‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 27 sur 232 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

O2SERVATIONS microscoPiques sur le Blanc du Rosier, Oidium leuconium , Deswaz (1);

Par M. J. B. H. J. Desmazières.

Les jardiniers et les agriculteurs considèrent encore le Blanc comme diverses maladies des végétaux earactérisées par quatre états très-différens. Le premier , que Mirbel a nommé Blanc sec, se fait remarquer par une décoloration des feuilles, par une sorte de päleur, qui se répand quelquefois sur toutes les parties de certaine: plantes ex posées au grand soleil. Le second, qu’il appelle Blanc mielleux, et qui a recu de plusieurs auteurs le nom de Lèpre ou de Meunier, ne s’observe que sur quelques arbres; il est produit par l’excrétion d’une substance blanchâtre et mielleuse qui couvre leurs feuilles. Le troisième état, qui n’a aucun rapport avec le Blanc mielleux, n’est point à proprement parler un Blanc, et plusieurs naturalistes le nomment plus exactement brülure ; il provient souvent, dit-on , des gouttes d’eau qui, répandues sur l’épiderme au lever du soleil, y sont plus tard frappées de ses rayons brülans. Ces gouttes faisant, ainsi que le prétendent quelques physiologistes , l'effet d’un verre convexe, il en résulte, suivant eux, dans les tissus tendres des brülures ou la rupture des cellules et d’autres déchiremens qui produisent de petites taches presque diaphanes à la surface des feuilles (2). Enfin, le

(x) PL. crypt. du nord de la France, u° 303 (r538!. .

(2) Sans chercher à déterminer ici les causes de ce que l’on appelle brulure, nous devons dire que cette explication des physiologistes ne nous paraît pas satisfaisante. Si l’on suppose une goutte sphérique

quatrième blanc, qui est très-répandu, que l’on a également appelé, et avec plus de raison , Meunier, et dans ces derniers ternps Blanc fongueux, se fait remarquer par la présence d’une espèce de farine qui couvre çà et là les feuilles des plantes herbacées ou ligneuses et détermine leur chute prématurée.

C'est dans ce dernier Blanc que l’on doit ranger celui du Rosier : il se manisfeste sur les deux faces des feuilles de cet arbrisseau, vers la fin du printemps, pendant tout l’été et même jusque dans l'automne , par l'apparition d’une sorte de poussière blanche , plus ou moins abondante, qui fait un tort considérable aux jeunes sujets, Elle attaque particulièrement les Rosiers de semis dont elle arrête peu à peu l'accroissement ; ils n’ont plus alors cette verdure aimable et brillante qui faisait l'espoir de l'amateur persévérant; d'un jour à l’autre elle blanchit de tous côtés; enfin, si le mal parvient à son dernier période, elle se fane et se dessèche.

Ce n’est point dans les ouvrages des naturalistes anciens, et encore moins dans ceux des horticulteurs, que

nous devons chercher des connaissances positives sur

d’eau, il faudrait, pour qu’elle püt brûler ou attaquer la surface d’une feuille , que cette surface füt à une distance du centre de la goutte égale au diamètre de cette goutte ; ainsi une goutte sphérique qui repose sur une feuille ne nous semble pas pouvoir exercer une action bien sensible sur elle, puisque son foyer est en dessous. On peut aussi démontrer que le foyer de la goutte est encore loin de la feuille, si cette goutte, ne touchant sa surface que par un point et étant assez volumineuse , elle s’aplatit par son poids et prend la forme d’une lentille. Ilen est de même si la goutte mouille la feuille et figure une lentille plano-convexe. Dans ces deux derniers cas, on conçoit que la distance du foyer est aussi variable que la forme de la goutte ; mais il est toujours facile de prouver que ce foyer est encore vlacé loin de la surface de la feuille,

l’organisation de cette sorte de poussière appelée Blane meunier. Les auteurs modernes mêmes n'ont point éclairci tous les doutes sur cette singulière production. Plusieurs d’entre eux reconnaissent aujourd’hui, avec raison, que sur certaines plantes le blanc n’est dû qu’au développement de quelques Ærysibe ; mais pour: celui que l’on remarque sur beaucoup d’autres, telles que le Rosier et l'Ulmaire , adoptant le préjugé des jardiniers, ils le regardent encore comme le résultat d’une sorte d’altération ou d'état maladif du végétal. Toutefois, quelques-uns ont soupçonné depuis peu d’années , qu'il pouvait être également un champignon parasite. M. Bose dans le Dictionnaire d'Histoire naturelle de Déterville, dit que, si c'est une fongosité, elle doit être voisine des genres Erysibe et Uredo; il prévient cependant qu’il ne peut rien affirmer à cet égard, parce qu'il n’a jamais pu y découvrir d'organisation. M. Léman, dans le quinzième volume du Dictionnaire des Sciences naturelles, au mot Erysiphé, émet à peu près la même opinion ; mais n'ayant fait aucune observation, parlant d’après le dire des autres, nous ne devons point nous y arrêter. Persoon, dans son Zraité sur les champignons comestibles, laisse peut-être encore plus de doute à cet égard : « On voit souvent, dit-il, traitant des Erysibe, les feuilles du Rosier, du Pommier et surtout du Spiræa ulmaria , comme saupoudrées de farine, maïs sans petites globules ; ce blanc n’est pas si filamenteux que dans les autres espèces ; appartient-il donc à une autre sorte de production, où mest-il pas plutôt une véritable maladie des plantes , comme le pensent les jardiniers ? »

Le peu de connaissances acquises sur le Blanc du Rosier et de quelques autres plantes, nous fit désirer de

nous en occuper avec persévérance , et l’étude approfondie da développement de cette prétendue poussière, que nous avons retrouvée, dans le Rosier, sur les jeunes rameaux et autour des aiguillons, nous apprit combien opinion qui l’attribue à une maladie de l’arbuste est gratuite. Les verres amplifians nous y firent découvrir distinctement une organisation qui prouve que le Blanc du Rosier est produit par la présence d’une véritable cryptogame que l’on doit placer comme une variété remarquable , à côté du Monilia hyalina d’Acharius, qui se développe sur les feuilles des Graminées et que Fries a décrit et figuré dans ses observations mycclogiques. D’après le Systema vegetabiliun de Sprengel, nous - croyons que Gréville a fait une observation analogue dans le Scotish crypto gamic Flora; mais, n'ayant pu en-. core nous procurer à Paris un exemplaire de cet ou-. vrage, nous ne devons point prétendre confirmer ou in firmer ici les recherches du mycologue écossais.

Le genre Monilia étant circonscrit maintenant aux hyphomycètes ou byssoïdées qui offrent pour caractères des filamens droits, simples, composés d'articles opaques, ovoïdes ou globuleux, contigus, mais se séparant difficilement les uns des autres, le Monilia hyalina d’Acharius et de Fries, fut érigé en genre par Nées, sous le nom d’Acrosporium ; mais cencuveau genre augmenté par Persoon, dans sa Mycologie d'Europe, de l’Alysidium.fulvum ei de Oidium fructigenum de Kunze, de l’Oidium laxum d'Ehrenberg et de l'Oidium aureum de Link, a été maintenu par le professeur de Berlin , sous le nom d’'Oidium qu'il avait proposé d’abord et qui doit être préféré parce qu’il est plus ancien. Les caractères

de ce genre, renfermé.dans la sixième série des Æypho-

mycètes, peuvent être aujourd'hui rendus par cette phrase : Flocci erecti aut decumbentes, simplices et subramost, articulis pellucidis, facillimè dilabentibus, (Link, Sp. 1. p. 121.)

Le Blanc du rosier, variété du Monilia hyalina , doit donc être rapporté à l’Æcrosporium monilioides de Nées et de Persoon , ainsi qu’à l’Oidium monilioides de Link ; mais , en adoptant ce dernier genre, nous ne croyons pas devoir conserver l’épithète monitioides, parce qu'elle exprime un caractère commun à toutes les espèces du genre , et que celle de Zeuconium que nous proposons, signale au contraire cet aspect blanc et pulvérulent qui distingue essentiellement cette byssoïde que nous décri-

vons par cette phrase :

Ornivum zEuconium , maculis sparsis albis; floccis aggregatis, erectis , simplicibus , sursum crassioribus, articulatis : articulis ovalibus , hyalinis, in sporula solvendis.

Habitat amphigenum in foliis variarum plantarums

in Europa. Æstate et automno.

La variété Rosæ, vue sous la lentille, est formée par des filamens diaphanes (Pl.vr. 4, fig. 2), simples, droits, puis décumbans , fugaces, continus à la base et moniliformes dans les deux tiers de leur longueur, c’est-à-dire composés dans cette partie d’articles ovoïdes qui ont un quarantième à un soixantième de millimètre dans leur grand diamètre. Ces articles, que l’on peut comparer à ceux du Zorula antennata, ou mieux encore pour la forme, la disposition et la transparence , à ceux des Peniciilium ou aux corpuscules monadaires du Wycoderma cervisiæ, N., lorsqu'ils représentent bout-à-bout une

série linéaire, sont plus gros à mesure qu'ils approchent du sommet. Ils se séparent dans le parfait développement sous forme de sporules qui se répandent sur la partie continue des filamens , lesquels s’oblitèrent, se couchent et s’entre-croisent dans l’état adulte. Les articles ou sporules, eux-mêmes , se déforment plus ou moins dans un âge avancé, de sorte que l’on ne peut reconnaitre leur figure parfaitement o voïde lorsqu'ils sont désunis depuis quelque temps. ;

Dans un Mémoire plus étendu , dont nous possédons les matériaux, et que nous publierons peut-être incessamment, nous prouverons encore que le Blanc que l’on observe sur d’autres plantes vivantes , telles que le Trèfle des prés, les Pommiers, le Plantain majeur, la Spirée Reine-des-Prés, diverses Labiées, ete. (1), et même sur plusieurs feuilles mourantes ou mortes des arbres de nos bois, et dont les micrographes ne se sont pas encore occupés, n’est pas un cas simplement pathologique ou une dégénérescence du tissu cellulaire, provenant de pluies abondantes suivies d’une évaporation trop considérable , ou des parties âcres de brouillards épais , ou enfin d’une autre cause , ainsi que l’ont prétendu des physiologistes qui se contentaient de mots et ne faisaient jamais usage du microscope ; mais que ce blanc ou ces taches , d'apparence farineuse, sont aussi produites par de petites fongosités parasites de la famille des Byssoïdées et des genres Oidium , Taphrina, etc. Les varia-

tions de l'atmosphère, ainsi que nous l’avons déjà dit

(x) Plusieurs de ces plantes sont aussi attaquées par des Ærysibe, qu’il ne faut pas confondre avec le Blanc dont nous parlons ici, quoique sur la face supérieure ou inférieure de la même feuille on trouve quel-

quefois ces deux productions réunies.

dans notre Ægrostographie, en parlant des maladies des céréales, ne peuvent créer une cryptogame ; seulement, elles peuvent favoriser le développement de ses sporules ou de ses gemmes.

L'Oidium leuconium , var : rosæ , passait dans plusieurs herbiers que nous avons visités pour un Erysibe, genre qui n’a aucun rapport d'organisation avec notre byssoïde. C’est même sous le nom d’Ærysibe, ou Alphitomorpha pannosa que plusieurs floristes, étrangers aux observations microscopiques, en ont parlé dans leurs ouvrages dans lesquels on chercherait vainement le type de notre espèce, le monilia hyalina, si commun en été sur les chaumes et sur les feuilles des graminées de nos prés. Quant à l’Erysibe pannosa , c’est une eryptogame peu répandue, que Link n'indique qu’en Allemagne ; et qu'il n’a décrit que sur un échantillon sec reçu probablement de Wallroth. Elle exisie en France , mais elle paraît y être assez rare ; aucun de nos correspondans de ce pays ne nous l’a adressée et depuis vingt-huit ans que nous explorons les départemens du nord et la Belgique, nous ne l'avons rencontrée que deux fois. Nous devons plusieurs des échantillons qui figurent dans notre herbier à l’obligeance de mademoiselle Libert qui les a recueillies, sans doute, sur les frontières de la Prusse, et à notre savant ami , le professeur Kunze, qui nous les a envoyés de Leipzig.

Nous n’avons pas eu pour but, dans les observations auxquelles nous nous sommes livrés , de rechercher les remèdes que l’on pourrait employer contre la maladie appellée Blanc meunier, ou plutôt d'indiquer les procédés dont on pourrait faire usage pour empècher le déve-

loppement des crypiogames parasites qui le produisent.

Quelques auteurs ont fait connaître plusieurs moyens qu'ils ont cru curatifs; mais nous savons, par notre propre expérience, que ces moyens ne sont pas infaillibles ; nous dirons même que, le plus souvent, ils ne donnent aucun résultat satisfaisant, et que les horticulteurs attendent encore des naturalistes les procédés précieux par lesquels ils parviendraient à détruire toutes ces fongosités épiphylles qui font leur désolation.

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