RÉSUMÉ
Je crois devoir, en terminant, récapituler les principaux caractères de la formation jurassique du nord de la France, dans le but de faire ressortir l’analogie parfaite qu’elle montre dans son ensemble et dans ses détails avec la formation correspondante en Angleterre.
Les étages que j'ai eu occasion d'observer forment , en France et en Angleterre une épaisseur à peu près égale . 5oo mètres environ , du Lias au Coral-rag inclusivemen t.
Le maximum de hauteur absolue est 359 mètres en Angleterre, et 400 mètres dans l’Ardenne.
1° Les marnes de Florenville, Houldizy, etc., sont caractérisées par la Gryphée arquée ; les Plagiostomes, etc. , comme les marnes du Lias.
‘9° Les calcaires sableux, les marnes micacées, les calcaires ferrugineux de Florenville, Orval, Carigvan, Dreux, etc., représentent parfaitement cette grande zone sablonneuse et ferrugineuse si bien décrite par les Anglais qui ont désigné les étages analogues sous le nom de sand, imarly sand-sione , et inferior oolithe.
La Gryphée Cymbium et la Plicatuie épineuse en sont les fossiles les plus caractéristiques.
3° La terre à foulon ( fullers earth ) se reconnait facilement dans les marnes bieues de Lamouilly, Vaux, ete. C’est aussi à leur partie inférieure qu’appartiennent les terres à foulon de l’Ardenne.
4° La grande colithe se présente, avec tous ses caracières, dans les vastes carrières de Chauvancy, de Brouesnes, de Luzy, de Ballon, etc.
5°. Les marnes blanches de la Jardinette près Stenay, de Luzy, etc., montrent l’analogie la plus parfaite avec le Bradford-clay des Anglais ; les fossiles sont les mêmes : nous citerons particulièrement les suivans. Turritella, Ostrea acuminata, Terebratula digona, T°. coarctata, Cydarites ornatus , etc.
6°. Au-dessus de cet horizon géognostique si bien déterminé, règne quelque incertitude. Si le forest-marble ne se reconnait pas d’une manière bien positive dans la lumachelle grossière qui recouvre les marnes, dans les calcaires compactes madréporiques et les calcaires sableux de Stenay ; si, en outre , les couches qui , par leurs fossiles et leur composition minéralogique, m’ont paru correspondre au Stonesfield-slate , occupent ici une position géognostique un peu différente, et ne permettent pas de soutenir l’analogie ; il n’en est pas de même du Cornbrask, la principale assise de cet étage. Ses fossiles. (Avicula echinata, Terebratula subrotunda , et ses caractères minéralogiques se retrouvent dans les calcaires grossiers des vieilles carrières de Stenay, de Beaumont , etc.)
7°. Les marnes de Stonne , Belval, Dun , etc., nous montrent dans leur composition leur puissance, leurs fossiles (Gryphea dilatata, Pinna lanceolata, eic.), Vanalogie la plus parfaite avec les marnes oxfordiennes.
8°. L’oolithe ferrugineuse et sableuse, dont j’ai formé un étage particulier à la partie supérieure de ces marnes, a pour dépôt correspondant les sables calcaires ferrugineux queles Anglais placent à la base du Coral-rag (Calcareous-gTit ).
Enfin, cette dernière formation anglaise se montre
(81) avec ses caractères bien distincts ans les coteaux de Belval, de Dun, eic. Nous y avons retrouvé les nombreuses univalves Welania, Turritella, eic., l’'Ostrea gregaria, la Lima rudis, et les nombreux Échinites que les Anglais y ont signalés.
Cette analogie complète des formations jurassiques anglaises et françaises n'aura rien, à ce qu’il me semble, qui doivent nous étonner, si l’on considère que, malgré leur éloignement, elles appartiennent à un même bassin dont les limites n'étaient formées que par des chaînes sous-marines montrant de loin en loin quelques sommets isolés ; que les immenses dépôts horizontaux de sédiment inférieur avaient déjà revêtu d’un manteau uniforme les terrains primordiaux qui , par leur diversité, auraïent pu apporter quelques légères modifications locales, et qu'enfin aucune fracture de l'écorce du globe, aucun abaïssement rapide des mers, aucune révolution plutonique de quelque importance ne paraît avoir altéré, dans le nord de l’Europe , la longue période de calme qui a présidé au dépôt de la formation jurassique.