E. FORBES. —— MANIFESTATION DE LA POLARITÉ
sentée par un grand cercle, dans laquelle il trace un diamètre vertical ; il. construit deux cercles sur chacune des moitiés de ce diamètre, de sorte que l’un et l’autre sont tangenis à la circonférence du grand, et qu'ils se Louchent tous deux au centre. Les deux extrémités du grand diamètre représentent ainsi pour lui les pôles.)
» Le désir sérieux , instinctivement commun à toutes les intelligences, de découvrir un plan dans les arrangements de la nature, a donné lieu à plusieurs hypothèses sur la distribution de la vie dans les temps géologiques, hypothèses qui reposent sur des faits plus ou moims clairement compris. De là est née l’idée que tous les types organisés ne sont que le développement dans le temps d’un prototype rudimentaire : celle que des formes originairement distinctes se sont succédé sans se confondre; celle que les grands groupes ont apparu en même temps , mais représentés seulement dans lorigine en totalité ou en majorité par les formes inférieures du type; celle que les faunes et les flores successives des temps géologiques correspondent aux faunes et aux flores des diverses régions géographiques distribuées entre les pôles et l'équateur ; celle que la vie a toujours été uniforme, et que des groupes équivalents et semblables se sont succédé dans la série des temps; et celle qui considère les analogies dans la vie des diverses époques comme faisant essentiellement partie du domaine de la théologie.
» Pendant plusieurs années j'ai été convaincu que l’on peut expliquer tous les faits qui ont donné lieu aux hypothèses que je viens d’énumérer , en admettant simplement qu'à chacune des époques géologiques les groupes ou types organiques ont été remplacés par des groupes qui les représentent. Ce fait élémentaire et incontestable rappelle tout à fait ce qui se passe dans la distribution géographique des êtres actuels. J’ai cru que les contradictions apparentes et les particularités encore inexpliquées que présentent les époques les plus anciennes, et qui contrastent avec les époques moyennes et récentes , pouvaient dépendre de l’état incomplet de nos connaissances, et qu’il était possible de les expliquer en supposant l'existence d’une grande période géologique dont nous n’aurions pas connaissance. En particulier, la grande lacune qui se trouve entre la vie paléozoïque et la vie mésozoïque me semblait pouvoir tenir à ce que nous ignorons l'existence de quelques formations peu puissantes , qui auraient pu être déposées entre l’époque permienne et l’époque triasique.
» Mais la rapide accumulation des faits paléontologiques qui ont été recueillis dans ces dernières années, et l'énorme augmentation de nos connaissances relatives à la faune paléozoïque, sont trop d'accord avec ce que nous connaissions déjà pour ne pas montrer que l'explication qui me sem-
DANS LA DISTRIBUTION DES ÊTRES ORGANISÉS DANS LE TEMPS, 377 blait suffisante ne rend pas complétement compte de la vérité. J’ai reconnu que les diverses théories sur la progression et le développement des êtres sont toutes basées sur une perception obscure, et sur une interprétation imparfaite des effets de quelque grande loi générale inconnue, et qu’il n’est plus possible, en face des preuves paléontologiques , de soutenir aucune d’entre elles. La série d'apparition des êtres organisés n’est évidemment pas soumise à une progression organique. Des conditions anatomiques convenables ont accompagné la création de chaque groupe. Aucun type, soit générique et par conséquent idéal, soit spécifique et par conséquent individuel, n’a été répété dans la série des temps, Ge sont là des faits devenus évidents, et un important résultat des recherches géologiques. »
« Mais on peut trouver dans la distribution relative des types génériques , dans le temps, si l’on ose parler ainsi, l'indication d’une loi différente, plus générale, qui paraît dépendre de la manifestation de la polarité. Nous avons l'habitude de grouper les époques géologiques en trois grandes sections : l’époque paléozoïque, qui est la plus ancienne; l’époque mésozoïque, ou moyenne ; et l’époque cainozoïque , plus connue sous le nom d'époque tertiaire, qui est la plus récente. Si nous comparons entre elles les faunes et les flores de ces trois grandes sections , nous trouverons de plus grands rapports entre les époques mésozoïque et tertiaire qu'entre les époques mésozoïque et paléozoïque. Ces relations se manifestent principalement, et deviennent évidentes lorsque l’on considère les détails de la
distribution des formes animales fossiles qui habitaient le milieu dans lequel se sont déposées les couches sédimentaires. D’un autre côté, les animaux qui caractérisent l’époque paléozoïque , et qui ont vécu pendant cette longue période, ont, lorsqu'on les compare dans leur ensemble , une puissante analogie et une étonnante parenté entre eux. Je propose en conséquence de désigner sous le nom de néozoïque la totalité des époques qui ont succédé à la période paléozoïque. Si nous comparons ces deux grandes époques, nous trouverons que les indications fournies par les types génériques de chacune d'elles présentent des phénomènes d’un contraste frappant. Le maximum de développement des genres de la période paléozoïque a eu lieu à son origine , et celui de la période néozoïque pendant les dernières époques. La concentration des forces caractéristiques de la première période serait dans les formations siluriennes et dévoniennes ; le plus orand développement générique de la période néozoïque a été réservé aux époques crétacée, tertiaire et moderne. Il y a eu , au contraire, pauvreté relative dans la production des types génériques pendant la dernière époque de la période paléozoïque et au commencement de la période néozoïque ,