EXPLICATION DE LA PLANCHE XI
Fig. 1. Disposition des lobes dans les Ammonites. — D , lobe dorsal ; L ; lobe latéral supérieur ; L’, lobe latéral inférieur ; 7”, lobe ventral; 77°, bras du lobe ventral ; d, selle dorsale; Z/, selle latérale; », selle ventrale. ( Ces lettres indiquent les mêmes parties dans les autres figures.)
Fig. 2. Forme des subdivisions des lobes. — $, selle avec ses petits lobes ; L, lobe; Æ, hasta formée par les divisions terminales du lobe. |
Fig. 3. Position des lobes dans l’Æmmonites heterophyllus, Sow. — aaaa , lobes auxiliaires.
Fig. 4. Disposition des lobes dans lÆmmonites heterophyllus vue de côté.
Fig. 5. Disposition des lobes dans l’Ammonites amaltheus vue de côté.— T, position de l’avant-dernier tour de spire et du lobe ventral.
Fig. 6. Disposition des lobes de l’Ammonites nodosus.
Norice sur la Caverne à ossemens d’Argou ( Pyrénées-Orientales ) ;
: Par MM. Marcez De SERRES et FARINES.
Observations générales.
Les cavernes à ossemens, considérées d’abord comme des sortes d’accidens ou des phénomènes locaux, ont pris une tout autre importance depuis que l’un de nous a établi, par des faits nombreux, que la dispersion des ossemens dans les cavités souterraines avait été produite par des causes analogues à celles qui ont disséminé dans nos terrains d'alluvion les ossemens que l’on y découvre (1). Les cavernes à ossemens , ainsi envisagées, ne sont donc que des fentes longitudinales, où, comme dans les fentes verticales de nos rochers, des courans ont accumulé des sables , des limons , des cailloux roulés et des ossemens , qui ont pu d’autant mieux s’y conserver qu'ils étaient tout-à-fait à l'abri de l'influence des- | tructive des agens extérieurs. L’amoncellement des ossemens n’est pas du reste proportionnellement plus considérable dans les cavernes que dans les fentes étroites
où se sont produites les brèches osseuses ; le nombre des
(1) Quoi qu’il soit fort difficile de savoir où s’arrêtent les terrains d’alluvion , et où commencent les dépôts d'attérissement , nous désignerons cependant sous la première dénomination les terrains déplacés, qui, non recouverts par des couches régulières et stratifées , semblent avoir été produits dans la même période alluviale; réservant le nom de terrains de transport aux dépôts recouverts, dans la même
période , par des couches solides et régulières.
ossemens est souvent immense dans certaines de ces brèches où l’on ne peut présumer que des animaux aient vécu , comme on l’a supposé pour ceux des cavernes. - Cette accumulation aussi considérable dans les fentes
verticales que dans les longitudinales , annonce assez
qu’elle a été produite par une même cause, c’est-à-dire,
par des alluvions ; ces alluvions ont seulement entraîné
de plus grands animaux dans les cavernes que dans les
fentes verticales de nos rochers , à raison de la différence
des dimensions de leurs ouvertures. Aussi généralement les débris fossiles, ensevelis dans les cavités ou les
fentes souterraines, sont-ils en: rapport avec leurs ou-
vertures , et leur grandeur s’äugmente avec celle des
lieux par lesquels ils ÿ ont été introduits.
Mais , pour qu’il y ait des ossemens dans Îles cavités. ou les fentes de nos rochers, il faut que ces cavités ou ces fentes réunissent certaines conditions; car, lorsqu'elles n'existent point , l’on n’en trouve aucune trace, tandis que , lorsqu'elles sont réunies , il y a de grandes probabilités d'en découvrir. En effet, pour qu'il y ait des ossemens dans les cavernes , il faut que leur niveau ne soit pas très-élevé, nr leur distance trop grande des terrains tertiaires , et enfin que des matériaux d'ailuvion, tels que des sables , des limons et des cailloux roulés en recouvrent le sol.
Les cavernes à ossemens sont donc des phénomènes géologiques qui tiennent à des causes générales , et non à des causes particulières ét locales : les faits que nous allons faire connaître en sont une nouvelle preuve.
Le département des Pyrénées-Orientales, comme les autres bassins qui bordent la Méditerranée , ne présente
des traces des terrains tertiaires déposés avant la retraite des mers de dessus nos continens que vers le littoral de cette mer. Là ils y sont comme accumulés , ayant un développement à peu près égal dans les trois grandes vallées des Pyrénées, celles du Tech, du Tèt et de l'Agly, quoique les formations que ces terrains recouvrent soient loin d’être les mêmes.
De nombreuses cavernes existent dans les montagnes secondaires les plus rapprochées de ces dépôts tertiaires ; mais comme les formations calcaires dominent essentiellement dans la vallée la plus septentrionale des Pyrénées, celle de l’Agly, c’est aussi dans cette vallée qu’existe le plus grand nombre de ces cavités , et en particulier celle que nous allons décrire. Parmi ces cavités, la caverne d’Argou est la seule où nous ayons trouvé des ossemens , et, ce qu'il y a de plus remarquable, non seulement dans son intérieur, mais encore disséminés sur le sol qui la précède. L’absence d’ossemens dans les autres de ces cavités tiendrait-elle à ce qu’elles ne réunissent point les conditions qui semblent nécessaires à leur présence ; c’est ce dont on pourra juger d’après les faits que nous allons rapporter.
En suivant la chaîne calcaire qui fait partie des Corbières, depuis Opoul jusqu’à Estagel , l’on observe plusieurs cavernes plus ou moins considérables ; la plus spacieuse , celle de Perillos, ne présente aucune trace de cailloux roulés ni d’ossemens : comme elle appartient au système des cavités humides, de nombreuses stalactites et stalagmites la décorent et l’embellissent. L'on en observe trois autres sur le chemin de Pazioli et à peu de
distance de la première; celles-ci sont sèches, n'étant
be
( 279 ) en quelque sorte que de grandes creyasses du rocher ; il n’y existe ni ossemens , ni dépôts d’alluvion, En suivant la crête de la montagne jusqu’ à Vingrau , l’on découvre de nouvelles cavités ; mais, comme il n’y a ni sables ni cailloux roulés, l’on n’y observe pas non plus d’ossemens.
Si de Vingrau on se dirige vers la métairie de lA4rcou, en suivant le torrent de Vingrau , l’on découvre encore deux cavernes, l’une nommée Caverne gounine,, et l’autre de Perroux ; enfin à l'extrémité de la vallée, sur le plateau , se présente la caverne connue sous le nom. de Grotte d’en bec de. Callenove, dont la profondeur est d'environ de 15 à 16 mètres sur 6 à 7 de large, et 5 à 6 de hauteur. Le sol de celle-ci, pas plus que celui. des précédentes , n’est pas recouvert par des dépôts. d’alluvion ; l’on y voit seulement de la terre végétale, aveclaquelle. des ossemens d'animaux de notre époque ont: été entraînés : ces ôssemens appartiennent à des lapins. et à des moutons. Enfin auprès de Génégah, situé à une demi-lieue à l’est de Vingrau , l'on découvre une caverne spacieuse, peu élevée au-dessus dé la vallée , et où il n'existe point d'ossemens , quoique cette caverne réunisse un certain nombre des conditions qui signalent leur présence. Le sol de cette cavité est recouvert par des limons d’alluvion sableux qui renferment de nombreux fragmens de calcaire et de quarz; ces fragmens quarzeUX, utilisés par les habitans des deux villages de Géné-gah et de Vingrau , comme pierres à fusil, ont fait désianer cette caverne sous le nom de Caune de las pedras fougueras, ce qui veut dire Caverne des pierres à feu.
Cette cavité mériterait d’être fouillée avec plus de
soin que nous n'avons pu le faire jusqu'à présent , nos travaux n'ayant embrassé qu'un mètre carré ; il se pourrait qu'il y eût des ossemens, car la plupart des circonstances qui annoncent leur présence s’y montrent réunies : aussi est-il possible qu’ils existent à une plus grande profondeur que celle où nos travaux nous ont fait arriver. Quoi qu'il en soit, on découvre une autre caverne au sud-est du village de Vingrau , tout-à-fait à l'extrémité du plateau d'en Parès. Cette caverne, qui n'est guère qu'à 12 mètres au-dessus de la vallée, est peu spacieuse , son étendue ayant à peine au-delà de 15 mèires; quant à son ouverture, elle est assez grande, ayant jusqu'à 2 mètres de hauteur et de largeur. Il est difficile de savoir s’il y a eu des ossemens et des cailloux roulés dans cette cavité, le sol qui la recouvrait ayant été successivement enlevé avec le fumier que l’on y ramasse. Cette grotte, comme la plupart de celles de ce canton , servant de bergerie aux troupeaux du voisinage, ne présente plus que le roc mis à nu.
Enfin, à peu de distance du village de Vingrau il existe une caverne nommée dans le pays la Caune de las Encantades, ou l’Antre des Enchanteuses. On assure qu'elle est spacieuse , et remplie d’ossemens. Son ouverture , presque verticale, est fermée par un énorme bloc de rocher que les anciens habïtans y ont entraîné pour se préserver, disent encore les simples villageois de Vingrau , des malices des sorciers ou enchanteurs , qui y avaient établi leur séjour. Il nous fut donc impossible, par suite de cette opinion générale chez tous les habitans du village de Vingrau , de trouver un homme qui voulût nous aider à soulever le rocher qui ferme l’entrée
de cette caverne , que l’on dit la plus vaste de toute la chaîne des Corbières. Nous fûmes donc obligés d’abandonner notre entreprise, et nous ne pouvons dire si elle contient autant d’ossemens que le disent ses habitans.
Il résulte donc de ces faits que , parmi les cavernes de Ja chaîne calcaire de Corbière, il n’y en a que deux qui réunissent les conditions nécessaires à la présence des ossemens ; sur ces deux, celle d’Argou est la seule où nous en ayons découvert. Comment se fait-il cependant que nous n’en ayons point aperçu daus celle de Génégah? C’est une question que nous résoudrons plus tard, lorsque nous y aurons fait faire des fouilles assez considé-
rables pour être certains qu’il ’y en a réellement pas. CHAPITRE Ie,
Description de la caverne d’Argou et des limons à ossemens.
Section Î"°. De la caverne d’Argou.
La caverne d’Argou est située à une petite demi-lieue du village de Vingrau , auprès duquel existe l’Antre des Enchanteuses dont nous venons de parler, à peu près à la même distance de Tantavel , et à 2 lieues à l’est de la petite ville d'Estagel. Cetie caverne se trouve à l’extré: inité de la vallée de Tantavel, tout-à-fait au-dessus de la gorge par laquelle le torrent de Verdouble pénètre de la vallée de Pasiols dans celle de Tantavel. Elevée d’environ 80 mètres au-dessus de cette dernière vallée, elle est d’un accès difficile , se trouvant aux trois quarts de
la hauteur d’une montagne dont la pente est aussi rapide qu'escarpée.
La chaîne calcaire où l’on apercoit la caverne d’Argou borde la vallée de Tantavel ; elle s’y réunit à son extrémité, en formant un immense barrage ou un cirque analogue à ceux si fréquens dans les contrées où domiuent les calcaires secondaires. Le même calcaire, qui compose les montagnes de cette partie de la chaîne des Corbières , s’y présente à leur partie supérieure comme d'immenses murailles verticales , semblables en quelque sorte à de vieux édifices ou à des tours qui tombent en ruines. Examiné en petit, sa couleur varie du gris bleuâtre au gris cendré; son grain est assez fin, et sa cassure conchoïde : des infiltrations spathiques blanchàätres le traversent dans tous les sens ; les corps organisés y sont des plus rares. Aussi, faute de caractères zoologiques et même de ceux tirés de l’ordre de superposition, ces calcaires n’étañt recouverts par aucune roche, si ce n’est à la base des montagnes qu'ils composent , par des marnes calcaires noirâtres, bitumineuses et mi-. cacées , il est dificile de décider à quel ordre de formation secondaire appartiennent ces calcaires ; cependant, d'après leur liaison avec des calcaires blancs, à demi cristallins, qui reposent sur des phyllades micacés , ils paraîtraient appartenir plutôt aux couches les plus supérieures du lias, ou du calcaire à Gryphées, qu'au calcaire gris à Bélemnites, si répandu dans le midi de la France.
Lorsqu'on a gravi ies rochers escarpés qui entourent: la caverne d’Argou, on arrive sur une petite plateforme qui en précède l’entrée. Comme dette caverne est assez vasie pour servir de retraite aux bestiaux, on à
muré cette plate-forme , ei l’on y a placé une porte qui,
heureusement pour les curieux , n’est pas constamment fermée. Ce n’est pas sans surprise que l’on voit le sol de cette plate-forme , qu'aucun rocher ne recouvre, tout chargé de limon, dans lequel existent de nombreux ossemens ; il faut que ces ossemens y soient bien nombreux, puisqu'il y en existe tant , après le transport continuel qu’en ont fait les bergers , à mesure qu'ils enlèvent le fumier que les troupeaux y déposent.
De cetie plate-forme on reconnaît que la caverne d’Argou se compose de quatre parties distinctes , qui se succèdent dans l’ordre suivant:
1° D'une sorte de vestibule ouvert par le haut, et dont l'ouverture à plein cintre n’a pas moins de r4 à 15 mètres d’élévation , quoique ce vestibule n'ait guère plus de 11 à 12 mètres d’étendue. Cette ouverture coïncide , par sa direction, avec celle de la caverne qui est du nord-ouest au sud-est, à peu près dans le sens de l'ouverture de la vallée de Tantavel.
Le sol du vestibule est couvert par plusieurs couches de limon à ossemens ; le plus superficiel de ces limons à acquis assez de solidité pour adhérer au rocher et y former des brèches osseuses d’une assez grande dureté.
2° D'une salle moyenne, plus vaste que le vestibule, et recouverte comme celui-ci par trois espèces de limon. Quoique irrégulière dans sa forme, cette salle rappelle assez celle d’une rotonde qui serait couronnée par ‘un dôme élevé; on la voit percée par une ouverture ovalaire , dont le grand diamètre peut avoir de 30 à 35 mètres. C’est par cette ouverture que cette première salle communique directement avec l'air extérieur ; maïs il
ne parait pas que les Himons qui en recouvrent le sol y
soient arrivés par l'énorme fissure qu'elle présente.
3° D'une salle couverte , où les troupeaux se réfugient pendant les orages ou les nuits froides et humides. Sa longueur est d'environ 17 à 18 mètres , sur une largeur de 7 à 8. La forme , irrégulière, présente peu cependant de ces grands enfoncemens et rétrécissemens si fréquens dans les cavernes creusées dans le calcaire secondaire. La voûte de cette salle , comme celle du vestibule, est à plein cintre ; mais elle s’abaisse de plus en plus à mesure qu'elle se rétrécit et que l’on s'éloigne de son ouverture : l’on peut cependant se tenir debout jusqu’à son extrémité.
Le sol de la salle couverte, comme celui des autres pièces, est inégal et irrégulier, à raison de l’accumulation des limons que l’on y observe , limons dont la pente est dans le sens de l’inclinaison des couches calcaires, qui est aussi celle de la vallée, c’est-à-dire, du nord-ouest, au sud-est. C’est aussi dans le sens de la plus grande pente , et au sud-est, que l’on découvre le plus d’ossemens disséminés dans le limon; circonstance qui se reproduit dans les cavernes du midi de la France, où il existe une pente sensible dans les limons intérieurs.
4° D'un couloir étroit, tortueux, s’ouvrant dans la salle couverte, mais tellement bas que l’on ne peut y pénétrer qu'en rampant périblement sur le ventre. Ce couloir, placé au sud-est et à l'extrémité de la salle couverte , se prolonge si loin ,; qu’en le suivant on a vu des chèvres arriver de l’autre côté de la montagne d’Argou. Sa longueur a au moins 600 mètres. Cette étendue creuse à travers des rochers si compactes ne laisse pas que d'être
remarquable , surtout le couloir se maintenant si bas:et
(285) si rétréci, Il paraît que c’est par ce couloir que sont arrivés les ossemens et les cailloux roulés disséminés dans les diverses parties de ces cavernes.
Tels sont l’aspect et la forme de la caverne d’Argou, la
seule peut-être où les ossemens soient aussi abondans au dehors que dans l’intérieur. Ces ossemens y sont répandus de la manière la plus irrégulière et la plus confuse ; ils sont seulement plus abondans dans les limons qui recouvrent le sol de la plate-forme et du vestibule que
dans ceux de la salle moyenne et de la salle couverte,
c’est-à-dire, qu'ils sont principalement accumulés dans.
les points les plus bas. De même on les voit en nombre plus considérable dans les couches les plus profondes du limon , parce que pariout les limons à ossemens et les cailloux roulés qui les ont accompagnés se sont accumulés dans les points de la plus grande pente.
Or, comme le niveau du plateau et du vestibule qui lui succède est inférieur aux deux salles de la caverne, il est probable que le courant qui y a entraîné le limon et les ossemens y est arrivé par le couloir, et par conséquent qu'il est venu de l’autre côté de la montagne ; on le suppose d'autant plus que l’on ne voit plus de traces de ce limon au-delà de la plate-forme, et que son niveau s’élève de plus en plus jusqu’à l'ouverture du couloir. Ce courant ne devait pas avoir une grande force d’impulsion, à en juger par l’horizontalité des couches sableuses dont le limon est formé , et le peu d'indice de frottement que présentent les ossemens qui y sont accumulés; entrainés cependant avec des cailloux roulés , il n’est pas
étonnant de les voir brisés , fracturés , quoique rien n'in-
dique qu'ils aient été roulés, ni qu'ils aient subi un transport violent et long-temps prolongé.
Ces ossemens sont disséminés dans le limon sans ordre et sans aucun rapport avec la famille , le genre ou l’espèce des animaux auxquels ils ont appartenu ; ils n’en offrent pas davantage avec la position qu'ils occupaient dans le squeleite, étant mêlés d’une manière si confuse, qu’à côté d’un os du tarse de rhinocéros l’on découvre des dents brisées de chevaux , ou des fragmens d’os longs de ruminans. Aussi, en réunissant le grand nombre des fragmens osseux que nous avons fait extraire du limon, nous n'avons pas pu recomposer une seule partie quelconque du squelette, tant les os sont brisés et fracturés par l'effet du transport qu’ils ont éprouvé , et non, comme on pourrait le supposer, par la maladresse des ouvriers ; d'ailleurs il est facile de distinguer les cassures fraiches et accidentelles des anciennes , et de reconnaître si elles ont été produites postérieurement ou antérieurement à leurs dépôts.
Secrion Il. Des limons à ossemens de la caverne d’Argou.
Les limons à ossemens de la caverne d’Argou sont généralement sablonneux , ou composés de petits grains anguleux, qui sont cependant plus généralement calcaires que siliceux. Ces limons renferment une certaine quantité de matière animale; car, chauffés dans un tube de verre, ils font passer au bleu le papier de tournesol rougi , dégagent des vapeurs ammoniacales, et noircissent d’une manière sensible après leur calcination.
On peut distinguer trois sortes de limons, dont Îa dureté est d'autant plus considérable que ces limons sont plus superficiels, tandis qu’il en est tout le contraire du nombre des ossemens qu’ils renferment. Ces limons, qui s'élèvent d'environ 8 à 9 mètres au-dessus du rocher qu’ils recouvrent, et dont le niveau le plus supérieur est vers l’ouest, forment 1rois couches bien distinctes par la nature et la dureté des matériaux qui les composent, et par leur séparation , qui indiquent des dépôts successifs.
La couche la plus supérieure ou la plus superficielle est formée par un limon sablonneux endurci, d’un jaune roussâtre , faisant corps avec le rocher auquel il adhère, et ressemblant assez aux brèches osseuses ; il réunit, comme elles, des fragmens de calcaire secondaire, de galets quarzeux, et des ossemens brisés , fracturés et épars. Ce limon, le seul solide, est aussi celui où les cailloux roulés et les ossemens sont le moins nombreux, et où ils ont le moins de volume. Par conséquent, les ossemens sont encore moins reconnaissables dans ce limon que partout ailleurs.
Comme dans les autres couches, les ossemens et les
‘cailloux roulés abondent principalement vers la partie de ces limons qui se trouvent au sud-est de la caverne, c’est-à-dire, dans les points de la plus grande pente. L’épaisseur de cette première couche est d'environ 2 mètres à 22,00:
Le limon moyen, placé au-dessous du premier ou du supérieur, en stratification concordante avec lui, est également formé par des sables jaunâtres, à demi endurcis; ces sables ont les plus grands rapports avec les sables des terrains d’eau douce supérieurs, si abondans dans les
(ta68°)
formations lacustres des bassins méditerranéens. Ces limons sablonneux offrent, comme ceux qui leur sont superposés, et des cailloux roulés et des ossemens ; mais les uns et les autres y sont plus volumineux, en plus grand nombre , et moins brisés que dans la couche supérieure. Les galets quarzeux y sont cependant moins abondans , maïs ils ont été remplacés par des galets calcaires. Ces deux sortes de cailloux roulés ont dans cette couche des dimensions plus considérables que dans la couche de limon endurci.
L’épaisseur du limon moyen paraît être de 3 mètres à 3",6o.
Le limon inférieur toujours sablonneux, moims endurci que ceux qui le recouvrent , est presque pulvérulent : peut-être est-ce à la ténuité et à la finesse des molécules qui le composent qu’il faut attribuer la plus parfaite conservation des ossemens qu’il renferme. Cependant , comme les cailloux roulés y sont plus abondans qu'ailleurs, il semble que les ossemens charriés avec eux devraient être encore plus brisés et plus fracturés que dans les couches supérieures : il n’en est pourtant pas ainsi. C’est aussi de cette conche que nous avons retiré les os les plus propres à nous fixer sur les genres et les espèces d'animaux qui ont été transportés dans cette cavité.
Ainsi, dans la caverne d’Argou comme dans les autres cavités souterraines , il existe un rapport sensible entre le nombre des ossemens et celui des cailloux roulés. Ici, comme ailleurs , le nombre des uns n’augmente pas sans qu'il en soit de même des autres, et comme les cailloux roulés sont plus abondans dans cette couche que dans
celles qui lui sont superposées, il en est de même des ossemens. 1b
Ce limon sablonneux et pulvérulent offre de plus des fragmens plus ou moïns abondans de marne calcaire, ainsi que des concrétions arrondies , noirâtres , creuses , ou remplies de limon , et que l’on pourrait prendre pour des excrémens, d’autant-plus aisément qu'elles contiennent une grande quantité de matière animale. Nous avons reconnu que ces concrétions étaient les enveloppes ou l'habitation d’une larve d’insecte probablement des genres Hamaticerus ou Prionus, et nous en avons d’autant moins douté, que , dans certaines, la larve y était encore. Si nous sommes entrés dans ces détails, c’est afin d'éviter les méprises que ces concrétions pourraient faire naître.
Du reste, les ossemens et les dents que l’on découvre dans ce limon inférieur, quoique moins brisés que ceux des couches supérieures, n’en sont pas moins épars et disséminés de la manière la plus irrégulière. On les voit tous , sans aucun rapport de position, avec celle qu’ils occupaient dans le squelette, ni avec les familles, les genres et les espèces auxquels ils se rapportent.
L’épaisseur de ce limon, jusqu’au roc vif, est de 3 mètres à 3 mètres 80, en sorte que la puissance totale de ses diverses couches, en l’estimant dans le point où. elle est la plus grande, est de 9 mètres 40.
Quant à celle des couches calcaires qui forment le massif intérieur des cavernes d'Argou, elle est assez grande , surtout dans les parties les plus élevées. Ces couches s’inclinent le plus généralement vers la vallée