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CHAPITRE 1e

Æxposé du but de ce Mémoire, et coup-d'œil sur la position, l'étendue, les caractères généraux , topographiques et géognostiques de la contrée qu'il

COnCeTre

$: E. Parmi les naturalistes qui exploitent le domaine si vaste et si intéressant de la géognosie, les uns, placés dans les circonstances les plus heureuses, faisant de cette science une occupation spéciale, soumettent l’Europe entière à leur exploration, et reviennent ensuite s'enrichir de faits nouveaux aux grands foyers des communications scientifiques. C’est à eux seuls qu’il appartient de coordonner de nombreuses observations en lois générales, et d'élever sur des bases solides l'édifice de la science.

D’autres, et je suis de ce nombre, limités dans la durée et l’étendue de leurs voyages, et dans le temps qu'ils peuvent consacrer aux sciences naturelles, ne doivent prétendre qu’à fournir de bons matériaux à l'édifice qu doit être élevé par d’autres mains. Les monographies de localités sont de leur domaine. La précision dans les

observations minéralogiques et géognostiques et dans les

( 36 ) déterminations zoologiques, la réserve dans les généralisations et l'exclusion de toute idée systématique, sont les règles qu'ils doivent se prescrire. Ce sont celles qui m'ont guidé dans mon Essai sur la Bretagne et dans le Mémoire que je publie sur la Formation jurassique du nord de la France.

J'aurais voulu examiner ses diflérens étages sous le rapport de leurs caractères minéralogiques, de leurs épaisseur, inclinaison, hauteur absolue ; sous le rapport des fossiles qu'ils contiennent et des caractères topographiques qui leur sont propres : enfin , comparer ces résultats avec les excellentes descriptions de la même formation données par les Anglais pour la partie nord du même bassin géognostique , et par MM. Desnoyers et Constant Prévost pour sa partie occideniale.

Je suis loin , comme on le verra , d’avoir atteint le but que je me proposais : mes matériaux sont restés incomplets, et si je les soumets au jugement de la société, c’est principalement en raison du grand nombre de fossiles que j'ai recueillis et de la précision de leur détermination, que Je dois presque entièrement à la complaisance :

de MM. Brongniart et Audouin.

$. Il. Æ£tendue et position de la contrée qui fait l'objet dece Mémoire.—La contrée qui fait l’objet de ce Mémoire comprend les cantons de Montmédy et de Stenay ( dépariemeni de la Meuse ), Beaumont et Carignan (département des Ardennes ); elle est en partie renfermée entre la Meuse et la Sémois. Elle appartient à la li-

mite N.-E du bassin naturel de Paris, quoique, sous le

on)

rapport hydrographique, méthode tout aruficielle, elle soit classée dans le bassin du Rhin (1).

(1) Cette distinction exige quelques développemens ; je les renvoie à une note, comme je le ferai pour toutes les observations spéciales de géographie physique qui se présenteront dans le cours de ce Mémoire.

Le bassin naturel, que je désigne sous le nom de bassin de Paris, west pas limité, du côté du nord-est, à la ligne de partage des eaux entre la Seine et la Meuse ; cette ligne, formée par les coteaux à l’ouest de Verdun et de Stenay, appartient au grand plan de pente générale qui, du plateau de l’Ardennes, descend vers le centre, où convergent l'Oise, l'Aisne , la Marne et la Seine. Eu effet , le plateau de l’Ardennes s'élève de 450 à 500 mètres au-dessus de la mer ; les chaînons subordonnés qui lui succèdent atteignent des hauteurs toujours moindres en s’'avançant vers l’intérieur ; et enfin la grande dénudation de la craie offre une chute brusque vers le sud et le sud-ouest. Les vallées présentent le même phénomène dans la diminution successive de leur hauteur, suivant une direction perpendiculaire à la ligne de partage des eaux de Florenville sur la Sémois, à Vouziers sur l’Aisne ; la Sémois, 225 à 235 mètres ; la Chiers , 175 ; la Meuse, 190; l’Aisne, 100. Ainsi les vallées comme les plateaux et chaïînons indiquent une pente graduelle vers le sud-ouest, et la Meuse coule perpendiculairement au système de plus grande pente, pour s'échapper vers le nord par l’étroite et profonde coupure que lui présente l’Ardennes. Ce sillon n’a que la largeur du fleuve; ses berges, confondues avec les versans rocheux du plateau, s’élèvernt rapidement à la hauteur de 400 à 5oo mètres audessus de la mer. La coupure a près de 300 mètres de profondeur.

Tel serait l'obstacle que , dans l'hypothèse du creusement des vallées par les eaux , la Meuse aurait surmonté pour s'échapper vers le nord, tandis que d’un antre côté , et dans la direction du plan de pente générale, de faibles coteaux , des cols surbaissés recouverts de graviers diluviens, mdices d’un ancien courant, et supérieurs à peine de 30 à 4o mètres au lit actuel de la Meuse, le séparent du bassin de la Seine.

Ces cols sont ceux qui, près de Stonne, ne s'élèvent qu’à 20 et quelques mètres au-dessus de la Meuse , à Stenay et au delà de la Barre, celui de Chéne-le-Populeux (176 mètres) qui , d’ur côté, est deniveau avec la Meuse à Stenay, de l’aatre, s'élève de 75 mètres au-dessus

de PAïsne, eu sorte que jeter avecune pente énorme la Meuse dans la

Cette contrée, malgré son peu d’étendue, nous présente dans son aspect les caractères généraux propres aux terrains secondaires en Angleterre et dans la majeure partie de la France. Les formes du terrain y sont dessinées largement et à grands traits; il y règne une simplicité et un grandiose que je ne retrouve point ailleurs.

Des chaïînons très-prononcés, à pente douce dans un sens, à pente rapide dans le sens opposé, alternent avec de larges et profondes vallées (1).

Ce n’est ni l’aspérité, la rudesse, le désordre des terrains primordiaux, ni les plaines étendues et les ondulations molles et multipliées des terrains terüaires.

Les cultures, en harmonie avec les formes et la nature du sol, sont aussi distribuées en grandes masses homogènes. Ce sont de vastes forêts couronnant les plateaux culminans , de larges bandes de culture couvrant leurs versans , et enfin d'immenses prairies ou pâturages formant entre les divers plateaux des zones parallèles.

La coupe jointe à ce Mémoire fait voir trois lignes de

plateaux ou de collines séparées par trois lignes de vallées

Seine par l’Aisne et l'Oise, serait loin d’être une entreprise gigantesque.

Je ne suis. entré dans ces détails que pour faire voir que la contrée que j'examine appartient au bassin naturel de Paris , et en tirer la conséquence queles divisions hydrographiques sont ici, comme en un grand nombre de lieux, en opposition avec les divisions naturelles. Je nai pas eñcore voulu m’appuyer des considérations géologiques , qui cependant , j'en suis convaincu, devront guider un jour le géographe dans la classification des formes du globe, suivant une méthode naturelle.

(x) C’est le caractère extérieur le plus essentiel des terrains secondaires. La craie, malgré son grand développement, ne le présente pas, sans doute à raison de son homogénéité.

ou de plaines basses. Les premiers appartiennent aux

formations calcaires, les secondes sont des dénudations ; dans les formations marneuses (1): on voit partout la tendance des grands cours d’eau à adopter une direction longitudinale ou parallèle à la stratification , tendance contrariée par la pente générale et la rupture des couches solides. Ainsi, l'ouverture de la vallée transversale des Ardennes, et, sans doute aussi, le contact immédiat sur les terrains anciens de la grande masse oolithique ( par la suppression des formations marneuses inférieures ), semble avoir arrêté le mouvement des dénudations concentriques et décidé l’écoulement vers le nord des eaux de la Sormonne, de la Vence et de la Mense.

Un des traits les plus remarquables de cette contrée consiste dans l’escarpement que les plateaux présentent vers lenord et la pente douce avec laquelle ils descendent au midi. [ls forment ainsi, ou des falaises sinueuses ou des caps élevés dominant les vallées de la Meuse, de la Chiers et de la Semois.

Ce fait, observé et irès-bien décrit en Angleterre dans tous les comtés où s'étendent les formations jurassiques, signale les immenses dénudations éprouvées par ses étages

les moins résistans (2).

(x) Le lias, l’argile à foulon , ’argile d'Oxford.

(2) Je placerai ici une observation physique que je crois de quelque importance , en ce qu’elle tend à redresser une des nombreuses erreurs que les considérations hydrographiques ont introduites dans l’étude du relief de fa terre. Je veux parler de ce principe, que les plans de pente sont généralement moins inclinés que les plans de contre-pente. Ainsi, dans le cas présent, les partisans du système hydrographique, subordonnant les plans de perte et decontre-pente à la ligne de partage

des eaux entre la Seine et le Rhin, trouveront les faits contraires à

Les vallées principales que j’ai eu occasion d'observer, et seulement sur une petite étendue, sont celles de la Meuse, de la Chiers et de la Semois. La première, de Dun à Sedan, se dirige du S.-E. au N.-O, de là à Mézières, elle s’infléchit vers l'Ouest, et coupe ensuite les Ardennes dans la direction du Nord.

Dans la première partie de son cours, la vallée coupe obliquement divers étages de la formation jurassique et ses caractères changent en même temps. Resserrée , audessus de Dun, entre les coteaux du Coral-rag, elle s'ouvre au-dessous de cette ville et forme un vaste bassin de plus de 3 lieues de largeur, qui comprend les com-

imunes de Mousaye, Vissèpe , Beauclair, Villefranche, etc:

leurs principes, tandis qu'ils y seront parfaitement conformes si on prend pour limites des plans de pente, la chaîne de PArdennes , sur laquelle vieynent s'appuyer les formations successives jusqu’au centre du bassin naturel.

Eu résumé , ce principe , que les plans de pente sont moins inclinés que les plans de contre-pente , faux , lorsque lon prend pour point de départ la succession des points de partage des eaux ou les limites des bassins hydrographiques, est généralement vrai lorsque le point de départ est fixé à la chaîne centrale (ou système imdépendant ), vers laquelle s'appuient successivement les diverses formations dans leur ordre d’ancienneté.

J’ajouterai qu’il est nécessaire de distinguer les plans de pente et de contre-pente des flancs des vallées. Les premiers comprennent les surfaces qui, du faîte des plateaux, s'étendent au Thalweg( PI. 4, fig. 2, cb et cb’). Les seconds sont fermés par la succession des surfaces inclinées , qui s'élèvent des bords du lit majeur ou alluvial. Ce sont comine les berges du lit majeur (ab et ab”) ; quelquefois ils se confondent avec les plans de pente et de contrepente , maïs plus souvent ils n’appartiennent qu’à la succession de petits contreforts qui s’en détachent; et la position de la partie la plus inclinée n’est pas soumise à la loi que je

viens d’énoncer : elie dépend seulement du rapprochement du fleuve.

072) C’est une immense dénudation de l'argile d'Oxford qui , en ce lieu, s’abaisse au niveau du fleuve. À Mouzay, la vallée a encore plus de 3200 mètres de largeur ; mais audessous de ce village, elle se resserre graduellement jusqu’à Stenay, où elle entre dans la grande Oolithe. À [nor, elle n’a plus que 350 mètres. De là jusqu’à Mouzon, elle serpente encaissée par les versans rapides de la grande Oolithe. À Mouzon ( 1000 à 1200 mètres de largeur), la prairie s'étend de nouveau progressivement jusqu'au confluent de la Chiers (320 mètres ) : elle vient de traverser l’ärgile à foulon et les marnes inférieures à la grande Oolithe. De Sedan à Mézières, son cours est à peu près longitudinal ; les plateaux qui l’encaissent présentent une inclinaison faible sur le plan de pente, et très-rapide sur le plan de contre-pente. De Mézière: à Givet, la vallée de la Meuse est étroite , comme toutes les vallées transversales; le cours du fleuve est sinueux, à petits contournemens; ses berges se confondent presque avec les flancs de la vallée.

L’inclinaison de la Meuse est de 1 mètre pour 2270 de Pagniez à Verdun, et de 1 mètre pour 2860 de Verdun à Mezières (1). Elle s'accroît de nouveau dans le trajet de l’Ardennes, et atteint 1 mètre pour 2330 de Mezières à Givet.

Le produit de ses eaux double et au-delà dans le trajet de Dun à Charleville; il est de 8 mètres par seconde à

(1} L’examen du uivellement de ce fleuve (la Meuse) , présenté à la Société de Géographie, fait voir que son Thalweg ne forme pas une seule courbe asymptotique , mais une courbe à double courbure, dont le point d’inflexion est près de Mouzon, département des Ardennes.

(HE) Sassey , au-dessous de Dun, et de 17 à Warcq, près Mezières.

La Meuse doit être rangée dans les fleuves à lit de gravier; les gués y sont très-multipliées, comme cela a toujours lieu en pareil cas.

La Chiers prend sa source à 3 lieues N.-E. de Longwy, et se jette dans la Meuse , près de Remilly, à une lieue et demie de Sédan.

De Montmédy à Olyzy, la vallée est très-encaissée ; elle serpente au milieu des coteaux élevés de la grande Oblithe. 200 mètres est sa largeur moyenne dans les parties rectilignes, 5 à Goo mètres dans les coudes.

Au-delà d’'Olyzy, la vallée se développe au milieu des formations marneuses inférieures à la grande Oolithe. Elle atteint 800 mètres au confluent de la Marche. À partir de ce point sa direction devieni longitudinale (1); elle forme les immenses prairies de Carignan, qui, près de Mairy, se joignent à celles de la Meuse (3 à 4000 mètres de large.)

Les observations relatives au plan de pente et de contrepente se répètent dans cette dernière partie. L’inclinaison du plateau qui descend de l’Ardennes est peu rapide relativemeni à celle du plateau opposé ; mais, en outre, la Chiers présente une anomalie en ce que son lit suit le bord du plan de pente, et que , par suite, la berge de ce côté est plus élevée que la berge en contre-pente. Sa pente moyenne de Montmédy au coufluent, est d'environ 1 mètre par 1700 mètres ; le volume de ses eaux est de

(1) J'entends par longitudinale une direction parallèle à la stratification , et non pas aux axes des chaînes , ces deux directions n'étant pas

toujours concordantes.

14 ere)

3 mètres par seconde, ou environ le tiers du volume de la Meuse avant le confluent.

La couleur de ses eaux est le jaune d’ocre, et cela en toute saison. Cette couleur est due aux nombreux lavages de mine de fer, qui se font sur ses bords et dans ses affluens.

Son fond est vaseux, les gués y sont très-rares et dangereux.

La vallée de la Semois, dans la partie où j’ai eu occasion de l’observer, de Chassepierre à Izel par Florenville, suit une direction longitudinale ; elle serpente par de larges contournemens dans une vaste dénudation formée dans le terrain secondaire à son contact avec les terrains primordiaux.

Cette dénudation dirigée Est et Ouest , bornée au Sud et en contre-pente par les escarpemens élevés et rapides du terrain secondaire, au Nord par le plateau de l’Ardennes, peut être regardée comme l'antique berceau de la vallée où serpente aujourd’hui la Semoïis. La pente est iorrentielle; déjà près de son embouchure elle est de plus de 2 mètres pour 1000 , ou 1 pour 5oo. Le volume de ses eaux est de 5 mètres cubes par secondes; c’est plus du quart de volume de la Meuse avant le confluent ( 18 mètres). Son lit est encaissé , étroit, formé de roches en place ou de galets très-volumineux; les gués y sont

fermes et multi pliés. :

Géocnosie. — Caractères généraux.

$ IV. L'espace dont je viens de décrire les principaux

caractères topographiques est occupé par les systèmes

inférieurs et moyens de la formation jurassique , comprenant les divers étages reconnus en Angleterre depuis le lias jusqu’au coral-rag inclusivement. Dans leur description , j'emploierai les dénominations données par MM. Phillip et Conybeare , en y joignantles synonymies de localités françaises , que les travaux de MM. Constant Prevost et Desnoyers ont rendues classiques.

Ces deux systèmes se composent d’alternances répétées , de marnes, de calcaire sableux ou lumachelle grossière, et d’oolithes; c’est d’après cetie loi d’alternances, et surtout d’après les caractères zoologiques, que je formerai les subdivisions nombreuses que je crois nécessaire d'établir.

L’argile oxfordienne , ou à Gryphées dilatées ( argile de Dives et de Mamers), sépare le système inférieur du système moyen auquel elle appartient. Une grande formation argileuse, connue en Angleterre sous le nom de fullers-earth, ou terre à foulon , forme d’une manière très-naturelle deux divisions dans le système inférieur.

Une seule division comprendra tout le système moyen.

Les nombreuses alternances des divers étages (1), marneux et calcaires, dont se composent ces trois divisions, formeront huit groupes établis principalement sur les caractères zoologiques.

Je sais que , dans une formation dont tous les étages sont liés d’une manière si intime, ces coupes pourront paraître arüficielles; mais si elles ne semblent pas légitimées par la périodicité des dépôts de nature diverse, et

(1) J'entends par étage la réunion d'assises où couches , ne différant

essentiellement ni par les caractères minéralogiques , ni par les caractères zoologiques.

C0 fa variation , sinon dans les genres, du moins dans les

espèces fossiles , elles le seront par la difliculté de décrire

sans ce secours une formation si complexe.

SV. Disposition et stratification. — La position à peu près horizontale des strates du terrain secondaire, leur continuité, annoncent que l’Ardennes n’a pas éprouvé de mouvemens violens depuis leur dépôt. La même observation s'applique à la partie occidentale du bassin, où les montagnes de la Normandie supportent les strates du terrain secondaire dans leur position primitive ; il en est encore ainsi: dans toute l’Angleterre, du Cornouailles aux bouches de la Fées. Ce vaste bassin ne paraît donc pas avoir ressenti les effets de la révolution qui à son extrémité orientale souleva la chaîne du Jura.

Le redressement des couches tertiaires dans l’île de Wight et sur les côtes voisines , suivant une ligne tirée de l'Est à l'Ouest , paraît dü à un bouleversement local, quoique assez étendu, et sans liaison avec les grandes révolutions alpines.

Quant à la dénudation du Boulonnais et de la partie opposée de l'Angleterre, elle me semble indiquer non une révolution particulière, mais le résultat nécessaire de la dénudation générale sur un axe d’inflexion formé par la prolongation des terrains de l’Ardennes.

La manière d’être des terrains secondaires du nord de la France sur le terrain primordial de l’Ardennes, n'en est pas moins singulière.

On voit, dans la direction de l’est à l’ouest, les diverses formations secondaires s'appuyer successivement

et immédiatement sur les terrains primordiaux, par ja

suppression graduelle des formations inférieures, en sorte que leurs lignes de séparation, qui dans l’intérieur du bassin forment des bandes larges et concentriques, se rapprochent er se confondent successivement dans une tangente dirigée suivant le pied de l’Ardennes.

M. Homalius d'Halloy, qui a très-bien observé et décrit ce phénomène , cherche à en rendre compte par une ingénieuse hypothèse ; il suppose que, lors de la formation de ces terrains , des courans violens refoulaient continuellement vers l’Est les matières qui se déposaient. Sans doute ce fait peut s'expliquer ainsi d’une manière assez probable ; mais ne pourrait-on pas le rattacher, ainsi que tous ceux qui lui sont analogues , à une cause plus générale ; je veux dire la diminution successive, et même la disparition des sédimens , particulièrement fragmentaires et arenacés , en proportion, non de la hauteur absolue du fond, mais de son éloignement des parties élevées du globe.

Il résulte d’un grand nombre de côtes de hauteurs prises aux environs deStenay, Montmédy, Carignan, etc., que les strates plongent au sud-ouest sous un angle qui varie entre 5o et 80 minutes décimales. Quelques couches bien caractérisées par leurs fossiles et leur nature minéralogique , m'ont servi de repère sur une distance assez grande (4, 5 et 6 lieues ) pour pouvoir compter sur l'exactitude de ce résultat (x).

(1) Cette inclinaison moyenne se trouve vérifiée, par le procédé suivant, au delà de mon attente (voyez la fig. 4, PL. 4). 500 mètres est lépaisseur que je trouve pour la somme des divers étages du Coral-rag aux

marnes du lias inclusivement. 4 et B sont des points de niveau, lun sur le Coral-rag (près Belval), l’autre sur les marnes du lias (près Flo-

renville) ; distance 4 B — 55000, ona sin x— = x —60?.

L’épaisseur de cette formation, depuis les marnes du lias inclusivement, jusqu’au coral-rag, est de 500 à 550 mètres. Les Anglais comptent environ 530 mètres pour l'épaisseur des dépôts correspondans sur le bord septentrional du bassin. En approchant de son centre, dans la dénudation du Boulonuais, toute ia formation Jurassique n’a pas 25 mètres d'épaisseur. ( Rozet, Mémoire sur le Boulonnais.)

Les divers étages atteignent une hauteur d'autant plus grande qu’ils sont plus anciens. Calcaire sableux, 400 mètres (Florenville); grande oolithe, 350 à 370 (Saint- Valfroy, Montmédy ); coral-rag, 350 (Belval).

Cependant les étages marneux font exception à cette loi, ou du moins ils ne peuvent être comparés qu'entre eux.

En supposant les couches du calcaire sableux de Florenville, Izel , etc., prolongées à travers la dénudation de la Semois avec leur pente d’un demi-degré jusqu’à la rencontre du versant de l’Ardennes, on trouverait dans cette hypothèse très-probable que la formation jurassique a dû s'élever au-delà de 5oo mètres ; tandis qu’en Angleterre elle ne paraît pas avoir dépassé 340 mètres. (Gloucestershire. }

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