SUR LES MOLLUSQUES PERFORANTS
d’un acide, dont on aperçoit souvent les traces bleuâtres autour de la loge que les Mollusques avaient perforée. Je dus à l’obligeante bienveillance de ce savant vénérable d’être mis sur la voie d'indications précises, qui depuis m'ont permis d'étudier ces faits. Dans son Traité de conchylologte, M. Deshayes partage l'opinion de M. Fleuriau. Depuis cette époque, M. Caillaud, de Nantes, publia ses observations personnelles dans le Journal de conchyliologie de M. Pelit et la Saussaye ; rencontrant des Pholades dans des gneiss micacés , et simulant les mouvements rotatoires de ces animaux, il fut conduit à une opinion opposée. Il attribue leur faculté perforante uniquement à un mode mécanique. Ce fut également l'opinion qu’il émit à l’Académie des sciences, puis à la Société géologique de France (1). À la même époque M. le docteur Robertson expliquait laction mécanique des Pholades, perforant par leurs coquilles, pieds et siphon branchial , dans une lettre publiée dans {he new Edinburg magazine, puis dans un rapport à {he natural history section of the British Association for the advancement of sciences (réunion d’'Ipswich, juillet 1851). MM. les professeurs Owen, Forbes, Reiner Jones, Harvey, Hodgkin, Mantelle, furent de l'opinion de M. Robertson sur la perforation. Ces expériences motivèrent une réclamation de priorité adressée à l’occasion d’une communication de M. Caillaud sur les moyens employés par les Pholades ( lettre adressée à l’Académie des sciences dans sa séance du 5 janvier 1852). Sans vouloir, comme je l’ai fait observer (Revue z00logique, 1851, page AS6), contester les faits avancés par M. Caillaud et ceux de M. Robertson, Je tenais seulement à en diminuer la portée exclusive ; tel était le but de la note que je communiquais à l’assemblée des sciences (décembre 1851). Grâce à 1 obligeance de MM. Verreaux, je pris connaissance du nouveau travail de M. Caillaud. Il me servit de sujet à une notice lue à la Société géologique de France (2), Sur la perforation des roches par les animaux mollusques du genre Pholas, dans laquelle je disais qu’au moyen d’un acide que j'ai tout lieu de supposer phosphorescent et sécrété par le manteau, l'animal attaque et corrode la pierre ; puis, à l’aide d’un mouvement rotateur excessivement faible, il détache, par les légères aspérités de ses valves, les fragments décortiqués par l'acide qui tombent à la base de Ia loge, puis sont expulsés par les siphons avec les déjections aqueuses. Je n’ai pas besoin de faire remarquer que cette action est excessivement lente. Le mouvement de l’animal sur lui-même (1) Note sur un nouveau fait relatif à la perforalion des pierres par les Pho-
lades (Bulletin de la Société géologique de France, 2° série, t, IX, p. 87).
(2) Même recueil, 2° série, t. X, 1854, p. 389.
&e série. Zoor.. T, IT, (Cahier n° 6.) ‘ 24
370 AUCAPITAINE. —— OBSERVATIONS étant à peine sensible, les valves si minces , hérissées de stries , loujours intactes , suflisent sénat pour enlever fee particules amollies et détachées par l’acide qui a infecté la roche. Jai vu fréquemment ces infini ment petites particules être rejetées par l'animal, lorsqu'un coup de marteau ébranlait la pierre qui lui servait de demeure. L’ emploi de ces deux moteurs combinés est si lent que le temps seul me paraît expliquer leur action érosive. Les stries en spirale que l’on observe à la base du fourreau tubulaire, lege du Mollusque, sont dues au mouvement tubuliforme de perforation, qu’on ne saurait mieux comparer, comme le dit fort bien M. Caillaud, qu’à l’action d’une tarière. Si l'opération mécanique est le seul moyen dont se servent les Pholades, je ferai observer qu'il ne peut en être ainsi pour les autres Mollusques perforants ; les Saxicara , Petricola 4 Venerupis, ete., qui abondent dans les falaises des côtes ouest de France (1), ne peuvent employer le même procédé, puisque ces animaux sont dans l’impossibilité , quelle que soût la lenteur de leurs mouvements , de se tourner , leur loge étant tellement exiguë que l'impression bivalvaire subsiste dans la roche, le manteau seul débordant sur la coquille ; puis la loge n’est
(1) Dans mon Catalogue des Mollusques marins de la Charente-Inférieure (Revue zoologique, 1852, p. 1 4), j'ai signalé les perforants suivants :
Genre Paocas, Lin.— P. dactylus, Lin.; Chemnitz., Conch., 8, pl. 104, f. 859. — P., candida, Lamk, id., pl. 801, f. 861. — P. parva, Montagu ; Pennant, Zool. brilan., &, pl. 40, f. 43.—P. crispata, Lin.; Chemnitz., Conch., 8, pl. 102, £. 8732-74.
Genre GasrrocaænA, Spengler, — G. modiolina, Lamk; Desh., Traité conch., Dre D, | Genre PeripLoma, Schumacher. — P. rupicola, Lamk, Anim. sans vert., a édit.
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Genre Saxicava, FI. de B. — S. Rugosa, Lamk; Pennant, Zoo!. britann., IV, pl. 63,f. 72. — S. gallicana, Lamk ; Desh., Traité conch., pl. 12, f. Aa.
Genre Perricora, Lamk. — P. ochroleuca, Lamk ; Desh., id., pl. 12,f. 7 à 8. — P. striata, Fleuriau ; Lamk, Anim. sans vert., 2e édit., t. VI, p. 150. — P. rocellaria, Poli, Testacea utriusque Siciliæ, pl. 7, fig. À #4 à 45.
Genre Vexerupis, Lamk.— VW. nucleus, Lamk ; Lamark, Anim. sans vert., 2° édit., &. VI, p. 463. — V. irus, Lamk; Chemnitz, Conch., VI, pl. 26, f. 268-270.
Genre Venus, Lin.—-V. saxatilis, Fleur. [Venerupis perforans, Lamk) ; Montagne, TestÆbritan,, p. 127, pl, 5, f. 6.
Je répéterai ici ce que je disais dans mon catalogue, c'est qu'une bonne monographie de ces genres est vivement à désirer ; les espèces de Lamarck me paraissent contenir de doubles emplois, et il doit y en avoir quelques-unes de nouvelles,
SUR LES MOLLUSQUES PERFORANTS. 871 plus cylindrique, elle affecte toute sorte de formes. Ainsi dans sa position normale , le passage des tubes des Vénérupes est oblique ou renversé sur lui-même. Ces coquilles donnent au commencement de leurs galeries une direction horizontale, et la terminent par un coude subit à l'extrémité duquel elles creusent leurs demeures. Le plus léger mouvement leur est donc interdit. S'il se peut, comme on l’a fait observer, que les Pholades puissent perforer les gneiss, ce qui résulte des études de M. Caillaud, il n’est guère possible de supposer, disait-on, que des Mollusques sécrètent un acide assez énergique pour corroder les gneiss , quand bien même on le supposerait décomposé. Il me semble beaucoup plus impossible que ce soit uniquement par un mouvement rotateur que des Mollusques , tels que les Vénérupes, puissent creuser une loge, quand ces animaux ne peuvent non-seulement pas tourner sur eux-mêmes , mais encore dans un sens ou dans un autre. Je crois, comme le fit observer après moi M. Nérée Boubée , que l’action mécanique seconde l’action chimique de la perforation. J’ajouterai que je crois encore que certains Mollusques sont uniquement sécréteurs d’un acide. Les Mollusques perforants sont fort nombreux, on en reconnaît chaque jour de nouveaux genres. M. Philippi a publié, dans les Archives de Wiegmann (1815), un nouveau genre Entodesma , Voisin des Saxicaves, qui a pour type lÆ. chiloensis, Phil. Dans le Journal de malacologie de Menke, le docteur Jonas a publié le genre Choristodon , de l'ile Saint-Thomas. Il ne faut pas confondre avec ces différents genres d’autres espèces habitant les coraux madréporiques, telles que certaines Clavagelles, des Frstulanes triomphalia , etc., qui, débordées par la croissance des Zoophytes , sont forcées d'élargir leur tube, tout en restant stationnaires. Presque toutes les classes des animaux invertébrés, surtout les Mollusques et les Rayonnés, contiennent des espèces perforantes. L’Æchinus lividus des côtes de Bretagne, qu’a observé M. Eugène Robert, n’est qu’un exemple d’un cas que j’ai souvent remarqué, soit en France, soit en Algérie.
.….. Q Au nord de la baie d'Hiery, dit ce naturaliste , au fond de la » grande baie de Douarnenez, sur les côtes du Finistère, on trouve à ma- » rée basse, au pied de la falaise formée par des micaschistes et des grau- » wakes , un grès ferrugineux dont la surface horizontale est remplie de » cavités arrondies, occupées par des Oursins. Ces Radiaires se trouvent » tout à fait emprisonnés dans les demeures qu’ils se sont évidemment » creusées..….....» « L'animal serait retenu dans son jeune âge à la place
» qu'il a adoptée près de ses parents, par des filaments de conferve ou de » ceramium, et creuserait, au moyen de ses pointes mobiles, sa demeure » au fur et à mesure qu'il éprouve le besoin de s'étendre. » Ici, je ferai