‹ Annales des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 70 sur 78 · XXI · texte numérisé non relu

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tout d'y voir ces grandes espèces de pleine mer, ces tassards, ces germons, ces bonites, ces coryphènes, dont les navigateurs parlent si souvent ‘et dont l’histoire est si confuse faute d’en avoir pu rapprocher les échantillons dans les collections. Les grandes raies , particulièrement celles qui donnent le gros et le menu galuchat, se trouvent aussi en individus entiers dans cette collection. Et ce que l’on doit regarder encore comme trèsheureux , tous ces poissons , grâce à des incisions pratiquées à leurs tégumens abdominaux , ont conservé leurs viscères dans le meilleur état , et de façon à se prèter à toutes les recherches anatomiques que l’on pourra désirer d'y faire.

Le nombre des espèces de mollusques est de quatrevipgt-trois, parmi lesquels en sont douzede céphalopodes, sept de ptéropodes; beaucoup de salpas, de firoles, des ascidies composées ; toutes les coquilles sont rapportées avec leurs animaux ; et il y en a presque toujours en nombre, en sorte que l’anatomie comparée n'en profitera pas moins que la zoologie.

Nous devons signaler dans ce nombre deux calmars à corps transparent , et un autre calmar qui n’a point de ventouses à ses longs bras. Ce dernier a été trouvé dans l’estomac d’un dauphin , nouvelle preuve de l'utilité de cetie pratique constamment suivie par M. Dussumier d'ouvrir tous les grands animaux que l’on prend.

Il à eu soin aussi de recueillir plusieurs lernées, des vers intestinaux et d’autres parasites ; et il y en a une quinzaine d'espèces dans l’eau-de-vie. Ses annelides, dans le mème état, sont au nombre de dix, parmi lesquelles il y en a de fort grandes. À quoi il faut ajouter

autant d’échinodermes, et à peu près le double d’acalèphes.

Ses crustacés vont à soixante-dix-neuf espèces et à deux, cent cinquante-un individus. Trente-neuf de ces espèces manquaient à la collection du Muséum et dix paraissent à M. Audouin , qui en a fait l’examen , nouvelles pour la science.

L'Académie est en état de juger , sur cet exposé abrégé mais fidèle , des obligations que l’histoire naturelle aura au généreux dévouement de M. Dussumier.

Que l’on se représente les Buflon , les Linné, les Pallas , ces grands hommes dont les ouvrages ont donné dans le milieu du dernier siècle à l'histoire naturelle l'impulsion qui lui a fait prendre une marche si rapide; eux qui n'avaient à travailler que sur des collections si restreintes , et à qui leurs élèves n’envoyaient que des objets si peu nombreux et si mal conservés ; qu’on se les, représente recevant à la fois des envois tels que ceux que depuis dix années le Muséum de Paris a dus, soit aux naturalistes entretenus par le gouvernement, soit à des. hommes qui, comme M. Dussumier, n’ont reçu de mission que de leur zèle! Peut-être seraient-ils , dans le premier moment , autant effrayés que réjouis ; peut-êvre craindraient-ils d’abord de ne pouvoir ordonner, classer, décrire tant de choses diverses ei compliquées. Eh bien, cependant, grâce sinon à leurs méthodes, du moins à l'esprit qui les leur dicta , chacun de ces inombrables objets ira sans confusion occuper la place qui Jui appartient, s’intercalera entre ceux qui lui ressemblent le plus, prendra son nom, son rang dans l’im-

mense série des êtres naturels. Le cadre est là pour le

recevoir, il s’agrandira sans doute, de nouvelles cases y seront peut-être nécessaires ; mais il n’en sera ni moins clair, ni moins précis, et l'étudiant arrivera tout aussi sûrement à la détermination de ces nouvelles espéces que lorsque tout le règne animal n’occupait dans Linnœus qu'un seul volume, et n’y présentait encore que quelques centaines d'êtres.

À peine reposé d’une expédition si lengue et si pénible, M. Dussumier n’a d’autres desseins que d’en entreprendre une autre; il brûle surtout de retourner à Canton et à Manille où il n’a pu, dans ses premiers voyages , exercer son zèle aussi utilement qu'il le ferait aujourd'hui que l'habitude et l'expérience lui ont donné plus de lumières. Le gouvernement chinois fait éprouver aux bâtimens de guerre trop d’entraves et assujettit leur commandant à trop d’humiliations pour qu'une pareille mission puisse être remplie par des officiers militaires ; mais, d’un autre côté, les droits d'ancrage, équivalant à 35,000 franes et que l’on fait payer indistinctement à tous les bâtimens marchands, sont trop considérables et les retours trop peu avantageux pour qu’une pareille dépense puisse être supportée par un navire de moins de 250 tonneaux.

Quelques facilités données à cet égard par l’administration ne seraient pas utiles seulement à la science. Un homme aussi éclairé et aussi entreprenant que M. Dussumier ne mauquéraié pas d'y recueillir des documens dont tout le commerce national pourrait tirer avantage.

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