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OBSERVATIONS

SUR

LE SPIROPTERA ERINACEI

Par M. Joannes CHATIN.

| L'étude des Trichines et des Pseudotrichines ayant appelé l’attention sur | certains Spiroptères qui auraient été parfois confondus avec la Trichine | spirale, j'ai repris l’examen d’une espèce dont j'avais fait connaître suc- | cinctement, il y a déjà quelques années (1), les caractères principaux; je | veux parler du Spiroptera Erinacei.

| Il existe actuellement une telle confusion sur la synonymie de divers | Helminthes, et spécialement de plusieurs Nématodes, que l’on ne sau- | rait s'étonner de voir celui-ci, subissant le sort commun, se trouver re- | vêtu des noms les plus différents et parfois même prendre place dans des } genres où 1l ne saurait aucunement figurer. L'étude des parasites du Hé- | risson étant ainsi devenue à peu près inextricable, il devient nécessaire | de soumettre à une minutieuse revision ces différents types, afin d'établir

exactement la valeur du Spiroptera Erinacei.

Sans insister sur les caractères qui le distinguent, je rappellerai que, par la forme générale du corps, par la configuration de la tête comme par les détails essentiels de l’organisation interne, cet Helminthe doit évidemment prendre place parmi les Spiroptères. D’autre part, si l’on se | reporte aux divers Nématodes qui, vivant chez le même hôte, pourraient être confondus avec cette espèce, on voit qu'ils sont représentés par la Filaria Erinacei (2), le Strongylus striatus, le Strongylus Erinacei et le Trichosomum tenue (3). On a signalé la présence, dans l’estomac, du Physaloptera clausa (4) et d’un autre Nématode que Dujardin a rapporté au Spiroplera siruinosa, sans être toutefois bien affirmatif sur ce point (9).

Dès que l’on cherche à analyser les caractères de ces différents parasites, on constate que la Filaria Erinacei mentionnée par Rudolphi (6) à été si imparfaitement décrite par ce naturaliste que Dujardin la regardée comme absolument indéterminée (7), tandis que Diesing l’admettait successivement en synonymie avec le Trichosomum tenue (8) et le Strongylus Erinacei (9); mais ce dernier n’ayant été indiqué par Diesing que comme une espèce douteuse et ne se trouvant même pas mentionné par Dujardin, il n’y a pas lieu de s’y arrêter, la comparaison se trouvant ainsi limitée aux Trichosomum tenue, Strongylus striatus, Physaloptera clausa et Spiroptera strumosa.

En se reportant aux caractères assignés au premier de ces Vers par

(1) Joannes Chatin, Études helminthologiques, ® sér., (Association française pour l'avancement des sciences, 4° session à Nantes, 1875). — (2) Cat. Vend., 13. — (3) Diesing, Systema Helminthum, t. I, p. 522. — (4) Rudolphi, Synopsis Helminthum,p. 20 et 255; n° 1 et 643; pl. I, fig. 2, 3. — Bremser, Icones Helminthum, pl. UL, fig. 1-7. — Dujardin, Hist. Helm., p. 85. — (5) Dujardin, Loc. cit., p. 86. — (6) Rudolphi, Synopsis, p. 8. — (7) Dujardin, loc. at., p. 47. — (8) Diesing, loc. cit., p. 288. — (9) Idem, p. 319.

9 J. CHATIN.

Diesing (1) et Dujardin (2), on constate aisément que c’est bien un Trisochome, n’offrant aucune analogie avec les Filaires, ete. Quant au Sérongylus striatus, il semble répondre réellement au type classique des Strongles, si l’on rapproche Îes descriptions de Zender (2), Rudolphi (2) et Dujardia (3). Aucun doute ne semble également pouvoir s’élever sur la valeur du Physaloptera clausa qu’il est absolument impossible de considérer comme un Spiroptère : la conformation de la bouche, située entre deux lèvres fortement saillantes qui portent en dehors trois petites papilles rondes, et en dedans une rangée de papilles aiguës dentiformes, ne permet aucune confusion. Le genre Physaloptère est d’ailleurs aujourd’hui nettement distingué du genre Spiroptère; les helminthologistes les plus autorisés (Molin (4), Linstow (5), Claus (6), ete.) s'accordent pleinement à cet égard et l’on ne saurait nullement considérer comme un Spiroptère ce Physaloptera clausa qui doit être au contraire regardé comme le type du genre. Le malheureux essai de Dujardin a été condamné par tous les zoologistes et ne saurait être renouvelé.

Il est done réellement impossible de confondre le Spiroptera Erinacei avec les types précédents et l’on peut aussi sûrement le différencier des Vers rapportés par Dujardin au Spiroptera strumosa. Il est à peine nécessaire de faire observer qu'il ne put étudier ces parasites que d’une manière fort imparfaite et dont on trouve l’incontestable témoignage dans le passage qu’il leur consacre, se bornant à grouper quelques vagues notions relatives aux caractères les plus secondaires. C’est uniquement même sur la forme de la tête qu’il établit leur parenté avec le Spiroptera sirumosa; celui-ci présente dans la région céphalique une disposition tellement remarquable que Dujardin Pa certainement retrouvée chez les Vers qu’il a examinés, autrement il ne les eût pas rapprochés de cette espèce si bien caractérisée par le tubercule saillant qu’elle porte et qui lui sert, dit-on, à se fixer sur la muqueuse intestinale de son hôte. Or, rien de semblable ne se remarquant sur les Helminthes que j'ai observés, on doit les éloigner du Spiroptera strumosa comme du Physaloptera clausa.

L'étude de l’organisation interne s'oppose, d’ailleurs, de la façon la plus absolue, à un pareil rapprochement : l’anatomie du Spiroptera sirumosa a été poursuivie dans ses détails les plus minutieux par M. le

-professeur Em. Blanchard (1) ; il suffit de se reporter aux planches qui la résument, pour constater de notables différences avec les parasites décrits ici ; en outre la taille est différente et, jusqu’à présent, le Spiroptera strumosa, adulte ou larvaire, n’a jamais été rencontré que dans la Taupe. Les notions fournies par les caractères extérieurs, par la constitution générale et par l’habitat, concordent donc pleinement et établissement sur des bases certaines l’autonomie zoologique du Spiroptera Erinacei.

(1) Diesing, loc, cit., p. 258. — (2) Dujardin, Loc. cit., p. 24. — Pour Dujardin, ce Frichosomien devait prendre place dans le genre Zucoleus caractérisée par l'habitat et l'appareil copulateur (Dujardin, p. 23 et suiv.). — (3) Zender, Natwrg., p. 114, n° 49 et p. 116, n° 56. — (4). Rudolphi, Entoz., t, 11, p. 225, n° 12 et Synopsis, p. 34, n° 15. — (5) Dujardin, loc. cil. — (6) Molin, Monographia del genre Dispharagus, Wien, 1860, p. 649-650. — (7) O. von’ Linstow, Compendium der Helminthologie, 1878, p. 19. —- (8) Claus, Traité de Zoologie, trad. franc., 1878, p. 319. — I est à remarquer que Claus conservant pour la seule espèce parasite du Hérisson, le genre Physaloptera de Rudolphi, range ce type dans la famille des Strongylides, tandis qu'il place les Spirvoptères dans le groupe des Filarides ; cette séparation, parfaitement justifiée, suffit à faire apprécier l'erreur des naturalistes qui ont cru pouvoir réunir en un même genre ces deux types. — (9) Em. Blanchard. Recherches sur l'organisalion des Vers (Annales des sciences naturelles, 3° sér., Zoologie, t. XI, p. 162).

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