‹ Annales du Muse colonial de Marseille (volume 3)Chapitre 243 sur 285 · DE BIRMINGHAM · texte numérisé non relu

DE BIRMINGHAM

Mon but, en écrivant cet ouvrage, a été de réunir tous les renseignements que nous possédons actuellement sur les bois de la Guyane française, de les comparer, d’éclaireir la synonymie tant scientifique que populaire, enfin de fournir des descriptions complémentaires de toutes les espèces représentées soit au Musée Colonial de Marseille, soit dans les autres collections que je citerai plus loin et que j'ai pu étudier.

J'ai voulu, en même temps, attirer de nouveau l’attenüon du public sur les richesses trop négligées des forêts de la Guyane.

Ce délaissement était déjà déploré, il y a un siècle, par Dumonteil, par de Malonet et par beaucoup d’autres ; il est plus grand encore depuis que le fer a remplacé le bois dans les constructions navales. On ne peut que rarement trouver dans un magasin de Paris un article fait avec un bois de la Guyane. Et cependant, il est des essences qui peuvent servir aux usages les plus divers.

Les auteurs que je viens de citér faisaient allusion aux préjugés qu'il y avait contre ces bois ; je n'ai jamais rien pu relever de tel dans la littérature. Peut-être ces préventions étaient-elles propres au monde maritime. Aujourd'hui, en tout cas, si ces bois ne sont pas employés, c'est plutôt parce que l'industrie ignore la plupart de ces espèces et ne connaît

que les très beaux bois de couleur employés par l'ébénisterie et la marqueterie. On se figure que tous sont lourds, durs, difficiles à travailler, et surtout de prix élevés, alors que, au contraire, il en est qui ne reviendraient pas plus cher que les bois des États-Unis, qui nous arrivent en si grandes quantités en Europe, malgré le coùt de la main-d'œuvre. Et le fret est à peu près le même:

Si le Bois blanc du Nord peut être envoyé avec bénéfices au Cap de Bonne-Espérance, si le Pitch-pin, le Noyer noir, le Hickory, le Frêne d'Amérique, le Tulipier, les Chênes blanes et rouges peuvent être reçus à bon marché de l'Amérique du Nord, pourquoi des bois semblables ne pourraient-ils pas provenir de l’Amérique du Sud ? Le Japon même expédie du Chêne en Angleterre.

Cette absence de tout commerce des bois guyanais peut évidemment s'expliquer.

En premier lieu, les exploitants ont été découragés par les déboires subis. Beaucoup de cargaisons ont été envoyées avec pertes. Or une espèce qui a été une première fois mal reçue n'est plus expédiée et est perdue pour le marché.

En second lieu, les moyens employés pour faire connaître ces bois n'ont jamais été ceux qui conviennent. Les échantillons qui figurent aux Expositions ne sont pas présentés de manière à attirer l'attention des acheteurs. Ce sont trop souvent de mauvaises büches, préparées par des gens qui ne sont pas du métier, qui ne connaissent pas les besoins du marché ; et ce sont principalement des bois à meubles, dont la vente est, somme toute, limitée.

L'énorme emploi de bois fait pendant la guerre rend cependant l'heure propice pour un essai d'utilisation des richesses forestières coloniales ; et 1l faut espérer qu’on va s’efforcer de tirer parti des essences d'un emploi général, convenant, par exemple, pour traverses de chemin de fer, pavage, construction, crosses de fusils, canonnerie, architecture navale, pilotis, merrains, rayons de roues d'automobiles, etc. On doit rechercher aussi les bois qui peuvent remplacer le Frêne, toujours cher, et le Bois de lance.

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Ce n'est, certes, la faute ni des explorateurs, ni des auteurs, si tous ces bois sont délaissés.

Beit, dès 1564, écrivait à ce sujet ; et plus tard encore ont paru de nombreux ouvrages. Barrère en 1749, Préfontaine, en 1752, décrivaient de nombreuses espèces.

En 1774, Michel Dumazet présentait un rapport sur des échantillons de la Guyane.

J. Bagot (1777), un explorateur dont de Malonet a fait grand éloge,; accomplissait un voyage dans le but précis de découvrir des bois propres à la construction ; et de Malonet lui-même engagea vivement le Gouvernement à accepter les offres avanlageuses qu'il avait obtenues des exploitants.

En 1785, Guisan écrivait un mémoire sur l'exploitation des lorêts et décrivait diverses essences ; en 1788, Lescallier signalait leur abondance.

Ce ne fut pourtant qu'en 1823 que fut publié un travail vraiment scientifique, et qu'on ne saurait trop louer, celui de Dumonteil, qui est un modèle de précision, témoignant d'une grande connaissance non seulement des bois, mais encore de leurs usages. Malheureusement l'ouvrage est rare, et, de tous les auteurs qui l'ont cité, Sagot est le seul qui semble lavoir connu, ou, en tout cas, apprécié à sa valeur. Et comme Dumonteil, naturellement, n'employait que les noms indigènes, l'identification est souvent difficile. Mais l’auteur défendait vivement les bois de la Guyane. Il sut démontrer que, sur les 119 sortes qu'il trouva pendant ses deux ans de voyages, 1l y a toute la gamme, depuis les bois aussi lourds, élastiques et forts que l'Ebène, jusqu'à ceux qui flottent comme le hège. Ce ne sont pas d'ailleurs ces extrêmes qui sont rares, mais ce qui est intéressant c'est le fait de toute cette série d'intermédiaires.

En 1826, une Commission de Brest essayait certains de ces bois de Dumonteil et en établissait la valeur en les employant dans la construction des navires, Ces essais, ainsi que d’autres sur la force et l'élasticité, ont été bien menés, avec, pour terme de comparaison, Chêne — 1. Malheureusement la base d'appréciation ne fut pas celle de Dumonteil; ce qui rend

impossible toute comparaison entre les deux séries de chiffres.

En 1827, Noyer décrivit les forêts ; puis surtout en 1867 Sagot nous donna pour la première fois un ouvrage où se trouvent réunies des connaissances techniques, appliquées sur place, et des connaissances scientifiques. Aublet, qui s’intéressa pourtant aussi au côté industriel de la question, ne peut, comme compétence, être comparé à Sagot.

Depuis lors, aucune étude de quelque valeur ne peut être citée. Les botanistes qui publient surle sujet décrivent plus ou moins bien les écorces, mais ignorent les bois. Les praticiens donnent, d'autre part, des renseignements pratiques, mais accompagnés de descriptions trop vagues pour qu'une identifleation spécifique sûre soit possible. Enfin, certains vulgarisateurs, ne connaissant ni la botanique ni les bois, copient les uns sur les autres en mélangeant les synonymes systématiques et les termes vulgaires. Qu'on veuille bien jeter un coup d'œil sur les chapitres consacrés plus loin au Bois de Licari, ou Bois de rose de Cayenne (n° 6200) et à l’Ebène verte (n° 5474), tous deux d'une importance industrielle considérable, et on verra quelles difficultés sont accumulées au sujet de l'identité de bois qu'un büûcheron reconnaïtrait au premier coup d'œil.

Cette confusion me parait encore une des causes qui ont fait négliger ces bois. On ne sait jamais ce qu'on va acheter sous un nom quelconque. Un exemple suffira. Un auteur que Je ne veux pas nommer, et qui, d’ailleurs, a fait en d’autres circonstances du bon travail, n’a pas seulement confondu deux synonymes systématiques — erreur facile — mais, de deux bois désignés sous un même nom indigène, a fait un seul bois composé des caracteres de trois espèces différentes. Etil na pès été le seul à décrire ainsi des « bois composés » ; d’autres auteurs, en adoptant les chiffres de Dumonteil sans rechercher s'ils se rapportaient vraiment aux bois qu'ils étudiaient, en ont fait également. Nous avons des bois « légers » à 800 kilos le mètre cube.

La détermination systématique d'un arbre présente d'énormes

difficultés, car il faut des fleurs, des feuilles et des fruits. Les espèces de la Guyane sont clairsemées et ne constituent pas des peuplements exclusifs, et les arbres sont souvent si serrés qu'il faut en abattre un avant de pouvoir voir même les feuilles ; mais, les saisons de floraison et de fructification n'étant pas toujours connues, il faut savoir reconnaitre l'arbre sur pied, par son écorce et par son port, ce qui n'est possible que pour un bücheron expérimenté. Comme les noms indigènes ont souvent une application générique, naturellement le bücheron fait erreur.

C'est cependant un travail qui devrait être entrepris. Les collections faites par les botanistes ne manquent pas de précision, mais un explorateur n'a pas le {temps d’abattre de grands arbres et se contente des petits, dont le bois ne peut guère être comparé avec les bois commerciaux de bonne qualité de la même espèce. Pour réunir une collection de bois bien déterminés, de valeur industrielle, 1l faut la collaboration d'un forestier qui connaît ces bois sur pied, ainsi que leur période de floraison, et d’un commerçant local. Le premier choisiraït les arbres et de bons échantillons de fleurs, fruits et feuilles, le second s’assurerait que le bois convient pour l'exportation. Enfin, les échantillons de toutes sortes peuvent être envoyés en France en vue d’une détermination. Tout échantillon serait alors numéroté, avec des timbres en acier, sur le bout du tronc (section transversale), car tout autre mode de marquage est incertain.

De telles conditions sont évidemment de réalisation difficile , aussi je propose qu'on se borne à un petit nombre d'espèces choisies parmi les plus abondantes, les meilleures connues, localement appréciées et d’une utilité générale. On ne prendra pas, par exemple, les bois à meubles. Les arbres choisis devraient être débités en madriers de 6 em. d'épaisseur environ, qui, après avoir été mis à sécher dans des magasins, seraient expédiés en France.

Une fois arrivés, on les débiterait en morceaux convenables, destinés à tous les Musées, avec, pour chacun, une fiche donnant tous les renseignements nécessaires.

Un tel procédé coûterait moins cher qu'une collection de cinquantemauvaises bûches vermoulues, fendues, malrécoltées, telles qu'on en voit à toutes les Expositions, où elles ne sont qu'une mauvaise réclame pour les essences qu'elles représentent. AS

Je recommande l'Angélique (n° 1927) pour remplacer le Chêne. Il a à peu près la même densité, est deux fois plus fort, el plus élastique ; en conséquence, les trois quarts de la quantité suffiraient pour une même besogne.

Le Wapa huileur (n° 1948) convient pour les traverses, pour le pavage, pour les constructions grossières exposées aux intempéries.

L'Ehène verte (n° 5474) est une fois et demie (2,53 à 1) plus forte que le chêne, et d'une force et d’une élasticité hors pair pour rayons de roues d'automobiles, baguette de fusil, etc:

Le Genipa (n° 3183 A) est très bon pour crosses de fusils.

Sont encore intéressants les bois suivants, cités par Dumonteil, s'il est possible de les reconnaitre d'après leurs noms indigènes :

Le Bois crapaud (pt. Il), tres élastique et fort, mais lourd :

Le Saint-Martin rouge (n° 1851 J), capable de rendre les mêmes services que le Chêne, avec une économie de 40 p. 100 des dimensions et de 30 p.100 de poids, bon aussi —- si c'est le même que le bois des collections de Marseille (Guyane, n° 101} — pour les crosses de fusils, ainsi que le Chêne vert (voir pt. IT);

Le Saint-Martin blanc (n° 1851 K.), inférieur au précédent, bon néanmoins :

Le Saouari rouge (n° 664).

Je ne parle pas des bois mous, pouvant remplacer les Pins et les Sapins, car il paraît peu probable qu'ils soient actuellement exportables, en raison de leurs prix inférieurs.

Dans ce volume, on trouvera énumérées toutes les espèces d'arbres (non d’arbrisseaux) citées par Aublet, Sagot, Barrère,

Préfontaine, Dumonteil, la Commission de Brest, de Lanessan, Brousseaux, Bassières, Bell et Martin-Lavigne, qui se sont occupés des bois de la Guyane ; on trouvera aussi toutes les espèces mentionnées dans les ouvrages qui traitent des bois en général, comme ceux de Roubo, Varenne-Fenille, Guibourt, Laslett, Wiesner, Noerdlinger et Grisard.

Les descriptions de la plupart des auteurs laissent à désirer ; il faut souvent deviner ce qu'ils veulent dire. Le premier qui pour cette étude eut recours à la loupe fut Varenne-Fenille en 1807 ; aussi ses descriptions sent-elles très exactes. Guibourt plus tard adopta la même méthode ; puis, à une époque plus récente, ce sont surtout les pharmaciens qui, comme Planchon et Collin, G. Planchon et Boquillon, ont fait plus encore en se servant du microscope. Il nous ont alors donné une nomenclature méthodique et des descriptions minutieuses.

Pour les bois de la Guyane, Martin-Lavigne est le seul auteur qui se soit servi de cette méthode ; malheureusement il n'eut à sa disposition qu'une pauvre collection, et il ne fut pas plus heureux que ses prédécesseurs dans la détermination des espèces.

Les collections que j'ai eues à ma disposition sont les suivantes, auxquelles j'ajoute le mot « déterminé », lorsque les échantillons sont accompagnés d’un matériel d'herbier, ou étiquetés par des personnes compétentes. Il est regrettable

que ; les échantillons de bois des Musées soient si souvent

dépourvus d'une histoire documentaire.

1° Musée Colonial de Marseille : a) Collection Jeanneney ; 25 échantillons.

b) Collection envoyée à l'Exposition de Marseille de 1906 : 45 échantillons, c) Provenances diverses ; 97 échantillons.

d) Collection du Jardin Botanique, appartenant au Musée Colonial de Marseille ; 12 échantillons.

2° Collection J. Laslett ; 4 échantillons, 3° Collection Berkhout; 8 échantillons.

4° Collection de l'Institut Impérial de Londres; 22 échantillons,

5° Collection Bell ; 97 échantillons dont 32 déterminés.

6° Collection du Révérend J. Aiken ; 9 échantillons.

1° Collection du Parc de la Tête-d'Or, à Lyon ; 14 échantillons, dont 4 déterminés.

8° Collection Noerdlinger (coupes déterminées) ; 4 échantillons.

La synonymie adoptée est celle de l’?ndex Kewensis : mais je ne cite que les synonymes qui se trouvent dans la littérature spéciale des bois.

L'ordre de classification adopté est celui de Durand ; et, afin que les très nombreuses références données puissent rester bonnes pour les additions futures, j'ai employé le numérotage de Durand, ce qui a bien facilité ma tâche.

Puisqu'il est fort probable qu'Aublet a énuméré toutes les espèces d'arbres dont les bois peuvent avoir un emploi industriel et sont au nombre des plus connus, il en résulte que, parmi les bois ici décrits, ceux qui ne sont pas déterminés doivent être des doubles qui seront tôt ou tard rApPOr A à ces arbres d'Aublet.

J'ai plaisir à dire la grande aide que j ai reçue du Directeur du Musée Colonial de Marseille, M. le Professeur Jumelle : J'ai été aussi secondé par MM. les Professeurs Gérard et Chifflot, de la Faculté des Sciences de Lyon, et par M. Brune, bibliothécaire du Musée Colonial de Marseille,

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