‹ Annales des sciences naturellesChapitre 57 sur 73 · DESCRIPTION D'UN GALLINACÉ · texte numérisé non relu

DESCRIPTION D'UN GALLINACÉ

pas compte du nom d’ocellatus, qui a certamement la priorité ; puis, dans le recueil populaire, intitulé La science pour tous (1), il l’a décrit de nouveau sommairement, en l'appelant cette fois : Rheinardia ocellata.

L'établissement d’une espèce distincte et d’un genre nouveau en faveur de l’oiseau que M. Maingonnat a reçu du Tonkin et qu'il a vendu au Muséum d'histoire naturelle me semble pleinement justifié par les considérations suivantes :

4° Cet oiseau n’a pas, comme l’Argus ordinaire et l’Argus de Bornéo, les pennes secondaires démesurément allongées de manière à figurer une sorte d’aile supplémentaire ;

2° Sa queue est formée de larges pennes, aplaties, étagées, et non d’une paire de rectrices médianes démesurément allongées par rapport aux rectrices latérales;

3° Ses rectrices sont ornées de taches oculiformes, disposées le long de la tige ;

4 Sa tête n'est pas dénudée, mais couverte de plumes courtes et ornée, dans la région postérieure, d’un cimier touffu de plumes piliformes ;

9° Son système de coloration et les proportions des diverses parties de son corps ne sont pas les mêmes que chez l’Argus ordinaire et l’Argus de Bornéo.

Il y a donc lieu d'inscrire l’oiseau sous le nom de Rheinardius ocellatus (2) dans la famille des Phasianide, à la suite du genre Argus (ou mieux Arqusianus).

Voici maintenant la description détaillée du genre et de l'espèce :

Rheinardius nov. gen. Phasianidarum alis brevibus, rotundatis, secundariis remiges primarios vixz superantibus, cauda maxima, graduata, pennis amplis, planis, ocellatis, supracaudalibus mediis magmis, divergentibus, capite plumoso, crista occipitali densa.

Rheinardius ocellatus, nov. sp. Argusianis Grayi et giganteo

(1) Numéro du 8 juillet 1882, p. 210.

(2) La forme masculine Rheinardius me semble préférable à la forme Rheinardia, la plupart des noms de genres des Phasianidés étant masculins.

4 E,. OUSTALET.

dissimilis, corpore nigricante, crebro punctis et maculis albidis vel ocraceis signato, alis paritersignatis, primarüset secundarus non ocellatis, cauda amplissima, ocellis et maculis ferrugineis ornata, capite plumis cinereis et brunneis Lecta, supercilis et gula argenteis, auribus brunneis, crista occipitali brunnea et alba, reyione colli anteriore fulvescente, rostro et pedibus roseis.

Long. tot. 2,100 ; alæ 0,400; caudæ 1,500 ; rostri culm. 0,033; tarsi 0",010; digiti medii 0",060 ; unguis 0",015.

L'oiseau mesure plus de 2 mètres de long, et sur cette longueur les trois quarts environ sont pris par la queue. La tête, relativement petite, paraît plus grosse qu’elle ne l’est en réalité, grâce au développement que prennent sur l’occiput des plumes piliformes, serrées contre les autres et susceptibles de se redresser sur le derrière et même sur la partie supérieure de la tête, en formant un cimier haut de 5 à 6 centimètres. Ces plumes sont les unes d’un brun chêne, les autres d’un blanc sale. D’autres plumes duveteuses, d’un brun soyeux ou d’un gris argenté, couvrent le dessus et les côtés de la tête, qui ne sont pas dénudés comme chez les Argus ordinaires, et dessinent des bandes sourcilières argentées, et une tache auriculaire brune; enfin de nouvelles plumes piliformes apparaissent sur le devant du cou, formant une sorte de cravate d’un brun roux. Tout le corps est pointillé, marqueté de blanc et de .café au lait sur fond noirâtre (sur le dos) ou brun rougeûtre foncé (sur le ventre), et un dessin analogue se retrouve sur les ailes. Sur les pennes secondaires toutefois les marques d’un blanc jaunâtre sont plus allongées, en forme de larmes, et se dirigent parallèlement à l’axe du corps, tandis que sur les rémiges, et principalement sur les barbes internes de ces pennes, ces rales claires se réunissent plus ou moins par groupes de six, de manière à constituer des hexagones. Ces dessins sont également apparents sur la face inférieure de l’aile, qui est d’un brun presque aussi foncé que la face inférieure et qui n'offre jamais la teinte claire, grise ou fauve que l’on observe chez l’Argus.

Les sus-caudales sont également pointillées de café au lait, ARTICLE N° 12.

DESCRIPTION D'UN GALLINACÉ. à)

sur fond noirâtre, mais présentent en outre des taches rubigineuses. Deux de ces plumes, celles de la paire médiane, acquièrent un développement inusité et mesurent près de 4% centimètres de long sur 9 1/2 de large; elles divergent légèrement à l'extrémité et simulent tout à fait des rectrices, d'autant plus qu’elles portent déjà des séries d’yeux le long de leur tige. Ces yeux consistent en une tache couleur rouille de forme ovale, marquée au centre d’une tache noirâtre. Ils sont disposés en deux ou trois séries longitudinales, et sont accompagnés latéralement de nombreuses taches rubigineuses, moins régulières, et dépourvues de tache centrale, qui tendent à envahir le fond de la plume et ne laissent plus, autour des points blancs, qu’un cercle foncé, noirâtre ou grisâtre. Cette disposition s’accentue sur les rectrices qui paraissent être sur les côtés d’un roux ferrugineux, relevé par des points blancs, cerclés de noir, et au milieu, le long de la tige, d’un gris très foncé, avec des séries d’ocelles d’un roux ferrugineux à éris noir. |

Les rectrices sont au nombre de douze; elles sont, comme je lai dit, absolument planes, toutes étalées horizontalement, et vont en augmentant de longueur de l'extrémité jusqu’au milieu, la différence étant de 7 centimètres entre la rectrice la plus interne et la penne suivante, de 21 centimètres entre la deuxième et la troisième, de 31 centimètres entre la troisième et la quatrième, de 37 centimètres entre la quatrième et la cinquième, et de 22 centimètres entre la cinquième et la sixième. Assez larges dès leur naissance, elles augmentent encore de diamètre vers le milieu, au point d'atteindre 13 centimètres et se rétrécissent plus loin pour se terminer en pointe aiguë. L'oiseau doit les porter à peu près comme le Faisan de Sæmmering, c'est-à-dire qu'il les relève légèrement, de façon à leur faire décrire une courbe gracieuse, la pointe de la queue, entraînée par le poids, retombant sur le sol.

Le bec, dont la mandibule supérieure est moins voûtée que chez les Faisans, ressemble tout à fait à celui des Argus; il est un peu renflé à la base, au-dessus des narines, quisont ovales,

6 E. OUSTALET.

allongées. Il est, chez l’oiseau que j'ai sous les yeux, d’un rose carminé, de même que les pattes. Gelles-c1 sont relativement assez élevées, et complètement dépourvues d’éperons. Elles se terminent en avant par trois doigts assez grêles, reliés à la base par de petites membranes et armés d'ongles médiocres, d’un brun rougeâtre et, en arrière, par un pouce inséré à un niveau suffisamment élevé pour que, dans la marche, il arrive à peine à toucher la terre. Les tarses sont garnis, sur la face antérieure, de larges scutelles, qui se continuent sur les doigts par des plaques plus petites.

Telle est la description sommaire de ce magnifique Gallinacé dont je ne connais pas le sexe, mais qui très probablement est un mâle adulte. Pour la provenance, je ne possédais pas d’abord d'indications très précises ; je savais seulement que l’oiseau, capturé dans une partie du Tonkin encore inexplorée par les Européens, avait été apporté par des indigènes à M. Rheinard qui à son tour l’avait expédié en France sur un navire parti du port de Hué; mais, grâce aux renseignements qui me parviènnent à l’instant je puis annoncer maintenant que l’exemplaire en question a été tué dans une localité nommée Buih Dinh et située à cent lieues au sud de Hué.

Page 1