GARDEN
par le D' F. VAN GAVER
Assistant de Zoologie à la l'aculté des Sciences de Marseille.
Les Ophidiens que j’étudie dans cette note m'ont été confiés par M. le Professeur H. Jumelle, Directeur du Musée colonial de Marseille. Tous ces serpents proviennent de la Guinée française, où ils ont été capturés par M. Lowitz, colon à Baro.
J'ai suivi pour la classification les données de Boulenger qui sont admises actuellement par la plupart des herpétologistes. J’ai donné la description de chaque type et j'ai rappelé aussi pour chacun d’eux ce que l’on sait de son habitat, de ses mœurs et de l’action de son venin ; aussi bien est-ce cette question du venin qui, du point de vue pratique, présente, en ce qui concerne les serpents, le plus grand intérêt ; malheureusement il faut bien reconnaitre que les renseignements précis manquent pour beaucoup d’entre eux et souvent tel serpent sera très redouté des indigènes à cause de son caractère irritable, ou parce qu’il fréquente le voisinage des habitations, alors que sa morsure n’est peut-être pas très dangereuse.
Je ne diseuterai pas ici le sens qu’il convient de donner au terme «serpent venimeux » ; tous les auteurs ne l’entendent pas de la même façon. Pour M. Phisalix, «sont venimeux tous les serpents qui possèdent une glande buccale à sécrétion toxique... quelle que soit la dentition »; mais encore faut-il bien reconnaitre que la disposition de leurs crochets,
rendra les serpents plus ou moins redoutables, suivant qu’elle leur permettra d’inoculer plus ou mdins facilement leur venin dans la plaie ; la dilatabilité de la bouche est encore un facteur important. Si les crochets sont situés très profondément
dans la bouche, ils pourront bien atteindre les proies déjà.
engagées dans le fond de la cavité buccale, mais ils pénétreront difficilement dans la peau de l’homme pendant la morsure ; c’est le cas des Colubridés Aglyphes surtout, et aussi des Opisthoglyphes. En revanche les Colubridés Protéroglyphes et les Vipéridés renferment les espèces les plus redoutables pour l’homme.
Les serpents venimeux sont répandus dans le monde entier, : mais ils sont particulièrement abondants dans les régions tro- « picales et intertropicales. Très nombreux en Afrique, ils y font «
cependant moins de victimes qu’en Asie, et cela tient sans doute à la faible densité de la population africaine.
Les Colubridés Protéroglyphes d'Afrique sont représentés
par des espèces de la tribu des Ælapinae ; quant aux Vipéridés, toutes les espèces appartiennent à la tribu des Viperinae. Parmi les individus que j’ai examinés, un seul appartient
aux Vipéridés ; tous les autres sont des Colubridés : en voici M
la liste.
A. — FAMILLE DES COLUBRIDAE
19 Sous-Famille des Aglypha :
a) Tribu. Lycodontinae :
Boodon lineatus Dum. et Bibr.
b) Tribu. Dendrophinae :
Chlorophis trregularis Leach.
20 Sous-Famille des Opisthoglypha :
a) Tribu. Dipsadomorphinae :
Leptodira hotamboeia Laurenti.
b) Tribu. Dryadinae :
Dispholidus typus Smith.
3° Sous-Famille des Proteroglypha :
a) Tribu. Elapinae :
Elapechis Guentheri Bocage, Naïa nigricollis Reinh.
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B. — FAMILLE DES VIPERIDAE
Tribu. Viperinae :
Causus rhombeatus Lichtenst.
Je remercie très sincèrement M. Angel qui a bien voulu contrôler mes déterminations.
Boodon lineatus Dum. et Bibr.
Le Boodon lineatus appartient à la famille des Colubridae et à la sous-famille des Aglypha ; celle-ci est caractérisée par des dents pleines, sans sillon ni canal.
La tribu des Lycodontinae dont fait partie le B. lineatus présente des dents maxillaires inégales sur les deux mâchoires, les antérieures étant les plus grandes.
Duméril et Bibron ont créé le genre Boodon; dans les «Nouvelles suites à Buffon », ils l’écrivent Boedon (à dents de Boa); mais Chabanaud fait remarquer «qu’il lui parait impossible de conserver aucune des deux formes usitées jusqu'ici (Boodon, Boaedon), pour l'orthographe de ce nom, car Boaedon n’a aucun sens étymologique, et Boedon ne signifie pas « à dents de Boa », comme l’ont voulu Duméril et Bibron mais «à dents de bœuf ». Il propose donc l’appellation Boadon, assurément plus logique ; néanmoins c’est la dénomination « Boodon » qui prévaut.
Les Boodon sont dépourvus de parotide, mais leurs glandes labiales forment un cordon continu enchâssé dans la lèvre supérieure, et de petits orifices laissent sourdre un liquide incolore et muqueux:; quatre à cinq dents antérieures du maxillaire et de la mandibule sont sensiblement égales entre elles et régulièrement espacées. Elles sont plus grandes que les suivantes et en sont séparées par un vide.
Le spécimen de Boodon lineatus Dum. et Bibr. que j'ai étu-
dié est de taille réduite. La longueur totale est de 0 m. 42 ; celle de la queue 0 m. 06, celle de la tête O0 m. 018.
La plus grande longueur indiquée par Boulenger est de 0 m. 87 dont 0 m. 11 pour la queue ; mais Chabanaud cite un sujet du Muséum qui avait 1 m. 22 dont 0 m. 14 pour la queue.
Les narines sont ouvertes entre les deux plaques nasales ; la pupille est verticale et elliptique ; la frénale est présente ; en avant de l’œil, il y a deux préoculaires (on n’en signale souvent qu’une, mais qui peut être plus ou moins divisée) ; en arrière de l’œil deux post-oculaires ; ce sont la quatrième et la cinquième sus-labiales qui bordent l’œ1l inférieurement.
Ées flancs sont assez arrondis, les écailles dorsales sont oblongues et vont en augmentant de la ligne médiane vers les flancs : il y a trente rangées longitudinales. Les sous-caudales (urostèges) sont divisées.
La coloration générale est grisätre tendant vers le brun ; les plaques ventrales sont d’un blanc jaunâtre.
De chaque côté de la tête, on voit deux lignes jaunes : l’une, qui passe au-dessous de l’œil, part du devant de la narine et s'étend jusqu’à l’angle de la bouche ; l’autre côtoie le soureil ; elle naît à la base de la rostrale et aboutit à la partie la plus reculée de la tempe.
On signale la présence fréquente de deux raies blanches sur toute l’étendue du tronc ; jei elles ne sont pas visibles, sauf en certains points.
Habitat. — Boodon lineatus habite l’Afrique occidentale ; la mission du Dr Millet Hoursin en a capturé dans la région caillouteuse de Bélédougou. Duméril lui donne comme patrie la Côte d’Or.
Régime. — Cet Ophidien se nourrit principalement de petits mammifères et aussi de petits batraciens.
Mœurs. — Les Boodon lineatus sont de mœurs plutôt tranquilles, et en captivité ils sont tout à fait doux. Chabanaud a
SEULE. pe
eu l’occasion de suivre de près un 2. lineatus qui a vécu dix ans à la ménagerie du Muséum ; il était d’une douceur remarquable.
Chlorophis irregularis Leach.
Le Chlorophis trregularis est encore un type de Colubridé Aglyphe ; il appartient à la tribu des Dendrophinae, comprenant des serpents qui vivent souvent sur les arbres et qui sont caractérisés par un corps long, mince et grêle, une tête allongée portant un museau arrondi au bout, et faisant suite à un cou aminci et bien distinct.
Le genre Chlorophis Hallow fournit l’espèce étudiée, que l’on rencontre dans toute l'Afrique tropicale et méridionale, en Guinée française, au Congo français (Chabanaud).
Description. — Le sujet que j'ai examiné a O0 m. 77 de longueur totale, dont 0 m. 20 pour la queue ; la largeur de la tête est de O0 m. 009. La rostrale bien développée touche les internasales seulement sur la ligne médiane ; la frénale est présente et très allongée ; les labiales supérieures sont au nombre de neuf. L’œil, relativement gros, a une pupille arrondie ; il est entouré par six plaques : une préoculaire, allongée verticalement ; deux postoculaires ; une suroculaire, -et les cinquième et sixième labiales limitant le bord inférieur. Les labiales supérieures sont au nombre de neuf.
Le long du corps, les plaques ventrales sont très nettement carénées à l’endroit où elles remontent sur les flancs. Il y a deux plaques anales et des urostèges doubles.
Le C. trregularis a une parotide et des dents maxillaires inégales, placées en série continue, les postérieures étant les plus grandes.
Coloration. — La teinte générale du corps est d’un beau A & .
vert, avec des reflets bleuâtres sur le dos, tandis que la face ventrale est jaune clair.
Mœurs. — Les Chlorophis, qui, comme tous les Dendrophinae, vivent volontiers sur les arbres, se nourrissent de petits oiseaux, dont ils dénichent aussi les œufs pour en faire leur nourriture,
Leptodira hotamboeia Laurenti
Le genre Leptodira Günther se range dans la tribu des Dipsadomorphinae.
J’ai étudié deux exemplaire de l’espèce L. hotamboeia Laurenti1.
Description. — La tête est courte, bien distincte du corps ; l'œil a des dimensions moyennes avec une pupille elliptique à grand axe vertical. La plaque rostrale est presque semi-circulaire ; elle est à peine visible en dessus ; les internasales sont plus petites que les préfrontales ; la frontale est une fois et demie aussi longue que large, plus longue que la distance qui la sépare du bout du museau ; la loréale, présente, est quadrangulaire ; elle s'appuie sur la préoculaire inférieure, qui est plus allongée que la supérieure ; deux -postoculaires ; huit labiales supérieures ; cent quarante-cinq ventrales ; écailles dorsales sur dix-neuf rangs ; l’anale est simple, les urostèges doubles jusqu’à l’extrémité de la queue.
Coloration. — La face dorsale est gris brunâtre dans son ensemble, avec une bande noire dans la région de la tempe ; je n’ai pas trouvé les taches blanchâtres signalées comme fréquentes, et la lèvre supérieure n’est pas teintée de rouge. La face ventrale est d’un blanc jaunâtre.
Habitat. — Boulenger écrit (Annales du Musée du Congo : Zoologie, S. I1., Matériaux pour la faune du Congo, Fasc. I, p. 10) qu’on ne connaissait jusqu'alors (1901) en Afrique que deux espèces du genre Leptodira : L. hotamboeia Laurent, et L. Werneri Blgr.; il décrit, à cette époque, une troisième
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