‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 124 sur 228 · SUR L'ABSORPTION DE L’AZOTE PAR LES ANIMALCULES ET LES ALGUES · texte numérisé non relu

SUR L'ABSORPTION DE L’AZOTE PAR LES ANIMALCULES ET LES ALGUES

Par M. MORREN,

Doyen de la Faculté des sciences de Rennes.

(Extrait d'une lettre adressée à l'Académie des sciences le 22 mai 1854.)

Tous les Infusoires, verts, bruns ou rouges, que j'ai examinés jusqu'ici, et qui appartiennent à des genres fort divers (Monadines , Crypto-Monadines, Astasiées, Enchéliens , etc. ), sont tous, sans exception, des êtres fortement azotés. Chaque fois qu’on les rencontre en abondance, colorant en vert, en rouge ou en brun, les eaux où ils se développent, on peut être assuré que des substances d’origine animale sont dans le voisinage, et que l’eau de pluie ou l’eau courante leur a apporté les principes azotés dont ils ont besoin , et qui permettent leur développement facile , soit dans les fossés, soit dans les flaques, les étangs, et même les ornières des routes.

Tant que l'azote leur est présenté en quantité suffisante, ces êtres conservent la motilité et tous les indices de la vie animale; si l’azote devient rare, ils se fixent immédiatement tous, et passent à leur période de vie tranquille, de vie végétale; mais même à cette époque, l'azote leur est encore nécessaire, bien qu’à ce moment, plus que jamais, ils agissent sur l’acide carbonique dissous dans l’eau, à la façon de la partie verte des végétaux. Toutefois, lorsqu'ils sont hbres et mobiles, ils ont un caractère spécial : c’est que, lorsque sous l'influence solaire ils dégagent de l'oxygène, celui-ci se présente dans un état qui permet à l’eau une oxygénation considérable.

3h0 MORREN. — ABSORPTION DE L "AZOTE PAR LES ANIMALCULES.

Si, dans une eau qui reste parfaitement calme, dans un vase que rien n’agite , on place des débris d’Insectes, même des morceaux de chair très divisée, c’est auprès (le ces débris que se développeront avec le plus d’abondance les Infusoires mis en petite quantité dans l’eau ; ils absorberont à leur profit les principes azotés qui leur sont présentés. Ces êtres semblent jouer dans l’eau le rôle que certains animaux plus élevés jouent dans l'air, où les corps azotés atteints par la mort appellent promptement auprès d’eux des Insectes, des Oiseaux, des animaux carnassiers avides de ces débris.

Quelques sels ammoniacaux peuvent remplacer avec succès les corps azotés précédents : je citerai l’azotate, et surtout le carbonate d’ammoniaque. L'action des autres sels ammoniacaux est pour moi en ce moment à l'étude.

De l’eau que l’on met en contact renouvelé avec l'air atmosphérique, en la faisant tomber goutte à goutte et sans cesse d’un vase dans un autre, permet le développement rapide de tous les Infusoires monadaires.

Si, au contraire, l'air qui passe dans l’eau , même en grande quantité, a été préalablement lavé dans de l’acide sulfurique , la vie n’est pas possible, et s'éteint complétement au bout de quelques jours. Il est bien entendu que l’acide sulfurique a été privé des gaz, tels que l'acide sulfureux, qu’il pourrait tenir en dissolution. Des appareils identiques de grandeur et de capacité ont donné des résultats totalement différents, lorsque l’un d’eux laissait passer dans l’eau, attiré par un aspirateur, de l’air ordinaire, et l’autre appareil de l'air lavé par de l'acide sulfurique.

Si, avant que la vie fût totalement éteinte, on cessait de laver l'air à l'acide sulfurique, la vie, se ranimant, ramenait la couleur verte disparue. Cependant , pour les Monadaires de couleur verte , l’action réparatrice de l'air non lavé par l'acide sulfurique est considérablement amoimdrie, si Pair est privé des corpuscules légers qu’il emporte avec lui dans l’eau soumise à l'expérience. Ce dernier but peut être atteint de plusieurs manières, par exemple en faisant passer l'air à travers des corps feutrés ou poreux, tels que du coton cardé, etc.

Ces doubles faits, de l'absorption de l’azote et de l’émission d'oxygène sous l'influence solaire, donnent à ces êtres un double caractère qui, ajouté à leur état tantôt mobile et tantôt fixe, les range tour à tour auprès des animaux et auprès des végétaux.

De plus, ils sont incapables d'emprunter directement l’azote à l’atmosphère dans toutes les circonstances citées plus haut. Il faut que ce gaz leur soit apporté, soit par les sels ammoniacaux que l’air peut contenir, soit par les poussières organiques répandues et soulevées dans l’atmosphère, soit par les substances azotées qui arrivent dans les eaux.

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