DÉTERMINATION DES DIFFÉRENCES
Nous venons de voir qu'il n'existe qu’un très petit nombre de ressemblances, dans le développement de l'œuf et dans celui de l'embryon, entre les Vertébrés et les Articulés , du moins chez les espèces que nous avons choisies pour types de ces deux grandes divisions du règne animal.
Ces points de ressemblance sont d'autant moins nombreux, que les œufs de ces deux types sont plus avancés dans leur évolution. Nous allons voir que le contraire a lieu pour les différences ; elles sont nombreuses, importantes ; elles commencent dès les premiers phénomènes embryologiques, et vont en se multipliant à mesure que le développement avance.
a. Dans l'œuf avant la fécondation.
Par la raison que nous avons trouvé un assez grand nombre de points de ressemblance dans l'œuf qui n’est pas lécondé, nous devons rencontrer peu de différences.
Celles-ci sont, en effet, peu nombreuses et de peu de valeur ; elles concernent le mode suivant lequel s’opère le travail lormateu L,
mais les résultats de ce travail sont les mêmes. 4° Les vésicules gr aisseuses sont plus abondantes dans l° œuf de l'Écrevisse que dans celui des Poissons ; le rôle que Joue la graisse 4° série. Zoo. T. II. (Cahier n° 2.) 4 5
66 LERERBOULLET. —- EMBRYOLOGIE COMPARÉE
dans la transformation des éléments de la vésieule germinative est aussi plus apparent.
2 La vésicule germinative disparaît plus tard dans l'Écrevisse.
5° La formation des globules vitellins est aussi plus tardive.
h° Une différence plus importante, mais qui ne se montre qu'à la fin du développement de l’œuf, consiste dans le mouvement de concentration des éléments de l’œuf vers un de ses pôles.
Dans les Poissons , tous les éléments se réunissent en un point ; le vitellus reste limpide, privé de globules vitellins : dans l'Écrevisse , au contraire , les corpuscules plastiques seuls se réunissent pour former la tache blanche , les globules vitellins restent dans l'œuf; ces globules sont d’ailleurs beaucoup plus nombreux que ceux de l’œuf des Poissons.
Ces deux faits, la séparation des éléments plastiques et des éléments nutritifs, el surtout le nombre considérable de ces derniers , indiquent déjà une véritable prédominance des globules vitellins sur les corpuscules embryogènes ; ils laissent entrevoir le rôle que ces globules sont appelés à jouer dans le développement de l'embryon, et annoncent la prédominance des appareils de nutrition sur les autres appareils.
b. Depuis la fécondation jusqu'à l'apparition de l'embryon (première période).
Dès l'instant que la fécondation à donné son impulsion aux éléments dont l’œuf se compose , les différences se multiplient d’une manière plus frappante. Les deux groupes, qui étaient réunis, et, on peut le dire , réellement confondus dans les premières périodes du développement de l'œuf, s’écartent de plus en plus l’un de l’autre dès que l’œuf est fécondé, et ne tardent pas à marcher dans deux directions opposées.
Nous allons énumérer ces différences d’après la série des phénomènes génésiques.
4° Dans les Poissons le germe se soulève en une ampoule, et la fécondation sépare les éléments dont ce germe se composait. Dans l'Écrevisse le germe ne se soulève pas, et nous ne pouvons pas attribuer à la fécondation la séparation des éléments,
DU BROCHET., DE LA PERCHE ET DE L ÉCRENISSE. 67 puisque les globules vitellins ne se concentrent Jamais au pôle de l'œuf.
20 Le mede de segmentation diffère dans les deux groupes.
Dans tous les deux elle ne s'exerce que sur les éléments plastiques, mais, dans les Poissons, elle affecte la portion soulevée et devenue transparente du germe tout entier; tandis que, dans l'Écrevisse, la segmentation proprement dite ne s'opère que sur des germes partiels, très petits, disséminés sur toute la surface de l'œuf, et provenant d’un morcellement préalable de l’amas d’éléments plastiques, que nous avons désigné sous le nom de tache blanche.
Cette division préalable du germe total en une multitude de germes partiels, qui alors seulement se segmentent, mdique déjà le plan que suit la nature dans le développement des animaux Articulés, dont l’un des caractères les plus tranchés est la reproduction de parties analogues ou de zoontites. Nous avons vu, et nous le répéterons encore plus loin , que le corps du Vertébré apparaît tout entier, quant à sa forme essentielle , dans la bandelette primitive ; le corps de l’Artieulé, au contraire, ne se montre que par portions successives, par création de pièces homologues, par zoonites en un mot. Or il y a, ce me semble, un rapport très étroit entre le mode de formation du premier et l’existence d’un germe unique, de même qu'entre la formation successive dés zoonites , chez l’animal articulé et la multiplicité de ses germes.
Ce caractère important ne saurait être borné aux Crustacés ; il existe aussi très probablement chez les Insectes (1) et chez les Arachnides (2) ; il caractérise donc, d’une manière spéciale, le type des
(1) Hérold (Disquisit. de animalium vertebris carentium in ovo formatione, in-fol., Francfort, 1838) représente dans l'œuf du Bombyx du Müûrier un réseau polygonal dont les mailles sont occupées par de petites sphères (nos globes de segmentation). Il n'a pas vu leur fractionnement.
(2) Wittich, Observationes de aranearum ex ovo evolulione, Dissert. inaug., Halle, 1845, p.10; et Archives de Müller, 1849, p. 113 et suiv.
Cet auteur a vu les globes de segmentation répandus sur l'œuf, mais il n’a pas
observé leur fractionnement; il parle seulement de leur dissémination et de leur multiplication. Il les regarde comme constituant plus tard les cellules de l’em-