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Ces cicatrices sont les vestiges d’une bride membraneuse qui exista durant la première moitié de la grossesse , et qui , répandue tout le long de la ligne médiane des membres associés , les fixa d’abord aux membranes placentaires. Il suffit, pour qu’une telle bride soit produite et devienne l’ordonnée de tous les effets subséquens que nous avons décrits plus haut, que de deux œufs contenant chacun un corps embryonaire, l’un soit déchiré et épanche ses fluides , et de plus qu'il ne soit pas pourvu irop promptement à la restauration de cette déchirure. Les plaies rapidement cicatriséesf ont avorter les faits de monstruosité, l’organisation rentrant dès lors dans ses conditions normales, Mais qu'il n’en soit pas ainsi et que les premières tendances à déviation persévèrent, d’autres circonstances concourent à laisser le champ libre à la monstruosité. Ainsi, à la suite de la vidange des eaux de l’amnios , le corps embryonaire est mis par les contractions de l’utérus en plein contact avec les enveloppes placentaires ; renfermé et tout empaqueté qu’il est alors dans ses membranes, il est par les contractions persévérantes de l’utérus rapproché du second œuf, celui-ci se trouvant maintenu sain et sans altération. Alors il faut bien qu'entre les deux embryons, celui-ci, libre dans son amnios , et celui-là, froissé et tout gèné par des membranes plissées, qui le tiennent empaqueté, il existe ou l’une ou l’autre des positions suivantes : ou bien l'approche des deux embryons s’est faite de telle
sorte que des parties respectivement les mèmes chez tous
deux soient eu regard, et se présentent face à face, ou bien non. Dans le cas de la négative, aucune affinité n’est exercée ; chaque germe reste renfermé dans sa poche,
tous deux procédant séparément à leur développement , l’un normalement et l’autre monstrueusement. Alors se développent les faits dont j'ai rendu compte dans un Mémoire ayant pour titre : Sur quelques conditions générales de lacéphalie complète, et que j'ai publié dans la Revue médicale, en juillet 1826 ; alors, dis-je, deux frères jumeaux , sous l'intervention aussi indispensable qu’active d’un seul placenta à double loge , poursuivent leur développement , l’un qui s'établit régulièrement , et l’autre qui croît sans tête et qui quelquefois aussi n’a ni tête ni tronc , et ne consiste que dans l’existence d’un train de derrière; sujet alors uniquement constitué au moyen de deux jambes et de l'appareil sacro-coccygien.
Qu'il arrive au contraire à des parties respectivement les mêmes de se rencontrer face à face, c'en est assez pour qué la force d’affinité s’exerce sous les raisons suivantes. Des élémens homogènes en présence sont entraînés par leur tendance réciproque , ils s’approchent , se joignent et se soudent ensemble. Je me suis ainsi rendu compte des faits de conformation anomale qui frappent en la personne de Gustave Évrard. Je ne reproduirai pas ici mes idées sur cette matière; je viens tout récemment, en traitant des monstres ischiadelphes, de les exposer avec détail , je m'en réfère à ce travail (1).
Maintenant toutes les déformations des membres surnuméraires ne sont certainement que des faits conséquens à l’ordonnée que j'ai plus haut signalée. Une bride
membraneuse a d’abord traversé de part en part la poche
(1) Imprimé dans le Journal complementaire , tome XXXVIT, cahier 146 , p. 135.
fœtale des membres surnuméraires. Sur les flancs à droite et à gauche de cette bride , les élémens formateurs des deux jambes se sont d’abord déposés : ce qui se poursuit avec d'autant plus d’efficacité que les organes produits gagnent en volume , et qu’agissant par résorption sur la bride , ils en déterminent l’atrophie , puis la rupture. Ainsi arrive un moment où le sujet n’est plus attaché qu’à ses deux extrémités. Or, c'était là où en étaient les choses, lorsque naquit Gustave Évrard. Les cicatrices, qui en témoignent encore après deux mois d'age , s’effacent de plus en plus, et sont destinées à disparaître entièrement.
Trente-neuf cas d’acéphalie, dont j'ai rapporté quelques circonstances dans mon article précité, s'accordent en ce point (1), que la poche fœtale de tout monstre acéphale a peu de capacité, et contient très-peu d’eau : ils s'accordent encore sous ce rapport, que les membres des trente-neuf sujets étaient entièrement et bizarrement déformés à leurs extrémités. Tout joint au jumeau normal que l’est dans le cas que nous examinons le train de derrière , seul reste développé d’un autre germe, c’est un fait de même ordre que quand les deux jumeaux sont séparés. Aussi faut-il comprendre dans les mêmes explications les déformations de ces membres surnuméraires. Ces explications sont données nettement et simplement dans l’exposé suivant :
(1) À ces faits déjà nombreux il faut ajouter les trois cas d’acéphalie dont le savant professeur J.-D. Herholdt traite dans son livre publié en danois , de 1828 à 1829 , et tout récemment traduit en aliemand. J’y ai trouvé que chaque sujet imparfait qu’il a décrit avait été produit conjointement avec un frère ctabli régulièrement. J’ayais donné ce fait comme général en 1826.
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La réunion des muscles fémoraux , le peu de longueur des jambes, le raccourcissement moindre de l’une, la. forme plus ramassée et plus acculée sur la cuisse de l’autre , l’'ankilose des jointures articulaires , la torsion des malléoles, la non-production de quelques doigts tous ces résultats se trouvent acquis , ou successivement à l'égard de quelques-uns, ou simultanément pour les autres , et dépendent des forces vives de l’organisation , mais qui sont contrariées dans leur tendance à reproduire l'ordinaire développement de ces parties. Et, en effet, les empêchemens proviennent du peu de capacité de la poche fœtale, et, à la fois, äes adhérences aux enveloppes ambiantes qui retiennent, dans le commencement de la gestation, le corps embryonaire. Cest la faculié d'agir par extension ou par flexion, qui laisse toute facilité à un libre développement : où elle n’est pas, arrivent, comme autant d’eflets nécessaires, les soudures, les ankileses , les contractions ou refoulemens des membres , et la non-production de quelques doigts, qui vicient l’organisation secondairement. Et quand , sur la fin de la gestation, d'aussi puissantes interventions cédent par un débridement qu’amène la supériorité d'influence du fœtus sur les enveloppes, il n’est plus alors rien de réparable ; les premiers arrangemens subits se conservent, en sorte que toutes jes déformations que nous avons rappelées ne seraient , ne sont vraiment, au fond, que la conséquence d’une principale ordonnée ; celle de l'existence d’une bride, celle-ci causée ordinairement par une lésion du monde extérieur, quelquefois inaperçue et simplement alors considérée comme un malaise par les femmes enceintes.
On est peut-être surpris que je n’emploie pas un langage dubitatif ou d’hésitation en parlant de l’organisation d’un sujet vivant, surtout en traitant de ce qui fut dans les différentes époques des développemens utérins. Je dois compte des motifs de cette confiance , et les produis ainsi. Je ne m'avance qu'avec des connaissances acquises, qu’étant bien informé par de nombreuses observations où j'ai vraiment surpris la nature sur le fait. Tous les monstres que l’on embrasse sous le nom très-impropre d’éveniration, à cause de leurs viscères faisant hernie au dehors de l’abdomen, et que je range sous quatre chefs ou dans quatre genres , m'ont plus particulièrement donné tous les accidens successifs d’une gestation troublée par des brides aponévrotiques. C’est dans ces études que j'ai puisé une partie des renseignemens dont je viens de faire usage.
Je vais terminer par dire un mot de quelques cas analogues , sinon semblables. Aldrovande , en son livre De Monstris, parle de plusieurs enfans quadrupèdes , et donne, page 535 , d’après Jacques Roux, la figure de l’un d'eux, né à Rome. Ce savant naturaliste avait accordé plus d'attention aux oiseaux pourvus d’un second train de derrière, quelques-uns étant dans la possibilité de se servir simultanément de leurs quatre pieds. Âïnsi il a fait représenter, comme se trouvant dans ce cas, trois poulets, pages 551, 552, 553; une oie, page 564 ; trois pigeons, pages 565, 566 et 568, puis enfin un chardonneret, page 569. On trouve aussi dans le Recueil des Ecarts de la Nature, par Regnault et sa femme , un poulet quadrupède , PI. 5 ; lequel n’avait pu se servir du train surnuméraire, les pieds en
étant plus courts et déformés; et un pigeon, PI. »3, qui, au contraire, posait facilement sur ses quatre pattes, et faisait usage de toutes dans la marche.
C’est un poulet établi comme dans les exemples d’Aldrovande , pages 566 et 568, ou comme le poulet du Recueil des Ecarts de la Nature , PI. 5, qui est vivant à Etampes, et qui reproduit à tous égards le cas de monstruosité de l'enfant Gustave Evrard. D’une seule cuisse à double fémur sort deux jambes mal conformées, ramassées , inégales , et avec jointures ankilosées. Je l’ai fait demander pour satisfaire au désir exprimé lundi dernier par M. le président ; maïs les propriétaires de ce poulet ont spéculé sur notre besoin, et ont mis à si haut pris la vente, ou même la simple communication de leur oiseau , qu'il a fallu y renoncer.
À défaut de ce poulet vivant, je présente une oïe de notre ménagerie , à trois pattes ; c'est le mème cas de monstruosité, mais qui n’a porté ses effets que sur une jambe. La patte consistant en ses parties digitales, manque toutefois, depuis quelques mois seulement. Pendant et traîinant à terre, elle se revêtissait d’une couche de vase; ce qui, repris par l’action solaire , devenait une croûte, ou une sorte de tunique de consistance pierreuse. Soit compression des vaisseaux se rendant à la peau, soit peut-être aussi effet d’un refroidissement prolongé, cette patte a cessé d’être nourrie, et il lui est arrivé, comme au bois des cerfs, de se détacher à la manière d’une branche morte. La séparation qui s'en est faite a laissé des traces ; car il n’est resté du tarse qu’un moignon court et couvert d’une peau rugueuse. En revanche , la jambe a été extraordinairement nourrie , au point d’avoir été transformée en une tubérosité ovoïde et considérable. Je re-
viendrai sur ce fait, quand, après la mort du sujet, quelques recherches d'anatomie auront été praticables.
Enfin, Je mets encore sous les yeux de l’Académie quelques échantillons de poulets à quatre paites , conservés dans l'alcool, lesquels font partie de ma collection de monstruosités.
Les faits décrits dans ce Mémoire étant reproduits de la même façon tant chez l’homme que chez les animaux, ct formant un ensemble d'organisation dont les limites sont posées avec rigueur, doivent être en outre repris et considérés zoologiquement. Sous ce rapport, ei pour être classés avec toutes les autres déterminations concernant les êtres de la monstruosité, ils constituent les élémens caractéristiques d'une nouvelle famille, que je propose de distinguer sous le nom d’ILéADELPHE , c’està dire , frères jumeaux joints ensemble par les iléons.
(Extrait du no 37 de la Gazette médicale de Paris.) EXPLICATION DE LA PLANGHE IV.
Figure au trait de l’Iléadelphe Evrard.
Norrice sur l'Histoire naiurelle de File Juan Fernandez , extraite d'une leitre de M. Ber-
TERO (1).
La Flore de ce peut point de Pocéan Pacifique n’est
pas très-riche en espèces, vu sa petite dimension, puis-
(1) Cette lettre, qui nous a été communiquée par nolre ami M. Guiilemin , est datée de Valparaiso , le 7 juillet 1830. Quoique ne présentant qu’un tableau rapide des résultats du voyage de M. Bertero , intérêt des documens qu’elle fournit sur une ile qu'aucun savant n’avail encore étudiée, la rend tout-à-fait digne de Pattention des naturahstes.
que toute l'ile n’a que r2 à 14 lieues de circonférence, en suivant les sinuosités les plus considérables. Le pays est très-coupé , et la plupart des pics sont presque inaccessibles. Je pense qu’un géologue n’y trouverait que du basalie dans tous les états, mème dans celui de la plus parfaite décomposition ; plusieurs blocs sont parsemés d’une cristallisation particulière , à laquelle on donne, je crois , le nom d’olivine. Les cristaux de chaux carbonaiée n’y sont pas irès-communs ; mais ils s'y trouvent dans quelques endroits. L'ochre y est très-abondant, et de plusieurs nuances : une variété fortement colorée, à laquelle on donne dans le pays le nom de Colo, pourrait être un objet de commerce. Il n’y à pas de trace de volcan ; les pierres qu’on prend pour de la lave, et dont quelques-unes ressemblentassez aux scories ou à la pierre ponce , ne sont, à mon avis, que du basalte décomposé ; on trouve aussi cette roche sous forme sphérique, et composée de couches concentriques. On n’y connaît de mines d'aucune espèce : le seul métal qui y existe est le fer à l’état d’oxidation.
L’eau y est abondante et d'excellente qualité; il y pleut irés-souvent, même en été. Les vents dominans sont du sud au nord, en passant par l’ouest; le vent d'est est très-rare. Le pays est très-boïisé ; maïs les espèces d’arbres sont en petit nombre. Le Canelo { Drymis chilensis ), le Mayu ( Xanihoxylon mayu, Nob. ), le Luma ou Temu ( Myrtus ?), sont les plus communs : on en trouve des pieds d’une grosseur prodigieuse ; le Sandale ne s'y Lrouve que mort, et le plus souvent à moitié enfoui dans la terre. Les connaisseurs assurent qu'il est de
meilleure qualité que celui des iles Sandwich. Malgré
( 346 ) toutes les recherches que j'ai faites , je n’en ai pas trouvé un seul pied debout et avec des feuilles.
Quoiqu’à la mème latitude que Valparaiso, cette île offre une végétation assez différente ; elle approche peutètre de celle de Chiloe. On y rencontre cependant des plantes de Californie , et quelques-unes de la Nouvelle- Zélande; le Tetragonia expansa, le Xanthoxylum , trois Peperomia, et trois espèces de Fougères en arbre en sont des exemples. Douze à quinze espèces de Fougères se sont emparées de plus de la moitié du sol ; le reste est ou boisé, ou parfaitement dépouilié de plantes. Un Palmier, connu dans le pays sous le nom de Chonta, habite les pentes des montagnes les plus élevées : je n’en ai pas vu la fleur avant son développement ; je pense cependant qu’il doit former un genre nouveau. On pourrait en tirer un grand parti s’il était facile de se le procurer.
La Resina , très-estimée au Chili à cause de ses prétendues propriétés médicales, est une gomme-résine produite par un petit arbre que je crois un Senecio ; elle suinte des branches et du tronc, et, par l’action de l’air, elle devient solide et cassante ; en la jetant sur le feu, elle donne une odeur analogue à celle de l’encens. On distingue le Resina macho du Resina hembra. Le dernier en donne moins, et elle n’acquiert jamais la consistance de celle du premier. On nomme Resina le produit du Macho, etinciensa celui de la Hembra. Peut-être y a-t-il deux espèces confondues; car les feuilles du dernier sont plus étroites, les fleurs sont jaunes au disque, rouge foncé au rayon eten cyme , tandis que celles du premier sont en corymbe et toutes jaunes. Un autre arbrisseau du
même genre, appelé Resinilla, est une nouvelle espéce : celui-ci ne donne aucune résine. Un arbre assez élevé, et de la tribu des Eupatorinées, me paraît tout-à-fait inconnu ; il donne une gomme-résine qui a aussi la même odeur que l’encens. Le Myrtus ugni de Molina se trouve sur les hautes montagnes. L’Hippotis triflora de Ruiz et Pavon est très-commun ; c’est un arbrisseau de moyenne taille. L'arbre qu'on nomme Peralilla appartient au mème genre, peut-être: n'est-ce qu’une variété; mais son tronc est quatre fois plus grand ; les feuilles sont de la grandeur du Poirier , ondulées à leur bord, et les fruits parfaitement turbinés : je n’en ai pas vu la fleur. Ce qu’on appelle dans le pays Manzano est une Urtica en arbre, de 10 à 20 pieds de hauteur. J'y ai trouvé un Plantago voisin du PI. princeps de Chamisso, mais que je crois différent. L’ Arrayan macho ou espinillo est un arbre moyen, de la famille des Bignoniacées , à fruit charnu. Je l'avais d’abord pris pour un Xanthium ; maïs j'ai reconnu par la suite que c’est le même genre que j'ai nommé Poppigia au Chili. Le Sophora macrocarpa , Sm. (Guyacan), diffère du Mayu du Chili par la forme des feuilles ; son tronc d’ailleurs est d’une grosseur considérable, tandis que ce dernier est un arbuste. J’ai donné le nom de Colletia spartioides à un Colletia en arbre, à fleurs d’un blanc rosé, à feuilles petites et très-peu nombreuses. Le Zobelia tupa est très-commun ; sa racine est vivace, mais les tiges 6e renouvellent tous les ans, après avoir donné des fleurs très-grandes , et d’un rouge éclatant. Une autre espèce herbacée, qui croît toujours dans les fentes des rochers voisins de la mer, est, à mon avis, nouvelle. Le Malva umbellata et un
Atriplex frutescent , que je n’ai pas vu en fleur , ne se trouvent qu'à Goats-Island. Une 7i/landsia, ou un genre bien voisin , se rencontre sur les montagnes les plus élevées ; et un Bromelia, voisin du discolor, est trèscommun sur les rochers élevés et arides des montagnes. L’Azara serrata est fréquent dans les bois.
Un genre que je crois nouveau, et que je dédie à M. Lesson, appartient à la famille des Ombellifères, près de l'A#strantia ou du Sanicula : c’est un arbre de 8 à 10 pieds de haut. Un Berberis, que Je crois le glauca Forst., est connu dans le pays sous le nom de Michay ; son bois donne une teinture jaune fort jolie. L’Arundo quila, Molina ? est assez commun. La tige du Gunnera scabra , Gærtn., acquiert dans ce lieu jusqu’à 10 pieds de haut ; ses feuilles varient considérablement: j'en ai vu de peltées , de irès-glabres, lisses, et même luisantes. Cette plante, qu’on nomme Pangue , étant très-bonne pour la tannerie, pourrait faire un objet de spéculation, car les bords des ruisseaux et les vallées des montagnes en sont couverts. Un Æ4rbutus que j'appellerai rigida, et que l’on connaît dans l’île sous le nom de Murtilla, est très-élégant par sa forme. J'ai encore recueilli dans cetie île un Æscalonia à fleurs rouges , et un arbre qui n'a pas de nom vulgaire ; et que je n'ai pu déterminer ; deux Campanula, dont une esi le gracilis, Forst. ; l’autre, irès-distincte, me paraît nouvelle ; une Lomaria en arbre, de 3 à 4 pieds de haut, et trois ou quatre autres espèces herbacées ; un Davallia en arbre, que je crois nouveau, et un Cyathea ou un genre voisin, que je n’ai pu déterminer ; un genre voisin du £ycopodium,
et qui me paraît bien distinct; plusieurs Polypodium ,
( 349 ) dont le californicum , le pruinatum et le spectabile ; un joli Aspidium ; le Nothochlæna nivea, Desv., et trois Asplenium, savoir, le magellanicum et deux autres peut-être nouveaux.
Le Salicornia peruviana ne se trouve qu’au nord de
île. Les Mousses , les Lichens et les Champignons sont très-nombreux ; mais il est impossible, comme vous savez, de les déterminer sur place.
. Le Phytoscis acidissima , Molina? arbre de 6 à 10 pieds de haut , mérite d’être bien étudié. Je crois que le caractère générique doit être refait entièrement , à moins que ma plante ne soit différente.
Voilà à peu près l’ensemble du peu que j'ai vu de plus remarquable. Ne riez pas de mes genres et de mes espèces nouvelles ; vous savez que ce ne sont que des mots de convention , qui me servent en guise de numéros, et que j'effacerai à mesure que je pourrai mieux étudier les plantes.
J'oubliais de vous parler d’une chose qui m’a vivement étonné; c’est de cinq ou six espèces, qui, selon mon petit savoir, doivent constituer un genre nouveau. Elles appartiennent à la tribu des Chicoracées , et sont voisines des Sonchus, si je ne me trompe : trois d’entre elles sont des arbres de10 à 15 pieds de haut, dont le tronc esten proportion, le bois dur, les branches presque toujours par trois, et les fleurs en panicule. Dans une espèce elles sont semblables , par la grandeur, la forine et la couleur, à celles de l’Æypochæris helvetica. Par l’incision, elles donnent toutes une quantité prodigieuse d’un lait très-épais et visqueux. Le tronc et les rameaux sont fisiuleux; l’in-
florescence est en panicule ; les feuilles, alternes et sim-
ples en général, sont pinnées dans une seule espèce. Celle-ci varie à l’infini quant à la forme des folioles; quelquefois elles sont linéaires , simples ou bifurquées ; d’autres sont dentées, et le lobe terminal cordiforme ou réniforme, comme dans le Caltha palustris ou V Asarum europæum, mais beaucoup plus grand. Je crois que c’est la plus belle trouvaille que j'aie faite jusqu’à présent.
Parmi les plantes qui ont été introduites lorsque l’île était habitée par les Espagnols, on en remarque quelques-unes qu’on pourrait maintenant considérer comme indigènes , tant elles sont abondantes. Telles sont le Melissa officinalis , V'Apium petroselinum , plusieurs Medicago, V'Avena sativa , le Chenopodium anthelminticum , le Physalis peruviana, qui donne des fruits exquis. Le Pêcher est si abondant, qu'on ne peut se faire une idée de la quantité de fruits qu’on récolte ; ils sont en général très-bons , malgré l’état sauvage dans lequel ils sont retombés. Le Cestrum parqui y est fréquent dans les lieux qui entourent les habitations ; il a été transporté du Chili, ainsi que plusieurs autres plantes auxquelles on attribue des vertus médicinales. La Vigne y est très-rare , le Cerisier fort abondant, maïs ses fruits ne valent rien. Le Fragaria chilensis est commun , et ses fruits sont meilleurs qu’au Chili. On y voit beaucoup de Figuiers.
La quantité prodigieuse de rats détruit considérablement de fruits , malgré la peine qu’on se donne pour en diminuer le nombre. On trouve dans cette île des chiens marrons, un nombre incalculable de chèvres , dont la chair a un goût exquis, et quelques cochons dans la vallée dite de a Cueva ; les bêtes à cornes sont à peu près dé-
truiies : i n'y a plus de chevaux. Les pigeons, jadis
(861) domestiques, sont maintenant devenus sauvages dans une abondance à u’en pouvoir calculer le nombre.
On remarque aussi parmi les oiseaux une espèce nommée Fasdela, qui fait son nid dans des tanières qu’il creuse dans la terre; trois espèces d'oiseaux de proie, dont une assez forte, que je crois un Falco; trois colibris , dont un de la plus grande beauté.
La rade est on ne peut plus riche en poissons de toutes espèces , et d’un goût délicat. Il y a très-peu d'insectes, et presque pas de coquillages.
Sur l’'Existence de moustaches chez les fœtus de Dauphins et de Marsouins ;
Par M. Emumanuez Roussrau.
Depuis long-temps M. le docteur Emmanuel Rousseau , chef des travaux d'anatomie au Muséum d'Histoire naturelle de Paris, avait eu occasion d'observer que certains animaux, entièrement privés de poils lorsqu'ils sont adultes , en étaient pourvus à l’état de fœtus, dans une certaine partie de leur corps. Tels sont les Dauphins et les Marsouins, qui alors portent au-dessus de la lèvre supérieure une ligne de poils raides , prolongée sur les côtés, et y formant une petite paire de moustaches. Cette observation, qu'aucun auteur ne paraît avoir signalée, vient d'être tout récemment confirmée par le bel envoi que M. Dussumier a fait au Muséum. Parmi les nombreux objets que ce voyageur distingué a recueillis, se trouvent deux fœtus de Dauphins. M. Rousseau , au premier examen qu'il en a fait, a reconnu que chacun portait sa moustache comme ceux qu’il avait vus précédemment. M. Isidore Geoffroy, et l’un des rédacteurs de ce journal ont vérifié l'exactitude de cette remarque. NL. le docteur Rousseau pense que l'existence des moustaches est temporaire chez les Dauphins et les Marsouins , et que, peu de temps après la maissance de ces
Mammifères, elles disparaissent complètement. En effer, on n'en à trouvé aucune trace chez les espèces , jeunes ou adultes , conservées dans les collections.
Nore sur le Ropan d’Adanson; et quelques autres Observations sur les Mollusques ;
Par M. Rawc.
M. Rang , commandant le brick de l’état a Champenoise, et qui est arrivé dernièrement d’un voyage au Sénégal , a adressé à M. le baron de Férussac une lettre dans laquelle il lui fait part de quelques-uns des résultats de son voyage. À
Il a reconnu que ie Ropan d’Adanson west autre chose que la Modiole caudigère de Lamarck, qui s’enveloppe d’un tube calcaire dent elle tapisse la cavité qu'elle a préalablement creusée dans les pierres. Déjà Lamarck avait paru croire à la présence d’un tube dans le Lithodome , et la recherche de ce fait sur le vivant devenait d’auiant plus importante, que M. Ch. Desmoulins lavait déjà constaté sur des individus fossiles des environs de Bordeaux.
M. Rang n’a pu trouver le Sormet d'Adanson : il hésite à admettre l’existence de ce Mollusque.
[la rencontré, dans le beau fleuve du Sénégal, de belles Etheries , qui vivent à 200 lieues de son embouchure.
Il a étudié l’animal de la Corbule , de l’Onguline , et aussi celui de la Discine, qui, dit-il, diffère peu de l'Orbicule.
Il a découvert dans quelques rivières la Galathée à rayons , que Lamarck cite comme provenant de Ceylan. Cette belle coquille se trouve sur les bancs de sable que recouvrent quelques pieds d’eau douce ; avec elle vivent huit à dix espèces de Melanies d’une rare beauté, et qui, par leurs formes , leurs variétés et leurs grandeurs , rappellent le genre Potamide de M. Brongniart, de même que ces belles Cérites fossiles si variées des environs de Paris.
ConsinéraTions sur l’Opération du trépan, et sur les Lesions du cerveau ;
( Lues à l'Académie royale des Sciences , séance du 29 novembre 1830.)
Par M. Frourens, Membre de l’Institut.
Premier Mémoire.
Sur l'Action mecanique des épanchemens cérébraux. D
1. Parmi les grandes opérations de la chirurgie , l’une de celles qui me paraissent avoir fixé, de tout temps, avec le plus d’attrait l'attention des observateurs, est lopération du trépan. Nulle autre peut-être ne montre au mème degré cette connexité profonde qui lie partout la pathologie , soit qu'on l'appelle chirurgicale ou médicale, à la physiologie.
2. On ne peut étudier cette longue suite d’observations savantes recueillies par Quesnay, par Lapeyronie, par Petit, par Louis et par quelques autres, sans croire lire des expériences de physiologie ; et réciproquement, il serait difficile de ne pas voir que toute expérience de physiologie, rigoureusement déterminée, n’est autre chose qu’une opération de chirurgie, mais une opéra-