‹ Annales des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 69 sur 78 · EXPLICATION DES PLANCHES · texte numérisé non relu

EXPLICATION DES PLANCHES

IVota. Toutes ces figures ont été dessinées au microscope, les objets étant sous l’eau. Les grossissemens , qui étaient plus considérables sur la plupart des dessins originaux , ont été réduits pour pouvoir faire tenir les dessins sur ces planches; ils sont maintenant, sur les planches ; d'environ 200 à 300 fois en diamètre : ceux des deux premières planches sont un peu plus considérables , ainsi que les détails des stomates.

PL 6; fig. r. Épiderme détaché des feuilles du Lis blanc encore contenuës dans l'oignon , et complèterent blanches.

« , stomate dont l'ouverture arrondie est bien distincte ; les cellules latérales sont remplies de grânules jaunâtres; b, un stomate séniblable aü précédent , mais dont l'ouverture est occupée par une bulle d’air ; c, un stomate dont les cellules latérales ont été enlevées par larrachement de l'épiderme ; d, un autre dont l’ouverture centrale communique avec le bord déchiré de l’épiderme ; ce qui établit d’une manière évidente l’existence de l’ouverture centrale,

Fig. 2. Epiderme d’une feuille de Narcisse prise dans l'oignon, et vu un peu obliquement.

a, à, ouverture des stomates.

Fig. 3. Epiderme de la même feuille, intact dans la partie inférieure b; mais dont la surface externe seule existe dans la partie supérieure a; les ouvertures des stomates y sont bien visibles , et sont continues ; en 6, avec le bord déchiré de l’épiderme.

Fig. 4. Coupe transversale d’une feuille de Lis blanc, prise dans l’oignon. — a,a, coupe de l’épiderme inférieur ; b,,b , ouverture de déux stomates qui ont été coupés par le milieu; c, c, parenchyme beaucoup moins caverneux que celui de la feuille développée.

Fig: 5. Stomate du Lis, trempé dans l’acide nitrique. — a, a, cellules latérales du stomate; b , b , masses vertes qu’elles contiennent ; c, ou- Verture dilatée du stomate.

Fig. 6. Coupe d’un stomate de Lis trempé dans l'acide nitrique. — a, a, cellules de lépiderme ; b, b, cellules latérales du stomate; c, c, masses vertes, jaunies par l’acide ; d , ouverture du stomate,

Fig. 7. Stomate d’lris trempé dans l’acide nitrique. — a, a, cellules latérales du stomate; b, b, masses vertes qui y sont renfermées ; c, ouverture dilatée du stomate.

Fig. 8. Coupe d’un stomate de la même plante, trempé dans l'acide

nitrique. — a, a, cellules de l’épiderme ; b, b, cellules latérales du stomate ; c, c, masses vertes qui sont à la face interne du stomate ; d, derluré

PI. 7. Anatomie de l’épidérme et des stomatés dans l’Zris germanica.

Fig. 1. Coupe transversale de l’épiderme et d’une partie du parenchyme sous-jacent d’une feuille d’Zris germanica. — a, a, a, a, cellules de l’épidérme; b,b,6, cellules latérales des stomates ; c, c, c, utricules remplis dé matière verte, placés au bord interne des cellules pré-

cédentes; d, d,:d, ouverture des stomates ; e, e, e, lacunes du parenchyme, correspondant jaux, stomates ; f, f, utricules :verts.du parenchyme. :, At

Fig: 2 et 3. Coupes ent ales ie stomates de la.même DE — a, a, cellules allongées de l’épidermes b, b, cellules latérales des stomates ; c, c&, utricules remplis de matière verte, qui bordent la fente des stomates; d, d, utricules du parenchyme.

‘PL. 8. Anatomie de la feuille du Lis ( Lilium album ).

Fig. 1. Fragment de l’épiderme inférieur d’une feuille de Lis arraché avec une portion de la couche du parenchyme qui est immédiatement sous-jacente. — &, a, cellules de l’épiderme ; b ,.b;, utricules sinueux du parenchyme , laissant de nombreuses lacunes entre eux x;c, ce, stomates. rt 1e Crete

Fig. 2. Détails des stomates , vus comme dans la figure précédente. — a, a, cellules de l’épiderme ; b, b, cellules latérales des stomates ; , c, masses de matière verte qui occupe le centre de ces cellules ; d, d, ouverture des stomates.

Fig. 3. Coupe transversale d’une feuille de Lis. — a, a , épiderme supérieur ; b, b, épiderme inférieur; c, c, c, 6, stomates coupés dan leu dans des points différens de leur étendue; d, d, paxenchyme supérieur offrant peu de lacunes ;e,e, parenchyme caverneux, laissant de nombreuses lacunes entre les utricules qui le composent , et occupant la partie inférieure de la feuille.

PI. 9. Anatomie de la feuille de l’Zris germanica.

Fig. 1. Portion d'épiderme arrachée de la surface de la feuille, et sur une partie duquel est restée la couche de parenchyme vert qui est appliquée immédiatement contre lui. On voit que les stomates correspondent toujours à des lacunes ou espaces vides de ce parenchyme. — a, a, a, cellules allongées de l’épiderme ; b, b, stomates dont la

structure est présentée avec plus de détail dans les Planches 6 et 93 e , c, utricules verts du parenchyme ; e,e, e, lacunes de ce parenchyme correspondant aux stomates.

Fig. 2. Coupe longitudinale de la même feuille , s'étendant d’un épiderme à l’autre (on se rappelle que les deux surfaces opposées et latérales d’une feuille d’Iris correspondent toutes deux à la surface réellement inférieure de la feuille, et sont parfaitement identiques).— a,a, cellules allongées de l'épiderme; b, b,b, coupe longitudinale

des stomates , correspondant aux lacunes du parenchÿme ; c, c, parenchyme vert; Z, d, tissu cellulaire incolore, occupant le milieu de la feuille.

PI. 10. Anatomie.de la feuillé du Rochéa falcata.

Fig.,1. Epiderme formé de deux couches de cellules, vu par sa face iuterne. — a, a , petites cellules de la couche interne de l’épiderme ; b,b,b, grosses cellules saillantes de la couche externe; c, €, sto-

. mates. qui, sont placés. entre les cellules dela couche externe , et ne traversent que la couche interne de l’épiderme.

Fig, 2. L’épiderme de la même plante, vu par sa face externe. — a, a, couche interne de l’épiderme; b, b, grosses czllules saillantes de la couche externe ; c, c, stomates.

Fig. 3. Détails d’un stomate. On voit.qu’il est placé dans un espace que les cellules externes ne couvrent pas, et qu’il dépend seulement de la couche interne de l’épiderme. — à , cellules latérales du stomate; b, masse de matière verte qui occupe le côté interne de ces cellules; c, ouverture du stomate.

Fig. 4. Portion d’une coupe perpendiculaire à la surface d'une feuille de la même plante, — a , a, couche interne de l’épiderme, formée de très-petites cellules; D, b, cellules saillantes , presque, indépendantes les unes des autres, qui forment, la couche externe, de l’épiderme ; c, stomate; d, d; d, d, utricules du parenchyme; L, L, L,L, lacunes plus ou moins étendues , qui existent entre ces.utricules, et qui correspondent avec celles placées.sous les stomates.

PI. 11. Anatomie des parties foliacées de la tige comprimée du Cuctus phyllanthoides.

Fig. 1. Epiderme détaché avec une partie de la couche du parenchyme qui est appliquée immédiatement contre lui. Cet épiderme est formé de deux couches de cellules de grandeur inégale, comme on le voit, dans cette figure, par Le double réseau formé par les lignes de jonction des cellules, et dans la coupe, fig. 3. — « , u, cellules de Pépiderme ; b, b, stomates; c, c, utricules dü parenchyme.

Fig. 2. Un stomate plus grossi.

Fig. 3. Coupe transversale de lépiderme ét du parenchyme sous-jacent. — a, a , épiderme épais , formé de deux ou trois couches de cellules incolores ; b, b, utricules du parenchyme faiblement colorés , rem-

( 454 plis de grains verts adhérens à leur surface interne; c , c, « , lacunes. irrégulières qui existent de distance en distance entre ces utricules.

PL. 12. Anatomie de la feuille de la Fève de marais ( Wicia faba).

Fig. 1. Portion de l’épiderme supérieur, auquel quelques utricules du parenchyme sous-jacent sont restés adhérens. — a, a, cellules de lépiderme ; b, b, stomates ; c, c, utricules verts du parenchyme.

Fig. 2. Portion de l’épiderme inférieur, qui ne difière pas sensiblement de lépiderme supérieur.

Fig. 3. Coupe transversale de la feuille de cette plante. — a ; épiderme supérieur ; b, épiderme inférieur ; c, couche supérieure du parenchyme, formée d’utriculés perpendiculaires à l’épiderme ; d, paréenchyme inférieur plus lâche, formé d’utricules disposés irrégulièrement, et laissant de nombreuses et vastes lacunes entre Ccux ; e, €, coupe de deux stomates placés l’un à la face supérieure, et l’autre à; la face inférieure,

PI, 3. Anatomie de la feuille de la Balsamine des jardins ( Balsamiria

hortensis }.

Fig. 1. Portion de l’épiderme supérieur, avec une partie du parenchyme qui lui est resté adhérent. — a, a, a, cellules de l’épiderme; b, b, b, stomates :te , c, c , utricules verts du parenchyme supérieur, laissant ‘entre eux, de distance en distance, de grandes lacunes arrondies , d, d, d, auxquelles correspondent les stomates.

Fig. 2. Portion de l’'épiderme sur lequel est appliqué le réseau formé par la couche inférieure du parenchyme. — a, a, a, cellules de l’épiderme ; b, b ,stomates; c, c, c, utricules verts, anastomosés, formant un réseau à larges mailles, et dont les sutures de jonction. sont à peine distinctes.

Fig. 3. Un stomate isolé et grossi davantage. — a, a , cellules de l’épi-

derme ; b, b, cellules latérales du.stomate, contenant quelques grains.

verts ; c, ouverture du stomate , paraissant tantôt claire, tantôt obscure , ce qui me parait dù , dans Le dernier cas, à de L’air qui occupe cette ouverture. 4

Fig. 4. Coupe de cette feuille perpendiculaire à sa surface. — a, a, épiderme supérieur ; b , b, épiderme inférieur ; c, c, c, c, parenchyme supérieur formé de deux couches d’utricules oblongs , placés perpendiculairement à l’épiderme supérieur, et ne laissant que de petits espaces intercellulaixes entre eux , ou de larges lacunes de distance

en distance ( voyez la fig. 1); d, d,d, 4, parenchyÿme inférieur formé d’utricules irréguliers , laissant entre eux de nombreux espaces vides.

Fig. 5. Un des utricules du parenchyme supérieur isolé et grossi davautage pour montrer la régularité remarquable des grains de matière verte qu’il contient.

PI. 14. Anatomie de la feuille du Pommier ( Pyrus malum ).

Fig. 1. Portion de l’épiderme inférieur, détaché avec la couche du parenchyme qui est appliquée immédiatement contre lui. —a,a,a, portion de l’épiderme qui était appliqué sur les nervures ; D, b, b, épiderme qui correspond au parenchyme ; e ,e, stomates ; d, d ,utricules verts , simples , oblongs, constituant le parenchyme réticulé , à larges lacunes, de la partie iuférieure de la feuille.

Fig. 2. Un stomate grossi davantage. — a , a, cellules de l'épiderme ; b,b, cellules latérales remplies de matière verte du stomate ; ce, ouverture du stomate.

Fig. 3. Coupe transversale de la feuille. — a, épiderme supérieur ; b, épiderme inférieur ; ce, parenchyme supérieur formé d’utricules très-rapprochés , et perpendiculairés à l’épiderme ; d, parenchyme inférieur composé d’utricules presque parallèles à Pépiderme, et

laissant entre eux de nombreuses lacunes.

PI. 15. Anatomie de la feuille du Nenuphar jaune { Muphar lutea ).

Fig. r. Portion de l’épide:me supérieur avec une partie du parenchyme qui lui est resté adhérent , et dont les lacunes correspondent toujours aux stomates. — a, a, cellules de l’épiderme ; b, b, stomates; c,c, utricules du parerchyme supérieur vus dans le sens de leur longueur, et laissant entre eux , de distance en distance, des lacunes qui correspondent aux stomates,

Fig: 2. Epiderme inférieur, avec une partie du parenchyme qui était appliqué contre lui. — a,a, cellules de l’épiderme; 6, à, petites cellules arrondies , autour desquelles convergent les autres cellules ; ce, ©, pareuchyme réticulé , qui est immédiatement appliqué contre l’épiderme.

Fig. 3. Coupe perpeudiculaire à la surface de la feuille. — «4 ,a y épiderme supérieur ; b, b, épidérme inférieur ; «, e, ulricules pérpendi culaires à l’épiderme supérieur, qui constituent le parenchyme supérieur ; d, d, d, utricules étroits, rameux et anastomosés, qui forment

le parenchyme lâche et à larges lacunes de la partie inférieure de la feuille.

PI. 16. Anatomie de la feuille du Laurier-rose ( Verium oleander).

Fig. 1. Portion de l’épiderme inférieur de la feuille, détaché par un instrument tranchant. — a, a, épiderme formé de cellules petites et irrégulières ; b, b, b , ouvertures garnies de poils , qui traversent cet épiderme. |

Fig. 2. Coupe transversale de la même feuille. — «, a , épiderme supérieur formé de trois couches de cellules ; », b, épiderme inférieur composé aussi de trois à quatre couches de cellules > €t présentant, en c,c, des ouvertures qui communiquent avec des cavités profondes , pénétrant jusque dans le parenchyme inférieur ; d, d, parenchyme supérieur formé de deux rangs d’utricules perpendiculaires à l’épiderme ; e, e, parenchyme inférieur caverneux, composé d’utricules rameux , laissant entre eux de nombreux espaces vides, arrondis.

. PI. 15. Anatomie des feuilles submergées du Potamogeton perfoliatum et du Ranunculus aquatilis.

Fig. 1. Coupe transversale d’une petite portion d’une feuille submergée du Potamogeton perfoliatum.. La portion de droite correspond à une nervure a ; la portion de gauche, beaucoup plus mince, s’étend dans tout l’espace qui sépare deux nervures. — a, nervure formée de cellules allongées , incolores , sans vaisseaux ; D, b , cellules remplies de granules verts, qui forment la surface supérieure; e, c, cellules semblables, qui composent la surface inférieure : les cellules intermédiaires sont semblables et parfaitement contiguëés ; d, d, d, d, lacunes régulières, ne communiquant pas avec l'extérieur, et remplies d'air.

Fig. 2. Une portion des cellules superficielles de cette même feuille , détachées parallèlement à la surface. — à , couche de cellules entières ; D, cellules dont ilîne reste que la surface externe, et les granules qui lui adhèrent.

Fig. 3. Coupe transversale d’une division des feuilles lacérées de la Renoncule aquatique, venue hors de Peau. — a , nervure centrale ; b,b,utricules du parenchyme; c, c, lacunes irrégulières , communiquant avec la surface; d, d, épiderme.

Fig. 4. Epiderme supérieur des mêmes feuilles. — a, &, cellules de lépiderme; b, b, stomates; c, c, utricules appliqués contre l’épiderme.

Fe

Fig. 5. Epiderme inférieur des mêmes feuilles, — 4, a, cellules de l’épiderme; b, b, utricules branchus , en forme de croix, du parenchyme inférieur.

Fig. 6: Coupe transversale d’une division d’une feuille laciniée de la même plante , développée sous l’eau. — à, nervure; D, b, utricules du parerchyme sans espace intercellulaire , et tous remplis de granules verts, mais plus colorés vers la surface où s’opère la respiration que vers le centre; c, c, c, lacunes remplies d’air, ne communiquant pas avec l’extérieur.

PI. 18, fig. r. Coupe longitudinale d’une portion de feuille du Pinus maritima, — a, a,a, a, cellules de l’épiderme coupées suivant leur longueur ; b, B, ouvertures extérieures des stomates ; c, c, utricules qui bordent latéralement la fente des stomates ; d, d , utricules verts du parenchyme, laissant entre eux de nombreux espaces intercellulaires ; e , e , cellules allongées qui entourent les vaisseaux de la nervure; f, vaisseaux annelés, ou fausses trachces qui composent la nervure.

Fig. 2. Portion d’épiderme d’une feuille du Pinus maritima. — a, a, cellules allongées de lépiderme ; b, b, ouvertures des stomates , qui sont souvent obstruées par une matière noire ; 6, c, cellules latérales des stomates.

Fig. 3. Membrane simple superficielle, qui paraît recouvrir l’épiderme des feuilles du Choux, et qui s’est séparé après une macération de trois mois. — a, a, membrane simple et transparente, sans structure appréciable ; b, b, ouvertures en forme de boutonnières , qui correspondaient aux stomates; c, c, longs poils qui couvrent lépiderme ; d, d, poils courts et renflés , qui sont également fixés sur l’épiderme.

IVota. Les Planches 8 et 9 sont des exemples de la structure des feuilles monocotylédones ; les Planches 10 et 11 montrent quelle est la structure des feuilles des plantes grasses ; les Planches 12 et 15 font connaître celle de la plupart des plantes herbacées ; la Planche 14 indique la Structure commune à ia plupart des feuilles des arbres ; la Planche 15 fournit un exemple de l’organisation des feuilles flottantes à la surface de l’eau, etla Planche 17 montre la différence qui exisle entre les feuilles aériennes et les feuilles submergées.

Rarrorr fait à l’Académie royale des Sciences, sur les Collections rapportées récemment de la mer des Indes par M. Dussumier, de Bordeaux;

Par M. le baron Cuvier.

(Lu dans la séance du 13 décembre 1850.)

Sans le dévouement des voyageurs , une partie essentielle des travaux des naturalistes s’arrêterait bientôt, faute d’alimens. Cette vaste entreprise d’enregisirer tous les êtres naturels, chacun à son rang, chacun avec un nom au moyen duquel on puisse le désigner avec sûreté aux hommes instruits de toute la terre, n'aurait pu même être conçue si l’on n'avait espéré le concours d'hommes courageux, décidés à sacrifier leur santé et même leur vie pour rassembler les productions des climats les plus éloignés dans des lieux où il füt possible d'en faire un examen approfondi et comparatif. :

L'Académie a entendu avec intérêt les rapports qui lui ont été faits, à diverses époques , sur les grandes expéditions commandées par le Gouvernement , et dans lesquelles MM. Péron et Lesueur, Quoey et Gaimard, Lesson et Garnot, Gaudichaud, Bory de Saint-Vincent, etc., ont fait des récoltes si précieuses. Elle a en quelque sorte suivi de l'œil ces accroïssemens prodigieux , qui ont enrichi la grande collection nationale, et. offert des matériaux immenses aux méditations des hommes studieux, et ce n’est pas elle seule qui en a été instruite. La publication de ces rapports a informé les naturalistes

(459 ) de l'Europe de tout ce que la science peut attendre de Pexploitation régulière de tant de richesses accumulées ; plusieurs d’entre eux en ont déjà profité; d’autres se sont fait un honneur d'envoyer aussi leurs contributions à ce grand trésor, qui est devenu ainsi en quelque sorte une-propriété générale du monde savant.

C’est encore d’une acquisition de ce genre que nous venons vous entretenir aujourd'hui, et d’une acquisition due non plus aux ordres ou aux encouragemens du Gouvernement , mais au zèle éclairé et désintéressé d’un parüculier, qui depuis plus de dix ans n’a cessé de consacrer à des récoltes d'histoire naturelle ses loisirs et une partie de sa fortune. C’est le sixième voyage que M. Dussumier fait aux Indes et à la Chine, et c’est la sixième fois qu’il comble de ses présens le Muséum d’Histoire naturelle; mais aucun de ses dons précédens n’avait égalé celui-ci pour la magnificence.

Dès son premier voyage, il avait apporté un Singe sans queue, à tête de Cynocéphale, du petit archipel de Solo ; combinaison de caractères dont les naturalistes n'avaient nulle idée; beaucoup d'oiseaux rares, et de beiles coquilles d’un grand prix.

Au second, il amena un Cerf des Philippines, nouveau pour la science , et plusieurs oiseaux rares de la Chine et des Philippines, dont quelques-uns, déjà décrits par Sonnerat, n’existaient cependant pas dans les collections de l’Europe.

Le troisième procura uu plus grand nombre d'oiseaux et plusieurs poissons fort curieux du Gange, la plupart très-utiles à la juste intelligence de l'ouvrage de M. Ha-

( 460 ) milton Buchanan, et parmi lesquels il y en avait aussi qui avaient échappé à ce savant ichthyologiste. :

M. Dussumier rapporta aussi alors de belles Liliacées , qui ornent encore nos serres, et surtout un grand nombre de pieds d’une variété de Müriers , quia,, sur la variété commune , l'avantage de se reproduire beaucoup. plus aisément de bouture.. :

Le quatrième, pendant lequel M. Dussumier avait visité les Séchelles , petit archipel peu fréquenté et dont les productions sont par conséquent peu connves, donna. beaucoup de beaux poissons, la plupart entièrement nouveaux , et dont les autres n'avaient été vus que de Commerson. |

Dans le cinquième, M. Dussumier, s'intéressant particulièrement à l'Histoire des poissons qui se publie par MM. Cuvienet Valenciennes, forma une des plus belles et des plus riches collections de. poissons que l’on eùût encore vues. Il en obunt deux cents espèces différentes à la côte Malabar et dans les eaux douces de l’intérieur de la presqu’ile de l’Inde, surtout du royaume de Maiïssour, espèces des plus importantes pour lichthyologie, parce que les voyageurs ont toujours beaucoup moins de facilité de pénétrer dans l'intérieur des terres que de faire pêcher sur les côtes. Toutes ces espèces étaient accompagnées de notes sur leurs couleurs à l’état frais, sur l'époque de leur apparition, et sur leurs usages pour la nourriture et pour le commerce.

Dans ce mème voyage, il s’était attaché à observer les petits Cétacés encore si peu connus des naturalistes , et avait recueilli jusqu'à six espèces de Dauphins ou de

Delphinaptères , dont on lui a dû l’histoire.

Mais de sixième et le dernier voyage de M: Dussumier, celui dont nous avons à rendre compte aujourd'hui, a été le plus long , et de beaucoup le plus fiuctueux.

Parti de Bordéaux ‘en décembre à 827 sur son navire, auquel il avait donné Île nom significatif de Buffon, il fut réténu sur les côtes de France par dés témpêtes continuelles , et, pendant six semaïnes, bien d’autres contrariétés ralentirent sa traversée, et il ne put arriver dans le voismage des Séchelles qu’à la fin d'avril de 1828. Prévoyant dès-lors qu'il ne pourrait réaliser le projet qu'il avait fait de séjourner sur la côte Malabar pour s’y livrer à ses recherches pendant que son navire reviendrait en Europe, et sachant combien le parage des Séchelles est riche en poissons, il n’hésita pas à y faire une relâche, et y recuéillit assez d'objets intéressans pour se promettre d'y revenir sitôt que l'occasion s’en présenterait. Il passa de là à Bombay, et y demeura tout le moïs de juin sans y être fort heureux, à cause de la saison pluvieuse , et toutefois il y obtint encore quelques espèces nouvelles. Arrivé dans le Gange, après avoir touché à Pondichéry, il y fut encore contrarié par la mousson du sud-ouest et les pluies continuelles qui Vaccompagnent, et ne put se procurer que quelques poissons du fleuve.

Une relâche à Bourbon n’augmenta pas non plus beaucoup ses collections, à cause des dangers de la rade; mais un séjour d'un mois à l'Ile-de-France le dédommagea amplement. Îl y rassembla plus de quatre-vingts

espèces de poissons, dont plusieurs sont rares même

( 462 ) dans cette île, tels que le Filou, le grand Malacante à raie noire, les Gomphoses , etc.

Un second voyage au Bengale, fait pendant la belle saison , lui permit de visiter souvent les marchés de Caleutta, et de faire pêcher dans les étangs des environs. Il s’y procura aussi des quadrüpèdes vivans, et surtout l'Antilope à quatre cornes, dont Elien a déjà parlé, mais quiest rare même au Bengale, et, dont on n'avait vu en Europe que le crâne, et assez rarement : nos cabinets de Paris n'en possédaient aucune partie. Malheureusement elle est morte sur le chemin de Bordeaux à Paris ; mais on en a toutes les dépouilles. Ges animaux furent transportés à, Bourbon ; et, comme les affaires commerciales de M. Dussumier le rappelaient dans l'Inde, il laissa sa petite ménagerie dans cette île, sous la garde d’un domestique de confiance , et dans le logement qu'il avait loué: pour assurer sa conservation.

D’autres animaux vivans lui furent remis , lors d’une troisième relâche au Bengale, par des amis qu'il avait chargés d'en faire l'acquisition. Il les joïgnit aux :premiers , et les conserva tout aussi heureusement.

C'était alors le moment de reprendre la route d’Europe ; mais quelques ayaries l'ayant obligé de retourner à Bombay pour y faire réparer son navire , cette contrariété lui permit de visiter encore les Séchelles. I] y fit une relâche dans leseul but derechercher les poissons qui avaient échappé à ses précédentes investigations, et sa collection y reçut en effet encore de notables accroissemens.

Bombay même lui fut plus productif que la première fois. Il y acquit entre autres objets l'ours des jongleurs ou à longues lèvres , vivant. C’est cet ours singulier qui

( 465 ) mañique si souvent d’incisives, et qu'à cause de céla quelques naturalistes avaient regardé comme un Paresseux.

La belle saison qui régnait alors à la côte Malabar VPengagea à séjourner quelque temps à Mahé'et à Cananor, et il y fit encore des acquisitions , notamment diverses Raïes de grande taille dont on l'avait prié de s’occuper particulièrement.

11 revint alors à Bourbon pour embarquer ces animaux vivans. Prévoyant tout ce qu'ils auraient à souffrir au moment où il faudrait doubler le Cap dans la mauvaise saison, et prenant toutes les précautions nécessaires pour les conserver , il eut en effet le bonheur de les sauver tous! quoiqu'il lui fallät lutter pendant plus d’un mois contre des tempêtes éponvantables.

Les retards qui en résultèrent l’obligèrent de toucher à Sainte-Hélène pour s'y procurer de nouveaux fourragés; mais celle relâche fut encore utile et lui valut quelques beaux poissons.

‘La durée de ce voyage a été de trente-trois mois, dont vingt-sept ont été passés sur mer, pendant lesquels M: Dussumier a été occupé de pècher toutes les fois que le temps l’a permis. Une attention spéciale qu’il a eue, et que l’on ne saurait trop recommander aux naturalistes voyageurs , a élé d'ouvrir l'estomac des dauphins, des thons , des germons et desautres grands poissons qu'il prenait en pleine mer. C’est ainsi qu’il a obtenu plusieurs petits poissons très-curieux qui échappent aux lignes et aux filets : des leptocéphales ; des sternoptyx et d’autres qui appartiennent à des genres nouveaux.

La plus grande partie de ces petits crustacés , de ces

( 464 ) petits mollusques , de ces zoophytes libres sont aussi le résultat de ses pêches de pleine mer.

Enfin , après ces longues et pénibles sed eh ; M. Dussumier a été assez heureux pour amener toutes ces richesses à bon port, et assez généreux :pour les offrir aux recherches des naturalistes en les déposant au Muséum d'histoire naturelle. Des catalogues authentiques en ont éié dressés par MM: Isidore Geoffroy , Valenciennes et Victor Audouin,, aides-naturalistes du Muséum.

Il en résulte l’état sommaire suivant :

Douze grands animaux vivans : l'ours jongleur; deux espèces nouvelles de cerf; une gazellé de Bassora; la femelle du cerf Muntjac; la hyène. tachetée. des. tortues , etc. | |

Vingt-sept mammifères secs, mont quinze espèces et dont dix-huit seront placés utilement au, cabinet d'histoire naturelle.

Vingt-un, quadrupèdes un ja. iqueus , da pd destinés pour l'anatomie.

Treize espèces ou variétés de dauphins;, aussi. dé la liqueur, et avec leurs squelettes. M. Dussumierse propose d’en rédiger une monographie en addition à celle qu'il a déjà publiée sur le même genre.

Quarante-deux oïseaux secs formant trente-deux espèces toutes utiles pour le Muséum , et dont quinze ou

seize y manquaient.entièrement.

En reptiles : onze tortues, dont six paraïssent nouvelles ; douze sauriens et seize espèces de serpens.

Mais c’est surtout en poissons que le présent de

AA

(465 ) M. Dussumier est fait pour étonner et pour inspirer aux naturalistes la.plus vive reconnaïssance.

Il y én a, quatre cent quatre-vingt-une espèces formant près de quinze cents individus , et ce qui n’est pas moins remarquable que leur nombre, c’est leur parfaite conservation.

Aucun de leurs rayons , aucun de leurs aiguillons n’est brisé ; leurs écailles , leurs couleurs même sont généralement conservées , et lorsque la liqueur était dans le cas de les altérer, on trouve dans les notes descriptives de M. Dussumier ce qui est nécessaire pour en compléter la description.

Ces notes traitent aussi du goût de l'animal, de son plus on moins d’abondance sur chaque côte ; en un mot, de tout ce que l’auteur a pu apprendre qui touche à leur histoire naturelle.

Dire combien , sur ces quatre cent quatre-vingt-une espèces , il y en a de nouvelles , soit pour le Muséum, soit pour la science, serait chose impossible, tant que l’immense travail que j'ai commencé avec M. Vâlenciennes ne sera pas terminé ; mais la comparaison que nous en avons faite avec nos matériaux dans leur état actuel , et surtout avec les genres dout nous avons déjà publié l’histoire dans nos sept premiers volumes, ne nous permet pas de douter qu'il n’y en ait au moins une centaine ; et, parmi les espèces déjà connues , un grand nombre ne laisseront pas que d'obtenir une histoire plus. intéressante et plus complète, soit parce que l’on en aura ainsi à décrire des individus en meilleur état, soit à cause des renseignemens consignés dans les notes de l’infatigable collecteur. Nous nous réjouissons sur-

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