturalistes qui se sont occupés de cette question, ont pu faire leurs recherches.

Chez l’Heptagenia longicauda Vobservation de la marche des courants sanguins est moins facile, le revêtement chitineux de son corps n'étant pas lisse comme chez les Cloés, mais écailleux comme celui des Oligoneuria, Ephemerella, Cœmis, etc.

Le vaisseau dorsal est situé, comme l’indique sa dénomination, à la face supérieure de ces êtres, immédiatement audessous des téguments; il est maintenu en place à égale distance des parties latérales du corps de ces insectes par des muscles triangulaires dont un des sommets est dirigé en dehors et va s’insérer sur les tergites de chaque anneau. On désigne ces faisceaux triangulaires de muscles sous le nom d’ailes du cœur.

Le vaisseau dorsal occupe, chez la Cloeopsis diptera et le Cloéon du Rhône, toute la longueur de l'abdomen et du thorax, généralement c’est à partir du milieu du prothorax qu’on ne peut plus le suivre; quelquefois cependant nous avons pu voir son prolongement aortique pénétrer dans la région postérieure de la tête, en arrière des centres cérébroïdes.

Cet organe se compose d’un grand nombre de loges, placées bout à bout, et séparées les unes des autres par des valvules disposées symétriquement par paire, une de chaque côté, sur

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les parties latérales du vaisseau dorsal ; chacune de ces valvules contient dans son épaisseur un corduit qui met en commu nication la cavité générale du eorps avec lintérieur de ces loges. |

D’après M. Zimmerman, le vaisseau dorsal de la Cloeopsis diptera ne présenterait que dix loges, tandis que nous en avons toujours observé onze ; chacune d’elles occupe à peu près un anneau du corps, de telle sorte que chaque segment de l’abdomen ainsi que le métathorax en offre une.

En avant de la première loge, ou loge métathoracique, le vaisseau dorsal se prolonge jusqu’à la tête, formant ainsi une aorte antérieure très volumineuse qui vient s'ouvrir probablement dans une sorte de grand réservoir sanguin Ou sinus céphalique. De ce sinus le sang se rend alors dans les diverses parties du corps, grâce aux mouvements des muscles et à l'apport continuel d’une nouvelle quantité du liquide nourricier.

Postérieurement le vaisseau dorsal donne naissance à trois troncs aortiques, d’un calibre bien moindre que celui de l'aorte antérieure; ces troncs pénètrent chacun dans une des trois soies et se prolongent, en conservant à peu près le même diamètre, jusqu’à leur extrémité.

Nous avons représenté figure 26 l’ensemble du vaisseau dorsal, puis à côté l'extrémité postérieure du même organe, pour bien mettre en évidence la disposition des trois aortes qui se rendent dans les soies. On voit par la première figure que cet appareil propulseur du sang présente onze étranglements, correspondant aux points, où setrouventles ouvertures, disposées par paires, qui permettent au liquide nourricier de pénétrer à son intérieur; les valvules qui limitent les loges se trouvent par suite aux mêmes points, puisque, comme nous l'avons dit plus haut, les conduits qui mettent en relation la cavité générale du corps avec l’intérieur du cœur, sont contenus dans leur épaisseur.

La marche du sang dans le vaisseau dorsal peut facilement

être suivie, bien que ce liquide soit complètement incolore, ARTICLE N° Î.

erâce aux nombreux globules (1) fusiformes qu’il tient en suspension.

On remarque que tous les globules sanguins qui pénètrent dans le vaisseau dorsal par les diverses paires d'ouvertures latérales, excepté la dernière, vont toujours d’arrière en avant. Cette particularité est due à la disposition des valvules qui sont dirigées en avant, tandis que les corpuscules qui entrent dans la loge postérieure du cœur par la dernière paire d'ouvertures latérales ne peuvent pas pénétrer dans les autres loges, par suite de la disposition de ces deux valvules qui sont toujours dirigées d’avant en arrière chez toutes les Éphémérines.

Les globules sanguins chassés dans les trois aortes postérieures, ne pourraient jamais arriver tous aux extrémités de ces vaisseaux à cause du faible diamètre de ceux-c1 dans les derniers articles des soies ; il serait surtout impossible à ces globules, en sortant par les extrémités postérieures de ces vaisseaux, de revenir vers l’abdomen en passant par la cavité générale de ces organes locomoteurs, qui est cependant la seule voie qu’ils puissent prendre. Pour obvier à cet obstacle, nous trouvons le long des parois des trois aortes, de petites ouvertures contractiles, situées de distance en distance, et permettant à la plus grande partie des globules sanguins de se rendre directement dans la cavité générale des soies, sans aller jusqu'aux extrémités des conduits aortiques. |

La cireulation dans cette partie du corps peut ainsi s’effectuer facilement : les premiers globules, après avoir séjourné quelques secondes dans la cavilé des soies, sont poussés en avant par les nouveaux venus qui arrivent par les ouvertures que je viens de signaler, lesquelles sont situées à diverses hauteurs des vaisseaux.

Les aortes postérieures n’occupent pas dans les soies les mêmes positions : dans la soie médiane, lorsqu'on observe l’animal (Cloeopsis, Cloéon ou Heptagenia), par le dos, or voit

(1) Figure 27, g, g', globules sanguins.

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que l’aorte est dorsale et médiane; tandis que dans les soies latérales elles sont situées à la face ventrale près des bords internes de ces organes.

Dans les antennes il existe aussi des vaisseaux sanguins analogues à ceux des soies et dont l'existence ne me paraît pas contestable; chacun d’eux occupe la partie médiane de lorgane des sens où il se trouve. On ne peut bien constater leur présence que lorsque les larves de Cloeopsis diptera ou de Cloéon du Rhône sont bien vivantes, car on est alors guidé par le cheminement à leur intérieur des globules sanguins les uns après les autres; ils reviennent ensuite vers le corps en passant par la cavité générale des antennes.

Il est à peu près certain que ces vaisseaux ne sont pas en continuité avec l’aorte antérieure, je n'ai du moins rien vu qui puisse me faire croire qu’il existe une communication directe entre eux ; il est alors à supposer que le sang qui s’engage dans ces vaisseaux, y est poussé par des organes pulsatiles particuliers situés à la base des antennes (1).

On peut résumer ainsi la marche du sang dans le corps de nos Éphémérines. La majeure partie du liquide nourricier est poussé dans l'aorte antérieure et de là se dirige dans toutes les parties du corps, sauf les soies qui le reçoivent directement de la dernière loge du vaisseau dorsal; après s’être répandu dans toute la cavité générale du corps de l’Insecte, et être allé jusqu'aux extrémités des pattes en suivant, en premier lieu le bord antérieur des articles pour remonter ensuite le long du bord postérieur de ces mêmes articles, le sang est poussé vers les derniers anneaux de l’abdomen. Pour se rendre dans cette partie du corps et gagner ensuite le cœur, le sang passe audessous du tube digestif, entre cet organe et la face ventrale des técuments.

, (1) Nous avons pu observer chez quelques larves de Perlides prises dans le Rhône, les courants sanguins dans les soies et les antennes. Ges organes présentent, comme ceux de nos larves d'Éphémérines, des vaisseaux sanguins semblablement placés, et à l'intérieur desquels on peut suivre la marche des globules. :

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Nous n’avons pas constaté chez nos Éphémérines d’appareil pulsateur ventral, analogue à celui que Graber a observé chez divers Insectes; toutefois dans plusieurs de nos coupes nous avons obtenu de chaque côté du système nerveux et appliqués au-dessus des grand muscles longitudinaux inférieurs, des amas spongieux (fig. 48, p, p') qui pourraient bien être pulsatiles; ces amas seraient spécialement chargés de chasser le sang de la face ventrale du corps et de le pousser vers les ouvertures latérales du vaisseau dorsal.

Le liquide sanguin nous parait être complètement incolore chez toutes leslarves d’Éphémérines que nous avons observées; il contient en suspension de nombreux globules qui sont pour la plupart fusiformes ou en croissant (fig. 27, g, g'). Lorsque ces globules ou corpuscules sanguins sont jeunes, leur forme est alors plus ou moins ovale et leur nucléus, à peine visible plus tard, est ici assez distinct.

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