‹ Annales des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 51 sur 78 · NU · texte numérisé non relu

NU

des Haves et des Radis, fig. 9, 10 et rt ; f, racine ou système asceudant.

Il faut remarquer que la déchirure longitudinale de la fig. 17 se fait comme dans les fig. 9, 10 et 11, c’est-à-dire, entre les deux points d’insertion des protophylles.

g, mérithalle secondaire , que quelques auteurs ont nommé tigelle sans la moindre nécessité.

Rapprorr sur trois Mémoires de MM. Vicror Aupouix e Mirxe-Enowanos, relatifs aux animaux sans vertèbres des côtes de la France ;

(Fait à l’Académie royale des Sciences, séance du 15 novembre 1830.)

Par M. le baron Cuvrer.

Depuis plusieurs années que MM. Audouin et Milne- Edwards se livrent à l'étude des animaux sans vertèbres qui peuplent nos côtes, ces naturalistes ont présenté à l’Académie diverses recherches sur l'anatomie des Crustacés, ainsi que des observations sur la structure et les moœurs de plusieurs Mollusques et Zoophytes. Des rapports ont été faits sur chacun de ces Mémoires ; aujourd’hui ils abordent plus spécialement l’histoire des Annelides , et font connaître les résultats qu'ils ont obtenus dans un nouveau voyage sur les côtes de la Normandie et de la Bretagne.

Ces travaux font le sujet de trois Mémoires lus à l'Académie ou déposés sur son bureau, dans les séances du 19 juillet et 23 novembre 1829, et qui ont été renvoyés à l'examen de MM. Cuvier, Duméril et Latreille.

Le Premier, qui a pour titre: Classification et description des Annelides de la France , forme un volume manuscrit de près dé {oo pages, et'est accompagné de plusieurs planches dont quelques-unes sont déjà gravées et prêtes à paraître.

Le Deuxième traite plus spécialement des Poïls de ces animaux, considérés comme moyens de défense.

Le Troisième, qui est un résumé de leur voyage, expose d’une manière sommaire différens faits nouveaux relatifs à l'anatomie des Crustacés et à la découverte de

plusieurs espèces de Mollusques.

Analyse du premier Memoire intitulé : Description ei

Classification des Annelides de la France.

Depuis qu'on a circonscrit dans de justes limites Îa classe des Vers à sang rouge ou Annelides, ces animaux ont été l’objet de plusieurs travaux importans. Cependant leur histoire est beaucoup meins complète que celle de la plupart des autres groupes d'animaux articulés , et les espèces de nos côtes sont peut-être celles dont l’étude a été le plus négligée. C’est ce dont MM. Audouin et Milne-Edwards se sont bientôt convaimeus lorsqu'ils ont voulu nommer et classer dans la Collection du Muséum d'histoire naturelle de Paris les objets qu'ilsavaient recueillis dans leurs différens voyages. Ainsi , l'ouvrage de M. Savigny, qu'on peut regarder comme le Species le plus complet que lon possède encore sur cette partie , ne mentionne que 19 espèces d’Ænnelides dorsibranches propres à nos côtes de l'Océan ou de la Manche,

tandis que nos auteurs en décrivent plus de 40. Parmi

( 319 ) elles , plusieurs leur ont paru nouvelles , et d’autres, qui ne le sont pas, n'avaient encore été observées que dans la Méditerranée, la mer Rouge ou les.mers du Nord.

MM. Audouin et Milne-Edwards ne se sont pas bornés à donner la description de ces espèces et à l’accompagner de figures qui montrent tous les détails de leur organisation externe ; ils se sont crus obligés, afin de mieux apprécier leurs rapports naturels, d'étudier comparativement les espèces exotiques, et ils ont eu recours, pour cet effet , à la Collection du Muséum. x

Ce travail leur a fait découvrir plusieurs, types nouveaux , el les a naturellement conduits à proposer quelques modifications dans la manière de classer les Annelides en général. |

Les principales divisions qu’ils admettentrne diffèrent que peu de celles que l’un de nous a établies dans son Règne animal ; mais ils proposent de nouvelles familles et créent. plusieurs genres dans l’ordre des Dorsibran-, ches, le seul dont ils traitent pour, le moment, d’une manière spéciale (1).

Cette description des Annelides dorsibranches n’est guère susceptible d'analyse ; les auteurs l'ont présentée avec beaucoup de détails, et afin de faciliter la détermination des genres et des espèces , ils ont joint à leur ouvrage une série de tableaux synoptiques d’un usage trèscommode , et qui présentent d’une manière comparative

les principaux caractères distinctifs de ces animaux.

(x) Ces nouveaux genres, que M. Cuvier a déjà fait connaître et adoptés dans la deuxième: édition du Règne animal, portent les noms de Sigalion , d’ Acoëte, d’Hipponoëé et d’Alcyope.

Analyse du second Mémoire ayant pour titre : Des P poils des Annelides, considérés comme moyens de

defense.

MM. Audouin et Milne-Edwards, ayant été conduits, dans le précédent travail, à étudier avec beaucoup de soin la structure des différens organes extérieurs des Annelides , et ayant porté leur attention sur les poils qui garnissent leurs pieds, se sont convaincus que ces mêmes poils , qu’on se bornait à regarder comme de simples ornemens , ou, avec plus de raison, comme des organes de locomotion , étaient aussi pour ces animaux des armes défensives d’une nature particulière.

Chez les Tubicoles , ainsi que M. Savigny l'avait déja remarqué , ils sont modifiés d’une manière spéciale afin de servir à leurs mouvemens dans les espèces de fourreaux qu'ils habitent ; mais ce qui n’est pas moins digne de remarque, c’est que, dans les Annelides dorsibranches qui mènent généralement une vie errante , ces poils ont des fonctions différentes et non moins importantes.

MM. Audouin et Milne-Edwards font voir qu’en général ils prennent alors la forme d’épines ou d’aiguillons d'autant plus redoutables qu'ils sont rétractiles. et qué l'animal peut les diriger à son gré contre les objets dont il craint l'attaque. Toujours leurs formes sont en rapport avec cet usage, et leur structure est des plus variées.

Le nom de soies leur convient quelquefois parfaitement, tant à cause de leur extrème finesse qu’en raison

de leur couleur d’un jaune lustré, Tels sont les poils

( 3ar )

flexiblesetbien connusdecertaines Aphrodites. Ces poils, qui quelquefois, comme chez lAphrodite hérissée , forment, en s’entrelaçant, une sorte de feutrage, n’ont d'autre usage que de protéger le corps , comme le ferait un vêtement ou la toison d’un Mammifère ; dans ce cas, leur rôle est tout-à-fait passif, et l'animal ne peut les faire rentrer dans son corps ou les diriger vers le danger. Si on les examine avec un microscope, ils paraissent simples et sans aucune des dentelures qu’on leur trouve ailleurs.

D'autres soies sont également simples, mais raides, courtes, rétractiles et acérées. Alors l'animal peut s’en servir comme d'autant de lardoires pour sa défense,

Souvent encore les poils , quoique simples, ‘offrent une érganisation un peu plus compliquée; ils peuvént être terminés par une sorte de fourche à deux branches inégales , ou bien présenter une cannelure dont les bords sont dentelés.

Enfin , ils figurent quelquefois , par la disposition de leur pointe, une lancette ou un fer de lance dont les bords relevés seraient plus on moins denticulés.

Voici donc certaines Annelides déjà pourvues de siylets, de piquans et de diverses autres armes redoutables irès-propres à leur défense , et elles en sont abondamment fournies ; car ces stylets, ces piquans sont groupés en faisceaux sur chaque pied ; et, dans plusieurs espèces, ces pieds sont au nombre de plus de 600.

Foutefois , ces armes microscopiques sont beaucoup moins curieuses que celles dont MM. Audouïin et Milne- Edwards font ensuite connaître la structure, et qu'ils désignent sous le nom de poils composés. Deux parties

xx. 21

distinctes entrent toujours dans leur composition , c'est là leur caractère essentiel. Le plus généralement les deux parties , l'une basilaire . l’autre terminale, qui les cons- Lituent sont unies bout à bout par une véritable articulation en ginglyme, et la pièce terminale affecte diveïrses formes qu’on peut comparer à celle d’une serpette, d’un harpon ou d’une baïonvetie. Maïs ce que ces poils composés présentent surtout de curieux , c'est que, par un mécanisme fori simple , ils peuvent laisser dans la plaie qu’ils ont faite leur dernier article, et qu'après l'avoir perdu , l'arme , réduite ainsi à la pièce basilaire, conserve encore à son extrémité une pointe acérée :qui peut agir à la manière d'un stylet. :

Enfin , les auteurs font connaître des espèces d’armes d’une composition très - compliquée. Ce sont, quant à leur forme, de véritables flèches bardées bien remarquables en ce que chacune porte avec «elle son carquois ou son étui. Cet étui , composé de deux valves susceptibles de s’abaisser, lorsque la flèche s'enfonce dans quelque corps étränger , présente. intérieurement autant:de compartimens qu'il y a de petites dents sur les côtes.de la flèche, et a pour usage non - seulement de garantir l'arme , mais encore de lui permetire de rentrer dans le corps de l'animal sans y opérer de déchirure.

MM. Audouin et Milne-Edwards, qui ont donné plusieurs dessins à l’appui de leur travail, entrent dans plusieurs autres détails relatifs aux diverses modifications de structure des poils des Annelides et au méca-

nisme de leurs mouvemens.

74 s] (323) Analyse du troisième Mémoire.

Dans leur troisième Mémoire, MM. Audouin ei Milne- Edwards rendent compte de la suite de leurs recherches sur les animaux sans vertèbres de notre littoral.

En 1826 et 1828, ils n'avaient visité que la côte de Granville ei le groupe des îles Chausey situé auprès; l’année dernière ils ont étendu le champ de leurs observations jusqu'au cap Fréhel,, et une circonstance : trèsheureuse est venue favoriser leurs travaux. Un des membres de l'Académie , M: Beautems-Beaupré s’occupait alors du relevé hydrographique de ces parages, et, grâce à son obligeance extrème , les auteurssont pu visiier les nombreux écueils qui hérissent cette partie de la Manche, etqui,pour la plupart, nedécouvrent qu'’èmer basse ; explorer, à l’aide de la drague ou de la sonde, des fonds de nature variée, soit. au large, soit dans des points où la mer est tellement abritée qu’elle ressemble presque à un lac d'eau salée ,-et:étudier jusque dans ses moindres sinuosités une assez grande étendue de côtes. Ces excursions multipliées ont fourni à MM. Audouin et Milne-Edwards l’occasion de recueillir des échantillons des divers rochers qui bordent cette partie du littoral, mais elles avaient surtout l’avantage de leur faire découvrir nn grand nombre d’espèces variées, de Mollusques , d’Annelides, de Crustacés et de Zoophytes, dont plusieurs sont complètement nouvelles pour Ja science ; de leur procurer des connaissances précises sur la disposition topographique de ces animaux marins , et

de leur permettre d'observer plusiéurs particularités de

leurs mœurs. Les collections qu’ils ont faites pendant ce voyage sont encore plus nombreuses que celles qu’ils avaient rapportées l'année précédente des îles Chausey, et ils les ont également déposées au Muséum d'histoire maturelle.

Dans les environs de Saint-Malo , les Annelides ne sont pas moins nombreuses qu'aux îles Chausey, et, parmi celles que MM. Audouin et Milne-Edwards y ont recueillies ;, il'en est plusieurs qui intéresseront les z00logistes. Ainsi, ils ont découvert une nouvelle espèce de Siphonostome, dont les pieds sont garnis de soies à crochets comme ceux des Tubicoles, circonstance qui vient à l’appui de l'opinion que les auteurs avaïent déjà émise sur la plate’ que ce genre doit cccuper dans nos méthodes ; la structure et les mœurs d'une de leurs espèces inédites de Clymène établissent de nouveaux liens entre ce genre et celui des Lombrics , à côté desquels ils l’avaient déjà rangée, tandis que M. Savigny le plaçait parmi les Tubicoles ; enfin , une autre Annelide de cette côte leur a présenté un type particulier d'organisation extérieure, et leur à paru devoir constituer un nouveau genre auquel ils donnent le nom de Trophonie.

Les mœurs des Annelides n'ont été jusqu'ici que peu étudiées , et MM. Audouin et Milne-Edwards ont observé à ce sujet plusieurs faits intéressans ; ils ont constaté que les Nephthys, les Aricies, les Glycères, les Cirratules , les Aglaures et certaines Eunices vivent enfouies dans la vase où dans le sable , comme les Arénicoles , etils décrivent la manière dont ces animaux creusent leurs galeries souterraines ; ils font connaître com-

ment certaines Sabelles changent de place à l’aide des

longs tentacules qui entourent eur bouche , phénomène singulier qui avait également été vu par M. Cuvier, et ils se sont assurés de l'influence funeste qu’un autre animal du même ordre , la Hermelle, exerce sur les Huitres de Cancale, où elles ont déjà ruiné un des bancs les plus riches.

Les auteurs traitent aussi des mœurs de divers Mollusques de nos côtes, et ils ont eu l’occasion d'observer dans cette classe plusieurs animaux imparfaitement connus ou complètement nouveaux. Parmi les premiers, nous citerons les Calvptrés , les Phasianelles , les Fleurobranches , les Onchidies et les Dentales ; et, parmi les dernières , les Actéons , les Dorimorphes, les Tectures et les Cribelles. D’après les observations de ces. naturalistes, l’Aplysie verte de Montagu, dont Ocken a formé le genre Actéon, présente cela de particulier: qu'ayant la forme générale des Aplysies , elle s’en éloigne par un des caractères les plus importans de l’organisation; en effet , elle ne porte pas sur le dos de véritables branchies , et ce sont les tégumens communs qui paraissent ètre les seuls organes de respiration. Le genre Cribelle de MM. Audouin et Milne-Edwards est également trèssingulier, car le Mollusque gastéropode qui porte ce nom, bien qu'il ait la forme des Pleurobranches et qu’il ait aussi comme eux, à droite et à gauche, un sillon qui sépare nettement le pied du manteau, ne présente dans cet intervalle aucune trace de hranchies: celles-ci semblent être remplacées par la peau du manteau , qui de chaque côté est un peu ridée et criblée d'une infimité de pores. Les Dorimorphes de nos auteurs s’éloignent moins des types d'organisation déjà connus, et tiennent, pour

ainsi dire , le milieu entre les Doris et les Pleurobranches. Enfin, leur genre Tecture est intéressant en ce qu'il offre une preuve plus irrécusable peut-être qu’aucun autre , que l'étude des coquilles, séparée de celle des animaux qui les construisent , peut conduire à des rapprochemens erronés. En effet , ce genre a été établi pour recevoir une pelite Patelle rose de nos côtes (P. parva?), dont l’animal, au lieu de ressembler à celui des Patelles ordinaires, présente, comme les Cabochons, une cavité antérieure renfermant une branchie; et cela est d’autant plus remarquable, que la forme de la coquille est exactement semblable à celle des Patelles ; on n’y voit aucune dépression ni aucun sillon qui puisse, comme dans les Siphonaires , servir de caractères pour les distinguer.

En résumant leurs observations sur la distribution topographique des animaux sans vertèbres de cette côte, MM. Audouin et Milne-Edwards y distinguent d’abord quatre zones ou régions principales, comprises entre les limites des plus hautes et des plus basses eaux , régions qui sont en général assez nettement limitées , et qui sont caractérisées par les espèces qui y ont fixé leur demeure.

La plus élevée de ces zones , qui reste toujours à sec pendant les marées ordinaires, est peuplée de Balanes qui y vivent attachées sur les rochers; là où c’est une plage sablonneuse qui la forme, on n’y irouve que peu ou point d'animaux marins.

La seconde région commence un peu au - dessous du niveau de la haute mer pendant la morte eau. Dans les points où il existe des rochers, ceux-ci sont ordinaire-

ment couverts de varecs , et habités par des Turbots , des

Patelles, des Pourpres, des Nasses, des Actinies rouges, etc.; sur les plages formées par du sable fin, on peut espérer d’y rencontrer des Talitres ou des Orchesties , ainsi que des T'érébelles et des Arénicoles ; enfin, dans les localités où le sol est vaseux , il existe presque toujours de ces dernières Annelides, des Nephthys ou de petits Siponcles.

La troisième zone est principalement caractérisée par la présence des Corallines et ne découvre que lors des marées assez fortes. Les animaux qui habitent différent suivant la nature des localités; sur les rochers non bouleversés , mais battus des vagues, on voit souvent des Moules , des Patelles , etc. : dans les points les mieux abrités, se fixent des Actinies vertes et des Ascidies composées ; dans les endroits où il existe beaucoup de grosses pierres qui ne tiennent pas au sol , on découvre, eu les retournant, des Étrilles, des Porcellanes, des Doris , des Pleurobranches , des Haliotides, des Ascidies simples et composées , des Polynoés , des Serpules , des Planaires ; et lorsque les rochers sont confusément entassés les uns sur les autres , les interstices qu’ils laissent entre eux sont souvent tapissés d’Éponges , de Théties, de Lobulaires et d’Ascidies. La portion non rocailleuse de cette région est également peuplée d’un grand nombre d'animaux qu'on ne rencontre guère à des niveaux plus élevés. Si la plage est couverte de Zostera marina , que leshabitans de cette côte appellent Herbiers, on est presque sûr de rencontrer, dans les flaques d’eau que la mer laisse en se retirant, des milliers de petites Cérites et beaucoup de Rissoas ; enfin, dans les points où le sable n’est pas mêlé de beaucoup de vase,

on découvre souvent , à quelques pouces au-dessous du sol, des Bucardes, des Vénus, des Solens, ainsi que des Térébelles et d’autres Annelides.

Dans la quatrième zone ; qui ne découvre que dans les plus fortes marées , les rochers sont couverts de Laminaires et de diverses grandes plantes marines au milieu desquelles vivent de jolies Patelles ( Patella pellucida , Lam.), certaines Astéries , des Actinies et plusieurs des animaux qui se rencontrent aussi dans la région précédente. Ce n'est guère que dans cette région que les auteurs ont trouvé les Callianasses , les Axies et les Thies, qui se tiennent enfoncés dans le sable fin et pur.

Enfin , à un niveau plus bas encore, c’est-à-dire, là où la mer ne se retire jamais , commence la région habitée par les Huîtres, les Calyptrées , les Peignes, les Aphrodites , certaines Portunes , les Majas , les grandes espèces d’Astéries , etc.

Tels sont les principaux résultats que MM. Audouin et Milne-Edwards ont obtenus de leurs diverses excursions zoologiques le long de la côte comprise entre Granville et le cap Fréhel, ou sur les écueiïls qui l’avoisinent. Mais, pendant le voyage dont nous venons de rendre compie , ils n’ont pas borné [à leurs travaux. Ils se sont occupés aussi de l'étude de quelques points relatifs à l'anatomie des Crustacés , et ont constaté, par exemple, que dans les Crabes et les autres Décapodes brachyures, il existe près de l'ouverture externe des oviductes une poche qui reçoit la verge du mâle, et qui paraît servir de réservoir pour la liqueur fécondante , tandis que chez les Macroures et les Crustacés des autres ordres, on ne voit rien de semblable.

Nous pensons que l’Académie ne peut trop témoigner sa satisfaction des efforts heureux par lesquels ces deux habiles naturalistes sont parvenus à enrichir la Faune française d’espèces si nouvelles et si curieuses , et la z00logie en général d'observations si intéressantes ; et nous lui proposons d'accorder son approbation aux Mémoires dont nous venons de lui présenter l’analyse.

Signé, Larreirze , Dumeriz; baron Cuvier , rapporteur.

L'Académie adopte les conclusions de ce rapport.

Nore sur le mode d'action du pollen sur le stigmate ; extrait d'une Lettre de M. Amcr à

M. Maire.

Modère , le 3 juillet 1830.

… La circulation de ia liqueur prolifique dans le boyau du pollen peut s’observer dans un grand nombre de plantes. Mes fils l'ont étudiée dans la fève, dans la Vesce, dans l’Æibiscus trionum, dans le Gladiolus communis, etc.; mais c’est dans le Yucca et dans l’Æibiscus syriacus que j'ai trouvé la circulation la plus vive et la plus facile à découvrir.

Si vous voulez répéter l’observation avec ces précautions que la pratique m'a prouvé être les plus avantageuses, choisissez une fleur de Yucca, une heure environ après que le pollen s’est répandu , et lorsque le soleil l'a réchauffé ; détachez-la du rameau, et portez-la dans votre

cabinet ; taillez avec un couteau bien tranchant une lame

mince du stigmate, dans la partie où Îes papilles sont couvertes de pollen, et mettez-la entre deux lames de verre , sous le microscope.

Dans cet état il arrivera cependant rarement que vous puissiez découvrir immédiatement un grain de pollen avec son boyau en action, parce que l’opacité de la petite tranche de stigmate s’y oppose; mais, en pressant légèrement les deux lames de verre, la tranche du süigmate deviendra transparente , el montrera dans son intérieur les boyaux du pollen pleins de leurs molécules. Le mouvement, dans la plupart de ces boyanx, aura cessé par suite de la désorganisation, maïs la même chose n'aura pas lieu dans tous, et surtout dans ceux qui se trouvent vers les bords de la tranche : ceux-ci restant intacts pourront, pendant plusieurs heures de suite, vous montrer la circulation du suc intérieur, comme dans le Chara. Il suffit d'employer la combinaison des deux premiers objectifs avec le premier oculaire de votre microscope.

Vous sentez bien cependant que le succès de cette expérience dépend en grande partie de l'épaisseur convenable de la tranche qu’on a détachée du stigmaie ; car, si elle était trop épaisse, elle exigerait, pour devenir transparente, une pression telle que tous les organes seraient déchirés ; et, si elle était trop mince, les boyaux seraient coupés en travers, particulièrement si le pollen avait séjourné plus long-temps dans le stigmate , et que les boyaux eussent pénétré plus profondément. Il ne faudrait donc pas renoncer à tailler d’auires tranches du stigmate, si les premières tentatives étaient infruc-

tueuses,

Quant à l'Æibiscus syriacus, il n'est pas nécessaire de couper des tranches du stigmate; cet organe est assez petit pour être placé tout entier entre les deux plaques de verre. Lorsqu'il est convenablement comprimé, les grains de pollen amoncelés sur lui s’élargissent et se disposent presque dans un même plan. En examinant les grains qui sont sur les bords et en contact avec les extrémités des papilles, on découvre avec facilité, le long des papilles même , la circulation dans quelques boyaux, et quelquefois dans deux ou 1rois boyaux qui sortent en même temps du même grain.

La mulüplicité des boyaux est considérable dans quelques pollen ; dans diverses espèces, j'en ai compté de vingt à trente, sortis tous d’un seul grain. Les boyaux pénètrent dans le stigmate : c’est un des faits des plus certains, dont on peut s'assurer sur un grand nombre de piantes; mais la liqueur prolifique se répand-elle entre les interstices du tissu conducteur, comme M. Brongniart Va vu et dessiné, pour être ensuite transportée jusqu’à lembryon, comme le suppose le même auteur? Non; le phénomène se montre d’une manière encore plus curieuse. C’est le boyau lui-même qui peu à peu s’ailonge, descend par le style , et va se mettre eu contact avec l’amande ; à chaque ovule correspond un boyau. Peut-être vous viendra-t-il dans la pensée de demander comment le boyau du pollen peut, dans quelques plantes où le style est très-long , parcourir un chemin si long. La capacité du grain de pollen n’est pas en effet suflisante pour contenir un si long boyau. J’ai fait aussi cette réflexion, et je ne puis expliquer ce fait, sur lequel il ne me reste

pas le moindre doute, qu’en supposant qu’une fois entré

(,582 ) / dans le tissu conducteur, le boyau reçoit de ce tissu une nourriture et un accroissement de matière pour pouvoir se distendre jusqu’à la longueur nécessaire. La circulation, qui continue pendant beaucoup de temps dans le boyau , et mes autres observations, me confirment dans cette idée.

Voilà en peu de mots l'exposé des résultats des recherches que J'ai entreprises cet été. Si vous croyez que ces bagatelles ne sont pas indignes d’être annoncées, j'y consens volontiers ; et, si vous me le permettez, je vous adresserai les figures et les détails pour être publiés dans quelque journal (1).

(x) Les observations rapportées dans cette lettre étaient assez curieuses pour mériter d’être immédiatement mises sous les yeux du publie, et nous avons profité avec empressement de l’obligeance que M. Mirbel a mise à nous les communiquer ; nous désirons beaucoup cependant que M. Amici nous mette à même de donner sur ce sujet des développemens plus grands , et les figures qu’il annonce dans sa lettre. Si M. Amici n’annoncait qu'il ne conserve aucun doute sur cet allongement extraordinaire des boyaux des grains de pollen, ce qui suppose des observations parfaitement claires, nous aurions cru que quelque confusion entre les appendices tubuleux du pollen et les utricules allongés du tissu conducteur du stigmate et du style, avait causé une erreur que nous avions d’abord commise dans les premières observations que nous avions faites sur l'introduction du boyau du pollen dans le stigmate. — Dansles Datura, où ces utricules du tissu conducteur sont assez allongés, et où la masse granuleuse coutenue dans les boyaux polliniques pénètre très-profondément dans le stigmate et Le style sans sc disperser, nous avions en effet cru d’abord que ces boyaux s’introduisaient jusqu’à cette profoudeur dans ce tissu , et l'idée nous était même venue que ces boyaux pénétraient peut-être jusqu'aux ovules ; mais une dissection plus délicate , en isolant avec soin les diverses parties avec une aiguille, nous a toujours montré les appendices tubuleux du pollen se terminant dans le tissu même du stigmate , sans pénétrer plus profondément. Nous avons depuis répété ces observations sur plusieurs plantes,

Mémoire sur un enfant quadrupède , né et vivant à Paris , monstruosité déterminée sous le nom

générique d'Iléadelphe (1);

Par M. Grorrroy Sarnr-Hirarre, Memibre de l’Institut.

(Lu à l’Académie royale des Sciences, séance du 6 septembre 1830.)

L'enfant (2) que madame Heu, sage-femme, vient de présenter à l'Académie, et qu’elle a reçu le 4 juillet dernier (1830) , est né à Paris , rue de Vaugirard, n°88. Le père, nommé Évrard, est un ouvrier carrossier, d’une bonne constitution ; sa femme, aussi bien portante, avait déjà eu plusieurs enfans, nés tous sans aucune déformation. Livrée aux soins de son ménage, la femme

qui ne sont point indiquées dans notre premier Mémoire sur la génération , el nous avons toujours vu les boyaux se terminer en cul-de-sac à une petite profondeur : les Labiées , les Personnées , les Lobéliacées , les Orchidées elles-mêmes, nous ea ont fourni des exemples. Peut-être cependant ayons-nous observé des plantes trop récemment fécondées, et les boyaux polliniques n’avaient-ils pas atteint toute leur extension. Cette cause d’erreur ne peut pourtant pas s’appliquer à toutes nos observations ; car, dans les Ipomæa, les stigmates étaïent déjà en partie flétris , et d’ailleurs la forme renflée de l’extrémité du boyau du pollen indiquait bien qu'il ne devait pas aller plus profondément. Pent-être enfin l’allongement de ces appendices tubuleux est-il très-différent Suivant les plantes. Tous ces doutes, sur une question aussi intéressante, mous font vivement désirer de connaître et de pouvoir faire connaître à uos lecteurs , avec détails, lesobservations de M. Amici. (Ap. BRONGNIART.) (1) Voyez la Planche 4.

(2) Présentement Agé de près de six mois.

( Evrard s'occupe de savonnage avec quelque ardeur, et ce ne pourrait être qu'en s’employant ainsi qu’elle auraït pu se blesser. Ses souvenirs lui disent que , dans sa vivacité extrême, elle s’est quelquefois heurtée et meurtrie , principalement à la région du bassin, mais aucun de ses souvenirs ne s'applique toutefois aux faits de:sa dernière grossesse. Cependant cette grossesse n’eut pas le cours réglé des précédentes ; elle fut troublée par des malaises et des écoulemens en blanc et en rouge , qui durèrent de Ja fin du premier mois au commencement du cinquième.

C’est dans ces circonstances qu'arrivant le terme ordinaire du développement fœtal', la femme Évrard mit au monde , après un travail simple et naturel, son derniér enfant, né double inférieurement, depuis et y compris le bassin. : j

La première impression que fait éprouver cet enfant, si nous nous occupons d’abord de son avenir, e’est-àdire de lui comme devant appartenir à la classe ouvrière de la société, cette impression d’un intérêt compâtissant, se. trouve , dans le moment suivant, tempérée par da réfléxion consolante qu’il est peu d'états que cet enfant ne puisse embrasser; car enfin il réunit en lui , entièrement et dans des rapports convenables , toutes les conditions de l'humanité, toutes les parties d’un sujet normal. Un second train postérieur qu'il porte en plus , si c’est une surcharge , ne constitue cependant pas un fardeau entravant le jeu des autres organes essentiels. La situation respective des, parties surnuméraires , réglée à l'origine par des effets d’adhérénce au dedans des enveloppes placentaires, s’esi maintenue après la naissance

du sujet. Les principales jointures articulaires étant

frappées d’ankilose , cela ne saurait empêcher de tirer un, parti avantageux de ce surcroît d'organisation, car des fesses en plus, grasses et potelées , pourraient avoir pour. cet enfant l'utilité d’un coussin favorisant sa pose, quand il.voudra s'asseoir. La jambe voisine de l’apparail surnuméraire est plus faible que sa congénère ; elle est appauvrie de tout le sang qui s’engage dans l'organe surajouté. Pour obvier à cet inconvénient, il suffira de contrarier le développement des parties surnuméraires en, les tenant constamment renfermées dans une poche, en.les privant ainsi de mouvemens, quand d’ailleurs il faudra au contraire exciter par un exercice wif.et suivi le développement.de la jambe née plus faible. Cela fait, le jeune Gustave Évrard (c’est le nom de l'enfant présenté aujourd’hui à l’Académie) pourra exécuter à peu près tous les actes physiologiques de l’espèce humaine. Maintenant nous allons considérer ia monstruosité en elle-même. Elle consiste dans l'existence d’un train de derrière en plus, embranché sur un bassin qui est à tous autres égards placé dans les conditions normales; un noyau osseux , lequel n’a pu, faute d’un emplacement suffisant, fournir au développement entier d’un second bassin , se trouve intercalé postérieurement et à gauche, entre la partie gauche du bassin normal et le coccyx. Cette partie surnuméraire ‘ma. pris position qu'après avoir repoussé le coccyx au-delà de la ligne médiane et vers la droite. A cet.effet, la colonne épinière , à partir des lombes , est déviée dans cette direction. Ainsi se trouve adossé à l’iléon.et à l’ischion de gauche un noyau osseux, réunissant avec des conditions d'atrophie les élémens de deux os iléons et ischions, où tout au milieu est une

gorge articulaire. [f pouvait suffire et il a suffi de ces parties intercalées pour qu'un second train de derrière survint, et, figurant comme un hors-d’œuvre accroché à un être d’ailleurs parfaitement régulier, réussit, sans y apporter d’obstacle , à se marier aux arrangemens préfixes d’un système organique, comme on le pourrait dire par exemple d’une branche inattendue qu’aurait produite le développement d’un arbre. Chaque tête de fémur des membres surajoutés est logée dans la cavité articulaire commune , et par conséquent à siune petite distance l’une de l’autre, que les fémurs restant séparés dans toute leur longueur et distincts, n’ont pu chacun se recouvrir de leurs muscles et tégumens qu'après que les parties charnues similaires se sont rencontrées et soudées , de telle sorte qu'il n'existe qu'une seule cuisse pour l'appareil surnuméraire , qu'une seule cuisse formée par de doubles élémens engagés et réunis.

Maïs , à partir du genou, ces parties diverses se sont dédoublées : chaque jambe existe à part dans son indépendance sous une déformation et sous une apparence différentes. Nous allons en traiter séparément :

1°. La jambe gauche de l'appareil surnuméraire. Elle est ankilosée et coudée à angle droit, de gauche à droite : le pied, également ‘contourné à angle droit, laisse voir la cheville extérieure dans une situation toutà-fait inférieure ; l’autre cheville occupe le centre d’une grosse tubérosité, et se trouve ainsi sans manifestation au dehors. Ce pied, ainsi tourné, est terminé seulement par deux doigts , dont l’un est double de l’autre.

2°. La jambe droite. Elle est plus courte, plus ramassée , plus épaisse , et en partie engagée dans les tégu-

mens de la cuisse unique ; ce sont les mêmes renversemens et contours aux malléoles; d’ailleurs le pied reprend plus loin tout-à-fait les conditions normales ; il est terminé par cinq doigts , se trouvant exactement tous dans leurs rapports respectifs, comme position et vo- Jume. De la façon que ces pieds se sont rangés et casés dans le sac utérin pour y occuper moins de place, l’ankilose des parties articulaires les a maintenues, parce que cette ankilose, due au défaut de mouvement des parties, a imprimé tout d’abord à celles-ci des effets pour toujours persévérer.

Entre les fesses propres à chaque jambe normale existe une plus large fesse, s’étendant sur toutes les parties vers le haut de l’appareil surnuméraire ; l’anus s'ouvre dans le sinus déclive, et particulièrement vers le milieu de la rainure produite par l’abaissement de la fesse surnuméraire sur l’inclinaison en sens contraire de la fesse de la jambe droite. Au coude formé de l’autre côté , entre la cuisse gauche et la cuisse surnuméraire, existe l'intervalle d’un pouce , pour favoriser par devant le placement et le désouché de l'organe sexuel ; celui-ci, du sexe masculin, est régulier; les testicules n’ont crc encore traversé l’anneau inguinal.

C’est présentement le cas d’insister sur une observation fournissant des faits importans à la théorie de la monstruosité ; je veux parler de trois cicatrices ( PI. 4, a, b, c) bien visibles sur le tronc surnuméraire, savoir : l’une longitudinale (a) à la région supérieure et médiane de la large fesse, une autre transversale (b) sur la cuisse près le genou, et une troisième (c), consistant en une dépression circulaire sur le pied bidigitaire.

Page 1