UN NOUVEAU GENRE MALGACHE D'ARACÉES
puis de plus en plus elliptique, faisant, en quelque sorte, transition vers les fleurs mâles. Celles-ci, qui ne laissent entre elles aucun intervalle, sont formées chacune par plusieurs étamines soudées en un petit mamelon bas et scutelliforme, losangique, à surface irrégulièrement bosselée, et dont les anthères s’ouvrent par un pore apical.
Les derniers mamelons staminaux, d’ailleurs, sont stériles : puis ils s’effacent de plus en plus ; et le sommet de l’épi, sur 3 à 4 millimètres, est nu et presque lisse.
Le spadice est donc apiculé.
Les fruits sont des baies ovoiïdes, de 7 millimètres environ sur 5 millimètres, d’un rouge vif, avec une grosse graine presque globuleuse, de 5 millimètres environ sur 4 millimètres. Dans la seule graine en bon état que nous ayons pu examiner, il nous a semblé qu’il n’y avait pas d’albumen et que l’embryon, à gros cotylédon sphérique, constituait toute l’amande.
En tout cas, indépendamment même de ce dernier caractère, qu'il y aurait lieu de confirmer sur de nouveaux échantillons, on voit que notre plante, tout en se rapprochant, par le port, et par divers caractères, de la tribu des Arées, s’en éloigne cependant aussi à quelques égards.
Elle a bien le spadice appendiculé des Arées, avec leurs fleurs unisexuées, et aussi les fleurs rudimentaires qui, tout au moins dans un certain nombre de genres de cette tribu, sont interposées entre les fleurs femelles et les fleurs mâles.
Elle s’en distingue cependant aussi nettement par la présence, autour de la fleur femelle, d’un anneau périanthique dont les Arées sont toujours dépourvues, les fleurs femelles avortées de ces Arées n'étant, en outre, représentées que par le style.
Nous ne pouvons, du reste, faire rentrer davantage l'espèce dans aucune des autres tribus d’Aracées. Elle nous parait, par conséquent, bien le type d’un nouveau genre assez aberrant, que nous nommerons Arophyton ; et, le nom spécifique rappelant la forme des feuilles caractéristiques, ce sera lArophyton tripartitum.
OBSERVATIONS ANATOMIQUES et MICROCHIMIQUES SUR LES GRAINES GRASSES DE OQUEEQUESESAPOTACÉES AFRICAINES
par NP CHOUX
Docteur ès-sciences, Assistant de Botanique à la Faculté des Sciences de Marseille
On rencontre en Afrique tropicale de nombreuses Sapotacées à graines oléagineuses. Si certaines, comme le karité (Butyrospermum Parkii Kotschy) — qui joue un rôle économique primordial dans l’alimentation des populations soudanaises — sont bien connues, nous n'avons par contre que des connaissances fragmentaires sur plusieurs autres, dont quelques-unes même n’ont pu encore être déterminées spécifiquement. C’est qu’en effet ces Sapotacées africaines sont assez iréquemment des arbres très élevés aux floraisons inaccessibles, et que par suite les botanistes n’ont souvent à leur disposition que des matériaux incomplets, en particulier des graines isolées, d’où évidemment des déterminations qui manquent de précision et que plusieurs fois des échantillons avec feuilles et fleurs sont venus infirmer.
Mais justement parce que ces graines de Sapotacées sont assez souvent expédiées en Europe, alors que les fleurs correspondantes sont peu connues ou tout à fait inconnues, il nous a paru opportun, à la suite d’un envoi récent, au Musée colonial de Marseille, de quelques-unes de ces graines grasses de Sapotacées africaines, de rechercher si l'anatomie et la microchimie n'étaient pas de nature à fournir des données intéressantes et susceptibles d'apporter des précisions dans des questions souvent bien confuses et très controversées.
26 PAAICHOUX
Nous avons examiné à ce point de vue les graines de l’Autranella congolensis A. Chev., du Baillonella toxisperma Pierre, du Dumoria africana A. Chev., du Zumoria Heckeli A. Chev., celles du mambali et celles d’une Sapotacée congolaise encore indéterminée.
Autranella congolensis A. Chev.
Sienalée tout d’abord par M. de Wildeman (1) en 1907, sous le nom de 1/imusops congolensis, cette Sapotacée, dont les fleurs n’ont Jamais été décrites, a été dénommée en 1917 Auiranella congolensis par M. Aug. Chevalier (2), qui, tout en indiquant des liens de parenté entre cette plante et le genre. Dumoria, estime cependant que l’organisation de la graine justifie la création d’un genre nouveau.
Cette graine, dont la forme est assez caractéristique, et qui est représentée sous divers aspects dans la planche I de notre travail, possède un tégument extrêmement épais et remarquablement dur. Ce tégument a en effet une épaisseur moyenne de 4 mm. 5 à 5 millimètres, et, dans la région de la cicatrice, il arrive même à avoir jusqu’à 10 millimètres. De plus, pour . le sectionner, il faut avoir recours à la scie et le rasoir l’entame avec peine.
Ce tégument est formé, dans presque toute son étendue, par des cellules scléreuses, à parois très épaisses et canaliculées, et à cavité cellulaire très réduite (A, fig. 1). Le contenu « de cette dernière est coloré en brun foncé, — et c’est ce qui donne au tégument sa coloration brune, — alors que les parois cellulaires sont incolores. D'autre part, si dans la région externe du tégument les cellules scléreuses sont régulièrement disposées et à section polygonale nette, dans le reste de ce tégu-"
(1) De Wildeman : Mission Emile Laurent (1903-1904) (Bruxelles, février 1907 ; fasc. IV, p. 434-436). |
(2) Aug. Chevalier : La forêt et les bois du Gabon (Les végétaux utiles de l'Afrique tropicale française, fasc. IX, janvier 1917, p. 271, tabl. XXIX):
ment elles sont souvent au contraire très irrégulièrement disposées. Cette irrégularité se retrouve d’ailleurs dans toutes les graines de Sapotacées africaines que nous avons examinées et a été assez bien figurée par Fournier (1) à propos du Dumoria Heckelr.
La méristèle du funicule se divise, suivant le mode palmé, en plusieurs branches qui se divisent à leur tour en’ s’anastomosant et s’épanouissent dans presque tout le tégument en formant un réseau blanchâtre bien distinct (voir planche en bas et à droite). Mais cet épanouissement de la méristèle ayant lieu dans la partie tout à fait interne du tégument, ce dernier se trouve scindé par cela même en deux régions d’épaisseur très inégale : une région extérieure qui correspond à la plus grande partie du tégument et qui a la structure signalée plus haut ; une région interne, réduite à une mince pellicule, qui, d’ailleurs, se sépare assez facilement du reste du tégument, et qui a une structure tout à fait différente. Elle est en effet formée de cellules parenchymateuses, à parois minces, de forme irrégulière, et munies de pointes mousses plus ou moins larges par lesquelles elles se touchent les unes les autres. Elles forment ainsi un tissu lâche — représenté en B dans la figure 1 — et laissent entre elles des méats plus ou moins quadrangulaires. Leur contenu est coloré en brun. Ajoutons enfin que la transition entre les deux régions est formée par des cellules dont la paroi s’amincit peu à peu et dont la cavité cellulaire augmente de dimensions.
La disposition que nous venons de signaler, c’est-à-dire la division du tégument en deux régions d'épaisseur et de consistance très inégales, se retrouve dans les autres Sapotacées dont nous nous sommes occupé. Cependant aucune ne présente, dans sa région interne, les cellules parenchymateuses si spéciales de l’Autranella congolensis.
(1) Fournier : Etude pharmacologique des graines du Dumoria Ileckelr À. Chev. et du Baillonella toxisperma Pierre (Clermont-Ferrand, 1913, page 19).
L'amande de l’Autranella congolensis comprend un embryon et un albumen. La graine est donc nettement albuminée. Dans l'embryon, les cotylédons sont limités sur leurs deux
FiG. 1. — Coupes transversales dans le tégument et l’amande de l’Autranella congolensis A. Chev. : À, Région scléreuse du tégument ; B, région parenchymateuse de la portion interne du tégument ; C, cotylédon (es, épiderme supérieur ; pa, début de parenchyme palissadique ; 0æ, eristaux d’oxalate de calcium ;. k, gouttelettes d’huile ; ei, épiderme inférieur) ; D, albumen montrant les cristaux d’oxalate de calcium dans les membranes cellulaires.
faces par un épiderme à parois minces, auquel fait suite, du côté de la face supérieure, une assise de cellules un peu allongées perpendiculairement à la surface, ébauche par conséquent d’un tissu palissadique (C, fig. 1). Tout le reste de ces cotylédons est formé de cellules parenchymateuses à parois
minces, de forme arrondie, et laissant entre elles de petits méats triangulaires.
L’albumen, dont les cellules externes sont arrondies et un peu cutinisées dans leur partie libre, est formé de cellules parenchymateuses, polyédriques, et à membranes un peu épaissies (D, fig. 1). Ces cellules sont disposées en files radiales, le centre de figure vers lequel se dirigent ces files étant le centre de la graine.
Au point de vue microchimique, il y a dans l’amande d’Autranella des gouttelettes d'huile, qui sont beaucoup plus abondantes dans les cotylédons, dont toutes les cellules, y compris celles de l’épiderme, en sont bourrées, que dans l’albumen, où d’ailleurs l'huile est plus abondante à la périphérie qu’au centre. D’autre part, dans les membranes cellulaires se trouvent des cristaux d’oxalate de calcium, de volume variable, qui, ou bien ne distendent pas la membrane, ou bien la distendent plus ou moins fortement. Ces cristaux sont d’ailleurs inégalement répartis, puisqu’en certains endroits on ne rencontre que de petits cristaux, alors que dans d’autres abondent de volumineux sphérites distendant largement les membranes cellulaires. Il n’y a pas de grains d’aleurone.
Tourteau. — Nous avons complété nos observations sur l’Autranella congolensis par un examen microscopique du tourteau.
Le tourteau que nous avons eu à notre disposition a été obtenu par broyage de l’amande. Mais, par suite de l’adhérence de la partie terne du tégument avec cette amande, 1l s'ensuit que des fragments de tégument ont été broyés en même temps que l’amande proprement dite.
En tout cas, ce qui domine dans le tourteau d’Autranella, ce sont les cellules de l’albumen, reconnaissables à leur taille assez grande et à leurs parois un peu épaissies (c, figure 2). Ces cellules sont groupées en fragments plus ou moins volumineux. Lorsque ces derniers ne comprennent qu'un très petit nombre de cellules, ou bien lorsque ces cellules de lalbumen
sont isolées, on aperçoit assez bien les cristaux d’oxalate de calcium qui sont inelus dans les membranes (f).
A côté de ces éléments, qui ne sont pas évidemment bien caractéristiques, se trouvent, mais en beaucoup moins grande abondance, des plaques de l’assise périphérique de l’albumen,
Frc. 2. —— Eléments du tourteau d’Autranella congolensis A. Chev. : a, assise périphérique de l’albumen vue de face ; b, parenchyme du cotylédon ; e, cellules de l’albumen ; d, cellules à contour irrégulier de la partie interne du tégument ; e, cellules scléreuses du tégument : j, cellules de l’albumen avec cristaux d’oxalate de calcium ; £g, épiderme du cotylédon. Le
où les cellules sont vues de face (a), et qui sont très aisément reconnaissables, ainsi que des fragments du parenchyme cotylédonaire à cellules arrondies et à parois minces (b). Il y a d'autre part des cellules de la partie interne du tégument, isolées ou groupées en petit nombre (d), et bien caractéristiques avec leur contour irrégulier et leur contenu brunâtre. Cependant il faut remarquer que, lorsque ces cellules tégumentaires
ne en
PR TEE
sont ainsi isolées, leurs prolongements sont moins nets et qu'elles tendent à prendre une forme arrondie.
Enfin, c’est plus rarement que l’on peut trouver des cellules scléreuses isolées, comme celles que nous avons figurées en e et aussi des fragments d’épiderme cotylédonaire, comme celui représenté en g.
Par la présence d’un albumen bien développé et de cotylédons minces, la graine d’Autranella congolensis est bien distincte de celles des autres Sapotacées africaines dont nous avons cité les noms au début de cet article. Cependant M. Chevalier signale un rapprochement possible avec le genre Dumoria et ajoute, d'autre part, que la pulpe qui entoure la graine rappelle celle du djavé (Baillonella toxisperma) et du noumgou du Gabon (Dumoria africana). M. Autran déclare même, ce qui nous parait tout au moins peu exact, que la grosseur de la graine de cet Autranella est celle du djavé (1). Mais la place du genre Autranella dans la famille des Sapotacées n'ayant pu être précisée par suite de l’absence de fleurs, il était intéressant de rechercher si l'anatomie permettait d’apporter quelques indications à cet égard, c’est-à-dire révélait des ressemblances ou des différences avec les espèces précitées.
Cependant ce n’est point là la seule raison qui nous ait amené à faire l’étude anatomique et microchimique des graines de Baillonella toxisperma, de Dumoria africana et de mambalr, pour ne citer ici que ces trois là. C’est, encore, et surtout, parce que la valeur spécifique des deux premières a donné lieu à de très nombreuses discussions et que dès lors, là également, il était indiqué de recourir aux caractères distinctifs susceptibles d’être fournis par l’anatomie, comme pouvant corroborer ou infirmer les indications tirées de la morphologie externe.
Enfin, comme les graines de Baillonella toxisperma, Dumoria africana, Dumoria Heckeli et mambali offrent, par suite
(1) Autran : Notes sur les plantes oléagineuses de l'Afrique équatoriale française (Ann. du Mus. col. de Marseille, 1924, 4er fasc., p. 17-18).
de leur forme et de l’absence ou de l’extrême réduction de l’albumen, plus de ressemblances entre elles qu'avec celles de l'Autranella congolensis, 11 nous a paru préférable d’étudier ces graines comparativement plutôt que successivement.
Baillonella toxisperma Pierre, Dumoria africana A. Chev., Dumoria Heckeli A. Chev. et mambali.
Le Baillonella toxisperma et le Dumoria africana ont donné lieu à une synonymie très complexe et ont fait l’objet de très nombreuses discussions, dues, comme l’a bien précisé M. Aug. Chevalier (1), à ce que, lorsque Pierre (2) créa les genres Baillonella et Tieghemella (3), 11 n'avait à sa disposition que des graines et d'autre part à ce qu'il a confondu les noms indigènes de ces deux plantes, attribuant à l’une ce qui appartenait à l’autre. Rappeler ici les principales phases de ces discussions serait sortir du cadre restreint de cette étude. Disons seulement que, si certains auteurs, comme Engler (4) et Perrot (5), n'ont cité ou admis qu'un des deux types spécifiques créés par Pierre, notamment le Baillonella toxisperma, dont 1ls faisaient d’ailleurs le A/imusops Djave Engler, Dubard (6) a montré que le genre Paillonella pouvait être considéré comme réellement autonome. Par contre, si ce dernier botaniste bap-
(1) Aug. Chevalier : La forêt et les bois du Gabon (Les végétaux utiles de l’Afrique tropicale française, fase. IX, janvier 1917, p. 242-246 et 250-256.
(2) Pierre : Notes botaniques. Sur quelques genres nouveaux de Sapotacées (Paris, Klincksieck, 1890, pp. 13 et 18).
(3) Le genre Tieghemella a été depuis réuni au genre Dumoria.
(4) Engler : Sapotaceæ (Die natürl, Pflanzenfam. b. v. Engler uw. Prantl, Nacht. zum TII-IV Teil, p. 279). — Sapotaceæ africanæ (Mon. afrik. Pfl. Leipzig, 1904, p. 81, taf. XXXII-XXXIII).
(5) Perrot : Le Karité, l’Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l’Afrique (Les Vég. utiles de l’ Afrique tropicale française, fase. IT, 1907, p. 160-171).
(6) Dubard : Les Sapotacées du groupe des Sideroxylinées-Mimusopées (Ann. du Mus. col. de Marseille, 1915, p. 35-37).
tisait avec doute Dumortia africana le Tieghemella de Pierre, M. Aug. Chevalier, en décrivant pour la première fois, et d’une manière complète (1), cette espèce, dont Pierre n’avait jamais vu que les graines, pensait en effet pouvoir la faire rentrer dans le genre Dumoria, qu'il avait lui-même créé en 1907 pour le Dumoria 1leckeli de la Côte d'Ivoire (2).
Mais donc le Baillonella toxisperma Pierre et le Dumorta afrtcana Aug. Chev. sont deux espèces bien distinctes. D'autre part — et c’est là le point qui nous intéresse particulièrement ici — les graines de ces deux Sapotacées sont également différentes. Ces différences ont été bien précisées dans les lettres adressées par Pierre au R. P. Klaine, et reproduites par M. Aug. Chevalier (3), ainsi que dans le travail de Dubard (4). Il suïfit également de comparer la première et la deuxième rangée de notre planche IT pour s’en rendre compte. Mais, Indépendamment de la différence de forme, de la longueur de la cicatrice ventrale, du développement plus ou moins grand de l’omphalodium, de l’épaisseur plus ou moins considérable du tégument ligneux, ilest, au point de vue anatomique, un caractère différentiel entre le Baillonella toxisperma et le Lumorta africana, caractère différentiel qui nous parait particulièrement net, mais qui d'autre part ne nous semble pas avoir été mis en relief jusqu'ici.
En effet, dans le Baillonella toxisperma, 1! y a dans les cotylédons des laticifères renfermant de la gutta, alors que ces derniers manquent dans ceux du Dumoria africana. Et ces laticiferes,
(1) Aug. Chevalier (loc. cit.).
(2) Aug. Chevalier : Sur un genre nouveau de Sapotacées de l'Afrique occidentale, à graines fournissant une matière grasse comestible (C. R. Ac. Sc., Paris, 22 juillet 1907, T. 145, p. 266-268). — Voir également pour le Dumoria Heckeli : Première étude sur les bois de la Côte d'Ivoire (Les Vég.util. de l'Afrique trop. franç., fase. V, 1909, p. 237-241).
(3) Aug. Chevalier : La forêt et les bois du Gabon (Les Vég. util. de l’Afrique tropic. franc., fase. IX, janvier 1917, p. 252-255).
(4) Dubard : Les Sapotacées du groupe des Sideroxylinées-Mimusopées (Ann. du Mus. col. de Marseille, 1915, p. 38-41).
déjà visibles avec la seule aide de la loupe sur une section transversale de la graine, sont encore plus nets sur les coupes longitudinales ou transversales examinées au microscope. Sur les premières, ils se présentent sous forme de cellules presque rectangulaires, disposées en files, et remplies de latex. Sur les secondes, les cellules à latex, étant d'assez grandes dimensions
par rapport aux cellules voisines, qui sont au contraire beau-
coup plus petites, donnent un peu l’impression d’un canal sécréteur avec ses cellules bordantes.
C’est en tout cas ce que nous avons constaté dans des graines de djavé appartenant à la collection de M. Heckel, ainsi que dans des graines de la même espèce envoyées récemment au Musée colonial par M. Baudon et provenant de l’Afrique équatoriale. Et, dans les échantillons que nous avons examinés, la disposition est suffisamment nette pour ne point passer inaperçue. C’est pourquoi nous sommes surpris qu'ils n'aient pas été signalés dans l’étude anatomique que Fournier (1) a faite en 1913 de ces graines de Baullonella toxisperma avec des matériaux qui lui avaient été cependant communiqués par M. Heckel.
Faut-il admettre que le caractère dont nous venons de parler n’est point constant, cu bien que les graines examinées par Fournier n’appartenaient pas au Baillonella toxisperma ? Nous inclinerions plutôt à considérer cette seconde hypothèse comme plus voisine de la réalité, et, ce qui peut donner une certaine vraisemblance à cette manière de voir, c’est que, tout autant que l’on puisse raisonner d’après des dessins, 11 nous semble que, parmi les deux graines de Baillonella représentées par Fournier dans la figure 9 de son travail (page 30), celle de droite ne correspond pas bien à la forme habituelle de ces graines de djavé. Et alors n’y aurait-il pas eu des graines de plusieurs espèces dans les matériaux étudiés par Fournier ?
Nous posons la question sans pouvoir y répondre. Mais néan-
(1) Fournier : Etude pharmacologique des graines du Dumoria Heckeli À. Chev. et du Baillonella toxisperma Pierre (Clermont-Ferrand, 1913).
moins 1l nous parait difficile d'admettre que dans ces graines de Baillonella les laticifères soient tantôt présents et tantôt fassent défaut.
En tout cas, ces laticifères n'existent pas dans les graines de Dumoria africana, non plus que dans celles de /'umorta Heckeli, ni dans celles de mambali (représentées dans la troisième rangée de notre planche IF.) Par contre, ces laticifères se retrouvent dans les graines d’une Sapotacée encore indéterminée et que M. Baudon a récoltée près de Franceville en 1927. Ces graines sont représentées en bas de la planche IT. Cependant, ici, ces laticifères sont moins nombreux et surtout de diamètre plus réduit que dans les graines de dyavé, et de plus leur contenu ne s’est pas coloré par le sudan III comme dans l’espèce de Pierre.
Mais done la présence de laticifères fournit un critérium distinctif pour la reconnaissance des graines de djavé et de la Sapotacée congolaise dont nous venons de parler.
Par ailleurs, toutes ces espèces présentent un certain nombre de caractères communs. C’est ainsi que dans toutes on trouve de la substance grasse à l’état cristallisé (1) — alors que dans les graines d’Autranella la substance grasse se présente sous forme de gouttelettes (2)-- des cristaux d’oxalate de calerum dans les membranes cellulaires et des grains d’aleurone, ces derniers faisant défaut cependant dans les graines de mambalx. D'autre part, la structure anatomique de ces graines — indépendamment évidemment de la présence des laticifères — est
(1) Dans plusieurs des graines que nous avons examinées, on trouve non seulement de la substance grasse à l’état cristallisé, mais encore des gouttelettes d'huile. Ces dernières existent-elles bien dans les graines fraîchement récoltées, ou bien proviennent-elles d’une décomposition ultérieure de la matière grasse avec séparation d’oléine ? L'examen des graines fraîchement récoltées permettrait seul de répondre à cette question.
r (2) M. Margaillan a trouvé que l’huile d’Autranella était presque concrète à 240, ce qui représente.un point de fusion inférieur à celui des huiles de Baillonella et de Dumoria.
sensiblement la même. En particulier, leur tégument est toujours formé de cellules scléreuses à parois épaisses, entremêlées dans la partie interne d'éléments fibreux, et la mince pellicule située en dedans de l'épanouissement de la méristèle c£t constituée par des cellules parenchymateuses ne présentant rien de spécial et ne rappelant nullement celles de l’Autranella. Il en résulte que, par les seuls caractères anatomiques ou microchimiques, des graines comme celles du Dumoria africana et du Zumoria Heckeli ne sauraient être distinguées, alors que, comme l’a encore bien précisé M. Aug. Chevalier, les caractères extérieurs permettent bien cette distinction.
Quant au mambali, Sapotacée encore indéterminée, les graines offrent une ressemblance évidente avec celles du Zumoria africana. Il suffit pour s’en convaincre de comparer la deuxième (/umoria africana) et la troisième rangée (mambali) de notre planche IT. Cette ressemblance nous parait même plus nette qu'avec les graines de l’oréré (Baillonella toxisperma), comme l'indique M. Autran (1). En effet les graines de mambali ont sensiblement les mêmes dimensions et la même forme générale que celles de Dumoria africana, et, d'autre part, la face placentaire et l'omphalodium présentent également les mêmes caractéristiques. La seule différence réelle que l’on puisse relever entre les deux, tout au moins d’après les échanüllons dont nous disposions, c’est que la région du raphé est plus arrondie chez le mambali que chez le Zumoria africana, ce qui détermine une forme légèrement différente. L’anatomie vient confirmer ce rapprochement, car on ne trouve pas dans les graines de mambali les laticifères de l’oréré, et par cette absence de laticifères les graines de mambali se rapprochent bien de celles du Dumoria africana dont elles se distinguent cependant par l'absence d’aleurone.
En résumé les quelques graines de Sapotacées que nous
| (1) Autran : Notes sur les plantes oléagineuses de l'Afrique Equatoriale française (Ann. du Mus. col. de Marseille, 1924, 4er fasc., p- 18).
venons de passer en revue présentent entre elles un air de parenté indéniable. Forme, dimensions, coloration du tégument (brun acajou), cicatrice placentaire, sont assez sensiblement identiques pour que, tout au moins pour certaines de ces graines, leur identification ne s'impose pas d'emblée et que des confusions soient possibles. La planche IT est assez suggestive à cet égard.
Les graines d’Autranella congolensis se distinguent cependant bien de toutes les autres, et cela aussi bien par leur forme (pl. 1) que par la présence d’un albumen bien développé. De plus la partie interne du tégument a une structure bien spéciale qui ne se retrouve pas dans les autres espèces. Enfin l’huile ne s’y rencontre que sous forme de gouttelettes, et non à l’état cristallisé comme dans les autres graines.
Les graines de Paillonella toxisperma sont bien caractérisées par la présence de laticifères, laticifères qui se retrouvent, mais moins nets, dans cette Sapotacée indéterminée dont les graines sont figurées au bas de la planche IT.
Les graines de mambali se font remarquer par l’absence de grains d’aleurone.
Enfin les graines des umoria africana et Heckelt ont, toutes deux, la même structure anatomique et les mêmes caractères microchumiques.