PAR
M, VJUMEELLE
Le genre Moringa, créé par Burmann en 1757, a successivement occupé parmi les Dicotylédones Dialypétales des places très diverses.
Linné considérait les Moringa comme des Guilandina; et l’espèce qui devait devenir le Moringa pterygosperma était, pour lui, le Gui‘andina Moringa et était une Légumineuse- Cassiée.
Forskal, en 1775, à propos de l’espèce qui est aujourd’hui le Moringa aptera, adoptait le terme d’Hyperanthera ; et ce Moringa aptera était l’Hyperanthera peregrina. Le Moringa pterygosperma était, d’autre part, l’Hyperanthera Moringa de Vahl, qui nommait F/yperanthera semidecandra le Moringa aptera.
Mais, quel que fût le nom générique, ces Moringa restaient, pour tous les auteurs, notamment de Candolle, Endlicher, Decaisne, Bentham, des Légumineuses : et Aug. Pyrame de Candolle, en 1825, dans son Mémoire sur la Famille des Légumineuses, précisait que le genre Moringa était intermédiaire entre les Geoffrées et les Cassiées, la consistance charnue des cotylédons oléagineux le plaçant même plutôt parmi les Geoffrées que parmi les Cassiées. Vinson, en 1855, dans sa thèse de pharmacie intitulée Essai sur quelques plantes utiles de l'ile Bourbon, plaçait aussi les Moringa parmi les Légumineuses.
En fait, il est bien quelques caractères qui justifient jusqu’à
un certain point ce rapprochement, notamment les feuilles composées, les étamines périgynes, et, à première vue, la forme des fruits. Cependant la préfloraison du calice et de la corolle, les anthères uniloculaires, le pistil à trois carpelles et les ovules anatropes sont, par ailleurs, des caractères très distinctifs.
Pour Lindley et pour Hooker, ce pistil à trois carpelles, ouverts et concrescents en un ovaire uniloculaire, avec trois placentas pariétaux garnis d’ovules anatropes, ferait plutôt penser aux Violacées. Mais le port des Moringa, leurs feuilles composées, les graines sans albumen et, de nouveau, les anthères uniloculaires n’autorisent guère cet autre rapprochement.
Il est certes plus difficile encore, malgré la forme allongée du fruit pendant et les graines exalbuminées. souvent ailées, de considérer le genre, avec Dalzell, comme une Bignoniacée.
Beaucoup plus admissible, incontestablement, est l’opinion de Grisebach et de Baïllon qui ramènent les Moringa aux Capparidacées, chez lesquelles les feuilles sont souvent composées, l’ovaire porté par un gynophore, et où les fruits, à graines sans albumen, peuvent provenir d’un ovaire uniloculaire à placentas pariétaux.
Malheureusement, à côté de ces analogies, il est aussi quelques différences bien nettes. La fleur des Capparidacées est ordinairement tétramère, avec typiquement quatre étamines : celle des Moringa est pentamère, avec typiquement cinq étamines. Dans les Capparidacées, le fruit, lorsqu'il est allongé, est une silique qui dérive d’un ovaire à deux carpelles ; dans les Moringa, le fruit est une capsule loculicide qui provient d’un ovaire à trois carpelles.
En définitive, comme d’autres raisons du même ordre ne permettent pas un rapprochement plus étroit avec les autres familles auxquelles on a encore pensé, telles que les Buettnériacées, les Résédacées, les Polygalacées, etc., le mieux est d'admettre, comme l’avait depuis longtemps proposé Brown, la famille des Moringacées.
LES MORINGA DE MADAGASCAR y!
Reste, il est vrai, la difficulté de trouver la place exacte de cette famille parmi les Dialypétales superovariées. Son androcée en fait une Diplostémonée, à côté des Légumineuses, parmi les Rosales, pendant que son pistil à plusieurs carpelles ouverts est plutôt un pistil de Méristémonée, et, en particulier, de Rhoeale.
Si l’on considère l’ensemble des caractères, il nous semblerait que c’est pourtant avec les Rhoeales, plutôt qu'avec les Rosales, que les Moringacées ont des affinités : et nous les placerons donc parmi &es Rhoeales, au voisinage des Capparidacées, tout en y voyant un genre de transition entre les Méristémonées et les Diplostémones, la famille qui, parmi ces dernières, les avoisine le plus étant, comme on l’a toujours reconnu, celle des Légumineuses.
Les Moringa, qui sont donc le seul genre de la famille des Moringacées, sont des arbres inermes des contrées sèches de l’Asie méridionale, du continent africain et de Madagascar. Ce sont des xérophytes ou des subxérophytes.
Leurs très grandes feuilles sont alternes, deux ou trois fois composées, stipulées, imparipennées, à ramifications et à folioles opposées. Stipules et stipelles sont petites, linéaires. Les folioles, souvent rapidement caduques, sont entières.
Les fleurs, assez grandes, hermaphrodites, légèrement zygomorphes, blanches ou rouges, sont disposées en grandes panicules axillaires.
Les fruits, très allongés, sont obscurément triquètres et contiennent de nombreuses graines plus ou moins arrondies ou un peu oblongues, vaguement trigones, ailées ou non, selon les espèces.
Les tiges contiennent des cellules à gomme ; et l’on sait depuis longtemps que le tronc du Moringa pterygosperma laisse exsuder, lorsqu'on l’incise, une sorte de gomme adragante. M. Jadin, qui a bien étudié, avec M. Boucher, en 1908, la production de cette gomme, signale, outre la présence, dans la tige, d’une lacune médullaire centrale, sans communication
avec l’extérieur, la formation possible, sous l’influence d’un traumatisme, de lacunes libériennes qui présentent, au contraire, des communications externes. D’après Solereder, le nombre des lacunes centrales varierait suivant l’espèce.
On sait aussi que les Moringacées, tout comme quelques autres familles voisines telles que les Crucifères et les Capparidacées — et c’est un nouveau caractère de rapprochement avec ces Capparidacées — possèdent des cellules à myronate de potassium et, des cellules à myrosine, la localisation de ces dernières ayant été décrite en 1900 par M. Jadin. C’est en raison de la présence du glucoside que la racine des Moringa a cette saveur de raifort, qui, dans l’Inde, a fait donner par les Anglais au mouroungue, ou M. pterygosperma, le nom de « Horse radish tree» ; et, en fait, les racines de mouroungue sont consommées comme le raifort. Elles sont même aussi, de longue date, employées comme rubéfiant ; réduites en pâte — qui, sèche, peut, d’après Vinson, se conserver très longtemps — elles servent de révulsif dans tous les cas et sous toutes les formes où on a ordinairement recours à la farine de moutarde.
Rumphius, qui n’a pas été le premier à parler du mouroungue, puisque, dès l’antiquité, Dioscoride et Galien le plaçaient au nombre des agents thérapeutiques les plus précieux, le considère comme un puissant antiscorbutique.
Les jeunes pousses et les feuilles sont parfois consommées comme brèdes, auxquelles on attribue des propriétés stimulantes et fortifiantes. Durin dit que, dans l’Inde, on les mange grillées.
En Malaisie, si l’on en croit Vinson, les feuilles chaudes servaient autrefois en applications pour résoudré certaines tumeurs.
Les fleurs, dont l’odeur suave attire les oiseaux au coucher du soleil, ont été aussi usitées en médecine indigène contre diverses affections.
Les fruits jeunes entrent dans l’alimentation comme légume vert et sont un des éléments du carry.
Enfin — et c’est pour nous, en Europe, le seul intérêt pra-
e tOe sd LD LT ose TE x ES
tique des Woringa — les graines contiennent une huile qui, tout au moins quand il s’agit des Moringa pterygosperma et aptera, seuls étudiés jusqu’içi à ce point de vue, est très fine, de rancissement difficile. Cette huile, qui scmble avoir été ignorée de van Rhaede et de Rumphius, et qui est l’huile de ben, toujours recommandée pour la lubrification en horlogerie, est de saveur douce, alors que les graines contiennent un principe encore indéterminé qui leur communique une saveur assez fortement amère.
Le Moringa pterygosperma Gaertn, de l'Inde, qui est l’espèce la plus anciennement connue et celle à laquelle s’appliquent plus particulièrement tous les renseignements que nous venons de donner, à été introduit dans la plupart des pays chauds de l'Ancien et du Nouveau Monde. C’est le Morunga mas, et peut-être aussi le Morunga femina, de Rumphius. C’est le Moringa domestica Buch. Ham. (1), le Woringa zeylanica Peors., le Moringa edulis Medic. Theod., le Moringa oleifera Lamk.. le Moringa polygona DC., etc.
Le Moringa aptera Gaertn. (l’ancien Balanus Myrepsica, ou Glans unguentarius, d'Egypte) est le M. arabica Pers., l’'Hyperanthera peregrina Forsk., le M. peregrina Fiori. C’est un arbre des parties désertiques de l’Asie Mineure, de l’Arabie, de l'Egypte, du Somaliland, où 1l s’élève jusqu’à 1 000 mètres d'altitude. C’est le bd des Arabes et le mokor des Somalis. L'huile de ses graines est mentionnée par Belon dans la relation de son voyage au Sinaï, où l’arbre ne semble plus exister aujourd’hui.
L'espèce a été jusqu'ici considérée comme bien distincte de toutes les autres du genre par ses graines sans ailes, mais nous allons retrouver le même caractère dans nos deux espèces malgaches.
Les deux Horinga précédents sont presque toujours les seuls cités :il s’en faut cependant de beaucoup qu’ils soient
(4) Fr. HamiLron : Commentary of the Herbarium amboinense. (Wernerian Natural History Society ; 1823, vol. V.) |
les seuls représentants du genre, dont plusieurs autres sont encore actuellement connus.
Déjà en 1823, Haimlton signalait dans l’Inde (loc. cit.), à côté de son M. domestica (qui est le M. pterygosperma) le Moringa silvestris Buck. Ham., dont les fruits ressembleraient à ceux de ce Moringa, mais seraient beaucoup trop amers pour être consommés en carry, même jeunes, et ne pourraient qu'être utilisés en médecine. Il est à remarquer que c’est exactement ce que disait beaucoup plus tard, en 1913, dans la Revue générale de Botanique, Durin, en décrivant son espèce Moringa amara, qui n’est donc très probablement que ce Moringa domestica, Durin semblant avoir ignoré le travail d’Hamilton.
Une autre espèce de l’Inde serait le Moringa concanensis Nimmo, du Rajputana, du Sindh et du Concan, très voisin encore du M. pterygosperma, mais à feuilles plus grandes, à fleurs jaunes rayées de rose, à graines largement trigones, de 12 à 13 millimètres de diamètres, ailées.
Toutes les autres espèces ultérieurement décrites sont africaines. Telles sont :
Le Moringa longituba Engl. (1), à tube calicinal étroit, de 2 à 3 centimètres (section Dysmoringa Engl.), du Somaliland occidental :
Le Moringa Ruspoliana Engl., à tube calicinal hémisphérique (sect. Eumoringa Engl.), à feuilles une fois composées, à grandes fleurs, avec des graines cordiformes, à ailes libres entre elles à la base, également du Somaliland, sur les bords du Ruspoli ;
Le Moringa Borziana Mattei (2), à grandes fleurs, à graines cordées au sommet, aiguës à la base, avec des ailes largement confluentes ;
Le Moringa ovalifolia Dinter et Berger (1914), à tronc de
(1) ENCLER, in Annuario de R. Institute Botanico di Roma ; IX, fasc. 3,902.
(2) Marrei, in Boll, Ort. Bot, Palerme : VII, 1908,
LES MORINGA DE MADAGASCAR il
parfois un mètre de diamètre. avec une écorce gris-argenté, à feuilles deux fois composées, avec des folioles ovales, du Damaraland, dans le Sud-Ouest Africain ; |
Le Moringa Rivae Chiov. (1), que Chiovenda rapproche du M. Ruspoliana par la forme des graines et la disposition des ailes, mais qui est à fleurs plus petites, avec des pédoncules et des pédicelles simplement hispides, au lieu d’être à poils longs et denses, cette espèce étant, comme le #7. Ruspoliana, du Somaliland.
Enfin Engler (oc. cit., 1902) a encore signalé, mais cette fois à Madagascar, et dans le Nord-Ouest, d’après des échantillons récoltés par Hildebrandt à Trabonji en 1880, le Moringa Hildebrandir.
Cette espèce est un des deux Moringa dont nous allons nous occuper ici. Nous en compléterons la description et donnerons à son sujet de nouveaux détails ; nous décrirons ensuite une autre espèce qui est nouvelle, et que nous nommerons Moringa Drouhardi.
Moringa Hildebrandtii Engl.
C'est avec des échantillons botaniques (feuilles, fleurs, fruits et graines) récoltés à Miary, à 15 kilomètres à l’Est de Tuléar, par M. Drouhard, inspecteur des Eaux et Forêts, que nous avons commencé l'étude de cette espèce, dont d’autres spécimens nous ont été ensuite remis par M. Perrier de la Bâthie. Ces derniers ne proviennent plus du Sud-Ouest, mais du Nord-Ouest, c’est-à-dire de la région où ont été recueillies par Hildebrandt les feuilles et les fleurs avec lesquelles Engler a créé l’espèce.
M. Perrier de la Bâthie, à qui nous devons communication de quelques notes prises sur place que nous utiliserons ici, nous dit d’ailleurs que, dans ce Nord-Ouest de Madagascar, le Moringa Hildebrandtii est certainement introduit, car on ne
(1) Criovenpa, in Bull. Soc. Bot. Ttal., 117.
le rencontre qu'aux environs des villages sakalaves. C'était certainement le cas pour l’exemplaire qu’Hildebrandt a vu à Trabonïi, où il a séjourné ; et c’est dans ces mêmes condi-
F1G. 1. — Moringa Hildebrandtii, en fruits, maïs sans feuilles. (Photographie prise à Ankazoabo, le 18 septembre 1929, par M. Drou- HARD).
tions que M. Perrier a lui-même revu l’arbre dans cette loca-
lité, de même qu'il a encore constaté sa présence non loin de là,
à Ambato, ainsi qu'à Anaborano, sur la Mahavavy, à Mahabo
près de Marovoay, à Ambaniforo, près de Madirovalo, puis
encore à Antseza, dans l’Ambongo. A Mahabo, de magnifiques
exemplaires entourent le doany (sépulture royale) des rois de Mahabo.
Le Moringa Hildebrandtit est un grand arbre de 20 à 25 mètres de hauteur, qui a un peu le port de l’Adansontia Za, mais avec des rameaux plus nombreux et plus développés ; son tronc est à écorce lisse et blanchâtre (fig. 1 et 2).
Les feuilles peuvent être très grandes et mesurer 60 centimètres et plus en tous sens : elles sont à contour ovale-triangulaire et sont deux fois composées. Dans celles que nous avons vues (les unes provenant d'arbres adultes de Madagascar et les autres appartenant à des individus obtenus en serre, et sur lesquels elles ont déjà, pour des pieds de quatre mois, 40 centimètres de longueur sur 28 centimètres de largeur), les folioles sont directement inisérées sur le pétiole principal dans la partie supérieure de ce.pétiole ; plus bas, les folioles sont insérées sur les pétinles secondaires ; dans la région inférieure, ces pétioles secondaires portent au sommet directement les folioles et, vers la base, des pétioles tertiaires qui n’ont jamais plus de trois folioles. Pétioles secondaires et pétioles tertiaires, sur les axes qui les portent, sont opposés et presque perpendiculaires ; les folioles, sur tous ces pétioles de divers ordres, sont également opposées.
Dans les feuilles d’arbres adultes, les folioles, brièvement pétiolulées (5 à 7 mm.), sont coriaces, à nervure médiane seule bien saillante inférieurement, à nervures secondaires beaucoup moins visibles. Elles sont ovales, à sommet acuminé, ordinairement larges, surtout dans la moitié inférieure, très souvent bien arrondies à la base, plus rarement un peu atténuées, peu inéquilatérales pour la plupart. Elles ont de 4 em. 5 à 7 centimètres de longueur, sur 2 cm. 2 à 3 cm. 5 de largeur.
Nous n’avons vu que des fleurs détachées, mais M. Perrier de la Bâthie nous dit des inflorescences qu’elles ont de 20 à 25 em., et même probablement parfois beaucoup plus, de longueur. L’axe principal est en zigzags, et les ramifications, au nombre de six à huit, sont alternes, distantes entre elles 2 à 4 cm. Ces premières ramifications portent elles-mêmes
14 H. JUMELLÉ
trois à cinq rameaux plus courts, garnis chacun de trois à cinq fleurs à pédicelles longs et grêles (5 à 8 mm.). Ces fleurs sont à 5 sépales blanchâtres et à base verte, de
F1G. 2. — Moringa Hildebrandtii en feuilles. (Photographie DROUHARD.)
5 mm. environ de longueur, oblongs et à sommet triangulaire obtus, brièvement ciliés ; les pétales, linéaires, ciliés, plus longs que les sépales, sont courbés en dehors et velus sur la face interne. Il y a 5 staminodes oppositisépales et 5 étamines alternes ; les staminodes, plus courts que les étamines, sont à
filets grêles entièrement velus, terminés par une minuscule anthère ; les étamines, de même longueur, ou un peu plus longues que les pétales, sont à filets velus dans leur moitié inférieure. Le disque est à 5 lobes. Le gynophore est relativement court et porte un ovaire brièvement velu, un peu conique, surmonté d’un long style très velu, surtout dans les deux tiers supérieurs.
Les fruits, qu’Engler n’a pas vus, non plus que les graines, sont de grandes capsules à trois valves, presque cylindriques et très vaguement trigones, rétrécies entre les graines, de 60 à 65 em. de longueur.
Les graines, à tégument spongieux brun, sont ovoides, très nettement à trois angles, sans ailes, de 3 cm. à 3 em. 5 sur 2 em. environ, parfois un peu plus arrondies. Sèches, mais n’ayant pas encore perdu leur faculté germinative, elles pèsent approximativement 2 gr. 70 à 3 gr. Les amandes, comme il a été dit dans un travail antérieur (1), contiennent 48,7 p. 100 de substance grasse.
Des plantules de quatre mois, obtenues en serre, ont déjà 80 em. à 1 m. de hauteur, avec des feuilles ayant les dimensions indiquées plus haut. La partie inférieure tubérisée de la tige a la saveur du raifort, comme d’ailleurs toute la tige et la racine (2).
Moringa Drouhardi nov. sp.
Les premiers échantillons de cette autre espèce par nous examinés nous ont été encore adressés par M. Drouhard, qui les a recueillis également dans la région de Tuléar, mais au Sud, à Saint-Augustin. Les spécimens que nous a ultérieure-
(4) MarcarLLan : Nouvelles recherches sur quelques graines oléagineuses des Pays chauds. (Annales du Musée colonial de Marseille ; 1929, 3e fasc.)
(2) Nous n’insistons pas davantage ici sur les graines et les germinations de ces Moringa, car une étude spéciale, biologique et morphologique, sera ultérieurement publiée sur ce sujet.
16 Hi. JUMELLE
ment remis M. Perrier de la Bâthie proviennent des dunes de Tuléar : l’espèce, dans ce Sud-Ouest, est nettement spontanée sur le calcaire éocène.
F1G. 3. — Moringa Drouhardi. (Photographie prise par M. DROUHARD, à Saint-Augustin, en décembre 1929.)
L'arbre a le même port que le précédent, et, par conséquent, celui encore d’un baobab, mais il est de hauteur moindre que que le 7. Hildebrandtu, avec, par contre, un tronc plus trapu (fig. 3 et 4); et des rameaux plus courts. Ses inflorescences
sont dressées, au lieu d’être pendantes.
Les feuilles, très rapidement caduques, sont à folioles beaucoup plus petites et plus minces que dans l’autre espèce, très fragiles et se détachant facilement. La fragilité est telle qu’il est bien difficile de conserver en herbier des feuilles complètes, qui ne sont ordinairement représentées que par des folioles isolées. On sait d’ailleurs que la caducité rapide et facile des feuilles est un caractère fréquent des Moringa ; les auteurs qui ont vu sur place, notamment, le Moringa aptera d'Arabie et d'Egypte, le décrivent presque toujours comme un arbre sans feuilles.
Les feuilles du Moringa Drouhardi, plus petites que celles du M. Hildebrandtii, ont souvent 20 à 30 cm. de longueur et de largeur, tout en pouvant aussi être plus grandes. M. Perrier de la Bâthie les dit tripennées. Celles que nous avons vues entières sur nos germinations n'étaient que deux fois composées, comme sur les plantules du NM. Hildebrandtii ; mais elles étaient, à âge égal, de bien plus faibles dimensions que ces dernières, car elles n'avaient que 20 cm. de longueur sur 14 cm. de largeur.
Ramifications et folioles sont encore opposées et plus ou moins à angle droit. Les folioles sont ovales allongées, très minces, aiguës au sommet, en Coin, ou, beaucoup plus rarement, un peu arrondies, à la base, de 3 em., environ de longueur sur 10 à 13 mm., ou moins, de largeur. Beaucoup même ne dépassent guère 14 mm. sur 4 ou 5 mm.
Les 5 sépales, brièvement soudés à la base, sont plus étroits et plus allongés que dans l’espèce précédente ; ils sont concaves, à sommet obtus recourbé en petit crochet en dedans, ciliés ; ils ont 6 à 7 mm. de longueur sur 1 mm. 8 de largeur. Les pétales, qui les dépassent plus longuement que précédemment, ont environ 10 mm.:; ils sont en gouttière allongée, dont la moitié supérieure est rejetée en dehors, le sommet étant recourbé, avec quelques poils sur la face interne. Les bords sont parsemés de cils, qui sont surtout abondants vers le haut.
Le disque, un peu velu, est plus saillant que celui du Horinga Hildebrandtir.
Les 5 étamines fertiles, un peu plus courtes (8 à 9 mm.) que les pétales, sont à anthères elliptiques, et leurs filets sont fortement velus dans leur moitié inférieure.
F1G. 4. — Moringa Drouhardi, en peuplement provenant de semis. (Photographie DROUHARD.)
Les 5 staminodes, filiformes, à anthères à peine indiquées, n’égalent (4 mm.) que la moitié à peu près des filets staminaux. et sont velus sur toute leur longueur.
Comparé à celui de l’äutre espèce malgache, le pistil se distingue nettement par un gynophore relativement plus long
(2 mm. environ) et, au contraire, un style relativement plus court (3 à 4 mm.). L’ovaire, en outre, est plus nettement ovoide (1 mm. 5 à peu près). Enfin le style, toujours très velu dans le M. Hildebrandtii, est glabre dans toutes les fleurs de M. Drouhardi que nous avons examinées. L’ovaire est ou glabre ou un peu velu.
Les fruits que nous avons vus ont 30 à 50 cm. de longueur. Les graines nous sont parvenues très fraîches, et encore en état de germer.
Elles sont à tégument blanc, et non plus brun, plus. épais que dans l’autre espèce. Elles sont encore trigones, mais moins allongées, plus arrondies, de 2 à 3 cm., mais, plus souvent, de 2 em. à 2 em. 5 de longueur, sur 1 em. 8 à 2 cm. de largeur. Leur poids approximatif est de 4 gr. Les amandes, comme il a été dit ailleurs (loc. cit.), contiennent 44 p. 100 de substance grasse.
Les plantules de quatre mois obtenues en serre ont à peu près la même hauteur que celles du A7. Fildebrandtit, niais nous savons déjà que leurs feuilles sont de moindres dimensions. L’axe hypocotyle est plus court et plus renflé. La tige épicotylée est rougeâtre et les pétiolules sont verts, tandis que, inversement, c’est la tige qui est verte et les pétiolules qui sont rouges dans le M. Hildebrandtii. Racine et tige ont toujours la même saveur de raifort.
L'espèce est encore appelée maroserano ou moringy dans le Sud-Ouest.
En définitive, les deux espèces malgaches étudiées ie1 sont bien distinctes à de nombreux points de vue.
Le Moringa Drouhardi est à tronc plus bas et plus fort, à feuilles plus petites, avec des folioles également moins grandes et beaucoup plus minces et plus délicates, que le M. Hildebrandtii. Les sépales sont plus étroits, les pétales sont plus longs, par rapport à ces sépales, et plus velus dans notre espèce nouvelle ; l'ovaire y est plus nettement ovoide et plus allongé que dans l’espèce d’Engler, le gynophore est plus long,
le style, au contraire, plus court, puis ce style est glabre, au lieu d’être fortement velu, dans sa partie supérieure. Les graines enfin sont blanches, au lieu d’être noires, moins allongées, plus lourdes et à tégument plus épais.
Ces comparaisons faites, il est une question qui pourrait être posée, mais sans qu'il soit, au surplus, absolument nécessaire d’y répondre.
Quel est, de ces deux Moringa, celui qui devrait être rapporté au Meringa robusta mentionné jadis par Bojer?
Il est bien difficile, sinon impossible, de le dire avec certitude, puisque l’espèce du botaniste de Maurice est et restera nominale, le type n’existant plus, et que, d’autre part, il y a, dans le Sud-Ouest malgache, deux espèces.
D’après les photographies que nous publions, ce serait, semble-t-il, au Moringa Drouhardi que, par comparaison eutre les deux espèces, le terme de rohusta conviendrait le mieux — et il se pourrait bien que ce fût là réellement la synonymie exacte — mais si l’on remarque que Bojer n’a connu qu’une espèce, puisqu'il n’en cite qu’une, ce peut tout aussi bien, à la rigueur, être le M. Hildebrandtii de Miary.
Dans ces conditions, et puisque, au surplus, il s’agit d’une espèce nominale, le terme spécifique de Moringa robusta est, à notre avis, complètement à abandonner.
ORLÉANS. IMP. HENRI TESSIER. — 4-1930
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LES HUILES VÉGÉTALES Origines ; procédés de préparation ; caractères et usag par Henri JUMELLE,
Professeur à la Faeulté des Sciences
1 volume de 490 pages
ORLÉAXNS, IMP. H. TFSSIER
ANNALES
FonwpéEes EN 1893 par EpouArD HECKEL
DIRIGÉES PAR
M. Henrs JUMELLE
Trente-huitième année. 4° série, 8° volume (1930).