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espèces douteuses, ou incomplètement connues, que l'on rencontre presque à chaque pas dans l’histoire de certains groupes d'animaux, et principalement, parmi les Mammifères , dans celle des Rongeurs. Aussi, renvoyant à une autre époque la description des espèces nouvelles que nous nous proposons de faire connaitre , nous croyons dès à présent devoir donner une notice succincte sur Ja Viscache . et l’établir comme le type d’un genre distinct. Ce genre, dans lequel doivent rentrer dès à présent le Chinchilla et un rongeur nouveau que nous ferons connaître , s’enrichira très-probablement de plusieurs autres espèces , lorsque l’intérieur du continent américain aura été exploré d’une manière plus complète.
Nous renvoyons à l'ouvrage que nous nous proposons de publier par la suite, l'exposé historique des travaux dort la Viscache a été jusqu’à ce jour l’objet : la plupart se trouvent , au reste, mentionnés dans la Mammalogie de M. Desmarest, ouvrage auquel nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur. On y verra que M. Desmarest avait parfaitement indiqué à l'avance (page 360 , note ) les rapports qui existent entre la Viscache et le Chinchilla, et il n’y a nul doute qu'il eùt dèslors établi le genre que nous proposons aujourd’hui, s’il eût connu le premier de ces rongeurs autrement que par la lecture des ouvrages de Nieremberg , de Molina, d’Azara et de quelques autres auteurs.
M. Cuvier a aussi donné de la manière la plus précise les mêmes indications dans le Règne animal ( deuxième édition , page 222). Je dois encore citer l’auteur d’un ouvrage nouveau sur les animaux du Paraguay (1),
(1) Vaiurgeschichie der Saügethicre von Paraguay. 1830.
M. Rengger , comme ayant annoncé que la Viscache doit devenir le type d’un nouveau genre. Enfin, quelques autres zoologistes ont aussi exprimé la même opinion , mais d’une manière beaucoup moins explicite : on
va voir par les détails suivans combien elle est fondée.
S I Description de la Viscache.
Par la forme générale de son corps, et par quelques autres caractères extérieurs , la Viscache ressemble plus au lapin qu’à tout autre animal : cependant il existe aussi de remarquables différences. Le corps est oblong, un peu déprimé ; la tête est grosse, très-étendue transversalement, presque aussi large que le. corps , enfin terminée par un museau obtus. Les membres sont beaucoup plus courts , et la queue beaucoup plus longue que dans le genre lièvre. J’indiquerai tout à l'heure leurs caractères de conformation.
Les yeux sont assez petits, et à pupille arrondie. Les oreilles , assez longues, sont membraneuses , couvertes de poils courts, assez clairsemés, arrondies à leurs bords, mais terminées supérieurement en une pointe obtuse, et se rapprochant ainsi dans leur ensemble de la forme triangulaire : en somme, elles ressemblent à celles du lapin, avec cette différence qu'elles sont proportionnellement plus larges et beaucoup plus courtes. Les deux narines sont très-écartées l’une de l'autre, et se présentent sous la forme de fentes longitudinales, un peu sinueuses , et plus rapprochées inférieurement que supérieurement : l’espace compris entre elles , et qui est un véritable mufle , est en partie nu et en partie couvert de
poils excessivement courts.
Les moustaches sont extrèmement longues , et composées de soies pour la plupart très-épaisses et très-raides. Le pelage est au contraire généralement composé de poils de longueur moyenne, assez rudes sur le dos, beaucoup plus doux sur les flancs, mais qui, dans aucune région , n'arrivent à ce degré extrême de finesse ét de moelleux qui rend si remarquable la fourrure du Chinchilla et de la troisième espèce du genre, le Callomys aureus.
[ n’y a point d’abajoues, circonstance qu'il importe de remarquer, à cause de lanalogie qui existe, à plusieurs égards , entre les Cailomys et le Hamster.
Le système dentaire est très-remarquable et très-ca- | ractéristique. Il existe en tout vingt dents, savoir, de chaque côté et à chaque mächoiïre , une incisive et quatre molaires. Les quatre incisives , légèrement arquées, sont triangulaires , et coupées en biseau à leur extrémité, sur leur face postérieure. Les molaires inférieures diffèrent à peiné‘entre elles par leur disposition , leur grandeur et leur volume : elles sont toutes très-obliques , et dirigées de dehors en dedans et d’avant en arrière. Elles sont ovales , ou, pour en donner une idée plus exacte, comparables à un grain de blé ; chacune d'elles présente à la couronne deux petites excavations longitudinales , séparées par une petite crête, à l'extrémité externe de laquelle on remarque une échancrure : cette petite crête et cette échancrure partagent chaque dent en deux parties très-distinctes, présentant l’une et l’autre la forme d’un ovale trés-allongé. Les molaires supérieures sont, comme les inférieures , obliques d'avant en arrière et de dehors en dedans , et présentent aussi, à l'exception de
la dernière, deux excavations longitudinales , séparées par une petite crête ; mais elles sont quadrangulaires et presque aussi étendues d'avant en arrière que de dedans en dehors. Les trois premières diffèrent à peine entre elles ; mais la dernière , beaucoup plus grande que les autres , présente de plus que celles-ci une partie à peu près demi-circulaire , dont le centre est légèrement excavé.
Le crâne présente plusieurs caractères ostéologiques très-remarquables, et nous Île figurerons avec soin dans l'ouvrage ex professo que nous devons publier sur la zoologie de l'Amérique méridionale. Il me suffira ici de remarquer que le trou auditif externe est placé à l'angle postérieur et supérieur du crâne , directement au-dessus , mais à une grande Gisiance , de l’apophyse styloïde. En général, c’est du cochon-d'Inde et des agoutis que la Viscache se rapproche le plus par les formes de son crâne , comme par son système dentaire : c'est également des Cavia qu'elle se rapproche principalement par les organes du mouvement.
Les membres antérieurs sont terminés par quatre doigts , dont les deux externes sont beaucoup plus courts que les deux internes. Les ongles sont de longueur moyenne , aigus, acérés, un peu comprimés , conyexes à leur face supérieure , {ous presque égaux entre eux : la paume est presque entièrement nue : on remarque un tubercule sous chaque doigt.
Les pieds postérieurs, très-allongés, n'ont au contraire que trois doigts, dont le médian est le plus long et le plus fort; chacun d’eux est terminé par un ongle
irès-rcbuste, long, presque exactement droit, com-
( 287 ) primé, terminé en pointe. La plante du pied est nue et calleuse dans tonte sa moitié postérieure ; elle est recouverte en devant, ainsi que l’origine des ongles , par des poils rudes , assez longs , naissant sur les côtés du pied, et se dirigeant en bas.
La queue est couverte supérieurement de poils longs , rudes , dirigés en arrière, et dépassant de beaucoup, par leur extrémité , la dernière vertèbre caudale : ceux de la partie inférieure , également rudes , sont courts et manifestement usés par un frottement souvent répété ; quelquefois même le poil est en quelques points entièrement détruit , et la peau est devenue calleuse.
Les mamelles , placées sur la poitrine et la partie aniérieure du ventre (d’après M. d'Orbigny), occupent une position très-remazquable ; elles sont placées , non à la partie inférieure du corps , mais latéralement , et près de la face supérieure. L’un de nous a déjà signalé cette position remarquable des mamelles chez plusieurs chauvesouris (1), et depuis il a eu occasion de constater qu’elles sont tout-à-fait supérieures chez un rongeur américain, le Myopotame coypou.
Les couleurs de la Viscache sont presque exactement celles du Chinchilla. Toutes les parties inférieures du corps et de la tête sont blanches ; les flancs et le dessus de la tête sont gris : quelques poils noirs sortent du milieu des poils gris. Le dessus du dos est également couvert de poils gris et de poils noirs ; mais ceux-ci recou-
vrent presque entièrement les premiers ; d’où résulte une
(x) Voyez l’article Roussertre du Dictionnaire classique d’uisioire naturelle ; article où l’on trouve la monographie des cinq genres connus de Chauve-Souris insectivores,
teinte générale noire. Le dessus de la tête est couvert de poils gris, du milieu desquels sortent quelques poils noirs ; mais une large bande, de couleur blanche, couvre le dessus du museau et les joues, Les membres de devant sont antérieurement fauves à leur partie supérieure, blanchâtres à leur partie inférieure; leur face postérieure et interne est blanche. Les cuisses et les jambes sont d’un gris fauve extérieurement, et blanches à leur face intérieure, de même que le dessus du pied. La queue est variée de blanc sale et de brunâtre, et terminée par un pinceau de poils de cette dernière couleur. Les soies qui composent les moustaches sont les unes blanches , les autres noires.
SIT. Rapports naturels de la Viscache avec le Chinchilla , et Caractères du genre Callomys.
Le Chinchilla , quoique des milliers de peaux soient importées chaque année en Europe , quoique sa magnifique fourrure soit l’une de celles que recherche je plus le luxe des nations civilisées , n’est encore que trèsimparfaitement connu des naturalistes. Les peaux que l’on trouve dans le commerce sont presque toujours irès-incomplètes , et toujours privées de crâne et de denis : aussi n’avons-nous pu comparer ces parties chez le Chinchilla et la Viscache.
Néanmoins il n'y a aucun doute que ces deux espèces ne doivent être rangées dans un seul et même genre. Le nombre et la forme des doigts, la forme du corps, de la tête, des oreilles , de la queue , sont presque identiquement les mêmes, et il n’y a pas jusqu'aux couleurs du
pélage et à la disposition des poils, qui ne présentent des rapports évidens dans l’un et dans l’autre, quelque rudes et grossiers que soient d’ailleurs les poils de la Viscache, comparés à ceux du Chinchilla. Nous admettons donc comme un fait incontestable , comme un fait démontré, que la Viscache et le Chinchilla sont deux espèces congénères,ne pouvant être placées dans aucun des groupes établis jusqu’à ce Jour, et devant former un genre à part; genre auquel nous donnerons le nom de Callomys , et qui.se trouve dès à présent composé de trois espèces, par la découverte d’un Chinchilla nouveau et très-remarquable , que nous ferons connaître tout à l’heure sous le nom de Chinchilla doré, Callomys aureus. Les deux espèces anciennement connues pourront conserver leurs anciens noms spécifiques , et être ainsi appelées : Callomys laniger, et Callomys viscacia (1).
Le genre Callomys pourra être caractérisé de la manière suivante :
Dents au nombre de vingt, savoir, une incisive et quatre molaires de chaque côté et à chaque mâchoire ; incisives triangulaires ; molaires inférieures toutes sem-
(1) Let de connaître le ‘Callomys aureus, nous étions portés à faire du mot Viscacia lui-même le nom du genre , voulant éviter la création d’un mot nouveau, qui, ne nous semblait pas indispensable. L’auteur de l'Histoire naturelle du Paraguay, M. Rengger, qui, ainsi qu'on l’a vu, a! déjà indiqué la nécessité de former un-genre à part pour la Viscache , avait eu la même idée. Mais, lorsque nous avons examiné le Callomys aureus , nous avons reconnu que l'adoption du mot Viscackhe, IViscacia, comme nom générique, entraînerait quelques inconvéniens
assez graves de nomenclature , et nous avons donné au nouveau genre le
mom de Callomys , qui rappelle la beauté de la fourrure de plusieurs de ses espèces.