‹ Annales des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 132 sur 228 · AFFINITÉS ZOOLOGIQUES · texte numérisé non relu

AFFINITÉS ZOOLOGIQUES

Il résulte de l’ensemble des faits consignés dans ce mémoire que les Cérianthes offrent beaucoup de caractères communs avec les Actiniens. On a vu que là constitution des trois tuniques tégumentaire, musculaire et muqueuse , est à peu près la même dans ces deux types ; que les tentacules ont la même structure , et que les diverses fonctions paraissent s'effectuer de la même manière. Mais à côté de ces similitudes remarquables , j'ai constaté aussi des différences importantes établissant une distinction très nette entre le zoophyte que j’étudie ici et les espèces rangées par Linné dans son genre Actinia.Ces différences portent sur la composition de l’appareil appendiculaire, sur la forme des parois de la chambre gastrique, et principalement sur l’agencement et sur la structure des lames mésentéroides.

On ne connaît, en effet, dans la famille des Actinides aucun Zoanthaire où les tentacules se disposent, comme cela arrive ici, sur deux zones concentriques, dont l’une occupe le pourtour du disque péristomien , tandis que l’autre recouvre le bord labil. Le tube stomacal où intestinal montre toujours deux grands sillons égaux

(1) Rare and remarkable animals of Scotland, t. If, p. 209, 1848. (2) Observations on the anatomy of Aclinia, in Annals and magasine of nalural history, 2° série, t. XI, p. 1424, 4853.

SUR LE CÉRIANTHE. 389 chez les autres espèces malacodermées dont on à éxaminé la structure interne , et non pas, ainsi qu’on l’observe dans le Cérianthe , une large fossette oblongue, opposée à ün simple sillon. Enfin nous trouvons constamment ailleurs les principales lames mésentéroïdes doubles et prolongées jusqu’au fond de la chambre viscérale où, en s’unissant au centre, elles forment une espèce d'étoile ; dans notre Coralliaire , au contraire , deux seulement d’entre elles sont géminées, et descendent jusqu’à l'extrémité inférieure du corps ; mais les autres sont alternativement imégales et s'arrêtent à une distance assez faible de l'ouverture pyloroïde de l'estomac.

J'ai dit déjà que, pour rencontrer des caractèrês analogues À ceux-ci, il fallait les chercher non pas parmi les autres Zoanthaires malacodermés , mais thez les Zoanthaires sclérodermés, et dans certaines formes de la famille des Cyathophyllides. Je ne veux pas entendre par lâque lesCérianthes soient plus voisins des Zaphrentis ou des Cyathophyllum que des Actinides. Je crois seulement qu'ils représentent dans le sous-ordre des Malacodermés le groupe formé par les Cyathophyllides dans le sous-ordre des Sclérodermés. II serait très possible, à la vérité, que la distinction, basée sur lanature des téguments , dont on se sert aujourd’hui pour former ces deux divisions principales dans l’ordre des Zoanthaires, n’eût réellement pas toute l'importance qu'on lui attribue ; mais dans l’état actuel de uos connaissances, cette classification paraît préférable à toute auire. |

Il est un animal avec lequel le Cérianthe a une parenté beaucoup plus étroite qu’avec les Actinides et les Cyathophyllides : c’est le Moschate , qui jusqu’à ce jour est resté aussi mal connu que le Cérianthe , mais sur lequel je puis donner ici quelques détails, M. Milne Edwards ayant eu la générosité de mettre à ma disposition les dessins qu'il en a faits pendant son voyage en Sicile. Ce Zoanthaire a été décrit par Renieri au commencement de ce siècle. Dans le seul des ouvrages de ce naturaliste qu’il m'a été possible de consulter à Paris (1), il porte le nom d’Acéinia cylindrica. A la diffé-

(1) Stephano Andrea Renieri, /niorno gli esseri viventi della classe dei vermi dé mare Adrialico, p. xxii. Padova, 1807.

4° série, Zoo, T, [. (Cahier n° 6.) ? 28

386 JULES HAIME.

rence de toutesles autres Actinies, dit Renieri, cet animal vit et cout librement dans l’eau de la mer; son extrémité postérieure est ronde et fermée ; l’extérieur du corps est revêtu d’une membrane filamenteuse très délicate, et de beaucoup de mucosité qui retient quelques fragments de coquilles et des grains de sable; le corps ne se contracte pas, suivant sa longueur , comme celui des autres Actinies. Blainville (1), qui cite cette espèce sous le nom de Moschata rhododactyla Renieri, Cat. Adriat. (2), confirmeles observations précédentes , et signale l’existence de deux sortes de tentacules , les uns courts, les autres très longs. La figure qu'il en a donnée, d’après M. Eysenhardt, montre un petit disque aplati à l’extrémité postérieure.

Cette dernière disposition paraît contredire ce que Renieni et Blainville lui-même ont avancé sur l’état de liberté où l’on trouve le Moschate ; mais M. Forbes a fait voir (3) que ce Coralliaire tantôt progresse dans l’eau, à la manière des Méduses, au moyen de contractions et de dilatations successives de son corps, tantôt dilate son extrémité postérieure en forme de disque, et adhère aux corps sousmarins à la manière des Actinies. Cette observation intéressante vient expliquer et confirmer une des assertions d’Aristote, que les naturalistes modernes avaient irès mal interprétée (4).

(1) Dictionnaire des sciences naturelles, t. LX, p. 28%. 1830.— Manuel d'actinologie, p. 318, pl. 48, fig. 1. 1834.

(2) Je ne sais pas si Blainville a trouvé ce nom dans quelque ouvrage de Renieri que je n’ai pas pu me procurer, ou S'il l’a fait lui-même; mais du moment que le genre Moschate se trouve établi postérieurement à la description de 4 807, l'espèce doit être appelée Moschata cylindrica. |

(3) Lieut. T. A. B. Spratt et Prof. Edward Forbes, Travels in Lycia, Mylias and the Cibyratis, t. If, p. 121. 1847. |

(1) « Quelques animaux, dit Aristote, sont tantôt attachés et tantôt détachés : dans le genre de ceux qu’on appelle Orties de mer (Acalèphes), il en est qui se détachent la nuit pour aller chercher leur nourriture. » (Histoire des animaux, lv. I, chap. 4, trad. Camus.)

Les commentateurs du xvi° siècle ont cru que dans cette phrase Aristote faisait allusion à deux sortes d'animaux très distinctes : les Acalèphes fixes ou Actinies, les Acalèphes libres ou Médusaires; et c'est par suite de cette méprise que Cuvier a donné à la classe qui renferme ces derniers le nom d’Acalèphes, qu'Aristote avait bien certainement réservé à nos Zoanthaires malarolermés.

SUR LE CÉRIANTRE. 357

Dans l'individu qu'a observé M. Milne Edwards, le corps est allongé, cylindrique, et fermé à l'extrémité postérieure; il estd'un rose violet inférieurement , d'un fauve clair dans ses parties supérieures, et les tentacules sont, en outre, annelés de rose et de vert. Les deux groupes de tentacules paraissent offrir la même disposition générale, la même structure et la même forme que dansle Cérianthe. Le tube gastrique est plus long, et présente deux sillons verticaux opposés l’un à l’autre , simples, peu prononcés , et parfaitement égaux entre eux. Les lames mésentéroïdes sont peu inégales , très courtes, surtout dans les points correspondants aux sillons gastriques , et la moitié inférieure de la cavité générale est lisse de toutes parts. Ces lames ont la même structure depuis l’orifice pyloroïde jusqu’à leur terminaison inférieure, et leur bord libre est partout muni de cordons pelotonnés, très déchiquetés et ramiltiés, qui flottent en partie dans la chambre viscérale.

On voit donc que la Moschate diffère du Cérianthe par l'absence d’orifice postérieur et de gouttière interlamellaire impaire ; par l'égalité des deux sillons gastriques, et l’uniformité de composition des lames mésentéroïdes dans toute leur portion libre. Ce sont là des caractères qui me paraissent nécessiter la séparation de ces deux Corallaires dans deux divisions génériques particulières ; mais; d’un autre côté, les rapports entre ees genres sont si frappants, qu'ils font bien évidemment partie de la même famille.

En 1851, M. Milne Edwards et moi-même nous avons déjà établi une famille distincte sous le nom de Cerianthidæ (1), pour recevoir ces animaux que leurs courtes lames mésentéroïdes nous semblaient distinguer suffisamment des autres Sclérodermés, et notamment des Actinides. Les observations auxquelles je viens de me livrer confirment pleinement cette manière de voir, et de plus elles permettent de distinguer deux formes génériques , que nous avions été tentés d’abord de confondre en une seule.

Nous avions supposé à cette époque que le genre Zlyanthus de M. Forbes (2) devait prendre place dans cette famille ; mais nous nous sommes assurés depuis, sur des espèces incontestable ment très

(1) Polypiers fossiles des terrains puléozoïques, ete , p 13. 1851.

(2) Annals of natural history, t. V. p. 481. 1840

Sete) JULES HAÏME.

voisines de l’Ælyanthus scoticus, que l’organisation de ces Corallaires est la même, dans ses traits généraux, que celle des Actinies, et qu’on ne saurait les éloigner de ces dernières. En conséquence, la famille des Cérianthides se composera seulement des deux genres Cervanthus et Moschata. On peut la caractériser de la manière suivante :

Zoanthaires malacodermés simples, libres, dépourves d’une cavité pédieuse contractile (1), ayant les tentacules simples, insérés les uns au pourtour du disque péristomien , les autres près du bord labiaf, et dont toutes, ou presque toutes les lames mésentéroïdes ne se prolongent pas jusqu’au fond de la cavité viscérale.

EXPLICATION DES FIGURES

Nota.— À l'exception de la figure 1, qui est de grandeur naturelle, toutes les autres figures de cette planche sont grossies de 520 diamètres.

Fig. 1. Un Cérianthe adulte dans l’état d'extension, tel qu'il se présente lorsque la partie inférieure de son tronc est soutenue par la gaîne feutrée.— Je dois ce beau dessin à l'obligeance de mon ami le docteur Lacaze-Duthiers, qui m'a accompagné dans les iles Baléares.

Fig 2. Ur nématocyste de la première sorte.

Fig. 3. Le même après la sortie du premier tube.

Fig. 4. Un nématocvyste de la deuxième. sorte dont le filantent commence à sortir.

Fig. 5. Un nématocyste de la troisième sorte. — Ces trois sortes de capsules sont les éléments de la gaîne feutrée.

Fig. 6. Un nématocyste de la première sorte dans la cellule qui le produit.

Fig. 7. Un nématocyste de la seconde sorte dans une cellule semblable qui contient en outre une vésicule remplie de granulations.

Fig. 8. Un nématocyste dans la cellule qui le produit ; il paraît être l’origine de la troisième sorte ?

Fig. 9, 10, 11, 12. Petites vésicules trouvées, comme-celles des figures 6, 7, 8, dans l'épaisseur de la peau, et paraissant être l'origine des nématocystes de la première sorte.

Fig. 13. Un nématocyste de la quatrième sorte.

Fig. 14. Un nématocyste de la cinquième sorte, peut-être n'est-ce qu'un etat plus avancé du précédent. |

Fig. 45. Un nématocyste de la sixième sorte.

(1) Cette cavité n'existe que chez les Minvadides.

SUR LE CÉRIANTHE. 989

Fig. 16, 17. Nématocystes de cette dernière sorte dans les cellules qui les produisent.

Fig. 18. Un nématocyste de cette sorte dont le fil traverse l'enveloppe.

Fig. 19, 20. D'autres dont l'enveloppe a disparu, et dont le fil se déroule librement, à la manière des élastiques de bretelles.

Fig. 21. Quatre organites de cette sorte dans la cellule unique qui les produit. — Les quatrième, cinquième et sixième sortes de nématocystes se trouvent dans les tentacules.

Fig. 22. Nématocyste très semblable à ceux de la sixième sorte qui n'ont pas d'enveloppe.

Fig. 23. Un nématocyste d'une septième sorte.

Fig. 24. Le même dont le filament est sorti.

Fig. 25. Une vésicule qui paraît être un premier état de la précédente.

Fig. 26. Très petite vésicule appartenant peut-être à une huitième sorte. — Ces capsules, des figures 22-26, proviennent des cordons pelotunnés.

Fig. 4. Un Cérianthe adulte fendu suivant sa longueur, pour montrer son organisation intérieure. Grandeur naturelle. — a, base des tentacules ; le tube intestinal s'étend de b en c, les cordons pelotonnés de c en d, les lames génitales de dene:0o, l'orifice postérieur.

Fig. 2. Portion d'une lame génitale grossie environ de 30 diamètres. Le bord libre est en haut.

Fig. 3. Deux capsules spermatogènes grossies de 230 diamètres, l'inférieure contient un faisceau de jeunes spermatozoïdes.

Fig. 4. Portion d'un faisceau de spermatozoïdes bien développés, et dont les queues sont dirigées inférieurement.

Fig. 5. Quelques spermatozoïdes libres.

Fig. 6. Quelques cellules de la tunique interne. (Les figures #, 5, 6 représentent un grossissement de 520 diamètres.)

Fig. 7, 8, 9, 10. Premiers états du Cérianthe vu de profil.

Fig. 14. Jeune représenté dans la figure 10, mais contracté.

Fig. 12. Le même, contracté, vu par en dessus. (Les figures 7-12 ont été faites sous un grossissement d'environ 30 diamètres.)

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