STUDE DES GENRES ET DES ESPÈCES
Division de la famille des Balistides en groupes génériques; coordination de ces groupes.
G. Cuvier, qui me semble avoir donné le premier une division rationnelle du grand genre Bausres de Linné, y reconnait quatre sroupes distincts, dont il faisait quatre sous-genres sousles noms de Balistes proprement dits , de Monacanthes, d’Alutères et de T'riacanthes. Cette division repose sur la considération des différences de l'écaillure, du nombre des rayons de la dorsale épineuse, et des pièces qui représentent le membre abdominal.
Les Balistes proprement dits sont couverts de grandes écailles tuberculeuses, et ont trois rayons à leur première dorsale
Les Monacanthes ont une écaillure à petits éléments désordonnés, spinoïdes , deux rayons dorsaux épineux , dont le second rudimentaire etl’extrémité du bassin en saillie.
Les Alutères, avec le même type d’écaillure et les mêmes rayons dorsaux que les précédents, ont le bassin complétement caché.
Les Triacanthes , avec une écaillure qui leur est propre, ont, outre le grand rayon de la dorsale épineuse, deux rayons très forts articulés avec le bassin, et qui représentent une paire de nageoires ventrales,
Les Balistes, les Monacanthes et les Triacanthes, constituent des genres bien caractérises ; mais les Alutères ne sont évidemment que des Monacanthes à bassin caché, Quelques espèces de ce groupe
(1) Voir, pour la première partie, Annales des sciences naturelles, 3° série , OM SX, D. 77.
joignent à ce caractère quelques particularités qui peuvent autoriser à en faire un sous-genre ; mais ce serait aller trop lom que de les ériger en coupe générique, d'autant plus qu'on n'arrive à ces espèces que par des transitions très nuancées.
Le genre Balistapus, proposé par Tilesius, repose sur omission de la saillie pelvienne dans un dessm de Krusenstern, qui évidemment se rapporte au Balistes lineatus, Sehn., espèce pourvue de cette saillie.
Quant au genre Xenodon, institué par M. Ruppel pour le Baliste noir de Lacépède, nous ne saurions non plus l’admettre, vu le peu d'importance du caractère qui le motive, savoir la longueur et la
forme insolite des deux dents qui suivent de côté et d'autre les moyennes supérieures.
Ainsi la famille des Balistides ne comprend réellement, dans l’état actuel de nos connaissances, que trois genres bien nettement caractérisés, les genres Baliste, Monacanthe et Triacanthe.
Dans quel ordre relatif se disposent ces trois groupes? C’est ce que vont nous dire les plus importants des caractères qui les distinguent, ceux que fournissent, d’une part, les rayons de la dorsale épineuse, de l’autre, l’écaillure.
Les Triacanthes, avec leur grand rayon dorsal, suivi de quatre autres rayons épineux, avec leurs rayons abdominaux, avec leur écaillure nacrée que parcourt une ligne latérale continue, prennent ici le premier rang, comme se rapprochant plus que les deux autres genres du type normal des Poissons ordinaires.
Les Balistes viennent en seconde ligne, en raison de leur dorsale épineuse composée encore de trois rayons, du développement et de la régularité de leur écaillure, de la fréquence de la ligne latérale.
Les Monacanthes, réduits à deux rayons épineux dorsaux, dont un seul évident, et revêtus d’une écaillure qui semble une dégénérescence de celle des Balistes, sont le troisième terme de cette série.
S'il fallait justifier cette coordination par de nouveaux faits, je pourrais encore citer la réduction graduée du nombre des dents, et la simplification des rayons de la dorsale molle, de l’anale et de la caudale, Mais il est inutile d'anticiper davantage sur la caracté-
MONOGRAPHIE DES BALISTIDES. lA
ristique des groupes qui vont nous occuper, et il est temps d’aborder l’étude particulière de ceux-cr.
[. — Genre TRIACANTHUS Cu.
Caractères. — Dorsae épineuse de cinq rayons, dont le premier au moins très prédominant. — Ventrales représentées par une paire de rayons épineux très robustes. — Deux rangées de dents à chaque mâchoire. — Mâchoire supérieure protractile.— Écaillure nacrée, à très petits éléments irréguliers et désordonnés, surmontés d’une ou deux arêtes entières ou denticulées. — Ligne latérale continue et constante.
Détails descriptifs.
Les Triacanthes ont une physionomie générale qui les sépare déjà très nettement des autres Balistides. Leurs formes sont longues, et médiocrement élevées en avant, très basses en arrière. La région céphalique est proportionnellement courte ; elle continue à s'élever bien au delà de l'œil, lequel se trouve ainsi plus loin du sommet de latête, et plus près dela bouche que dans les genres suivants.
La dorsale épineuse , placée, par cette même raison, à une certaine distance au-dessus eten arrière de l’æil, se compose de cinq rayons. Le premier de ceux-ci est très long et très robuste, de forme conique, aigu, creusé en arrière, articulé à charnière et d’une manière très simple sur sa pièce de support, comme nous l’avons dit et montré en traitant de l’ostéologie des Balistides (4). L’écaillure, en se prolongeant sur les faces antérieure et latérale d2 cette épine, rend sa surface rugueuse. La deuxième épine est ordinairement courte, et, quoique rapprochée de la première, ne remplit pas à son égard, vu la simplicité de son articulation, le rôle qu’elle joue chez les Balistes. Les rayons suivants forment une série décroissante, et n'offrent aucune particularité digne d’être remarquée. Il n'existe aucune trace du sillon qui reçoit, dans les autres genres, les épines de la première dorsale lorsqu'elles s’abaissent, et on se souvient que
(4) Première partie, 3° série, tome XX, page 402.
la pièce qui les supporte n'offre pas la moindre dépression médiane chez les Triacanthes.
La dorsale molle, séparée de la précédente par un espace considérable, a, remarquons-le bien, ses rayons divisés par une double bifurcation. Il en est de même de l’anale, qui, beaucoup plus courte que la précédente, ne répond qu’à la moitié postérieure de celle-ci.
La caudale est largement bilobée, et se compose de douze rayons très inégaux. Les deux extrêmes sontcourts et indivis , les médians plus courts encore et très divisés ; à partir de ceux-ci, de côté et d’autre, la croissance est rapide jusqu'aux pénultièmes.
Les pectorales sont médiocres et de quatorze rayons à double bifureation.
Les ventrales sont représentées chez les Triacanthes par une paire de gros rayons épineux, qui rappellent par leur développement le grand rayon de la première dorsale, et composent avec ce dernier la triple armure dont a été tiré le nom du genre qui nous occupe. J’aidit, en traitant du squelette, comment, une fois écartées du corps, ces épines ventrales se trouvent solidement assujetties dans cette position au moyen d’une apophyse qui vient s'appuyer sur l'os du bassin et s'engager dans une rainure latérale ; puis comment cette apophyse se dégage de celle-ci par un mouvement de rotation du rayon sur son axe, lorsque le Poisson veut ramener ses ventrales à leur position primitive.
Le bassin des Triacanthes, quoique très immédiatement couvert par la peau sur la ligne médiane, ne forme pas de pointes sallantes par son extrémité ; le tégument qui le sépare de l’anus ne constitue pas un pli en réserve, et n'offre aucun caractère particulier.
Le système dentaire est plus complet ici que dans les genres suivanis ; car non seulement le nombre des dents de la rangée antérieure est plus considérable que dans ceux-ci, étant de dix à chaque mâchoire , mais il existe, en outre, un second rang en bas comme en haut ; seulement ce deuxième ranginférieur ne se compose que de deux dents. Les dents de la première rangée sont en forme d’inei- ‘sives, à couronne droite et tranchante ; celles de Ia seconde ressemblent à des pavés mégaux. Rappellerai-je que lamâchoire supérieure est protractile, le prémaxillaire, prolongé supérieurement en une
MONOGRAPHIE DES BALISTIDES, L3 tige très libre et très mobile, glissant de haut en bas dans une coulisse, qui a pour plancher la face supérieure de l'ethmoïde et du vomer, et pour voûte une languette de tissu fibreux ?
L'écaillure des Triacanthes se compose de très petites squames oblongues, disposées sans régularité, et surmontées d’une arête qui occupe leur grand diamètre, augmentant de hauteur en approchant du centre , et souvent croisée ou seulement rejointe par une arête transversale, La plupart de ces saillies ont leur bord libre decoupé en petites dents plutôt tubereuleuses que spinoïdes, et visibles seulement à l’aide de la loupe. Un des caractères de l’écaillure de ces Balistides est la teinte nacrée qu’elle présente sur une grande partie du corps et même sur les rayons épineux, Enfin on voit s’y dessiner très nettement une ligne latérale qui, divisée en plusieurs branches sur la tête, se montre simple et continue sur le trone, et ne subit qu'une légère flexion en atteignant la région caudale. |
En parlantde la teinte nacrée des Triacanthes j’ai anticipé sur ce qui concerne leur système de coloration, j'en ai même signalé la circonstance la plus frappante : en effet, ln’ a pas iei de dessin proprement dit, etles couleurs se distribuent par teintes générales, plus ou moins foncées vers le dos, claires vers les régions inférieures. La base de la grande épine dorsale est presque toujours tachée de brun ou de noir.
Les Triacanthes, si je ne me trompe, n’ont été rencontrés et signalés que dans la mer des Indes et dans les eaux voisines. Ceux du Muséum proviennent exclusivement des mêmes régions maritimes.
Synonymie. — Jusqu'au moment où George Cuvier à institué le genre qui nous occupe, les Poissons qui le composent figuraient au nombre des Balistes sous le nom de Palistes biaculeatus ; ils étaient ainsi tous confondus dans un même groupe spécifique.
En comparant entre eux, avec soin, les Triacanthes de la collection du Muséum, j'ai constaté qu'ils se rapportent à trois espèces bien distinctes, et j'ai reconnu deux de celles-ci, l’une dans les dessins de Bloch, l’autre dans ceux de Russel (4). Les différences qui nous les ù (1) Voyez ses Poissons de lu côte de Coromandel, 2 volumes in-folio. Dans
l'exemplaire de cet ouvrage que possède la bibliothèque du Jardin des plantes, une note écrite au crayon de la main de M. Valenciennes m'a appris que j'avais
Lh | HOLLARD,
designent comme autant d'espèces sont fournies par les formes etles proportions de la tête, par les dimensions des épines de la première dorsale, par la hauteur et la longueur de la dorsale molle et de l’anale. Ces différences nous donnent un ordre sérial très évident, comme on s’en convaincra par les descriptions suivantes.
À. TRIACANTHUS BREVIROSTRIS, Val.
PI. II, fig. dre.
Caractères. — Profil rapide, de 45 degrés; museau très court ; front large. — Premier rayon de la dorsale épineuse robuste, suivi de quatre rayons courts en décroissance rapide , et dont le dernier est presque caché. — Dorsale molle, trois fois plus haute en avant qu'à sa terminaison ; anale très haute antérieurement , et formant du troisième au cinquième rayon une pointe très prononcée :
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La hauteur relative du corps, la rapidité du profil, le peu d’espace qui se trouve entre l'œil et la bouche, séparent bien cette espèce des deux suivantes, et la largeur dela tête la distingue encore de la seconde. C’est ici que la dorsale molle et l’anale ont leur maximum de hauteur et le plus grand nombre de rayons.
Le système de coloration ne se fait remarquer que par l’étendue et l'éclat des teintes nacrées, et par une tache noire à Ja base et en avant du grand rayon de la dorsale épineuse.
Voici les proportions du corps :
La hauteur, mesurée à la région pectorale et en descendant verticalement du grand rayon dorsal, est à la longueur, mesurée des lèvres à la naissance de la caudale, dans le rapport de 2 à 5. La ligne de profil, qui descend de ce même rayon à l'extrémité de la bouche, est à peu près dans le même rapport avec la longueur; et ce qu'il faut surtout remarquer 101, c’est que la portion de cette ligne
eu l’honneur de rencontrer la pensée de ce célèbre ichthyologiste, et dans la détermination de l'espèce représentée par Russel , et jusque dans le nom caractéristique que je lui avais déjà donné dans mes premières descriptions.
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qui est au-dessous de l'œil, n’est guère plus longue que celle qui est au-dessus.
Des trois espèces que possède le Muséum, celle-ci semble être la moins rare à en juger par le nombre des exemplaires qui la représentent. C’est celle que Russel a décrite et figurée.
Le T'riacanthus brevirostris habite la mer des Indes.