OBSERVATION XIII
La figure veineuse, les aortes et le cœur forment alors un tout continu ; de l’une des exirémités du canal du cœur s'élèvent les aortes , toujours au nombre de deux; elles se courbent au-dessous de la tête du poulet , et forment un arc très-prononcé dont la concavité esten avant et la convexité tournée du côté de la colonne vertébrale audevant de laquelle elles se placent; en se courbant de cetie manière, les aortes se rapprochent l’une de l’autre, de telle sorte qu’elles se touchent au haut de la région dorsale des vertèbres ; elles s’écartent ensuite en descendant, augmentent de volume jusqu’au point où elles communiquent avec l’artère ombilicale, puis elles diminuent graduellement de calibre, et descendent ainsi tout-à-fait isolées l’une de l’autre jusqu’à l'extrémité du coccyx , où elles communiquent encore avec quelques-uns des réseaux capillaires qu'elles offraient en si grande abondance dans le temps qu’elles faisaient partie de la figure veineuse. M. Pander a très-bien représenté cet état ; mais, écrivant sous l'influence des idées de Haller, et ne pouvant méconnaître les deux artères, il se hâte d'ajouter
que ce sont proprement Les arières iliaques de Vani-
mal (1). Pourquoi les artères iliaques et non les aortes ? Qui ne reconnait ici l'influence du développement centrifuge ? comment les artères iliaques se prolongeraientelles d’une part jusqu’au haut de la région dorsale du poulet, et de l’autre jusqu’à l'extrémité du coccyx ? comment les iliaques seraïent-elles si prononcées ; si volumineuses quand il n’y a nul vestige , nulle apparénce des membres inférieurs ? Maïs l'existence de deux aortes répugnait tellement à l’ancienne organogénie, que ces contradictions sont peu de chose auprès de lécroulement tout entier du système des développemens ; il ne fallait qu'une aorte d’après ce système ; on en trouve deux primitivement , et toujours deux ; ce mésaccord ne pouvant se concilier, on convertit les aortes en iliaques ; mais que nous font les noms, ce sont les choses qui nous intéressent ; et les choses sont ici si positives que personne ne peut les méconnaître.
On ne peut méconnaître cette loi générale des formations qui dirige les parties de la circonférence au centre, les fait converger les unes vers les autres, et les porte à se réunir et à se confondre par leurs tissus homogènes , quand elles sont arrivées au point de contact ( 1° Mémoire, $ IT). Telle était la position des artères ombilicales placées d’abord en dehors du champ du poulet , l'un d’un côté , l’autre du côté opposé; elles entrent dans ce champ, se portent isolément vers le cœur, et constituent les aortes dorsales; peu après , des branches inférieures de l’ombilicale , plus écartées encore , marchent l’une vers l’autre , entrent dans le champ du pou-
(1) M. Pander, article 13. Voyez, au reste, sa figure, admirable de vérité.
(14) let et se placent sur la mème ligne que les aortes dorsales dont elles ne sont alors que la continuation. Tels sont alors les faits, car la théorie n’en est que la traduction.
Ce n’est pas tout, les choses ne peuvent rester à ce point ; l'animal ne peut avoir deux aortes que transitoirement ; il faut que ces deux aortes se transforment de nouveau, qu'elles se convertissent en une seule et unique artère ; car iln'y a jamais qu’une aorte chez les vertébrés et l’homme. Comment s'opère cette conversion? comment ces deux unités se confondenit-elles ? ñe voit-on pas que nécessairement ces deux aortes devront continuer leur mouvement centripète? que nécessairement elles devront marcher l’une vers l’autre et de dehors en dedans? que, par ce mouvement, elles seront amenées au point de contact sur la ligne médiane , et que là, sur cette ligne , s'effectuera leur réunion , leur fusion en une seule artère?