CONCLUSIONS
Nous venons d’exposer un ensemble de renseignements complémentaires sur une série de graines de l'Afrique tropicale qui, pour la plupart, étaient déjà connues. Alors que, pour certaines, nous avons donné une documentation assez complète, d’autres ont été indiquées brièvement, car, pour ces dernières, il nous à paru utile de les mentionner surtout afin d'amener à préciser si, oui ou non, elles seraient avantageusement exploitables. Il convient, en effet, de remarquer que les conditions
actuelles diffèrent de ce qu’elles étaient au moment où ces graines ont été pour la première fois étudiées. Les éléments transport et prix de revient ont beaucoup changé, ce qui modifie profondément les possibilités d'utilisation de certaines. Il reste à mettre au point la question de la fabrication éventuelle sur place des huiles, en vue de leur exportation. Il ne semble pas qu'il existe actuellement de matériel simple, pratique, d’un prix relativement peu élevé et pouvant être mis entre les mains des indigènes sans surveillance spéciale. Il y aurait, en outre, alors à se préoccuper de la question récipient pour transport, question qui déjà entrave l’exportation des huiles de palme. Il y a toutefois suffisamment de graines de valeur, suscepübles d’être avantageusement exploitées, pour qu'on puisse envisager un trafic important, rémunérateur pour tous ceux qui, s’y intéresseraient, indigènes, commerçants, industriels, sans parler des administrations coloniales qui pourraient percevoir, sous la forme de taxes de récolte ou de droits de douanes, des recettes destinées à combler, dans une certaine mesure, le déficit de celles qui provenaient de l’exploitation du caoutchouc.
Nous étant occupé principalement, dans cette étude, des possibilités commerciales que peuvent présenter les graines oléagineuses de l'Ouest Africain, nous avons volontairement laissé de côté leur utilisation sur place ; et pourtant 1l y a là aussi quelque chose à faire. En effet, ces graines trouveraient des débouchés appréciables pour la fabrication d’huile pour la consommation locale européenne et indigène, la première n’utilisant pas lhuile de palme, qui, du reste, ne se trouve pas partout. Elles seraient aussi susceptibles d'utilisation pour servir de base à la fabrication de combustible pour les transports, en remplacement soit du bois, soit du pétrole et de l'essence. Le chauffage au bois des bateaux est devenu extrèmement onéreux, et, de ce fait, les transports par eau attelgnent des taux excessifs, prohibitifs même pour certains produits. Il en est de même, du reste, pour l’usage de l'essence pour les automobiles ; ce qui entrave l’utilisation des ca-
mions. Si, dans ce dernier cas, on peut envisager l’utilisation des gazogènes, solution extrèmement pratique et avantageuse, il n’en reste pas moins que l’emploi du charbon n’est pas sans présenter quelques complications, et que, dans certaines résions, peu ou pas boisées, sa fabrication sera une cause de la destruction de la forêt qu'il y a le plus grand intérêt à conserver. L'emploi d'huiles qu'on pourrait se procurer aisément et à bon compte simplifierait certainement partout les questions transport. Il ne faut pas perdre de vue, en outre, que la possibilité de leur transformation en pétrole, dont on peut entrevoir la réalisation, pourrait avoir une répercussion considérable, car ce serait ainsi la question du carburant colonial qui serait solutionnée.
En poursuivant la mise au point des possibilités d’utilisation des graines oléagineuses, les colonies intéressées, tout en faisant l'inventaire de leurs ressources, pourraient avantageusement examiner s’il n’y aurait pas intérêt à multiplier certaines essences. Jusqu'à présent, seul le palmier à huile, parmi les arbres, a retenu l'attention. Il a été largement planté, non seulement en Afrique, mais aussi en Malaisie et dans différents pays ; sa culture a fait l’objet de nombreuses recherches. Il est incontestable que c’est un arbre de grande valeur, qui a le gros avantage de produire deux huiles, celle du péricarpe et celle de Pamande, et il constitue, pour diverses contrées, une ressource de premier ordre ; mais 1l n’existe pas partout en quantité suffisante pour que son exploitation soit avantageuse. Contrairement à ce qu’on a admis pendant longtemps, en bien des endroits, il provient uniquement de cultures indigènes ; dans d’autres, il est rare, voire même absent.
Il convient, en outre, de noter que l'exploitation du palmier à huile n’est avantageuse que là où l’on peut utiliser huile et les palmistes ; et, lorsque ce sont ces dernières seules qui sont exploitables, l'opération devient moins intéressante, surtout si le concassage doit se faire à la main, ce qui a lieu en bien des endroits. En ce cas, la récolte d’autres graines et la culture des arbres qui les produisent seraient certainement avantageuses ;
telles, par exemple, celles des Guttifères, susceptibles de donner des résultats excellents. Il y a donc non seulement la question exportation, qui est à mettre au point, mais aussi celles, non moins importantes, des possibilités d'utilisation sur place et de multiplication d'espèces nouvelles, afin d’intensifier leur production : tout cela dans l'intérêt bien compris des colonies et de la métropole.