DÉTERMINATION DES RESSEMBLANCES
a. Dans l’œuf avant la fécondation.
Les œufs non fécondés des Poissons et des Écrevisses ontentre eux un certain nombre de points de ressemblance, quant à leur or1gine , leur composition , leur mode d’accroissement , la transformation de leurs éléments, et l'existence transitoire d’une de leurs parties constituantes, de la vésicule germinative. À
1° Les uns etles autres commencent par une simple vésicule qui naît dans le parenchyme de l'ovaire , étroitement entourée d’une capsule que ce dernier lui fournit, et à l’aide de laquelle il reçoit sa nourriture.
2 Dans les Poissons (1) et dans l’Écrevisse, l'œuf, peu de temps après son apparition , est formé de deux sphères emboîtées l’une dans l’autre : la sphère vitelline ou nutritive, et la sphère embryogène ou vésicule germinative.
Chacune d'elles a un attribut spécial :
L'interne est chargée de préparer les éléments qui doivent servir à former l'embryon ;
L'externe prépare les éléments chargés de le nourrir.
3° Les deux sphères s’accroissent simultanément, mais l'externe plus que l’interne.
Pendant cet accroissement , leurs éléments se multiplient.
Ces éléments sont portés, par un mouvement centrifuge, vers la surface de leur sphère respective. La vésicule germinative tout entière participe à ce mouvement d'expansion , et se rapproche de la surface de l'œuf.
(1) Je crois devoir prévenir le lecteur que je n’entends parler que des deux espèces que j'ai le plus particulièrement étudiées, le Brochet et la Perche.
h° Après que les éléments des deux sphères se sont multipliés, ils se différencient. Ceux de la sphère interne se transforment en cellules transitoires, destinées elles-mêmes à donner naissance à des éléments nouveaux : les corpuscules formateurs ou plastiques. En même temps les éléments granuleux de la sphère extérieure se transforment en globules vitellins.
Les éléments graisseux se multiplient dans l'œuf et dans la vésicule germinative, et jouent, sans doute, un rôle important dans ces transformations.
5° Peu de temps après que la sphère interne est arrivée à la surface de l’œuf, elle se brise ou se désagrége, et disparait après avoir répandu à la surface de l’œuf une quantité innombrable d'éléments microscopiques qui sont les corpuscules plastiques ou formateurs. Ces corpuscules sont toujours à la surface , en vertu du mouvement d'expansion qui caractérise l’œuf depuis son origine. Cette disposition leur permet de subir l'influence de l’agent fécondateur. Il est certain , pour les Poissons, que la fécondation est étrangère à la production de ce phénomene, et il est très probable qu'il en est de même pour l’Écrevisse.
6° Après la disparition de la vésicule germinative, l’œuf a acquis un nouvel élément (les corpuscules plastiques) ; il a de nouveau une composition identique, puisqu'il est constitué, dans les Poissons comme dans l’Écrevisse, par des globules vitellins, des vésicules graisseuses, des corpuscules plastiques, et par un liquide albumineux, au milieu duquel flottent ces éléments.
Ces éléments , quant à leur destination , peuvent être distingués en deux groupes : les éléments formateurs où embryogènes (corpuscules plastiques), et les éléments nutritifs (globules vitellins et vésicules graisseuses).
7° Au mouvement centrifuge ou d'expansion succède un mouvement centripète ou de concentration. Dans l’Écrevisse et dans les Poissons , les éléments embryogènes se réunissent en un amas à l’un des pôles de l’œuf.
8° J'ajouterai, comme ressemblance d’un ordre inférieur, que les œufs de ces deux groupes d'animaux ont une enveloppe creusée de petits tubes, qui la rendent perméable à l’eau nécessaire à la respi-
62 LEREBOULLET. — EMBRYOLOGIE. COMPARÉE ration. Cette ressemblance tient au milieu dans lequel ces œufs sont appelés à vivre.
b. Depuis la fécondation jusqu'à l'apparition dé l'embryon (première période).
Les ressemblances dans cette première période sont déjà moins nombreuses.
1° Dans les Poissons et dans l’Écrevisse, le vitellus formateur se fractionne, c’est-à-dire se divise en groupes de plus en plus petits.
2° Ce fractionnement n’intéresse que les éléments embryogènes, dont la réunion constitue ce que nous appelons le viteilus formateur (4).
8° Il se fait toujours de la surface au centre des sphères pour diviser celles-ci en sphères nouvelles (loi centripète de M. Serres) (2).
h° Le but de ce fractionnement est de diviser la matière organique en une multitude de petites sphères, qui se transformeront plus tard en cellules embryonnaires ou plutôt embryogènes.
9° Ce sont toujours les cellules résultant de ce fractionnement qui se réunissent pour former le blastoderme et, plus tard, les Pre miers rudiments de l'embryon.
6° En même temps que les cellules embryogènes se réunissent pour former le blastoderme, les globules du vitellus FAR se disposent en membrane du dub de ce dernier.
L'œuf est alors entouré de deux sortes de membranes embryogènes : l’une, supérieure, le blastoderme, qui dérive exclusivement des corpuseules, que nous avons nommés successivement corpuscules plastiques , formateurs ou embryogènes ; l’autre , inférieure, formée par les globules vitellins, et constituant ce que nous
(1) Ce caractère s'applique aux Poissons et à l'Écrevisse ; mais il faudrait se garder de le généraliser, car on sait qu'il en est autrement dans les Mammifères et dans les Batraciens, chez lesquels la segmentation paraît intéresser le vitellus tout entier, c'est-à-dire la réunion, des éléments EHATFAGÈNER et des éléments nutritifs.
(2) Résumé des leçons sur l'embryogénie anthropologique, par M. Serres (Comptes rendus, 1854, t, XXXII, p. 107 et suiv., n° 9).
appelons feuillet végétatif où muqueux (feuillet glanduleux de M. Remak) (4).
7° Les cellules du blastoderme se différencient de très bonne heure , d’abord par la formation des cellules épidermoïdales , puis par l'allongement des cellules 'embryogènes proprement dites.
c. Depuis l'apparition de l'embryon jusqu'à la formation du cœur (deuxième période ).
Si l’on veut s’en tenir à l’observation, et ne pas se laisser aller à des théories qui ne reposent que sur un petit nombre de faits, ou qui sont même entièrement spéculatives , on trouvera peu de ressemblance entre les Vertébrés et les Articulés dans le cours de cette période , et encore ces ressemblances ne s’observent-elles qu'au début des premiers phénomènes embryologiques. Ces ressemblances me paraissent se réduire à deux , savoir : la destination de chacune des deux parties dont se compose le germe ; et la disposition symétrique des organes dès le début de leur apparition.
1° Nous venons de voir que, dans l’Écrevisse comme dans les Poissons , l’apparition des premiers rudiments de embryon est précédée de la formation de deux membranes : le blastoderme proprement dit, provenant de l’organisation en cellules des éléments plastiques du germe, et une autre membrane sous-blastodermique formée par ses éléments nutritifs, en totalité ou en partie ; le feuillet végétatif. Ces deux membranes sont toujours distinctes l’une de l'autre à leur origine. .
Or c’est toujours de la première , c’est-à-dire du blastoderme proprement dit (feuillet séreux des auteurs), que sortent les appareils de la vie de relation : muscles et appareil squelettique, système nerveux, appareils sensitifs ; tandis que la seconde (feuillet muqueux des auteurs) est exclusivement affectée aux appareils de la vie végétative (appareils digestif, circulatoire, respiratoire, etc. ).
Cette distinction si tranchée entre les deux membranes primitives , relativement à leur mode de production et à leur destination
(1) Bulletin del Académie de Berlin, octobre 1848, et Müller's 4rchiv, 1849, n° 2; pew7à.
6! LEREBOULLET,. — EMBRYOLOGIE COMPARÉE
ultérieure , nécessite de nouvelles recherches sur la composition primitive de l’œuf fécondé dans les Vertébrés supérieurs , afin de voir si, comme je puis l’affirmer pour le Brochet et pour la Perche, le blastoderme est d’abord une vésicule qui s’affaisse sur elle-même, et se transforme en une membrane composée de deux feuillets , et si le feuillet que les auteurs ont appelé muqueux est distinct de ce blastoderme, et composé d’autres éléments (1).
2° Le type symétrique se montre dès les premières époques du développement. Il apparaît d’une manière tranchée dans les Vertébrés par la formation du sillon dorsal. Dans l’Écrevisse, il se montre aussi, dès l’origine, par la production simultanée des deux premiers tubercules (les rudiments des mandibules).
8° Nous pourrions ajouter un troisième pot de ressemblance , celle qui a trait à la formation du cœur.
Dans les deux types, cet organe apparait entre le feuillet séreux et le feuillet muqueux, et se produit par une accumulation de cellules , au milieu desquelles se creuse une cavité. Il est asymétrique.
d. Depuis la formation du cœur jusqu à l’éclosion (troisième période).
Les Poissons et les Crustacés présentent encore un certain nombre de ressemblances pendant cette troisième période ; mais elles sont d’un ordre inférieur , et appartiennent la plupart aux caractères histogéniques. |
4° Le cœur et les vaisseaux sanguins naissent avant les globules du sang.
de Les vaisseaux sont d’abord des lacunes, c’est-à-dire des canaux sans parois propres.
(4) Je viens de recevoir, pendant la rédaction de ce travail, le nouvel ouvrage du professeur Bischoff sur le développement du Cochon d'Inde ( Ent wickelungsgeschichte des Meer-Schweinchens , Giessen, 1852, in-4), et j'ai la satisfaction de voir que ce célèbre embryologiste a découvert au sommet de l'œuf de ce Mammifère une vésicule, dont la moitié externe, dit-il, est composée de deux feuillets, tandis que la moitié interne de cette vésicule est formée d'un feuillet simple (p. 33, pl. I, fig. 32-35). Cette simple et trop courte indication me fait penser que l'on trouvera dans tous les Vertébrés la même disposition que j'ai décrite dans les Poissons.
3° Les corpuscules sanguins ne naissent pas avec leur forme et leur volume définitifs. |
l° Le tube intestinal est ouvert, et en communication directe avec le vitellus qu'il consomme peu à peu.
5° Ce tube se ferme d’arrière en avant-et d'avant en arrière , d’après une direction centripète.
6° L'intesin et le foie se composent primitivement de deux moitiés symétriques.
7e Ce n’est qu’à la fin du développement embryonnaire que le pigment se dépose, comme s’il était produit par des éléments qui ne seraient plus nécessaires à la formation de nouveaux organes.
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