INTRODUCTION
La place me manque pour tenter même d'aborder une étude générale du bois qui seule nécessiterait un volume, mais, comme on connait peu les moyens qui permettent de déterminer un bois ou de le comparer avec les descriptions déjà faites, j'insisterai davantage sur ce point. Et comme je désire y intéresser tout amateur, j'éviterai, autant que possible, la terminologie botanique, au surplus inutile, puisque les histologistes ne s'occupent guère du bois bien formé et se contentent de l'examen de jeunes tiges à structure encore incomplète. Houlbert, en 1893, a été, je crois, le premier à indiquer le fait que la structure se développe lentement ; mais il saute aux yeux de tous qu'il a regardé ses échantillons à la loupe.
Un tronc s'accroît par l'addition continuelle de nouvelles couches se superposant aux couches antérieures. La petite plante de la première année est cachée à l'intérieur d’une couche ou d'un cône de bois de la deuxième année : elle peut même parfois être retirée de sa gaine. Les couches des années suivantes sont à leur tour superposées, chacune dépassant toujours en hauteur la précédente.
Dans les pays froids, le cône eflilé ainsi produit, et qui constitue le tronc, a, au sommet, une seule couche avec la moelle, et, en bas, vers le pied, plusieurs couches dont le nombre augmente avec l'âge.
Dans les régions tropicales, au contraire, où les saisons ne correspondent pas avec les nôtres, et où beaucoup d’arbres n'ont pas de période de repos bien marquée, il y a du bois nouveau en hiver comme en élé, et formation de deux, trois, quatre ou même cinq couches par an.
Je laisse, bien entendu, dans tout ceci, les exceptions, pour ne considérer que le cas général.
Il est intéressant de rappeler que ce fut Léonard de Vinci qui signala ce fait, approximativement vrai, qu'on peut connaître l’âge d’un arbre d'après le nombre de ses couches.
Le même de Vinci fit encore le premier des essais sur la
résistance des bois de construction (Codice atlantico, folio 82, recto, b).
Chez beaucoup d’espèces, le bois reste indéfiniment à l’état d'aubier (Bouleau, Tulipier, Quassia) : mais, plus souvent, après un nombre d'années variable suivant l'espèce, il se transforme en cœur (2 à 4 ans chez le Robinia Pseudacacia et le Cytisus Laburnum, #5 environ chez le Frêne, un siècle peut-être dans le Bois de lettres). On entend par là que ce bois se colore et devient plus lourd, plus dur, plus résistant aux facteurs extérieurs. Et, à dater de ce moment, au fur et à mesure de l'addition saisonnière de nouvelles couches externes, une couche interne de l’aubier acquiert les caractères du «cœur ».
Ce changement peut être brusque, et la ligne de séparation est alors nette (Laburnum, Wacapou, Robinia), mais 1l peut être, quoique rarement, graduel avec une zone intermédiaire (Chène) ou régulièrement progressif (Sorbier, Pommier, beaucoup de Sapotacées ; voir 4507 B à I).
Chaque couche a sa structure propre et devrait être étudiée indépendamment de ses voisines, formées à un autre moment. Elle a donc son individualité, à laquelle ne participent pas les rayons qui, permettant la circulation radiale de la sève, relient toutes ses couches. Ces rayons vont du centre de la moelle à l'écorce ; ils remplissent les espaces que laissent, sous forme de mailles, les fibres ligneuses qui forment le massif du bois.
On peut observer une (Bouleau, Faux-Platane), deux (Chêne) où même trois (Hêtre, d’après Hartig) sortes de rayons dans le même bois ; il y en a toutefois rarement plus d'une dans les bois de la Guyane (1823 A, Cacao). Que la différence entre ces sortes de rayons soit réelle, j'en doute fort (v. 1156 J), mais c'est la théorie admise.
En coupe transversale (ou horizontale si larbre est sur pied) les rayons et les limites des couches dessinent une toile d'araignée. En coupe radiale (ou longitudinale ou verticale), prise sur la ligne de la moelle, les fragments de rayons que la scie a épargnés forment des taches ou des mouchetures,
qu'on appelle les « mailles », si belles sur le bois de Chêne, où elles sont exceptionnellement grandes. En coupe tangentielle (contre-mailles, bois de fil), ou vus de l'extérieur après l'enlèvement de l'écorce, les rayons ont une forme de fuseau étroit et sont beaucoup moins apparents. En définitive, ce sont des lames à double fil, presque parallèles, mais qui naissent en quelque sorte les unes des autres, car espacées à la périphérie, elles convergent et se réunissent au centre.
On peut souvent observer des rayons qui se bifurquent, chaque branche devenant un rayon nouveau, et toutes ses branches s'écartant de plus en plus les unes des autres avec la croissance de l'arbre. Parmi les bois de notre série, j'ai observé de ces rayons qui se divisent simultanément en quatre branches (1823, Cacao).
Dans la terminologie scientifique, ces rayons sont appelés «rayons médullaires », mais comme ils ne sont médullaires que dans la première couche autour de la moelle, nous nous passerons de ce terme encombrant qui devrait disparaître.
Parmi les fibres ligneuses se trouvent ces petits tubes qui traversent verticalement les couches et sont les « vaisseaux ». En coupe verticale, ces vaisseaux se présentent comme de petits sillons formant « grain » : en coupe transversale, ils semblent des piqüres.
- La disposition des vaisseaux, variant avec l'espèce, est très
caractéristique et aide à reconnaître les familles, souvent le genre. Les vaisseaux peuvent être serrés (Bouleau, Hêtre), petits et nombreux, et jusqu'à 400 par millimètre (Buis), ou isolés, grands et rares (la plupart des Légumineuses), au point qu'il n'y ait plus que ! par 3% millimètres (n° 1856 A) ; ils peuvent être disposés en lignes obliques ( Terminalia, n°2249), radiales (Houx, Châtaignier), dendritiques (Chênes), ou en groupes subdivisés radialement et par échelons (Wimusops, n° 4508, et beaucoup d'autres Sapotacées), ou sans ordre apparent.
Les anneaux concentriques de gros vaisseaux, si apparents et bien connus dans le Chêne, n'ont qu'une valeur spécifique
Annales du Musée colonial de Marseille. — 3° série, 4° vol. 1916. 4
oÙ H. STONE
et ne se trouvent que rarement dans les bois exotiques Melia Azedarach, n° 1171). On ne les constate même pas dans beaucoup de chênes ; le Chêne vert en a à peine.
Enfin, il est une sorte de tissu moins vulgairement connu, mais d'une importance capitale pour la détermination des espèces : c'est le « parenchyme ». Terme, au reste, assez défectueux, car il englobe beaucoup de tissus différents, comme le tissu de la moelle et des rayons, et deux autres sortes qui sont le «paratrachéal» et le « mésotrachéal ». On peut se servir de ces deux dernières dénominations, si l’on veut; Je les remplacerai, cependant plutôt par Pa et Pb, car je les juge inutiles, n'étant pas assez précises pour nous, à notre point de vue spécial.
La nature des cellules et des tissus ne nous intéresse pas ici : c'est leur ensemble et surtout leur apparence qu'il nous faut considérer. Et comme ces cellules de parenchyme sont associées suivant quatre modes distinctes, j'admettrai les quatre divisions suivantes :
Parenchyme a. Le tissu entoure plus ou moins complètement les vaisseaux. Il est toujours plus mou que les fibres ligneuses et, à de très rares exceptions près (dont aucune ne se présente pour notre série), également plus clair. Le cas le plus fréquent est celui où ce tissu forme gaine autour des vaisseaux et, sur une section transversale, apparaît comme une petite auréole autour de l'orifice. À un état de plus grand développement, il peut s'étendre tangentiellement sous forme de petites ailes, qui peuvent être de plus en plus longues, jusqu'à unir des groupes de vaisseaux et à faire des lignes ou couches concentriques continues. Il est des cas où ce tissu peut constituer jusqu'aux deux tiers du massif du bois. (Ormosia, n° 1876 A).
Parenchyme b. — C'est un tissu d'une nuance et d’une nature différentes du précédent, mais ici nous rencontrons la plus grande difficulté de notre tâche, car il ne faut absolu-
ment pas prendre les lignes concentriques de Pa pour celles
de Ph. Quand les deux types coexistent, il est toujours facile de les distinguer, mais on a tendance à oublier les différences
qu'ils représentent lorsqu'on emploie une clef ou qu'on litune description. Il faut toujours examiner si la couleur des lignes est la même que celle du parenchyme qui entoure les vaisseaux, car le Ph (qui est toujours des lignes) peut être à proximité tout à fait immédiate des vaisseaux.
Parenchyme c. — Ce tissu peut être de même nature que Pa, mais il n'est pas groupé en massifs de forme déterminée. Il consiste en cellules isolées ou en fibres peu apparentes (sauf au microscope), disséminées parmi les fibres hgneuses. Je le néglige le plus souvent, car ilne nous fournit aucun aide systématique.
Parenchyme d. — Ce tissu ne se trouve que de temps en temps et forme les limites des couches chez certaines espèces. Sa nuance diffère encore de celles des précédents. Comme il est possible que Pa et Ph suivent également les bords des couches, 1l convient de faire bien attention à cette nuance. Ce Pd toutefois avant peu d'importance pour la détermination des espèces, on peut le regarder comme une variété de Ph.
En définitive, nous avons donc surtout à nous préoccuper de deux sortes de parenchyme : celui qui entoure les vaisseaux avec où sans expansions concentriques ; et celui qui n'a aucun rapport avec les vaisseaux, et qui est toujours concentrique.
Le parenchyme ligneux est le plus capricieux des tissus. Il peut être tellement abondant qu'ilest visible à l'œil nu, et il peut aussi à peu près manquer dans du bois de la même espèce.
Les fibres ligneuses, malgré leur quantité et leur importance au point de vue de la couleur et de la force, ne nous servent pas par elles-mêmes, sauf chez les Conifères, où la sculpture et les perforations des parois aident à distinguer quelques espèces. Mais il n'y a pas de Coniféres à la Guyane.
Étant donné que la couche est la base de nos déterminations, 1l faut tout d’abord examiner la section transversale, c'est-à-dire l'extrémité de la planche qu'on veut identifier. L'interprétation des tissus sur les faces n'est possible qu'après l'étude de l'extrémité. Le tronc d'un arbre étant un emboîte-
ment de longs cônes, la scie, en le traversant, rencontre toutes les couches, dont les limites se dessinent en lignes ou en lacets courbes suivant la plus ou moins grande obliquité de la section. Une coupe radiale bien faite montre les limites sous forme de lignes presque paraïlèles, entrecoupées à angle droit par les mailles ou rayons. Une planche découpée vers la surface de la bûche (bois de fil, section tangentielle) présente ces mêmes limites comme des courbes ou lacets paraboliques dirigés vers le sommet de l'arbre, tandis que les lignes sont à peu près parallèles vers le pied. Tout se ramène à des sections de cône. La coupe verticale radiale donne un triangle, la coupe transversale horizontale un cercle, la coupe transversale oblique une ellipse, et la coupe tangentielle une parabole.
Si l’on veut bien examiner avec attention un parquet en bois de Chêne, une planche sur vingt montrera de jolis maillettes claires entrecoupées de lignes parallèles ; c’est une coupe radiale avec des rayons coupés par les limites des couches. Sur quelques autres planchettes, on remarquera des couches paraboliques plus ou moins irrégulières ; c'est une coupe tangentielle. Il est aisé de comprendre que, même lorsqu'une bûche de Chêne a été préalablement coupée en quartiers, on ne peut avoir que quatre planches en coupe radiale ; les autres sont forcément plus ou moins tangentielles, et les mailles sont de moins en moins nettes au fur et à mesure qu'on s'éloigne du centre de l'arbre. Finalement, elles sont à
peine visibles.
De ces coupes diverses, il résulte qu’un petit orifice, comme un vaisseau, de la section transversale, devient un sillon en section verticale : et sur une surface courbe on voit toutes les transitions jusqu'au cercle, en passant par l’ellipse.
La planche I d’un cylindre de Bois serpent montre à l’extrémité supérieure les vaisseaux comme autant de points blancs, sur les côtés comme des lignes blanches : et là où l'irrégularité de la course des fibres a donné fortuitement une coupe un peu oblique (comme dans la partie inférieure de la figure), ces vaisseaux se présentent comme de petites ellipses allongées.
Lorsqu'on débite un tronc d'arbre en planches, on n'obtient
jamais deux de ces planches absolument semblables ; et on comprend aisément que c'est seulement aux extrémités de la planche que la structure transversale peut donner des renseignements précis. Un charpentier reconnait bien ses bois en planche, car c'est chez lui une question d'habitude et d'expérience longuement acquise ; mais veut-on déterminer un bois jusqu'alors inconnu, les sections radiales et tangentielles n'ont qu une importance spécifique.
À mon avis, la meilleure façon de procéder est de bien polir l'extrémité de la planche avec du papier de verre n° 00 ou avec un racloir. Le rabot convient bien pour les bois mous européens, mais les bois exotiques importés sont généralement trop durs, et le rabot écrase les fibres, au lieu de les couper. Le papier de verre et le racloir, par contre, ravivent pour ainsi dire le parenchyme ; ils le rendent même plutôt exagérément visible, mais c'est un avantage et on peut toujours contrôler en coupant avec un canif bien aiguisé un coin de la planche.
Presque toujours la structure devient plus évidente quand le bois a été immergé au moins pendant un moment dans l'eau et s'est imbibé. Un autre avantage de cette imbibition est que l'eau fait parfois réapparaitre l'odeur du bois, qui peut être un bon caractère.
On doit toujours chercher la couche la plus large et, par conséquent, la plus développée, et surtout fire attention aux bandes de couleur anormale qui caractérisent beaucoup de bois (Palissandre, Bois d'olive, Bois-serpent) dans lesquels elles serpentent en tous sens sans aucun rapport avec la structure.
Les coupes transparentes ne peuvent être obtenues qu'avec les bois mous. Elles sont surtout utiles quand elles sont emplayées, avec ou sans inclusion au baume de Canada, comme clichés de projection. L'emploi du baume est nécessaire quand on veut photographier les coupes, mais la préparation enlève les gommes et les résines qui se trouvent dans les tissus et les rend moins caractéristiques. Il faut se livrer à un premier examen des coupes avant qu elles soient préparées. Les sections des bois à comparer peuvent ensuite être projetées côte à côte sur l'écran et être étudiées à loisir,
J'ai étudié ainsi à la lanterne les 1.100 sections de Noerdlinger, et mon jeune fils, qui assista à toutes ces séances, se familiarisa bientôt, à tel point, avec les caractères des structures de beaucoup de genres, qu'il en criait le nom aussitôt que la figure apparaissait sur l'écran. Je ne cite pas seulement ce fait en souvenir de mon petit collaborateur, mais aussi pour montrer combien il est facile de reconnaître beaucoup d'espèces et combien la structure peut venir en aide à la systématique.
Mais les coupes minces {transparentes ont, somme toute, une importance secondaire ; le bois devrait être étudié avant tout sur une surface lisse. Les rapports des tissus entre eux ressortent ainsi beaucoup plus nettement que lorsqu'on examine séparément les coupes des troissens. J'emploie une loupe à grossissement de 3 diamètres et un microscope à grossissement de 10. Ce dernier est un microscope d'étudiant dont le pied a été supprimé, mais qui est muni d’un manche ou tube glissant à la surface pour permettre de régler la distance focale. Une partie du tube est coupée, pour permettre à la lumière d’arriver au bois : l'extrémité inférieure est découpée en parabole, en vue d'éviter la production d'une ombre, par l’interférence des ravons lumineux.
Grâce à ce dispositif, on peut examiner le bois, non pas sur une surface restreinte comme à l'ordinaire, mais beaucoup plus largement : et les variations de structure, qui sont très grandes, sont plus certainement observées. Une petite coupe préparée pour le microscope ne peut jamais être typique, même pour le fragment de bois sur lequel elle a été prélevée.
Un autre avantage de mon dispositif est qu'il permet d'examiner des échantillons de Musée qu'on ne doit pas endommager, et le grand nombre des observations rendues ainsi possibles donne à l’étudiant l'expérience nécessaire pour reconnaître rapidement des types de familles, tout comme l'ébéniste reconnait ses bois à meubles.
Les dimensions de tous les tissus augmentent proportionnellement. Je décris toujours les lignes de parenchyme comme étant plus ou moins grandes que les rayons, les intervalles
entre les rayons comparativement au diamètre des vaisseaux, etc. : et les visibilités à l'œil nu, à la loupe (+ 3) et au microscope (+ 10) servent comme des sortes de mesures qui, si elles laissent à désirer au point de vue de l'exactitude, sont bien pratiques, et en accord avec les faits.
Lorsqu'on compare deux bois, il faut toujours les placer côte à côte afin de voir simultanément à la loupe des portions des deux. |
M. Martin-Lavigne. en critiquant mon Timbers of Commerce, ne m'a pas compris. Je ne proscris pas l'emploi des coupes microscopiques si on ne néglige pas, d'autre part, l'étude du bois massif ; je dis seulement qu'il y a danger d'erreur si l'on s'appuie exclusivement sur ces coupes. Le parenchyme est souvent composé de ceHules tellement semblables, en sections transversales, aux fibres ligneuses qu'il est impossible de les distinguer (Simaruba, 1100 : Oranger, 1102 ; Noyer, etc.); nous avons, par suite, une description d'un bois qui, à la loupe, « présente du parenchvme en petites lignes concentriques » et une figure agrandie qui montre seulement quelques cellules isolées (Hopkinson, Rhizophora Mangle, p. 451, fig. 15, n° 2232). Martin-Lavigne lui-même décrit très bien à la loupe l'Æbène verte, mais sa deseription au microscope et ses figures ne correspondent guëre au bois, que Je connais bien.
En raison, d'autre part, de la difficulté de couper les bois durs avec le microtome, on est tenté de prendre des tiges d'herbier ou de jardin botanique, en rapportant, d'ailleurs, sans certitude suffisante, à une espèce connue, un bois mal déterminé — comme ceci est plus d'une fois arrivé à M. Marün-Lavigne — et on a un bois « composé » nouveau.
L'inconvénient encore est qu'un tissu qui offre un caractère bien visible à l'œil nu ou à la loupe peut le perdre entièrement lorsqu'il est fortement grossi. Un bon exemple est celui de la figure que nous donnerons pour le Xurahara. La disposition des vaisseaux en lignes dendritiques, caractéristique du genre Calophyllum, et bien visible à l'œil nu, disparaît avec Île grossissement, pourtant faible, employé pour la figure.
M. Perrot dit que mes figures sont à une échelle trop petite. Pour l'histologie, oui. Pour la détermination pratique du bois, non.
Quant aux mensurations de cellules, de vaisseaux, de rayons, de fibres, qui font le bonheur des histologistes, je n'exagère pas en disant qu'elles sont fausses. Elles ne valent que pour le fragment placé sous le microscope ; un autre morceau pris sur le même arbre et également examiné le démontrerait. Un coup d'œil, même sans loupe, jeté sur les vaisseaux et les rayons d’une large planche de Chène coupée en section radiale convaincra n'importe qui que les éléments s'accroissent toujours jusqu au moment où l'arbre à atteint son optimum (comparer les fig. 17 et 18). J'ai vu des bois qui, à la première couche, près de la moelle, avaient des vaisseaux à peine visibles à la loupe, tandis que ces vaisseaux, dans la sixième couche à partir du centre, étaient assez grands pour être comptés à l'œil nu. Je donne des mesures chaque fois qu'il est possible, mais il est bien entendu que, comme pour la densité et les autres caractères du bois, elles peuvent être extrêmement variables.
La résistance à la rupture est encore une donnée dont il faut se mélier, et d'autant plus qu'il s’agit là de la sûreté de la construction. En plus des variations individuelles, il y a des « lignes de faiblesse » qui suivent, soit les cercles (Frêne, Manguier, 1508), soit les rayons (bois de fente, merrain, Chêne) ; et le résultat de l'essai dépend de la position de la pièce à essayer. Si les lignes de faiblesse sont à angle droit
avec la ligne de force, le bois cède vite ; si, au contraire, il y
a parallélisme entre ces lignes, 1l résiste bien. Enfin, les petites pièces ne valent rien pour l'essai. Les expériences de Léonardo, de Buffon et de Duhamel de Monceau sont les seules à retenir, car tous ces expérimentateurs possédaient les notions que je rappelle, tandis que tous les auteurs plus modernes les ont ignorées.
Le poids, ou plus exactement la densité, peut varier énormément. Pour le Pin sylvestre, par exemple, les variations
vont de 0,310 à 0,840 ; pour l'If, de 0,470 à 1; et iln'y a
BOIS UTILES DE LA GUYANE FRANÇAISE o1 aucune raison de croire que ces cas sont anormaux et spéciaux à ces espèces. Ce sont des espèces bien étudiées et rien de plus.
Il est réellement ridicule de citer des chiffres qui prennent l'apparence d'une certitude scientifique lorsque les deux morceaux d'une pièce à essayer, et qu'on à divisée en deux moiliés, donnent deux densités différentes. Le chiffre donné est donc bon pour l'échantillon essavé, mais n'a pas d'autre valeur.
Il ne faut pas, au reste, accepter les chiffres qui sont basés sur un procédé impliquant l'immersion dans l'eau. Ce genre d'essai est bon pour se faire une idée approximative quand le temps presse, mais le bois est tellement absorbant qu'il commence immédiatement à s'imbiber d'eau. Qu'on mette, par exemple, un petit tronçon transversal de Bouleau, de 1 centimètre d'épaisseur, sur de l’encre rouge, et l'encre apparaîtra sur la face supérieure avant qu'on ait pu tirer sa montre pour calculer le temps nécessaire à la pénétration dans le bois. Ou bien encore qu'on place sur l'eau une mince coupe transversale de Saule, par exemple un copeau obtenu au rabot, et cette coupe tombera immédiatement au fond.
En réalité, le bois a pour densité environ 1,540 : et c'est l'air contenu dans ses pores qui le fait surnager et qui détermine les différences de densité des diverses espèces. Si le copeau de Saule est pris sur la planche de face, c'est-à-dire en section verticale, l’air,ne pourra pas s'échapper, et le copeau flottera. Il donnera une densité d’à peu près 0,280, soit une différence de 1.260 kilos par mètre cube pour le même bois.
Le Gaïac, le plus lourd des bois connus, n'arrive jamais à 1,540 ; le chiffre le plus élevé que j'aie rencontré est 1,400.
Une curiosité est le bois de Cocotier cité par Beauverie (Les Bois industriels, p. 30), qui est plus lourd que le Gaïac. Curieuse aussi est la remarque de Moeller, qui « ne trouve pas que le bois des Eucalyptlus est lourd ». Un bois de Grisard sert en même temps pour faire flotter les filets et pour la fabrication de moyeux (v. 762 A),
La dureté est, de tous les caractères, le plus difficile à
exprimer. J'ai Jadis expérimenté avec une machine qui était certes très imparfaile et qui, néanmoins, était assez bonne pour me mettre sur la trace d'un principe sur lequel je base mes comparaisons. Quand je constate dans mes descriptions que la dureté d’un bois quelconque est égale à celle du Buis, mon appréciation se base sur une règle et n’est pas simple devination, Mais comme il n'y a pas de série d'essais pour chaque espèce, ces comparaisons restent essentiellement modifiables.
Les noms indigènes sont utiles pour faciliter les recherches, mais 1l ne faut les utiliser qu'avec prudence. Ils sont souvent écrits de façons très diverses. Si les termes comme Caju, Cautabally et Sapotle ne se trouvent pas à la table, on devra les chercher à Acaju, Kaju, Kautabally, Zapateri, etc.
Les Caraïbes avaient parfois deux noms pour le même arbre, l'un à l'usage des hommes et l’autre à l'usage des femmes (1514 et 494); et les indigènes du Brésil font changer le nom en régime avec son adjectif, variante qui ne simplifie pas notre tâche (v. 1880 A). Puis un nom indigène mal compris par les colons subit des variations bizarres. Aouacate devient Avocat, et le Minquar devient Lamencouard. Le mot balli qui veut dire « arbre » est devenu Balata, Bulètre, et, en anglais Bully, où même Bully-tree, ce qui signifie dès lors « arbre-arbre ». Carapa signifie en galibi « mort aux animaux », et il a été transformé en KXrapa, Crab-wood (c'est-à-dire en anglais « bois de crabe »), et, selon Grisard, aussi en Crapaud. Les termes les plus génants sont les termes descriptifs, comme icica, ou « résine », jacaranda, qui est un bois quelconque, de couleur foncée, coupi qui signifie « dur », calaba « huile », acajou « bois », mapou « bois mou », Saoua « piquant », simira, qui est tout bois donnant une teinture violette, foura, ou « pleureur », fapiri « rouge », wapa, où « bois à charpente », para « bigarré », sapote, ou « sabot », etc.
Le nom maho, d'après Préfontaine, signifie un arbre à écorce filamenteuse, bonne pour la fabrication des cordages, et 1l s applique surtout aux Malvacées arborescentes à fleurs
de mauve, comme les Hishicus. Il est fort probable que les Galibis l'ont appris des Espagnols. Wahoe, en espagnol, signifie « mauve ». Mais aujourd'hui il s'applique également aux arbres du genre Lecythis, qui ont une écorce analogue et des fleurs de Mvrtacées.
A relever encore, à propos de noms étranges, celui de mango pichle, cité par Grisard (v. 1508), qui est la conserve si appréciée des Anglo-Indiens, mais qui n'est ni un arbre ni un bois.
Les descriptions de nos échantillons, dont le nombre atteint 147, ont été ainsi établies. Après les noms et synonymes, j'ai donné tout d'abord un certain nombre de caractères généraux, suffisants pour le lecteur qui veut avoir june simple idée du bois sans l’étudier à fond. J'ai mentionné ensuite la densité et les autres caractères physiques qui nécessitent un essai quelconque, puis l'écorce, la moelle et aubier. J'ai détaillé la structure du bois en plaçant toujours les tissus dans le même ordre, pour mieux permettre les comparaisons entre espèces. Suivent des renseignements sur l'emploi, indication des échantillons-types, l'iconographie s'il y en a, et les références d'auteurs.
Certains détails font parfois défaut, surtout quand un échantillon de Musée ne présente pas de section verticale. Je serais reconnaissant aux amateurs de bois qui pourraient m'aider à combler ces lacunes, ainsi qu'à déterminer les trop nombreuses espèces encore sans nom systématique.
Les échantillons du Musée Colonial de Marseille étaient ou trop durs ou trop secs pour qu'il fût possible d'en faire des coupes transparentes ; j'ai donc dù me contenter de reproduire les coupes de mon Timbers of Commerce et du Timbers of British Guiana publié par le D' Freeman et moi. Lorsque les vaisseaux sont représentés en blanc, la photographie à été prise sur une coupe transparente; lorsqu'ils sont représentés en noir, ce sont des photographies directes du bois. En tout cas, les rayons sont orientés de haut en bas; le côté correspondant à la moelle est en bas, et celui correspondant à l'écorce en haut. Le grossissement est de 3,
L'Zcones lignorum donne de très belles illustrations, coloriées à la main, de 96 bois de Surinam. Beaucoup sont des doubles, et souvent le même bois est figuré sous des noms divers: on peut néanmoins en reconnaître un assez grand nombre. Je les ai toujours cités quand j'ai cru pouvoir m'assurer de leur identité : les autres sont signalés dans le chapitre des Bois Indéterminés, dans l’ordre alphabétique.
Ma Bibliographie est composée de livres dans lesquels j'ai pu puiser quelques renseignements, à l'exception de quelquesuns que je n'ai pu me procurer, et qui sont cependant nécessaires pour compléter cette histoire des bois de la Guyane. Pour qui n'’habite pas Paris, la recherche des livres est très difficile. Il v a encore 37 ouvrages sur la Guyane que je n'ai pu voir jusqu'alors. L'absence de toute organisation qui aiderait dans ces recherches le travailleur sérieux est ce que j'ai le plus déploré en France.
Ces remarques faites, et avant d'aborder l'étude descriptive des bois de la Guyane Française, je crois devoir rappeler comment ont été établies les classifications des bois par Dumonteil et par la Commission de Brest.
Dumonteil, p. 160, a réparti le bois en six classes:
le classe. Bois plus lourds que le Chêne ; propres pour la construction des pièces de la partie inférieure de la carène des navires, qui exigent une conservation de longue durée.
2 classe. Bois d'un poids équivalent à celui du Chêne ; propres pour bonnes membrures et excellents bordages, pour la construction de la coque en général, mais tout particulièrement pour celle de l'œuvre vive.
3° classe, Bois équivalents à ceux des Pins, Sapins, etc. ; propres pour membrures, bordages et, particulièrement, pour la construction de l’œuvre morte.
4° classe. Bois très abondants et jolis; bois à meubles ; bois de couleur. |
Sous-classe. Bois jugés propres à faire des rouets de poulies.
5° classe. Bois de qualité inférieure, Ces bois pourraient
être utilement employés pour planches, dont la qualité serait au moins équivalente à celle des planches de Peuplier dont on fait un si grand usage en France.
6° classe. Bois d’une très faible valeur en général : leur emploi ne conviendrait pas pour nos arsenaux, excepté, peutêtre, pour faire quelques bouées ou autres objets d'une grande légèreté.
La Commission de Brest, p. 190, admet quatre classes, qu'elle divise en sous-classes :
{1 classe. Bois dont les dimensions, la configuration, la force, l’élasticité et la pesanteur spécifique conviennent à toutes, ou presque toutes les parties du navire; et aussi les Bois que leur pesanteur exclut des hauts, lorsque leurs dimensions et leur configuration permettent de les employer comme pièces de membrures.
Sous-classe a. Bois plus forts, aussi élastiques, mais pas plus lourds que le Chêne de France, pouvant le remplacer avec avantage dans toutes les parties d'un navire.
Sous-classe h. Quoique légèrement inférieurs à ceux de la sous-classe précédente. Bois susceptibles de faire à peu près le même service.
Sous-classe c. Bois plus lourds que les précédents, mais pouvant encore remplacer le bois de Chène avec avantage, pour les membrures des vaisseaux, les bordages de fond, les préceintes et pièces de liaison.
Sous-classe d. Bois lourds, très peu élastiques, ne pouvant être employés que pour la membrure de l’œuvre vive des navires, pour quille et carlingue. Ils sont placés cependant dans la première classe, à cause de la longue durée qu'ils assurent à cette partie des: navires dont la destruction entrainerait soit la disparition du bâtiment, soit, tout au moins, une réfection coûteuse.
2° classe. Sous-classe a. Bois inférieurs au Sapin du Nord; pour border les ponts et les hauts des navires, mais comparables pour cet emploi au Sapin du Canada.
Sous-classe b. Bois encore plus tendres et moins élastiques que les précédents, ne pouvant être employés que
62 H. STONÉ
comme vaigrage des hauts ou bordages, d'entre-sabords et pour la menuiserie,
3° classe. Sous-classe a. Bois supérieurs en apparence à ceux de la classe précédente, mais jugés moins favorablement à cause du peu de consistance de leur résine qui, en s’en écoulant facilement, laisse leurs fibres sans appui ni adhérence, ce qui doit déterminer une prompte détérioration.
Sous-classe D. Bois comparables par leurs qualités à quelques-uns des Bois de la 1° classe, mais avec une odeur fétide qui en restreint l'emploi.
4° classe. Bois propres seulement à faire des rouets de poulies, mais inférieurs pour cet emploi à l'Ébène noire et à l'Ébène verte qui, elles-mêmes, ne valent pas le Gaïac ordinaire,
Remarquons que les essais pour la force de résistance de ces bois ont été effectués dans des conditions différentes par Dumonteil et par la Commission de Brest. Les essais de Dumonteil furent faits sur des cabrions (barrotins) de 12 dm. de longueur sur 5 cm. d'équarrissage. Il est à présumer que les pointes de support étaient à une distance d’un mètre, quoique l'auteur ne dise rien à ce sujet. Le mot « force » exprime le poids en kilogrammes supporté par ces cabrions jusqu'à la rupture. Le mot « flexibilité » signifie l'augmentation, en millimètres, de la flexion produite par l'addition successive d’un poids de 5 kilog. L'élasticité est le sinus moyen de l'angle de la flexion au moment de la rupture.
Les essais de la Commission de Brest furent faits sur 11 espèces des bois de Dumonteil, conservés partie à couvert et partie à découvert, et encore sur 7 autres espèces. Les cabrions étaient de 11 dm. 5 de longueur sur 5 cm. -d'équarrissage
La force (ou effort supporté par les pièces) n’est pas exprimée de la même manière par la Commission et par Dumonteil. Le nombre donné, par exemple, par Dumonteil, pour la force du Panacoco, est 400, tandis que celui de la Commission de Brest est de 1.480 à 1.700. Les nombres relatifs à l'élasticité (ou flèche de l'arc) ne concordent pas non plus dans les deux cas, car, pour le bois cité, Dumonteil donne 115 et la Commission de Brest de 15 à 20. ;
Ée ère
BOIS UTILES DE LA GUYANE FRANÇAISE 63 La Commission de Brest a pris le Chêne (du Bassin de la ne) comme unité de force. Dans nos citations, nous adopns la formule suivante : Panacoco, de 2,06 à 2,43, si le
êne — 1.
s chiffres donnés par Grisard et de Lanessan ne sont
accompagnés d'aucune explication sur le procédé par lequel ont été obtenus les résultats.