‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 125 sur 228 · SUR LE · texte numérisé non relu

SUR LE

CÉRIANTHE (CERIANTHUS MEMBRANACEUS),

Par M, JULES HAIME.

Beaucoup de naturalistes ont déjà porté leur attention sur l’organisation des Zoanthaires mous ou malacodermés. Réaumur, Dicquemare, MM. Rapp, Berthold, Leuckart, Hollard, ete., ont fait plusieurs observations importantes sur les Actinies de nos côtes ; Lesueur a donné de bonnes figures de la conformation intérieure des Mynias etdes Mamillifères ; on doit à M. de Quatrefages une très belle et très complète monographie du genre Edwardsia ; enfin d’autres auteurs, parmi lesquels je citerai MM. Dana, R. Wagner, John Dalyell, Kælliker et Erdl, ont aussi contribué à la connaissance anatomique de diverses Actinides. Grâce à tous ces travaux, on possède aujourd’hui des notions exacteset étendues sur la structure générale des animaux de ce groupe. Mais parmi les Zoanthaires malacodermés , il est une grande quantité de formes vraisemblablenient assez différentes entre elles, qu’on n’a encore examinées que d’une manière superficielle, et dont l’étude approfondie fournirait certainement des résultats intéressants. J'ai observé , au mois de juin 1853, sur les côtes des îles Baléares, un de ces types les plus tranchés, et je me propose d’en faire connaître ici la constitution organique. |

Introduction historique.

Aucun animal rayonné ne rappelle à un plus haut degré l’aspect

d'une fleur, et notamment d’une fleur de Synanthérée, que le polype nommé Cerianthus par M. Delle Chiaje. Cette apparence

remarquable n’a cependant attiré l’attention des naturalistes que

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vers la fin du siècle dernier, et, depuis cette époque, un très petit nombre d’observateurs ont eu occasion de l’examiner.

C'est dans une lettre sur diverses productions marines, adressée en 178/: à Charles Bonnet par Spallanzani, que l’on trouve la première description de ce zoophyte (£). Le célèbre physiologiste italien, après avoir mentionné la forme générale et l'apparence lisse et visqueuse de la surface, remarque que les tentacules (qu’il préfère appeler cornes, à cause de leur analogie avec celles du Limacon) sont de deux sortes : les plus grands formant un cercle extérieur , les plus petits un cercle interne ; mais que, du reste, ils ont tous la même struelure ; qu'ils sont contractiles, remplis d’un liquide transparent ayant le goût de l'eau de mer, et qu'ils présentent À leur extrémité un orifice pouvant donner issue à ce liquide intérieur. Spallanzani à toujours trouvé ces fleurs de mer. dans des lieux habituellement calmes, et à une très faible profondeur ; il a vu qu'elles se tenaient constamment dans une sorte de bourse protectrice , longue d’un pied environ et fermée à son extrémité inférieure, qui adhère aux plantes marines. « Lorsque, dit-il, là mer est agitée, ou que la main s'approche pour cueillir cet animal, il se cache tout entier dans sa bourse ; mais il ne tarde pas à reparaître et à étendre ses tentacules, aussitôt que l'agitation a cessé où que le danger s’est éloigné. Cette bourse, qui n’a avec l'animal aucune connexion intime, est tout à fait molle et membraneuse ; elle ne montre de sensibilité d'aucune sorte, quoiqu'elle ait toute l'apparence d’une substance animale. »

En terminant ces premières Aottiié) Spallanzant place avec doute ce curieux zoophyte parmi les Tubulaires, et il fait observer qu'il diffère de toutes les espèces connues de ce genre par la nature de son tube où bourse, et qu'il pourrait bien former une division particulière. Il annonce en même temps à son illustre correspondant, qu'il compte. faire l’anatomie sommaire de ce polype et décrire la structure de la bourse. Je ne pense pas qu'il ait donné

(1) Lazaro Spallanzani, Memorie di matematica e fisica della Societa italiana di Verona, t. IT, 2° partie, p. 627. 1784. -— Observations sur lu physique, l'histoire

naturelle et les arts, t. XXVIT, p. 201, 1786 (traduction Mare de Sennebier ).

SUR LE CÉRIANTHE. 38 suite à ce projet ; je n'ai trouvé les observations promises dans aueune de ses publications ultérieures. |

Gmelin (4) ne tarda pas à appliquer un nom linnéen à l’espèce découverte par Spallanzani ; il l’appela T'ubularia membranacea, en lui consacrant la diagnose suivante : « T. tentaculorum fistulosorum ordine duplici concentrico, tubulo membranaceo contractili viscido cylindrico incolam superante ; utrum hujus, an distincti generis ? » On voit que Gmelin a mal lu Spallanzani, puisque, contrairement à l’assertion de ce grand observateur, il attribue au tube membraneux la propriété de se contracter.

Un demi-sièele plus tard, le même animal fut étudié par Wilhelm Rapp (2), qui ajouta quelques faits nouveaux à ceux qu'avait signalés Spallanzani. 1 reconnut la présence d’un orifice médian à l’extrémité inférieure du corps, remarqua la propriété qu'ont les tentacules d’adhérer aux objets qu'ils rencontrent, et donna même quelques détails anatomiques. Suivant lui, l'estomac constitue toute la cavité de l'animal, et est limité par un sac formé de trois membranes : la première, ou l'extérieure, sécrète le mucus plastique, et renferme la matière colorante ; la seconde, ou moyenne, est museulaire, et l’on y distmgue aisément des fibres longitudinales ; 14 troisième , qui est très mince, sécrète le mucus de la cavité intérieure. Sur les parois dé cette cavité, Rapp observa huit plis verticaux très ondulés, se terminant en haut au court canal sous-buceal, ét qu'il appela des ovaires. « Au bord interne et libre de l'ovaire, dit-il, s'attache un oviducte sinueux et contourné..…. Les œufs ont l'apparence de très petites graines, et formententre les deux feuillets de l'ovaire, auquel ils adhèrent, une couche épaisse, comme chez les Actinies. »

La petite taille de l'individu représenté par Rapp et le nombre relativement faible de ses tentacules ont porté cet auteur à le considérer comme un animal voisin de celui que Spallanzani a décrit le premier, mais spécifiquement distinct, et il l’a nommé T'ubularia

solitaria. Nous verrons bientôt que ces différences peuvent dépendre

(1) Dans Linné, Systema nature, édit. 13°, t. VI, p. 3836. 1789.

(2) Nova acta Academiæ curiosorum nature, t. XIV, 2° part., p. 653, pl. 38;.

fig. 2: 1829. — Ucber die Polypen im allgemeinen und die cine insbesondere , p. 49. 1829.

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uniquement de l’âge, et par conséquent cette séparation paraît être sans fondement. : |

M. Delle Chiaje a depuis créé pour ce zoophyte le genre Cerianthus (1), et réuni sous un même nom (Cerianthus Breræ) l'animal découvert par Spallanzani et celui figuré par Rapp ; mais il a établi deux autres espèces (C. cornucopiæ et C. actinioïides), d’après des caractères essentiellement variables. De nombreuses figures dans son grand ouvrage se rapportent à ces polypes ; mais. elles sont toutes si obscures et si incorrectes, qu'il est presque impossible en les consultant de se faire une juste idée de ce que l’auteur a réellement observé ; et comme, d’un autre côté, la description anatomique de ces Cérianthes est fondue dans celle des Actinies, on peutà peine démêler ce qui leur appartient de ce qui convient à ces dernières.

Toutefois, M. Delle Chiaje a vu et figuré le premier deux particularités intéressantes de l’organisation de notre zoophyte, savoir : les deux fossettes inégales de l'estomac et la brièveté des lames ovioères; mais il ne paraît pas avoir compris l'importance de ces dispositions, qui ne sont même pas mentionnées dans son texte, et les dessins qui seuls les font connaître sont à ce point inexacts, que la plupart des rapports naturels y sont complétement intervertis.

Enfin le professeur Edward Forbes a trouvé, à son tour, dans la mer Égée le même polype ou une espèce très voisine (2). Il en a signalé les caractères zoologiques , et a vu le tube fortifié par du gravier et des fragments de coquilles. Il ne parle point de l’orifice postérieur ; il dit seulement que la structure intérieure est semblable à celle des autres espèces de la tribu des Actiniens, et qu'il y a huit ovaires jaunâtres se terminant en des fils contournés très longs. M. Forbes à d’abord décrit ce zoophyte sous le nom générique d’'Actinia, et plus tardil l’a appelé Edwardsia vestita (3).

(1) Stephano Delle Chiaje, Descrizione e notomia degli animali inverlebrati della Sicilia citeriore, t. IV, p. 124. 1841 .—Memorie sulla storia e notomia degli animali senza vert. del regno di Napoli, pl. 82, fig. 6, et pl. 103, fig, 8. 1829.

(2) Annals and magazine of natural history, 17° sér., t. VIII, p. 244, pl. 8, fig. 1-5. 1842.

(3) T.-A. Spratt et Edw. Forbes, Travels in Lycia, Milyas and the Cibyratis,

t. II, p. 422. 4847.

SUR LE CÉRIANTHE. 1/1)

Depuis les travaux de M. Delle Chiaje et de M. Forbes , aucune autre observation (du moins que je sache) n’a été publiée sur le Cérianthe, et là se bornent les notions que la science a acquises sur ce type intéressant.

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