SS) [LS
des points d’eau le long des routes que doivent suivre les troupeaux.
Parmi les bœufs sans bosse, le 7'dama, venu du Fouta- Djalon, représente un beau type de boucherie, mais sa taille empêche l'exportation sur pied, et il faudrait des frigorifiques pour expédier la viande abattue. Parmi les zébus, le gobra des Peulhs est assez bon pour la boucherie ; le zébu du Djoloff, d’engraissage facile, forme 75 pour cent des 96.000 bovidés de cette provenance.
Près de Kaolak, dans le Sine-Saloum, l'usine de Lyndiane était, en 1913, en voie d'installation. {Rapport d'ensemble annuel du Gouvernement Général de l'Afrique Occidentale Française pour 1913. Paris, 1916).
Cette usine de Lyndiane, dont il est question dans ce Rapport de 1913, a été fondée par la Société de Chanaud et Ci: et installée par M. de Chessin ; et elle est aujourd’hui, en 1916, en pleine activité. Elle fonctionne nuit et jour, avec une main-d'œuvre purement indigène. Munie de frigorifères qui peuvent abaisser la température jusqu'à —20 degrés, elle se livre à deux opérations principales : 1° labatage, puis la frigorification des bœufs de grande taille, qui sont ensuite transportés en France, sur des navires frigorifiques spéciaux, appartenant à la Société ; 2° l'abatage des bœufs de petite taille, qu’on prépare en conserves (3.000 à 4.000 kilos de boîtes par jour).
L'usine traite ainsi journellement une moyenne de 180 bêtes, dont les sous-produits, os, cornes, peaux, sang, etc., sont également utilisés. Cette nouvelle industrie exerce sur tout le Sine-Saloum une heureuse influence. {Dépéche Coloniale, 17 Août et 5 Septembre 1916).
L’arachide dans le Haut-Sénégal et Niger. — Le Haut- Sénégal et Niger a exporté en 1913 8.677.134 kilos d’arachides, d’une valeur de 2.078.512 francs. La culture de l’arachide dans la colonie peut se développer non seulement dans la région que traverse le chemin de fer de Kayes au Niger, mais encore dans les cercles de Ségou, Mopti, Bandiagara, et surtout ceux de Bougouni, Sikasso, Bobo-Dioulasso. Ces trois derniers
cercles, qui contiennent une population nombreuse et essentiellement agricole, pourront, lorsqu'ils seront reliés à la côte par les chemins de fer en projet, fournir 20.000 à 30.000 tonnes d'arachides à l'exportation, sans préjudice d'autres produits, comme le coton. {Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
Le sésame dans le Haut-Sénégal et Niger. — En 1913 il a été exporté 50 tonnes de sésame, contre 16 en 1912. La culture de la plante ne semble cependant pas destinée à un grand avenir dans la région, car le sésame demande plus de soins que l’arachide, un sol mieux préparé, et est de rendement moins rémunérateur. Dans les essais faits de 1910 à 1912 à la Station agronomique de Koulikoro, les rendements ont été, en moyenne, à l’hectare: 290 kilos pour le sésame de Koulikoro, 199 kilos pour le sésame de Nioro, 387 kilos pour celui de San, 305 kilos pour celui de Kayes et 356 kilos pour celui de Banfora. En 1910 et 1911 les semis avaient été faits en poquets distants de un mètre en tous sens ; en 1912 les distances ont été réduites à 80 centimètres. {Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
Le karité dans le Haut-Sénégal et Niger. — Il à été exporté en 1913 pour 160.000 francs environ d'amandes de karité. L'exportation eût pu être plus forte, car le total des achats de noix de karité pendant la campagne de 1913 atteignait de 8.000 à 9.000 tonnes, qui, desséchées, devaient fournir 3.000 tonnes au moins. Mais les maisons de la place, insuffisamment outillées pour traiter d'aussi grosses quantités, semblèrent se désintéresser momentanément d'un produit acheté à un cours trop élevé, et que l'élévation des frais de transport, due aux difficultés de navigation sur le Niger ou le Sénégal, ne rendait exportable qu'à perte.
La production des amandes de karité pourrait être élevée, mais c’est toujours cette question de transport qui entrave le commerce du produit. La faible valeur des amandes sèches
(300 à 325 francs la tonne en Europe), les manutentions
nombreuses et les frais élevés qu'entraînent le séchage et la décortication, le déchet de 65 à 70 pour cent du poids des noix résultant de ces deux opérations, rendent presque impossible l'exportation du karité sous cette forme, même avec une amélioration des communications. Il y a donc lieu de tenter une transformation en beurre sur place et c’est ce qu'ont déjà essayé plusieurs maisons. La Société Devès et Chaumet, notamment, a ainsi installé, en 1912, à Bénéni, près de San, une fonderie de karité. Le produit est expédié en caisses métalliques achevées à Bénéni même. D'après le rapport de l’'Administrateur du cercle de San, ‘‘ces caisses arrivent sous forme de feuilles de zinc découpées, et, par conséquent, sous un très faible volume ; une machine spéciale, et de maniement facile, assure le pliage de la caisse. Un seul ouvrier employé au maniement de la machine et à la soudure des caisses arrive à préparer 100 récipients à l'heure”. La tentative est évidemment intéressante. Le beurre de karité, grossièrement préparé, vaut, en effet, sur les marchés d'Europe, près de trois fois son poids d'amandes séchées ; les frais de transport sont, par conséquent, pour une valeur égale de beurre, trois fois moins élevés que pour les amandes.
En ce qui concerne le rendement des karités, la Station d'Essais de Koulikoro nous donne des renseignements intéressants, car on y note chaque année la production de 20 arbres de dimensions très diverses, de facon à obtenir un rendement moyen ; et la moyenne a été, en noix sèches, de 5 kil. 300 environ pour un arbre, d’après les récoltes faites en 1911, 1912 et 1913. Naturellement, d’ailleurs, les variations individuelles peuvent être très grandes ; en 1911, un arbre de 2 m. 22 de circonférence à 1 mètre du sol a donné, à lui seul, 38 kil. 700 de noix sèches. {Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916.)
Le coton dans le Haut-Sénégal et Niger. — Le Haut- Sénégal et Niger a exporté en 1913, par la voie guinéenne Kouroussa-Conakry, 75 tonnes environ de coton. En plus d'essais de cultures irriguées tentés à Kayes, l'Association
, di !
Cotonnière a étendu son champ d’action dans les cercles de Ségou, San et Koutiala. Les maisons de commerce établies au Soudan commencent à acheter le coton brut, et ce fait est de nature à encourager la culture du cotonnier chez les indigènes. Inscrits à la cote du marché du Havre, les cotons de notre Afrique occidentale ont obtenu des prix supérieurs à ceux du coton américain #7iddling. (Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916.)
Le kapok dans le Haut-Sénégal et Niger. — Il a été exporté du Haut-Sénégal et Niger, en 1913, 27.828 kilos de kapok égrené ; et ce kapok a été coté aux mêmes prix que celui de Java (1.600 à 1.900 francs la tonne). En raison de l'importance des peuplements de kapokiers, et surtout du développement dont ils sont susceptibles, il est permis d'espérer que la colonie deviendra une exportatrice importante de ce produit, quoique les indigènes se livrent encore peu volontiers à cette récolte. (Xapport d'ensemble annuel
pour 1915. Paris, 1916.)
Le sisal dans le Haut-Sénégal et Niger. — La culture du chanvre de Sisal tend à augmenter d'importance dans le Haut-Sénégal et Niger. Certaines concessions ont considérablement accru leurs plantations et monté les appareils mécaniques nécessaires au défibrage. Des plants ont été aussi distribués aux indigènes. La production du sisal pourrait prendre une grande extension dans le cercle de Kayes et dans ceux traversés par la ligne du chemin de fer. En 1914 il a déjà été exporté pour 6.000 francs de sisal ; et l'installation d’une forte défibreuse à l’usine de Darsalam permet, dès maintenant, l'exploitation rationnelle des champs de sisal situés sur les deux rives du fleuve, l’un aux abords de Kaendi et l’autre à Darsalam même.
A la station de Koulikoro, une maladie s'est déclarée sur les feuilles ; une étude à ce sujet est nécessaire, car il y aurait à redouter une dépréciation de la filasse.
Sur la culture et la préparation de ce chanvre de Sisal, dont
nous reparlerons encore à propos des colonies allemandes, de Maurice et du Mexique, mentionnons une étude parue dans le Bulletin of the Imperial Institute de Juillet-Septembre 1915.
L'auteur rappelle que trois espèces donnent ce chanvre de Sisal. La première, qui est à feuilles épineuses, est l’Agave rigida var. elongata, où Agave rigida var. longifolia, ou Agave fourcroydes Lem. On la trouve au Yucatan, à Cuba, dans le Sud-Amérique, et elle a été introduite dans l'Est- Africain. C’est l’espèce exploitée au Yucatan, et elle donne 90 pour cent du chanvre de Sisal du commerce.
La seconde espèce, à feuilles inermes, est l’Agave sisalana cultivée, pour les usages locaux, par les indigènes du Centre- Amérique et du Sud-Mexicain, et cultivée commercialement aux Bahama, aux Antilles, dans l'Est-Africain, dans l'Inde, un peu à Java.
Moins importante est la troisième espèce, qui est l’Agave Cantala Roxb., le maguey des Philippines, cultivé sur une petite échelle à Java et dans l'Inde.
Le chanvre de Sisal est apparu pour la première fois dans le commerce en 1839 ;1il fut alors envoyé du Mexique à New-York. En 1913, les exportations mexicaines étaient de 76 millions 1/2 de francs environ, dont les 9 dixièmes étaient à destination des Etats-Unis. La même année, les Etats-Unis recevaient, outre les 136.559 tonnes du Mexique, 13.295 tonnes d'Allemagne (et originaires, sans doute, de lEst-Africain Allemand) et 3.236 tonnes des Bahama.
Les Agave à sisal exigent un climat tropical, avec une humidité atmosphérique modérée. Ils souffrent de pluies trop abondantes. Ils réussissent sur des sols secs, pierreux et rocailleux, mais vraisemblablement s’accommodent de bons sols (voir plus loin le paragraphe relatif au chanvre de Sisal dans FlEst-Africain Allemand). En général, le meilleur terrain serait celui qui est silico-argileux, un peu sec, perméable, avec une certaine proportion de calcaire. La multiplication a lieu par les bulbilles des inflorescences ou par les rejets. Les bulbilles sont mises en pépinière jusqu’à ce que les plants aient 20 à 30 centimètres de hauteur ; on
repique ensuite. Les rejets peuvent être mis en place dès qu'ils ont été détachés du pied-mère, au moment de la saison pluvieuse ; ils sont mis sur des rangs distants de 2 m. 50, et à 2 mètres environ d'intervalle par ligne. La première récolte a lieu au bout de 3 à 5 ans. Au Mexique, on admet que chaque touffe peut donner annuellement 25 feuilles ; la durée de sa végétation, limitée par l'apparition de l'inflorescence, varie, là, de 15 à 25 ans. Elle peut être très différente ailleurs, par exemple en Afrique, puisqu'elle dépend du sol et du climat. On peut la prolonger en coupant l'inflorescence qui commence à poindre.
Les feuilles doivent être défibrées aussi fraîches que possible, car, en cas contraire, le suc, en se desséchant et en devenant gommeux, rend l'extraction plus difficile. Les machines employées sont construites sur le type de l’ancien ‘‘raspador”. Dans l’Est-Africain, les modèles couramment usités sont le ‘New Corona”, le ‘‘Mola” et le ‘‘Finigan- Zabriskie”. Le premier est un outillage allemand, le second est construit à Mérida, au Mexique, et le troisième est une machine des Etats-Unis. La maison Lincoln, en Angleterre, construit le ‘‘Duodecor” pour les feuilles qui n’ont pas plus de 1 m. 30 de longueur, le ‘‘Sixdecor” pour celles qui dépassent plus ou moins cette dimension, et le ‘*Twendecor” pour les feuilles d'extrème grandeur. D'autres constructeurs anglais sont: MM. John Downham et Cie, à Bury : MM. Greenwood et Batley, à Leeds ; les Alma Machine Works, à Liversedge, dans le Yorkshire ; et MM. Lehmann, à Manchester. La petite machine Lehmann permet de traiter 10.000 feuilles en 10 heures. Il importe de bien laver les machines à grande eau dès qu'elles cessent de fonctionner.
De 1907 à 1914, le prix moyen du meilleur sisal du Mexique, dont les cours suivent les oscillations de ceux du chanvre de Manille, a été de 25 livres sterling environ la tonne. La bonne fibre de l'Est-Africain a, en général, réalisé 1 livre de plus par tonne. Dans l'Est-Africain Allemand, on admettait, comme profit net, entre 15 et 30 pour cent, suivant les prix du
moment. {Bulletin of the Imperial Institute, vol. XWI, n° 3; Juillet-Septembre 1915).
L'élevage dans le Haut-Sénégal et Niger. — Le Haut- Sénégal et Niger est, depuis longtemps, le grand réservoir : de bétail et de chevaux de l'Afrique Occidentale Française.
Mais la péripneumonie bovine cause’ de grands ravages, qu'on commence heureusement à enrayer par la vaccination.
En 1913, il a été exporté par Kayes et par Kouroussa- Conakry 660 tonnes de peaux et 325 tonnes de laine.
Les indigènes commencent à mieux préparer les laines et à perfectionner leurs procédés de tonte. En 1912, à la bergerie de Niafunké et à son annexe d'El-Oualadji, il a été procédé, à titre d'essai, à une seule tonte annuelle, dans le but d’obtenir une laine plus longue. Le résultat a été mauvais, 835 bêtes fournirent 435 kilos de laine, soit 0 k. 552 par mouton. Pour les deux tontes suivantes, espacées de 6 mois, on a obtenu, par tête, 0 k. 631 après la saison des pluies, puis 0 k. 325 six mois après ; soit un total de 0 k. 956. {Rapport d'ensemble annuel pour 1915. Paris 1916.)
La lutte contre la peste bovine. — Le Journal Officiel de l'Afrique Occidentale Française du 26 Août 1916 a publié en supplément une notice sur la peste bovine, rédigée par M. Davanelle, vétérinaire aide-major de réserve.
Cette peste, ou typhus contagieux, que les Peulhs désignent sous le nom de sanoa, est caractérisée par un état typhoïde général très grave et par des accidents spécifiques sur les muqueuses. |
Le buffle, le mouton, la chèvre, le chameau peuvent en être plus ou moins atteints, mais elle ne devient ordinairement grave que chez les bovidés. ;
Après avoir décrit les caractères et le mode de propagation, M. Davanelle à indiqué les moyens à opposer à la maladie.
Le résultat peut être obtenu, soit en rendant les animaux réfractaires, soit en encerclant les malades et les contaminés,
et en les surveillant pour qu'ils ne soient pas des agents de
propagation, soit en supprimant le foyer par l’abatage radical des contagieux.
La première de ces trois méthodes, qui consiste en inoculations, et nécessite donc un nombreux personnel technique, n’est guère applicable actuellement en Afrique Occidentale Française. La méthode de l'abatage serait, d'autre part, le remède idéal, mais difficile à appliquer, car il ne faut guère compter sur la déclaration spontanée des Peulhs. Et, en définitive, les principales mesures possibles sont : l'isolement et la surveillance, dont l'application nécessite la délimitation de la zone infectée ; l'établissement, à la périphérie, de cordons sanitaires, plus ou moins complexes suivant les cas ; la visite et le recensement des troupeaux de la zone infectée, quand l'abatage des malades ést antiéconomique ; l'adoption à leur égard de mesures: de surveillance et de quarantaine, qui permettent d'éliminer les indemnes ; enfin l'isolement, la surveillance et le traitement, si possible, des animaux malades. L'isolement terminal doit être de 50 à 60 jours. Pour le traitement, le sérum, qui, dans l’état actuel, ne peut être employé que pour des animaux d’une valeur exceptionnelle, doit être donné en injections sous-cutanées ou intra-veineuses, à la dose de 100 à 300 centimètres cubes.
La conservation des peaux pour l’exportation. — Le mode de conservation des peaux destinées à l'exportation présentant un gros intérêt pour le commerce des cuirs, le Service compétent du Sénégal a publié dans le Journal Officiel du Sénégal du 24 Août 1916 les instructions permettant d'assurer la bonne conservation de ces peaux jusqu’au moment de leur envoi en France :
« Les peaux devront être détachées avec toutes les précautions nécessaires pour éviter d'y faire des entailles.
« Le procédé de conservation généralement émployé au Sénégal, le séchage au soleil, a l'inconvénient de rendre les peaux dures et cassantes; de plus, si le dégraissage n’a pas été parfait, les particules de graisses, en fondant, imbibent
le cuir et entraînent des défauts de tannage.
« Le salage n'avant pas de semblables inconvénients, l'on doit y recourir toutes les fois qu'il est possible.
« Ce procédé consiste, la peau étant étendue le poil en dessous, à la couvrir d’une couche uniforme de sel concassé ; on la replie ensuite de façon à n’en faire qu'un petit paquet de 30-35 centimètres de côté. Les paquets, séparés par des couches de sel, sont attachés ensemble pour former des balles. »
L'or dans le Haut-Sénégal et Niger. — La quantité d’or exportée annuellement de la colonie varie entre 200 et 250 kilos, d’une valeur de 500.000 à 600.000 francs. En réalité, la quantité extraite du sous-sol par les procédés indigènes est supérieure à ces chiffres, mais une quantité assez grande du métal reste dans la colonie, pour la fabrication des bijoux.
Au chiffre indiqué s'ajoutent, pour 1913, 300.000 francs’ environ d'or extrait par dragage dans la Falémé par la Compagnie des Mines de Sénégambie, or qui est expédié en
France par la voie postale. {Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916.)
Dans le Territoire Militaire du Niger. Le Territoire Militaire du Niger, qui comprend les sept cercles de Niamey, Madaoua, Zinder, Gouré, Mainé-Soroa, Agadez et Bilma, a exporté en 1913 vers les autres colonies françaises ou vers la Nigéria pour 128.995 francs de mil et riz (correspondant à 1.696 tonnes), 459.105 francs de bœufs, 123.455 francs de moutons, 161.000 francs de peaux brutes, 172.125 francs de peaux de filali, 8.500 francs de plumes d’autruche, 20.300 francs de sel et natron, 5.560 francs de natron raffiné. L'élevage de l’autruche est commencé et est à encourager dans la région. Dans le secteur de Maradi (cercle de Madaoua), la culture des cotonniers américains a donné quelques résultats. (Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916.)
L'enseignement agricole en Afrique Occidentale Française, — À la date du 5 Août 1916, M. Angoulvant,
Gouverneur général par intérim de l'Afrique Occidentale Française, adressait aux lieutenants-gouverneurs et commissaires de son Gouvernement Général des instructions qui ont été insérées dans le Journal Officiel du 12 Août 1916; et ces instructions méritent d'être relevées, car leur réalisation est de celles qui peuvent avoir l'influence la plus heureuse et peut-être la plus rapide sur nos progrès agricoles dans l'Ouest- Africain. M. Angoulvant rappelle qu'un plan d’études publié par le Gouvernement Général, le 1°" Mai 1914, prévoyait que chaque école, sans exception, devrait avoir pour annexe un jardin où tous les élèves seraient exercés à des travaux pratiques sous la direction de l'instituteur. ‘Cette sage prescription, ajoute toutefois M. Angoulvant, est malheureusement restée lettre morte dans certaines régions... elle est pourtant d’une réalisation aisée et elle constitue la condition indispensable de tout progrès agricole. J'entends qu’elle reprenne toute sa force et que, pour la rentrée prochaine, toutes les écoles, même et surtout les plus humbles, soient pourvues d’un jardin ; je n’admettrai d’autres exceptions à cette règle que celles qui seront fondées sur des raisons sérieuses”. L'énergie même des termes prouve que le Gouverneur Général n'entend pas ajouter simplement une circulaire à tant d’autres: on sent qu'il veut réellement, comme i! le dit d’ailleurs lui-même, ‘‘aborder de front un des problèmes qui intéressent le plus directement les destinées de notre Afrique Occidentale”. Et, ne se contentant pas de donner des ordres, il précise, avec l'autorité que lui donne sa longue expérience personnelle, acquise en particulier à la Côte d'Ivoire, dans quelles conditions devront être établis ces jardins scolaires, les cultures qui y devront être faites, les procédés qu'il y aura lieu d'employer; il indique aussi comment seront recrutés et formés les moniteurs et instituteurs, européens ou indigènes, qui seront chargés de cet enseignement. Des récompenses seront, d’ailleurs, décernées à ceux qui, ayant assumé cette tâche, l'auront accomplie avec le plus de zèle et de succès.
Voilà donc un effort sérieux en vue de substituer à l'exploi-
tation routinière et insuffisante du sol de certaines de nos colonies des méthodes rationnelles de culture susceptibles d'assurer une plus large mise en valeur de pays qui vivent essentiellement de l'agriculture. {Journal Officiel de l'Afrique Occidentale Françaïse, 12 Août 1916).
Le caoutchouc et l’élevage en Guinée Française. — Depuis plusieurs années le commerce d’exportation de la Guinée Française est en déficit notable, par suite de l’abaissement des prix des caoutchoucs, qui a d'autant plus retenti sur les sortes guinéennes qu'on se plaint depuis longtemps de leur adultération par les indigènes. Si, en général, les caoutchoucs du Nunez, de Kankan et des environs de Kindia sont présentés en bon état, ceux de Bissikrima, de Dabola et de Kouroussa sont presque toujours très défectueux et chargés d'impuretés. Il fut un moment où la valeur des exportations de caoutchouc représentait, environ, 60 pour cent de la valeur des exportations totales de la colonie, mais, depuis la baïsse des cours de ce produit, les indigènes se sont tournés vers l'élevage, et il était exporté en 1913 12.539 bovidés, 7.852 moutons, 1.001.815 kilos (d'une valeur de 1.753.177 francs) de peaux brutes de bœufs, 8.068 kilos de peaux brutes de moutons et de chèvres. La colonie se préoccupe, non seulement de développer l'élevage, mais de l'améliorer, et aussi de lutter contre les épidémies qui, comme la péripneumonie, éprouvent fortement les troupeaux. En 1912 il y avait en Guinée Française 400.000 bovins, 150.000 ovins, 140.000 caprins et 30.000 chevaux. Les deux grandes régions d'élevage sont le Fouta-Djallon et la Haute-Guinée. Il y a une forte exportation de ces animaux et des sous-produits vers Sierra-Leone. (Rapport d'ensemble annuel pour1913. Paris, 1916.— Bulletin de l'Office Colonial, Mars 1916).
L'arachide et le sésame en Guinée Française. — La Guinée Française a exporté en 1913 3.541.106 kilos d’arachides en coques et 762.313 kilos de sésames, en 1914 3.325.450 kilos des premières (à destination de Marseille) et 889.321 kilos des
secondes. La culture de ces deux plantes annuelles peut être pratiquée en Guinée Française depuis la côte jusque dans la vallée du Niger.
En Basse-Guinée, la culture de larachide augmente toujours ; et de grandes étendues de terrain sont encore utilisables dans la Moyenne et la Haute-Guinée. Le développement de cette culture sera facilité par l'introduction de variétés à grand rendement, par la culture mécanique, et par la création, pour la Moyenne-Guinée, d’un type d’arachide dont la qualité sera supérieure à celle de la côte. A la Station de Kankan, on a obtenu, à l'hectare, 1.000 kilos avec la variété le 7iga,tandis que le 7iga nin Kourou a donné 722 kilos et le Sama tiga 690 kilos.
A la Station de Kindia, le sésame a donné un faible rendement, par suite de son exigence au point de vue du sol et des attaques de la rouille. À la Station de Kankan, le sésame de Jaffa n’a donné aucun résultat ; la récoite a été de 145 kilos à l’hectare, alors que le sésame indigène à donné 216 kilos. ;
A la Station de Kindia, le sésame noir, dont la graine sert à l'alimentation indigène, mais qui est une tout autre plante que le sésame, puisque c’est l/Æ/yptis spicigera, a donné un meilleur rendement que le vrai sésame ; malheureusement la faible teneur en huile (18 pour cent) rend la culture de cette plante peu rémunératrice. {apport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
Le riz en Guinée Française. — Beaucoup d'indigènes, que les bas prix du caoutchouc ont détournés de cette exploitation, ont tourné leurs efforts vers la culture du riz ; et les exportations de la céréale, pour 1913, ont été de 14.688 kilos, d'une valeur de 24.908 francs. A la Station d'Essais de Benty, les essais de riziculture ont, du reste, donné d'excellents résultats. Une variété Malalokitt Pyriontong a fourni 3.249 kilos de paddy à l’hectare, la variété Maronké 2.550, tandis que la variété Jaka n'a pas dépassé 1.300. À la Station de Kindia,
par contre, on à obtenu 1.900 kilos avec cette variété /aKa et
1.679 kilos seulement avec le Maronké. À la même Station, les rendements des riz de montagne ont été très inférieurs : 720 kilogrammes avec le Saliforé et 318 kilogrammes avec le Zougué. A la Station de Kankan, le riz Fossa a donné 1.033 et 966 kilos. IT faut ajouter qu'à Benty et à Kindia on a procédé par repiquage, tandis qu’à Kankan, où les rendements ont été plus faibles, on à semé directement. (Au sujet des avantages du repiquage, voir notre compte-rendu du Congrès de riziculture de Valence, en 1914, dans le Bulletin n° 79 de l'£xpansion coloniale de Vinstitut Colonial Marseillais de 1914).
Des études sur la culture du riz doivent être d'autant plus activement poursuivies en Guinée que la céréale peut être cultivée dans toute la colonie. (Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
Les bananes et les ananas en Guinée Française. — Une culture intensive du bananier est à poursuivre en Guinée Française, en raison de la consommation toujours croissante des bananes en France. Le jour où la question des transports serait résolue, notre colonie prendrait une place très importante parmi les pays producteurs de ces fruits. Elle pourrait aussi fournir à l'exportation des ananas. Actuellement bananiers et ananas sont déjà cultivés dans de nombreuses concessions, là où l'irrigation est assurée, en Basse-Guinée et en Moyenne-Guinée, notamment au voisinage de la voie ferrée de Conakry au Niger. (Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
Le palmiste en Guinée Française. Ilétait exporté en 1913 164.261 kilos de beurre de palme et 35.172.165 kilos d'amandes. Tandis que le beurre de palme était principalement à destination de la France, c’étaient les marchés de Brême et de Hambourg qui absorbaient la plus grande partie de la production de palmistes ; d’où une diminution sensible dans les expéditions de ces amandes en 1914. (Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
La friabilité du tourteau de palmiste et les difficultés de transport qui en résultent sont parmi les principales causes qui, en nuisant au commerce de ce tourteau, ont fait plus ou moins abandonner chez nous l'emploi des amandes de palme en savonnerie. Il résulte cependant de nombreuses expériences faites récemment dans divers Collèges agriculturaux d'Angleterre, sous la direction générale de Sir Owen Philipps, président de la Section de lOuest-Africain de la Chambre de Commerce de Londres, que le tourteau de palmiste est un excellent aliment pour le bétail, valant, au point de vue nutritif, pour l'engraissement et pour la production du lait, les tourteaux de lin et de coton, et ayant l'avantage de coûter moins cher.
Les animaux, en général, acceptent assez volontiers le tourteau de palmiste s'ils y sont habitués de bonne heure, et avant d’avoir été accoutumés à d’autres aliments concentrés. Dans les cas individuels où il y a plus grande répugnance, on mélange pendant quelque temps le tourteau avec une autre ration à saveur agréable. Les bouchers anglais ont déclaré de bonne qualité la viande des bœufs ainsi engraissés. Pour les vaches laitières, le tourteau de palmiste, d’après Jes essais faits à la Station Expérimentale de Garforth, augmenterait légèrement la production du lait. Cette augmentation aurait été de 5 livres 1/2 de lait par jour, sur 140 livres fournies par quatre vaches. Au Collège Armstrong, à Newcastle-sur-Tyne, on a constaté, d'autre part, que la teneur de lait en beurre a été plus élevée avec le tourteau de palmiste qu'avec celui de coton. Le beurre est un peu pâle, mais est de saveur agréable.
L'inconvénient du tourteau de palmiste est qu'il se conserve souvent assez difficilement et a tendance à rancir ; mais encore cet inconvénient ne s'est-il pas manifesté au même degré pour toutes les provenances. Lorsqu'il est destiné à des moutons, le tourteau doit être humecté la veille ; il est, au contraire, donné sec aux vaches laitières. (74e feeding value of Palm kernel cake, dans le Bulletin of the Imperial Institute de Juillet-Septembre 1915).
Le cocotier en Guinée Française. - Les premières plantations de cocotiers effectuées dans la Mellacorée vont commencer à fructifier. En Basse-Guinée, les terrains favorables à la culture de ce palmier représentent de grandes surfaces, et le coprah peut devenir un des articles de commerce de la colonie. (Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
Le touloucouna, le lamy et le mené. — Toutes ces graines ont, en France, pour la stéarinerie, un écoulement certain, mais il faudrait que les usines marseillaises fussent assurées d’une alimentation régulière. Comme pour le karité au Haut-Sénégal et Niger, il y a peut-être intérêt à traiter les graines sur place et à expédier la substance grasse. C’est ce qui a déjà été commencé en 1913 ; et on aurait reconnu que c'est principalement sur le /ouloucoura que doivent porter les efforts. (apport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
L’or en Guinée Française. - La seule exploitation en activité en Guinée Française est celle de la Compagnie des Mines de Siguiri, sur le gisement de Fatoya. D'’août à fin Décembre 1913, la production d’or a été de 16.811 grammes, avec un rendement, par tonne, de O0 gr. 982. Dans le cercle de Siguiri, les exploitations indigènes, d'autre part, auraient produit plus de 400 kilos d’or, qui a été acheté par les commerçants de la région. (Lapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
* Le caoutchouc à la Côte d'Ivoire. — Comme pour toute l'Afrique Occidentale Française, les exportations de caoutchouc de la Côte d'Ivoire sont en diminution (960.919 kilos en 1913). Il importe plus que jamais d’améliorer le produit de cueillette. Dans la Haute-Côte d'Ivoire surtout, les Zandolphia peuvent encore donner un bon caoutchouc, mais à la condition essentielle qu’un mode uniforme de préparation soit imposé aux récolteurs. Une méthode
à préconiser est celle qui consiste à obtenir des plaquettes minces fsheets), en soudant les unes aux autres, dans un moule en bois, les bandelettes de caoutchouc obtenues par coagulation -sur le tronc même, puis lavées et séchées. (Voir plus loin la note sur le caoutchouc au Gabon).
Il faut aussi remplacer par ces sheets les cakes de Funtumia elastica. D'excellents résultats ont déjà été ainsi obtenus dans les Gouros (Zuénoula) et le N’zi-Comoe (Ouelloé). (Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916.)
En 1914, les exportations de caoutchouc n'étaient plus que de 153.720 kilos ; elles ont été en 1915 de 218.476 kilos.
Les bois de la Côte d'lvoire. — Les exportations de bois de la Côte d'Ivoire, essentiellement constituées par l'acajou du pays, étaient de 42.651.820 kilos en 1913, de 40.995.565 kilos en 1914 et de 17.867.300 kilos en 1915. Ces exportations vont surtout vers l'Angleterre et vers la France.
Les permis d'exploitation portent, pour la plupart, sur le cercle des Lagunes, et principalement en bordure du chemin de fer, ainsi que de la rivière Mé et du Comoé. Le cercle de Lalou se place au second rang, avecles exploitations sur Île Bandama et ses nombreux afiluents.
Pour tirer leurs billes, les exploitants emploient de plus en plus le Decauville. La Compagnie Forestière a même installé à Ono un petit chemin de fer qui a, actuellement, une longueur de 10 kilomètres. (Lapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916.) Le fléchissement de 1915 tient au
manque de coupeurs et de moyens de transport.
Le palmiste à la Côte d‘Ivoire. — Comme pour la Guinée Française, les amandes de palme en 1913 (6.166.105 kilos) étaient surtout expédiées à Hambourg et à Brême ; la France recevait plutôt le beurre de palme. Les exportations totales de la colonie en 1915 étaient de 4.983.447 kilos de beurre de palme et 6.112.611 de palmistes.
Pour ces produits de l'Ælaeis guineensis, Ya Côte d'Ivoire, en Afrique Occidentale Française, vient au second rang, après le Dahomey. Et en 1913 des mesures étaient prises pour provoquer une exploitation plus intense des palmiers. Les arbres ont été dégagés de la haute brousse qui les entourait, et des concasseurs à main ont été cédés aux indigènes. Dans plusieurs provinces, des palmeraies jusqu'alors négligées ont été exploitées pour la première fois, à Adzopé et Agboville, dans le cercle des Lagunes, à Menlé, dans le Baoulé-Sud, à Dida, dans le Grand-Lahou, et à Guidéko, dans le cercle du Bas-Sassandra. La production actuelle est loin d’être ce qu'il serait possible d'obtenir.
Des huileries ont été établies. Celle de Drewin, très importante, a exporté plus de 460 tonnes d'huile et autant d'amandes. L'huilerie de Bingerville extrait l'huile par le système Fournier. Une nouvelle huilerie à Impérié, dans le cercle de Bassam, avait adopté en 1913 l'outillage Haake. Les Allemands eux-mêmes, cependant, au Togo, avaient, en définitive, préféré la presse Fournier. (Lapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916 ; et autres articles.)
Le piassava à la Côte d'Ivoire. — Les indigènes du littoral s'intéressent peu à la récolte de ces filaments de Raphia (Raphia Hookeri sans doute), dont l'exportation a été en 1913 de 3.695 kilos. (Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916.)
Le copal à la Côte d'Ivoire. — Les exportations de copal étaient de 5.599 kilos en 1913, et de 1.745 kilos seulement en 1915. Les indigènes ne récoltent pas la résine en saignant les arbres, comme en Guinée et à Sierra-Leone ; ils recueillent seulement les exsudations qui s'’écoulent des blessures naturelles, ou celles qui sont à l’état de blocs plus ou moins fossilisés dans les alluvions fluviales. (7/4. Paris, 1916.
Le karité et autres arbres oléagineux à la Côte d'Ivoire. — Le Bufyrospermum Parkii n'est abondant que dans le Nord-Est de la Côte d'Ivoire, vers Tengrela, Korhogo, Kong et Bouna. Les exportations de beurre étaient de 8.847 kilos en 1913.
Le fama (Pentadesma butyracea), le doumori (Dumoria Heckelii), le koubi (Carapa Touloucouna) et le mana {(Lophira alata), très communs dans diverses régions de la
colonie, ne sont exploités que pour le commerce local.
(Id. Paris, 1916.)
Le kolatier à la Côte d'Ivoire. — Le kolatier, à la Côte d'Ivoire, n’est abondant qu’à proximité des villages, où il est planté. Les principaux centres de production sont situés sur la limite Nord de la forêt dense, notamment dans l'Ouest de la colonie, vers Sinfra, Daloa, Vavoua et Man, où les caravanes soudanaises viennent faire leurs provisions annuelles.
Dans la Basse-Côte, les noix sont moins bonnes, se conservent plus difficilement et sont plus souvent piquées. Les indigènes les préparent aussi moins bien.
Des pépinières ont été établies dans les cercles d'Odienné, de Touba, d'Ouorodougou, du N’zi-Comoé, de l’'Indénié et du Baoulé-Nord.
Les Européens ont fait des plantations dans les cercles d’Odienné et du Haut-Sassandra et dans celui de Boudoukou. (Id. Paris, 1916.)
Les exportations étaient de 18.282 kilos en 1913 et 32.740 kilos en 1915.
Le coton à la Côte d’Ivoire. — Nulles encore en 1912, les exportations de coton égrené de la Côte d'Ivoire étaient de 18 tonnes en 1913, et de 100 tonnes en 1915; on espère 400 ou 500 tonnes pour 1916. Le cotonnier tient une place importante dans les cultures des cercles du Nord et surtout du Nord-Ouest; et c'est dans le Baoulé-Nord que la production est la plus élevée. La culture s'est développée, là, sous
l'influence de l'usine d’égrenage et de pressage de Bouaké, qui
est exploitée par la colonie, avec le concours de l'Association Cotonnière. Dans les régions dont l'éloignement ne permet pas le transport du coton brut à cette usine, comme dans les cercles de Korhogo, de Seguela et des Tagouanas, des égreneuses à main pour confectionner des balles de 30 kilos ont été envoyées. Un matériel semblable a été réparti dans divers postes du Baoulé-Sud et du Comoé.
Les premiers cotons de la Côte d'Ivoire ont été payés au Havre 1.806 francs la tonne avant la guerre. Ce prix, vraisemblablement, s’élèvera à mesure que la qualité s’améliorera et sera mieux connue. {Rapport d'ensemble annuel pour 1915. Paris, 1916.)
Le cacaoyer à la Côte d'Ivoire. — Selon toute apparence, le cacaoyer fut introduit à la Côte d'Ivoire, vers 1870, par des indigènes voisins de la Gold Coast, et les Européens commencèrent vers 1880 à s'intéresser quelque peu à cette culture. Cependant jusqu’en 1908 toutes ces plantations étaient insignifiantes, et les exportations de cacaos n'étaient, en cette année 1908, que de 2.733 kilos. C’est depuis lors qu’elles se sont élevées progressivement à :
5.139 kilos en 1909 71289, 19) 140910 15-070 N° 0240914 20.954 > D 1912 47-190 D) 0204013 39-970 0 000 1014 113 6066. 2222 1919
On espère plus de 300 tonnes en 1916 et 3.000 tonnes aux environs de 1921.
Il y a donc progression constante pour ce produit qu’exporte aujourd'hui en si grande quantité, comme nous le verrons dans un autre article, la Gold Coast.
C’est, en tous cas, à l’occasion de l'exportation des 100 tonnes de 1915 que M. Angoulvant, alors Gouverneur de notre colonie de la Côte d'Ivoire, a jugé, avec raison, opportun de retracer
AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE au
dans une Notice imprimée en 1916 à Bingerville ‘les déboires subis, les résultats obtenus et les perspectives d'avenir qu'il est permis d’escompter. ”
D’après cette étude, on comptait en Décembre 1915, dans les plantations indigènes, plus de 1.675.000 cacaoyers, dont 159.000 en rapport ; et le nombre de ces plantations, individuelles ou collectives, était de :
155 dans le cercle de l'Agnéby
FELPMES) » d’Assinie 730 » » du Bas-Cavally 47 0 » de Bassam 22 D) » du Bas-Sassandra 645 » » de l’Indénié 165 » » des Lagunes 77 » » de Lahou 25 » » du N’Zi-Comoé
A la même époque, la surface plantée en cacaoyers par les 13 exploitations européennes était de :
350 hectares dans le cercle d’Assimie
140 » » » d'Agnéby
10 » » » du Bas-Cavally 10 » » » du Bas-Sassandra 60 » » » de Bassam
30 » » » des Lagunes
La colonisation agricole européenne, encore à ses débuts, n’a donc pas dès maintenant pris l'importance qu'elle devrait avoir, mais les plantations indigènes s’accroissent rapidement, et le cacaoyer est bien définitivement implanté dans toute la zone forestière voisine du littoral et même dans l’arrière-pays.
Toutes les populations ne manifestent pas sans doute le même goût pour la culture, mais, d’une part, parmi les autochtones, les Agnis, et prochainement à leur suite, certaines tribus Baoulès et les habitants du pays de Krou, et, d'autre part, parmi les étrangers, beaucoup d'employés ou artisans Sénégalais et Fantis montrent des aptitudes réelles.
Et ce sont ces éléments qui ont créé les trois centres principaux de production du cacao, qui sont, de l'Est à l'Ouest :
1° Tout le pays Agni, qui longe la frontière de la Gold Coast, depuis l’Assikasso jusqu’au Sanwi ;
2° La région de Tiassalé et du Bandama, inférieur ;
3° Le pays de Krou, ou, mieux, les districts de Tabou et de Grabo du cercle du Bas-Cavally.
De ces trois régions, c’est le Bas-Cavally qui a toujours tenu le premier rang pour les exportations et qui le conservera certainement pendant plusieurs années encore.
Les exportations de Tabou (58.235 kilos en 1915) sont presque totalement alimentées par la production indigène.
Au contraire, celles d’Assinie (26.634 kilos en 1915) proviennent pour près des deux tiers des plantations européennes d’'Aboisso, de Noé et d’'Elima.
Le port de Bassam (8.185 kilos) n’est encore utilisé que pour l’embarquement du cacao récolté dans le cercle des Lagunes, et qui provient en majeure partie des plantations de M’'Bato, d’Impérié et d'Ingrakon. Les fermes des aborigènes n’ont donné en 1915 qu’un peu plus de deux tonnes, ce cercle des Lagunes étant certainement celui de la colonie où les efforts déployés pour implanter la culture du cacaoyer chez les autochtones ont obtenu le moindre succès. Les races très variées qui composent cette population opposent une force d'inertie d'autant plus grande qu’elles trouvent dans la pêche et dans l'exploitation du palmiste des ressources largement suffisantes. Les Ebriès, en particulier, se montrent réfractaires à toutes les tentatives, et ce n’est pas sans peine qu'on parvient à leur faire récolter les cabosses produites par les quelques arbres qui subsistent des introductions de 1908.
Le quatrième port d'embarquement des cacaos de la Côte d'Ivoire est Lahou, dont les exportations (20.913 kilos en 1915) sont surtout fournies par Tiassalé et ses environs, car le cercle même ne donne guère qu’une tonne et demie à deux tonnes. La production européenne n'entre même pas ici pour la moitié du total.
Quant à la qualité de ces cacaos de notre colonie, elle est,-
d’après les appréciations des experts, au moins égale à celle des produits. de la Gold Coast; nous pourrons donc dans l'avenir nous procurer chez nous les quantités que nous importons actuellement (11.762.232 kilos en 1914) de la possession anglaise.
Mais il importe évidemment d'apporter à cette culture du cacaoyer, telle que la pratiquent encore aujourd’hui les indigènes, des améliorations qui ne pourront être introduites que peu à peu, par des études nouvelles et surtout l’organisation d’un Service Agricole. Décidé en principe avant les hostilités, ce Service n’a pu être créé dans les circonstances actuelles ; espérons qu'il le sera aussitôt que la situation le permettra. ‘Conduite rationnellement, sans absorber toute l'activité des planteurs, la culture du cacaoyer doit devenir un des principaux éléments de la fortune à la Côte d'Ivoire, qui, grâce à la variété et à l'abondance de ses productions, restera toujours l’une des colonies les plus prospères de lAfrique
occidentale”. (Développement de la culture di cacaoyer au
31 Décembre 1915, à la Côte d'Ivoire. Bingerville, 1916).
Les produits animaux à la Côte d’Ivoire.— L'élevage ne tient qu'une place secondaire à la Côte d'Ivoire. Le bétail, dans le Nord-Ouest, a été très éprouvé par la péripneumonie et le charbon symptomatique importés par les caravanes soudanaises. Dans le Baoulé, le cheptel se reforme. Les bœufs exportés proviennent, en réalité, pour la plus grande partie, du Haut-Sénégal et Niger. Les peaux expédiées ont une moindre valeur que celles de la Guinée ; et cela tient déjà à ce qu'elles ne sont pas arseniquées avant leur expédition.
La cire d’abeilles ne figure aux exportations que pour 2.500 kilos ; elle pourrait être récoltée en grande quantité dans le Nord de la colonie. (Rapport d'ensemble annuel pour 1913. Paris, 1916).
Le palmiste au Dahomey. — Comme pour la Côte
d'Ivoire, les amandes de palme du Dahomey, avant la guerre,
étaient presque totalement envoyées à Hambourg ; l'huile de palme, seule, était dirigée sur les ports français.
En 1913, la récolte des fruits a été défavorablement influencée par la sécheresse des derniers mois de 1912 et des premiers mois de 1913. L'ÆJaeis guineensis est, en effet, tributaire des pluies de l’année précédente, et surtout de la petite saison.
Les concasseurs d'amandes ont donné aux indigènes de bons résultats ; mais le prix en est un peu élevé et il faudrait donc que les habitants des villages achetassent à frais communs des appareils qui serviraient à tous. (/4., Paris, 1916).
Le maïs au Dahomey.— L'augmentation des exportations de maïs a compensé en partie, en 1913, la diminution des exportations de palmistes. La culture de la Graminée est, en effet, de plus en plus florissante dans toute la colonie. Il est toutefois regrettable qu’elle entraîne la déforestation et toutes ses conséquences. Il est sorti en 1913 13.256.163 kilos de
maïs. (/d., Paris, 1916).
Le cocotier au Dahomey. — II est actuellement, au Dahomey, deux grands centres d’extension du cocotier : la région de Grand-Popo ; 2° les environs de Ouidah. Dans la région de Grand-Popo, tout le cordon littoral qui s'étend de Grand-Popo à la frontière convient bien au palmier, sauf l'étroite bande de terrain qui touche à la dune. Les plantations nouvelles s’étagent tout le long de la route de Grand-Popo à Agoué et près du village de Bedjin. Les propriétaires sont de petits commerçants ou des traitants des maisons de commerce de Grand-Popo, qui confient l'entretien de leurs terrains à des indigènes du pays; mais cette culture nouvelle, actuellement entre les mains de gens inexpérimentés, doit être, dans l'avenir, améliorée. A Ouidah, les plantations sont, au contraire, l’objet de grands soins. Les plants sont régulièrement alignés sur des terrains bien préparés ; les distances observées sont régulières et normales, et beaucoup d’indigènes se livrent, en saison sèche, à des arrosages réguliers. Il ne
reste plus à l'Administration qu'à développer cette émulation et, en prêchant d'exemple, à créer le même mouvement sur le cordon littoral qui s'étend de Cotonou à Porto-Novo.
L'augmentation de l'exportation n’est nullement parallèle à l'élévation de la production ; la raison en est l'accroissement de la consommation locale des noix vertes et aussi la création de pépinières. Les expéditions de coprah en 1913 étaient de 236.071 kilos. (Rapport d'ensemble annuel pour 1915. Paris, 1916).
Le cotonnier au Dahomey. — La production de coton pour l'exportation s’est surtout développée dans le Moyen- Dahomey, et, en particulier, dans le cercle de Savalou. Savalou fournit 70 pour cent de l'exportation générale, Savé 15, Abomey 10 et Zagnanado 5. Dans le Haut-Dahomey, la culture reste limitée à l'emploi sur place. Dans le Nord du cercle du Mono, aux environs de Doncly, de nombreux terrains ont été affectés à la culture du cotonnier, mais qui est encore imparfaitement faite. Les plants notamment sont laissés trop nombreux par touffe. En 1913, le Dahomey expédiait 171.193 kilos de coton égrené et 37.740 kilos de coton brut. L'Association Cotonnière ne fait plus de culture personnelle, mais se contente de distribuer des graines de semence et d'entretenir ses ateliers d'égrenage. (/4., Paris, 1916).
Le karité au Dahomsy. — Il a été exporté du Dahomey, en 1913, 136.850 kilos d'amandes de karité et 169.841 kilos de beurre. C’est donc un commerce en sérieuse augmentation. Mais, contrairement à ce qu'on admet aujourd’hui dans le Haut-Sénégal et Niger, on ne pense pas, au Dahomey, que ce soit le transport du beurre qui soit le mode d'expédition préférable, probablement parce qu'on n'a pas encore su trouver le moyen convenable d'expédition. Il est dit, en tout cas, dans le Æapport d'ensemble annuel de 1913 : ‘Le beurre présente de graves inconvénients de transport et accuse à l'arrivée en Europe un déchet assez considérable, dû au rancissement de la couche superficielle. I]
faudrait, pour en assurer une meilleure conservation, en opérer la fusion sur la côte, de façon à le loger dans des tonneaux ou des récipients étanches qui empêcheraient la rancidité. C'est là une opération coûteuse et longue ; aussi le commerce envisage-t-il plus favorablement l'expédition des amandes, dont la dessiccation peut être facilement assurée par un passage dans un four simple, de construction facile. Bien que ce produit soit encombrant, et, par suite, d'un transport malaisé, ce mode d'expédition apparaît comme devant être moins aléatoire que l’expédition du beurre, tout au moins pour les régions voisines de chemin de fer ou celles traversées par les voies d'automobiles.
Le cacaoyer et le kolatier au Dahomey. — Le cacaoyer et le kolatier sont assez généralement associés dans les nouvelles plantations qui, au Dahomey, sont établies en bordure des marigots ; et c’est dans les cercles du Mono, d'Allada, de Zagnanado et de Porto-Novo (région de Sakété) que les nouveaux essais sont le plus intéressants.
La culture du cacaoyer est d’ailleurs récente au Dahomey. En 1910, il n’y avait qu'une plantation, celle des Pères des Missions Africaines à Zagnanado ; puis un centre s’est créé dans le Mono, mais plutôt dû aux étrangers qui ont antérieurement habité la Gold Coast. Les autochtones ne suivent que lentement cet exemple. La région réellement propice dans le Mono doit se limiter au centre de Niavo et aux terrains frais qui bordent la Sazaé et les nombreux marigots qui en dépendent. On comptait en 1913 dans ce cercle 21.210 cacaoyers, dont 2.260 de 6 à 7 ans, 6.550 de 3 à 5 ans et 9.550 de 1 à 2 ans.
Dans le cercle d'Allada, les progrès sont plus lents,quoi qu'il y ait beaucoup d’endroits, sur les bords des rivières, favorables à la culture. En 1912, la production du cacao au Dahomey a été de 7.182 kilos.
Dans les Stations d’'Essais de Sakété-Boukoutou et de Niaouli, on cultive le kolatier (sans doute le Cola nitida)
pour distribuer des graines aux indigènes, en vue de
remplacer par la bonne espèce l'espèce indigène. La production des kolatiers de la Station de Niaouli est destinée à la propagation de l'arbre dans les cercles d’Allada, de Ouidah et du Mono. (Rapport d'ensemble annuel pour 1915. Paris, 1916.)
Le commerce au Gabon en 1914. — Les exportations de noix de palme de la colonie vers l'Angleterre ont augmenté en 1914. En huile de palme, la France a reçu 30.616 kilos et l'Angleterre 55.253 kilos.
Il est sorti 119.403 kilos de piassava, presque entièrement à destination de l'Angleterre. Un peu de ce produit, avant la guerre, était dirigé vers l'Allemagne.
Sur 180.274 kilos de caoutchouc, 159.888 kilos ont été pour la France et 20.184 pour l'Angleterre. La France a reçu 16.603 tonnes de bois, l'Angleterre 12.325, l'Allemagne 30.276 et les autres pays 28.253. (Bulletin de l'Office Colonial, Janvier-Février 1916.)
Le caoutchouc au Gabon. — L'énorme importance prise par le caoutchouc de plantation diminue évidemment chaque jour l’intérêt du caoutchouc de cueillette. On estime que, en 1916, sur une production mondiale de 165.000 tonnes de caoutchouc, il y aura 125.000 tonnes de ce caoutchouc de plantation contre 40.000 tonnes de caoutchouc de cueillette ; et de ces 40.000 tonnes il n’y en aura guère que 9.000 provenant des pays autres que le Brésil. Nous avons, du reste, vu plus haut, à propos de l'Afrique Occidentale Française, quelle diminution ont subie dans leurs exportations de caoutchouc nos colonies comme la Guinée Française. Iln’empêche que, surtout en raison des besoins qu'entraînera après la guerre la réorganisation des industries, il y aura sans doute longtemps place encore, sur les marchés, tout au moins pour les caoutchoucs sylvestres bien préparés ;
et c'est dans le but d'obtenir précisément des indigènes, non seulement des récoltes plus importantes, mais surtout une amélioration dans la qualité, que, en Avril 1916, M. le Lieutenant-Gouverneur Guyon a adressé aux chefs de circonscription du Gabon une notice relative au mode d’exploitation de ce caoutchouc. Les instructions ont été rédigées par l’Inspecteur d'Agriculture Antonin Bories.
Le gouverneur recommandait :
1° L'organisation de chantiers de cueillette, dirigés et surveillés, soit par de notables indigènes qui y seront encouragés par les remises sur la perception d'impôts, soit par des gardes régionaux choisis, et, de préférence, des gradés.
2° La vulgarisation des procédés de récolte et d’amélioration du caoutchouc, notamment sous la forme de plaquettes minces, ou crépes, préférables aux formes en boules.
Pour favoriser ce procédé, une différence de 500 francs par tonne a été prévue en 1916 dans les prix de rétrocession, au bénéfice du caoutchouc en plaquettes minces.
Les plantes à caoutchouc du Gabon sont : l’zreh, ou Funtumia elasfica, comme arbre, dans le Nord de la colonie ; le ZLandolphia Klainei et le Landolphia owariensis, comme lianes ; puis le Landolphia Thollenir, comme producteur du caoutchouc des herbes.
Les meilleures époques de saignée sont le début des saisons pluvieuses, Octobre et Novembre d'une part, et Février et Mars de l’autre. On doit faire, de préférence, les incisions dès le matin, avant 9 heures ; on peut encore les pratiquer à la rigueur le soir après 16 heures. Un temps couvert est le plus favorable ; et sur le tronc, le meilleur côté est celui qui n’est pas exposé au soleil.
Avant l’incision, on racle l'écorce de ce tronc avec un fort couteau et on lave. La coagulation sur le tronc peut être conseillée, mais il faut faire perdre à l'indigène l'habitude de provoquer cette coagulation avec l'urine, ou la sueur, ou le sel marin. Le meilleur goagulat est une décoction de feuilles,
qu'on filtre et qu'on décante ensuite,
Lorsque la coagulation s’est opérée sur le tronc, M. Bories recommande de préparer le caoutchouc sous la forme de sheefs, suivant la méthode que nous avons déjà indiquée plus haut, à la Côte d'Ivoire. On fabrique un moule avec une planchette de bois non raboté, qu’on borde de 4 petites lattes formant côtés. La planchette a 20 à 25 centimètres de longueur sur 10 à 15 centimètres de largeur, et les lattes ont 1 à 2 centimètres de hauteur.
Toutes les larmes ou lanières du caoutchouc qui s’est coagulé sur le tronc des Landolphia sont placées les unes à côté des autres au fond de’ ce moule ; et, en les comprimant légèrement avec le pouce, on les soude les unes aux autres. Lorsque tout le fond du moule a été ainsi garni sur une seule épaisseur, la feuille, ou sAeef, est enlevée; on la lave, on la comprime entre deux surfaces planes, par exemple entre deux grosses pierres, puis on la fait sécher à l'ombre, dans un hangar peu éclairé et suffisamment aéré. Pour cette dessiccation, tous les sheets sont enfilés, à 2 à 3 centimètres d'intervalle, sur une ficelle ou une tige de liane. Ils sont suffisamment secs, en général, au bout d’une semaine. Il y a avantage, lorsqu'on le peut, à fumiger, en outre, ce caoutchouc en allumant du feu sous le hangar.
Le mode précédent de récolte se rapporte plus spécialement aux Landolphia. Pour le caoutchouc Funtumia elastica, M. Bories préconise la méthode indiquée, il y a quelques années, par M. Chevalier.
Pour le caoutchouc des herbes, le meilleur procédé semble celui qu'avait choisi le Service d'Agriculture du Congo Belge. Les rhizomes, déterrés et réunis en bottes de 1 à 2 mètres de longueur, sont transportés à l'endroit où doit être opérée l’extraction'du caoutchouc. Quelquefois les bottes sont plongées pendant quelques jours dans l’eau, afin que l'écorce se détache ensuite plus facilement que par le battage ; mais cette sorte de rouissage paraît plutôt défavorable. Mieux vaut débiter les rhizomes en fragments de 30 à 40 centimètres. Aux extrémités et sur les blessures se coagulent de petites larmes, qu’on recueille. Les fragments sont ensuite tapotés sur toute leur
longueur avec un maillet, ce qui facilite la décortication, qu’on opère avec un couteau. Les écorces détachées sont alors séchées au soleil pendant deux à trois jours, et elles sont prêtes maintenant pour le pilonnage. Les mortiers à fond conique sont ceux qui conviennent le mieux. Après qu’une certaine pulvérisation a été obtenue, on verse de l’eau sur la masse, tout en continuant à pilonner ; le caoutchouc se dégage plus rapidement. De temps en temps on le presse entre les mains pour en éliminer le liquide chargé d’impuretés ; et, lorsqu'il ne reste plus guère que le magma élastique, on le lave à grande eau et on le presse une dernière fois fortement entre deux rouleaux ou deux pierres arrondies, de façon à le rendre aussi compact que possible.
Le palmiste au Gabon. - À la suite de la Circulaire du Lieutenant-Gouverneur du Gabon que nous venons déjà de citer, M. Bories a donné également des conseils aux indigènes sur les meilleurs moyens de bien préparer, puis de bien conserver l'huile de palme. Après avoir rappelé les procédés employés au Lagos et au Dahomey, d’où proviennent les meilleures qualités de cette huile — procédés qui seront d’ailleurs de plus en plus remplacés avantageusement par l'outillage moderne des maisons européennes — M. Bories ajoute les renseignements suivants, qu'il est intéressant de reproduire :
« Il importe de faire ressortir aux indigènes que, en vertu de la faible quantité d'huile récupérée en une journée, ils ont tout intérêt à apporter le plus de soin possible aux diverses manipulations, afin d'obtenir un produit qui, par ses qualités, puisse être vendu à un prix rémunérateur. À ce sujet, il convient de rappeler aux fabricants que les meilleures huiles sont celles de coloration jaune rougeâtre, et qui, en outre, sont limpides.
« Bon nombre d'huiles indigènes ont une couleur plus ou moins foncée, provenant d’une mauvaise préparation. La fermentation et la cuisson que subissent les fruits au début de leur traitement (surtout la première de ces opérations), suivant
qu'elles sont plus ou moins prolongées, ont pour conséquence d'accentuer plus ou moins la coloration de l'huile et de lui donner en même temps un mauvais goût. De même, l’ébullition finale augmente la couleur en proportion de l'élévation de la température. Donc, si la fermentation et la cuisson sont poussées trop loin, l'huile obtenue est de coloration noirâtre et d’odeur désagréable.
« D'autre part, les huiles préparées avec des fruits tombés sur le sol, parce que trop mûrs, et ramassés après un contact prolongé avec la terre, ont une teinte noirâtre et un goût de moisissure souvent très prononcé.
« Il y a lieu de veiller à ce que les indigènes n’essayent pas de masquer la mauvaise qualité des huiles en ayant recours à la fraude. Dans certaines régions, les fabricants, pour donner une belle couleur rougeâtre à leurs produits, les additionnent de terre rougeâtre finement pulvérisée ou d’une décoction d'écorce de palétuviers. Ces falsifications ont pour conséquence de corrompre rapidement lhuile et nuisent à sa conservation. »
Au sujet de cette conservation de l'huile, M. Bories écrit encore : « L'huile de palme, même de bonne qualité, rancit rapidement, mais cette défectuosité n'empêche pas une bonne vente, pourvu que le produit soit de belle coloration, suffisamment limpide et exempt d’impuretés. D'autre part, le contact de l'air est nuisible à la bonne conservation de l'huile. Il provoque des fermentations qui ont pour conséquence de corrompre ou de décomposer le produit.
« Pour conserver, pendant au moins une année, une huile de bonne qualité, il importe donc de loger celle-ci dans des récipients bien étanches, fermés hermétiquement. C'est là chose facile dans les régions où la fabrication de l'huile de palme est, depuis de longues années, effectuée sur une vaste échelle ; les indigènes y sont approvisionnés en récipients de diverses natures, tels que ponchons, jarres, etc... bien appropriés pour la circonstance. Mais au Gabon il n’en est pas de même; les récipients sont plutôt rares, et le moment n’est pas favorable pour s’en procurer. Cette question du
logement de l'huile est donc difficile à résoudre et, cependant, il me semble que, grâce à de persévérantes recherches, on doit arriver, dans cette voie, à de bons résultats. Il y a lieu de conseiller aux fabricants embarrassés pour loger leurs produits, l'emploi, par exemple, de fûts vides (barriques, demi-barriques, etc....), de bidons ayant contenu du pétrole, mais à la condition que ces récipients ne soient mis en service qu'après avoir été, au préalable, lavés minutieusement à l’eau bouillante. Cette précaution est indispensable, l'huile s'imprégnant rapidement de la moindre odeur qui pourrait encore subsister dans les récipients. Enfin, pour obtenir la complète étanchéité des fûts et un bouchage hermétique des récipients, il est bon de faire des applications de mastic, à base de résine, de suif et d'argile mélangés en proportions convenables.
« Cette question du logement des huiles, en vue de leur conservation, est de grosse importance. Le fabricant qui dispose de récipients capables de garder la récolte pendant un certain temps, sans crainte de détérioration, a l'avantage de pouvoir écouler cette récolte au moment opportun, c’'est-àdire quand le prix lui paraît plus rémunérateur. À cet égard, il y a presque toujours intérêt à grouper les récoltes par village, par tribu ou par famille; on réduit ainsi le nombre de récipients à employer, et, comme les stocks présentés à la vente sont plus importants et de qualité uniforme, l'acheteur est amené à faire des offres plus avantageuses. Partant de là, il convient de faire appel à la collaboration du commerce local pour faciliter aux fabricants l'acquisition ou la mise à leur disposition des récipients nécessaires. Les transactions n’en seront ainsi que plus faciles et plus profitables pour le marchand comme pour le vendeur. »
Le commerce général de Madagascar en 1915. — En cette année 1913, le commerce global de la colonie s’est élevé à 109.833.000 francs ; c’est une plus-value de 19.383.000 francs environ sur 1914.
Les exportations de riz ont été de 19.323 tonnes ; l'Afrique du Sud et les Mascareignes importent de plus en plus ces riz malgaches, qui, aux Comores, remplacent également peu à peu les sortes de l'Inde.
Il a été exporté 1.726 tonnes de fécule de manioc, 530 tonnes de tapioca et 1.148 tonnes de maïs.
Les expéditions de bois ont été de 2.558 tonnes ; celles des fruits et graines à huile de 1.625 tonnes. Cette dernière augmentation est due à l'entrée en rapport des plantations du Nord-Ouest de l'île.
En 1914, les exportations de graphite, qui n'étaient que de 1.200 tonnes en 1911, s’élevaient à 12.000 tonnes ; elles ont été,
par conséquent décuplées en trois ans.
La culture du riz dans la région centrale de Madagascar. — En Juin 1914, M. H. Leroy, Vice-Président de la Chambre d'Agriculture de Madagascar, faisait à la Chambre d'Agriculture de Tananarive une conférence sur la nécessité, et les possibilités de l'extension de la riziculture dans le Centre de l’île.
Que l'étendue des rizières actuelles soit nettement insuffisante pour répondre aux demandes toujours croissantes des usines, de l’exportation et de la consommation locale, c’est ce que démontre bien tout d’abord M. Leroy, en prenant pour
exemple particulier la province Betsileo de Fianarantsoa, qui est une des régions les plus rizicoles de l'île.
Les surfaces de cette province cultivées en riz étaient de 23.971 hectares en 1911, 24.119 hectares en 1912 et 24.674 hectares en 1913. Soit une moyenne de 24.255 hectares, et, à raison d’une tonne parhectare,une production de 24.255 tonnes. Or la province a une population de 300.000 habitants dont la nourriture principale est le riz. Si l'on admet 500 grammes par jour et par individu — ce qui est un minimum — la consommation est de 150 tonnes par jour et 54.250 tonnes par an, et, par conséquent, notablement inférieure à la production, avec un déficit approximatif de 30.000 tonnes pour une année moyenne. Et très vraisemblablement on arriverait à des résultats identiques, par des calcuis analogues, pour les diverses provinces de l’île, exception faite pour celle de Tananarive où, surtout dans le voisinage de la ville, et grâce aux remarquables travaux du Service de Colonisation, la production fa pu être fortement augmentée.
Mais il importerait donc d'étendre à toutes les provinces cet accroissement de production et d'y encourager non seulement l'indigène mais aussi, et plus encore, le colon. Car M. Leroy s'élève énergiquement contre cette opinion, qui a été érigée en dogme, que la culture du riz à Madagascar ne pouvait être entreprise que par les Malgaches. Sans doute, le colon qui voudrait faire cette culture selon la méthode indigène éprouverait des déboires, mais il faut employer les instruments aratoires modernes et réduire la main-d'œuvre au strict minimum. Les résultats qu'a déjà obtenus dans ce sens, avec une vingtaine d'hommes, M. Leroy sont des plus encourageants.
Pour l'aménagement d’un marais encore vierge qu’on veut transformer en rizière, M. Leroy recommande de faire tout d’abord tous les travaux qui permettront de drainer ou d'irriguer à volonté cette rizière. Contrairement à ce que prétendent certains indigènes, il faut toujours pouvoir assécher le champ après la récolte, de même qu'il faut pouvoir l'irriguer aux moments voulus.
Le marais convenablement desséché, les herbes seront brûlées si c'est possible. Un premier gros labour sera alors exécuté avec de robustes Brabant doubles, construites pour exécuter des labours de 30 centimètres de profondeur, mais qui, dans le cas présent, seront plutôt choisies en raison de leur solidité, car des labours de 18 à 20 centimètres sont suffisants. Un hersage énergique est ensuite nécessaire. Il sera suivi d’un second labour fait en travers, au moment de la plantation du riz ; et à ce second labour succèdera un second hersage, complété par l’action du piocheur vibrateur. Dans les terres feutrées comme celles des marais, ce piocheur vibrateur, qui est un scarificateur à lames flexibles, effectue un excellent travail; la vibration des lames empêche le bourrage. Ainsi préparé, le terrain peut, dès cette première année, donner une récolte passable, à la condition qu'il soit deux fois sarclé à la méthode indigène.
Lorsque, plus tard, la récolte a été enlevée et que l’eau s’est écoulée, on déchausse avec le piocheur vibrateur, et le sol déchaussé reçoit, cette fois avec la Brabant double, un unique labour, suivi de plusieurs hersages, puis d’un ou de plusieurs passages du piocheur vibrateur. Le sol étant bien scarifié, un sarclage ultérieur à la main, toujours onéreux, est inutile.
Mais autre question : faut-il semer directement ou repiquer ? M. Leroy, contrairement à l'opinion courante, est pour le semis direct, qui, selon lui, ne supprime pas seulement les frais de la transplantation, mais donne aussi un rendement supérieur. L'indigène, dit M. Leroy, repique : 1° parce que, en général, à l’époque des semis, l’eau fait défaut, d’où la nécessité d’une pépinière d'attente ; 2° parce que, avec l’'angady, le labourage est grossier et la rizière mal nivelée ; 3° parce que cet indigène manque ordinairement de la quantité de paddy indispensable pour ce mode de semis, qui emploie presque le double de ce qu’exige la pépinière. Il faut ajouter que, par la bonne préparation préliminaire de son champ, M. Leroy a diminué la nécessité du sarclage, qui est un des inconvénients du semis direct.
Un mois après le semis ou la plantation, la rizière doit être mise à sec, et hersée au moyen de la herse articulée.
La moisson est effectuée à la faucille, et le battage peut être obtenu par la batteuse à pointe, actionnée par un manège à quatre bœufs.
Quant à la fumure, elle est réalisée au moyen du fumier de ferme, qu’on enterre avec la charrue. Chaque parcelle de rizière n’est fumée que tous les deux ans.
Et M. Leroy évalue à 3 tonnes par hectare le rendement qu'il peut obtenir avec son mode de culture.
Au point de vue de l'amélioration de la qualité, le distingué Vice-Président de la Chambre d’Agricuiture de Madagascar a aussi poursuivi quelques essais de sélection, qu'il a principalement entrepris sur la variété vary lava. Nous aurons sans doute l’occasion de revenir plus tard sur ces expériences, sur lesquelles nous ne voulons pas insister aujourd’hui, la question de l’hybridation des riz, qu'a abordée M. Leroy, étant une question très discutée. En tout cas, M. Leroy émet l'opinion formelle que ‘* Madagascar paraît être un pays absolument propice à la culture du riz de luxe”.
La riziculture comparée à Madagascar et en Italie. — Nous avons publié en 1914, dans un Bulletin de lÆ£xpansion Coloniale (Le Congrès de riziculture de Vercelli), et comme suite à une enquête que nous avions faite dans le Vercellèse, une petite étude sur la culture et la récolte des riz dans cette région du Nord de FlItalie. Ce rapport a servi de base à M. Leroy pour une étude comparée des procédés employés en Italie et de ceux employés ou employables à Madagascar ; nous croyons bon de reproduire en partie cette étude :
« En Italie, la rizière est divisée en pièces, ou appezzamenti, de 6 hectares environ, que bordent des saules ou des peupliers.
La configuration du sol malgache ne permettrait que rarement la détermination d'étendues aussi vastes. Sur nos
rizières, la pièce, ou ‘‘vala”, a 3 hectares environ. Chaque
vala est séparée par une digue peu élevée formant route,
Aucun arbre n'est planté autour de la rizière, mais Fidée italienne est à retenir. Le riz craint, en effet, énormément le vent, principalement au moment de la floraison. Il est donc de toute évidence qu'une ligne d'arbres atténuerait la brise. L'expérience est à tenter. Les arbres attirent les oiseaux, en particulier les ‘‘fody”, disent les indigènes. En admettant que cette indication soit exacte, il faudrait encore contrôler si les dégâts causés par le vent ne sont pas supérieurs à ceux causés par les oiseaux. J’ai vu des rizières ne donner qu’une récolte à peu près nulle à la suite d’un coup de vent survenu à l’époque de la floraison.
En Italie, la pièce est divisée par des digues qu’on établit aux endroits où le niveau du terrain se modifie. Ici c’est le
Ca
bourrelet de terre, ou ‘‘talaka”, qui, comme la digue italienne, est percé, coupé de distance en distance, pour permettre à l'eau de s’écouler dans le plan inférieur. L'emplacement de ces bourrelets est judicieusement choisi. Comme la digue italienne, le talaka est fixe. Sa construction demande des soins, et toute modification est onéreuse. D'autre part, il ne faut pas perdre de vue que le talaka ne doit, en aucune façon, entraver la marche des instruments aratoires. Dans ce but, et ne perdant pas de vue qu'à Madagascar les grandes surfaces planes sont une exception, il est à recommander de faire des planches étroites, mais longues. Il est, en effet, difficile de labourer avec un attelage de six bœufs si les sillons sont très courts ; par contre, le labour se fera très facilement sur une planche longue et étroite. Le peu de largeur de l’espace compris entre deux talaka ne gêne en rien la marche des herses et des piocheurs vibrateurs.
Le riziculteur italien apporte sur la rizière, avant le labour, du fumier, du superphosphate et de la corne torréfiée. Pour nos rizières malgaches, le superphosphate ne me paraît pas recommandable. J’ai indiqué à la Chambre d'Agriculture que je fumais au fumier de ferme et que je procédais en ce moment à des essais d'engrais à la poudre d'os. Nos rizières sont généralement acides, dépouvues
presque totalement de chaux et d’une très faible teneur en acide phosphorique. En introduisant dans le sol de la poudre d'os, nous neutralisons l'acidité naturelle du terrain. Le phosphate de chaux devient, en outre, assimilable, grâce à sa combinaison avec les acides contenus en abondance dans la rizière. Ce double résultat a encore pour effet de favoriser la nitrification. En milieu acide, la nitrification est toujours ralentie, au point de devenir pratiquement nulle. L'absence de chaux, l'énorme quantité de débris végétaux accumulés dans les fonds des vallées, donnent naissance à une forte quantité d'acide ; d’où la nécessité d'introduire une base capable de la neutraliser. Le riz, et principalement le vary lava, le plus beau de nos riz, craint l'acidité du sol. Les indigènes savent reconnaître le sol acide, qu'ils appellent, en pays Betsileo, ‘‘tany manara”, ou terre froide. Dans ces rizières, la réaction est franchement acide et lessai à la teinture de tournesol ne laisse aucun doute à ce sujet. Pour amender ces terres, les indigènes brûlent la tourbe, apportent des cendres et des engrais très décomposés. Très vraisemblablement un apport de chaux ou de poudre d'os donnerait à meilleur compte un résultat supérieur. Les os sont abondants dans le pays ; les fabriques de conserves pourraient très vraisemblablement en livrer à bon compte.
Les Italiens apportent encore sur la rizière des engrais azotés. Cette dépense toujours considérable me paraît inutile pour la rizière malgache, et il suffira, comme je viens de le dire, de favoriser la production d’azote assimilable par lintroduction d'une base calcaire.
Les engrais épandus, on laboure et on herse. Aucune différence entre les deux pays. Mais, tandis qu'en Italie le hersage est suivi d’un émottage à la houe, fait par des femmes, j'emploie ici l'émottage mécanique. Le cultivateur canadien, à lames flexibles, ou piocheur vibrateur, fait ce travail mieux et surtout plus économiquement. Il me semble qu'à ce point de vue le cultivateur italien est en retard,
En Italie, on sème sous l’eau. Ce travail réclame l'emploi de semoirs spéciaux. J'ai indiqué à la Chambre d’Agriculture que je semais à sec et que, par ce procédé, j'obtenais un rendement très supérieur à celui obtenu avec du riz repiqué ; mais il est fortement possible que la production soit encore augmentée en semant sous l’eau au semoir. D'ailleurs, le rendement considérable de 5 tonnes 1/2 à 6 tonnes à l'hectare indiqué par M. Jumelle, et obtenu dans le Vercellèse, semble le démontrer.
C'est un essai à tenter, mais il n’est pas facilement réalisable sans le semoir italien. A ce point de vue, on ne peut que regretter qu'aucune aide ne soit donnée aux riziculteurs de Madagascar.
La rizière italienne est mise à sec pour le sarclage. M. H. Jumelle ne nous donne aucune indication précise sur les instruments employés; c’est regrettable. Ici, je sarcle à la herse articulée, mais cet instrument donne un travail insuffisant dans les rizières nouvelles. La Station rizicole de Vercelli a établi des instruments qui donnent de bons résultats ; il serait intéressant de les essayer dans nos rizières malgaches.
Huit jours avant la moisson, on laisse écouler l’eau, en Italie. J’opère de même, mais ce n’est pas toujours possible pour les riz de première saison, qui arrivent à maturité en saison des pluies.
C’est quelques jours avant cet assèchement que, dans la mince couche liquide qui reste encore, lon sème, en Italie, le trèfle incarnat, qui sera enfoui plus tard comme engrais vert. Ceci est intéressant au plus haut degré ; mais il ne faut pas oublier que le trèfle incarnat, de même que la luzerne, ne réussit bien qu’en terrain riche en acide phosphorique. Sur nos rizières, cette culture à la dérobée ne sera possible que si la rizière a reçu une bonne dose d'engrais à la poudre d'os. Sous cette condition, il est certain que le trèfle incarnat pourra donner une bonne récolte, non seulement comme engrais vert, mais encore comme récolte de fourrage. Dans les mêmes conditions, une culture de blé pourrait être inter-
calée, et la rotation établie dans le Vercellèse devrait donner ici de bons résultats. Cette rotation serait la suivante : quatre années de rizières, une culture de blé et un ou deux ans de prairies.
Succédant au riz cultivé dans les conditions que je préconise, le blé trouvera un sol parfaitement ameubli, débarrassé des mauvaises herbes, riche en acide phosphorique et en azote assimilable. L'aspect de la récolte, son rendement ne ressembleront alors en rien à ce que nous voyons dans les environs d'Antsirabe, où nous semblons véritablement nous
être un peu trop mis à la remorque du cultivateur indigène ».
Le palmiste à Madagascar. — L'Æ/aeis qguineensis du continent africain, dont une variété madagascariensis pousse spontanément dans l'Ouest de Madagascar, a été importé vers 1903 dans la colonie, et planté à la Station de lIvoloina. Sa végétation, sur les terrains alluvionnaires des plateaux qui longent la rivière, paraît très normale. Les premiers fruits sont apparus la 6° et la 7° année; et à dix ans il y avait 6 à 10 régimes par pied. Encouragés par ce résultat, de nombreux planteurs ont commencé à multiplier le palmier dans leurs concessions. D'après les analyses faites à Nanisana par M. Gohier, des fruits frais se composaient de 32 pour cent de pulpe et 68 de noyau, celui-ci correspondant à 45,5 pour cent de coque et 22,5 pour cent de graine. La pulpe contenait 54 pour cent d’huile à l’état frais, et 65 pour cent à l’état sec, l'humidité étant de 17 pour cent. Les graines, ou amandes, contenaient 49,5 pour cent de substance grasse. Des fruits récoltés depuis 6 mois se composaient de 29,33 pour cent de pulpe et 70,66 de noyau ; et celui-ci correspondait à 51,66 de coques et 19 d'amandes. La teneur de la pulpe en huile était de 59 pour cent.
Après comparaison entre ces résultats et ceux des analyses données pour certaines variétés africaines on peut reprocher aux fruits récoltés à Madagascar une proportion relativement faible de pulpe, et, inversement, une forte proportion de coque. Mais, la pulpe étant très riche en substance grasse, il
n'y aurait donc qu'à introduire, semble-t-il, dans la colonie, des variétés choisies pour que cette culture du palmiste devint très rémunératrice. (Supplément au Journal Officiel de Madagascar du Samedi 18 Septembre 1915).
Les engrais à trouver sur place. — L'installation des usines frigorifiques ou de conserves de viande a pour conséquence de permettre la préparation, sur place, du sang desséché et de la poudre d’os.
De grandes quantités de sang sont chaque jour perdues dans les abattoirs de la colonie. Un bœuf fournit, en moyenne, 10 à 15 litres de sang, contenant 80 pour cent d’eau et 3 pour cent d'azote très rapidement assimilable. Ce sang peut être conservé par dessiccation. Or un essai de fabrication de sang desséché a été tenté au Laboratoire de Nanisana. 20 litres de sang frais ont été mélangés avec 5 pour cent de chaux vive en poudre. La coagulation s’est produite aussitôt et a donné un bloc qu'on a réduit en menus fragments; le tout a été étalé sur une aire de 1 mètre carré, au soleil. Au bout de 4 jours, le produit, qui avait été remué deux ou trois fois par jour, était suffisamment sec pour être mis en sac; et il dosait 28 pour cent d’eau, 8,5 d’azote et 14 de chaux, plus 0,5 à 1 pour cent environ d'acide phosphorique et de potasse. Par une plus longue dessiccation, le degré d'humidité peut être amené à 17 ou 18, avec 10 pour cent d’azote. Ce sang desséché est à recommander comme fumure pour les terrains qui tendent à s’appauvrir rapidement en azote, notamment pour les caféiers en colline.
D'autre part, des os livrés par l'Usine frigorifique de Tamatave, os qui ont été ébouillantés, et même passés dans les autoclaves, pour lextraction de la matière grasse, contenaient 3,4 pour cent d'azote et 23,3 d'acide phosphorique. Pulvérisés très finement, ces os seraient un très bon engrais pour les terres tourbeuses. Les os, cornes et sabots livrés par les abattoirs doivent être brûlés dans un four à briques ordinaire ou à feu nu. Sur la propriété, le broyage peut être effectué au moyen d’un cylindre en pierre se mouvant dans
une auge circulaire, en pierre ou en maçonnerie. Le mouvement peut être donné par un manège à bœufs ou au moyen d’un moteur quelconque.
A Nanisana, M. Gohier a encore analysé les balles de riz et a trouvé :
Pour des balles ordinaires, 0,39 pour cent d’azote, 6,14 d'acide phosphorique et 0,28 de potasse ;
Pour des balles brûlées, pas d'azote, 0,29 d'acide phosphorique et 0,60 de potasse.
Ces chiffres sont faibles ; ‘les résidus en question ne sont donc guère utilisables que sur place, en mélange avec le fumier de ferme. (/4., 18 Septembre 1915).
La Station de l’Ivoloina. — Le Service de Colonisation de Madagascar a publié en 1916 un Guide ef Catalogue de la Sfation de l'Ivoloina, comme ïl serait désirable qu’en publiassent les autres Stations d'Essais de nos colonies.
Le Catalogue de la Station de l'Ivoloina a été très méthodiquement dressé par M. G. Carle, chef du Service de Colonisation, et M. Eug. Jaeglé, chef de la Station ; et il sera un excellent guide pour les visiteurs, planteurs ou simples curieux qui passent à la Station. L'inventaire de tous les végétaux qui y sont cultivés est accompagné d’un plan qui doit permettre de retrouver aisément chaque plante.
L'opuscule relate en même temps lhistoire de ce Jardin, qui a déjà rendu beaucoup de services à la colonie.
A 10. mètres environ d'altitude, à 3 heures à lest de Tamatave, la Station, qui fut créée en 1898, se trouve sur la route qui se dirige vers lelac Alaotra.C'est là que viennent se terminer les derniers contreforts des falaises qui s’'étagent en escaliers successifs jusqu'aux Hauts Plateaux.
Le climat est celui de la côte Est, c'est-à-dire caractérisé par des pluies abondantes et presque continues. Il n'y a qu'une période presque sèche, en Octobre. La température est toujours assez élevée, surtout de Janvier à Avril, moindre de Mai à Septembre.
En 1915, la Station a délivré 356.056 plants divers et
2,022.593 graines. Beaucoup d'espèces ou variétés de caféiers ontété ainsi distribuées. Une usine d'essais pour la préparation des produits récoltés dans le domaine a, en outre, été installée. Un troupeau de bovins est aussi entretenu ; il sert pour les travaux de préparation du sol et fournit du fumier,
Les minerais à Madagascar. — Un gisement de cuivre a été découvert en Septembre 1915 à 15 kilomètres de Vohémar : et les travaux effectués depuis lors ont mis à découvert un filon de 3 mètres de largeur sur 2 mètres à 2 m. 50 de hauteur. Le cuivre s'y trouve à l’état de carbonate de cuivre et d'oxyde cuivreux. D'une longueur supérieure à 1 kilomètre, le filon se suit très bien en affleurement sur un parcours de 400 mètres ; et il donnerait sur ce parcours, d’après les calculs, plus de 80.000 tonnes d'extraction facile. D'autres gisements seront, sans doute, découverts dans la région de Vohémar.
A signaler dans le Bulletin de l'Office Colonial de Janvier- Février 1916 une étude de M. Pétri, directeur du Laboratoire de Chimie de Tananarive, sur le traitement industriel des minerais uranifères, en vue de l'extraction des matières radioactives.
Les exportations en 1914. — L'Indochine a exporté en 1914 1.418.966.950 kilos de riz sous ses diverses formes, 1.473.904 kilos de fécules diverses, et surtout de manioc, 99.205.200 kilos de maïs, 2.612.602 kilos de haricots (dont 2.477.423 kilos vers Hong-Kong), 11.923.109 kilos de fruits et graines à huile, 4.010.539 kilos de sucres divers, 3.249.141 kil. de poivre, 1.416.299 kilos de rotins, 8.010.852 kilos de cunao (dont 7.438.458 kilos vers Hong-Kong), 16.179 kilos de benjoin, 194.646 kilos de caoutchouc, 5.000 tonnes environ de bois à construire (dont la moitié au moins vers Hong-Kong), 4.171.195 kilos de coton brut, 1.166.279 kilos de coton égrené, 14.113 kilos de jute brut, 70.153 kilos de kapok, 21.281 kilos de chiendent, 53.603 kilos d'essence de badiane, 206.474 kilos de gomme-laque, d’une valeur de 165.180 francs, etc. — (Journal Officiel de l'Indochine Française, 20 Mai 1915.)
Les exportations par Saigon en 1915. — Les exportations de riz par Saigon en 1915 ont été de 1.091.437.000 kil., dont 7.328.000 de riz cargo, 777.739.000 de riz blanc, 48.358.000 de paddy, 138.656.000 de brisures et 119.346.000 de farine. Les expéditions de poivre ont été de 4.008.266 kilos, dont 724.787 kilos de poivre blanc et 3.283.479 kilos de poivre noir. Celles de maïs ont été de 36.614.734 kilos, dont 7:982.165 kilos de maïs blanc et 24.632.569 kilos de maïs rouge. Ilest sorti encore, notamment : 6.536.634 kilos de coprah ; 2.623.281 kilos de coton, dont 455.775 kilos de coton égrené et 2.067.507 kilos de coton non égrené ; 296.419 kilos de caoutchouc,
La gomme-laque et son traitement industriel. — [a gomme-laque, ou stick-lac, qui est la sécrétion résineuse d’un insecte, le Coccus Lacca, ou Carteria Lacca, ou Tachardia Lacca, a, pour les contrées où elle est récoltée, et qui sont l'Inde et lindochine, le double intérêt d’être un produit d'utilisation locale et un article assez important d'exportation.
Dans l'Inde, au Siam, en Birmanie, on emploie la gommelaque dans la'fabrication d'objets très divers : filaments dorés pour ornements, barattes à lait, navettes, bobines, meules, poignées de sabre ou de poignards, bracelets. La plupart de ces bracelets à bas prix que les indigènes portent aux pieds et aux mains dans toute l'Inde, lorsqu'ils ne sont pas en verre ou en métal, sont formés d’un déchet de la fabrication de ce que nous allons appeler le s4e//-lac. En Indochine, c’est la gommelaque qui sert, entre autres usages, aux indigènes pour laquer leurs dents, comme moyen de préservation contre la carie.
Industriellement, la gomme-laque, en Europe, entre depuis longtemps, en proportions variables, dans la fabrication des vernis pour meubles, quoique, du reste, cette fabrication des meubles vernis ait beaucoup diminué, remplacée par les meubles cirés ; mais on utilise aussi beaucoup la gomme-laque comme isolant en machinerie électrique, ou encore pour la pâte à disques de phonographe, ainsi que pour les pierres lithographiques. Les sortes inférieures sont achetées pour la coutellerie, ainsi que pour la préparation des cires à cacheter, etc.
De tout temps, le grand pays exportateur a été l’Inde, qui expédiait, pendant la campagne 1913-1914, 17.000 tonnes environ de sortes diverses de cette gomme-laque, alors que notre Indochine n’en expédiait que 206 tonnes en 1914.
D'ailleurs jusqu’en 1905 toute notre production indochinoise n'était exportée qu'à l’état de matière première, qu'on déboisait et nettoyait seulement plus ou moins; et ce n’est qu’en cette année 1905 que l’‘ Union Commerciale Indochinoiïse” chargeait l’un des colons les plus actifs et les plus au courant de la culture et de l’industrie locales en Indochine Française, M. Hautefeuille, de propager auprès des indigènes les
procédés depuis longtemps en usage dans l'Inde pour le raffinage de la gomme-laque.
Sur les 17.000 tonnes de gommes-laques exportées de l'Inde en 1913-1914, il n'y a, en eflet, que 60 tonnes au plus de stick-lac, et il y en a près de 14.000 de shell-lac et 1.000 de button-lac.
Et shell-lac et button-lac sont les deux grandes sortes de stick-lac raffiné, le s/e//-lac se présentant en écailles ou en paillettes, et le bufton-lac en boutons ou en macarons.
Grâce aux données qu'il avait pu se procurer au cours d’une mission agricole dans l'Inde en 1904, M. Hautefeuille montait, en 1905, à La Pho une modeste usine qui, depuis lors, s’est progressivement développée, et où des ouvriers annamites, aussi habiles et plus soigneux que les Indous, savent maintenant préparer de la gomme-laque indochinoise raffinée.
Personne, dans ces conditions, n'était plus compétent que M. Hautefeuille pour résumer, comme il vient de le faire, dans le Bulletin Economique de l’Indochine de Novembre- Décembre 1915, toute l'histoire de la production et des procédés de récolte et de préparation de la gomme-laque. Cette histoire, au point de vue du raffinage du produit, se trouve complétée par un article antérieur de M. Pidance, paru . dans le même Bulletin en Mai-Juin 1914.
L’aire de production de linsecte à laque s'étend depuis le Tonkin jusqu’au Nord de lInde Anglaise; elle forme un rectangle assez régulier qui, commençant à Van-Yen, au Tonkin, et à Szémao, en Chine, pour se terminer aux confins du Punjab, couvre le Haut-Tonkin, le Laos, le Siam, Ha Birmanie, l’Assam Moyen, certains districts du Bengale et des Provinces Unies, les Provinces Centrales, le Sind et certains districts du Punjab.
Les arbres sur lesquels peuvent vivre les Zachardia sont nombreux et de familles diverses ; ce sont des Légumineuses, parmi lesquelles lAcacia arabica, le Butea frondosa, le Cajanus indicus, etc., des Sapindacées, telles que le ScAleichera trijuga, des Euphorbiacées, des Rhamnées, des Urticacées, parmi lesquelles les Æicus, des Térébinthacées, etc.
Mais les insectes ne donnent pas sur tous ces arbres la même qualité de laque; et c'est sur le Schleichera trijuga, ou kusam des indigènes, abondant notamment dans les Provinces Centrales, qu’on récolte la meilleure de toutes les sortes,
avec laquelle on obtient le ‘‘ Fine Orange” du commerce. Une seconde qualité est recueillie sur le Putea frondosa, très répandu dans l'Inde, où c’est le palas, ou dhak. On récolte aussi beaucoup sur le Ficus religiosa, Y Acacia arabica (dans les régions désertiques du Sind), l'A/bizzia Lebbek et le jujubier.
Presque toujours, dans l’Inde comme en Indochine, ces arbres exploités sont des arbres qui ont été semés et qui sont entretenus en vue de l'élevage de l’insecte. Lorsque ces arbres ont été préparés par une taille préalable, plus ou moins nécessaire suivant l'espèce, mais qui, en tout cas, a pour but de multiplier le nombre des branches tendres sur lesquelles le 7Zachardia sera apporté, on pratique l’inoculation. Celle-ci est faite avec le hroad-lac, qui est un fragment de stick-lac dont les œufs sont près d’éclore. On le choisit dans les parties saines des branches, exemptes de larves d’insectes. La brindille de bois qui le porte est coupée, et ce tronçon de 20 centimètres environ de longueur est fixé, avec une attache quelconque, sur le rameau où devront apparaître les colonies. Souvent toutefois avant cette inoculation le broad-lac est laissé pendant quelque temps sur un cadre en bambou, dans un endroit frais et aéré ; et il n’est porté à sa place définitive que lorsque commence l'émergence, qui se manifeste par le rougeoiement des tronçons.
On ne peut souvent d’ailleurs inoculer un arbre qu'avec du broad-lac provenant d’un rameau de la même espèce; ce qui prouve bien qu'il est des races diverses de 7achardia Lacca, chaque race vivant plus ou moins exclusivement sur un ou quelques arbres déterminés.
L'insecte a deux évolutions par an. On peut donc, dans les pays du moins où le climat le permet, faire deux récoltes annuelles. Les conditions pour la production du stick-lac sont une température moyenne, ni trop élevée ni trop basse, et
une pluviosité annuelle d'environ 750 millimètres. En général, on ne trouve guère le 7achardia à moins de 350 ou 400 m. ni à plus de 700 mètres. Et il ne suffit donc pas que les arbres producteurs puissent croître dans une région pour que l’insecte réussisse également à vivre. On comprend de même que c’est suivant la plus ou moins grande rigueur de l'hiver dans une localité que la récolte sera unique ou double.
Lorsqu'elle est double, — ce quiest le casle plus fréquent — un même arbre, pour certaines espèces, peut à la rigueur supporter deux inoculations annuelles ; cependant il paraît préférable, la plupart du temps, de ne pratiquer sur un même pied qu’un seul ensemencement; et on divise les arbres en deux groupes. Dans le premier, les arbres sont taillés en Février et inoculésen Juin suivant ; dans le second, les arbres sont taillés de façon à être inoculés en Octobre. Les récoltes, sur un même pied, seront plus ou moins espacées suivant l'espèce ou la vigueur de ce pied.
D’après M. Maxwell-Lefroy, qui a surtout étudié l’insecte sur le jujubier, dans le Béhar, un rendement annuel de 2 kilos de stick-lac par arbre est modéré, et un pied en bon état doit pouvoir fournir jusqu'à 10 kilos.
Dans l'Inde, les opérations successives que subit ce stick-lac brut sont le déboisage, le lavage, le triage, puis la filtration, accompagnée d’une cuisson, et la mise en paillettes ou en macarons.
Un produit intermédiaire entre le s/ick-lac, d'une part, et le shelElac ou le bufton-lac, de l'autre, est le seed-lac. ou laque en grains, qui est le stick-lac déboisé, lavé et criblé, mais non raffiné.
Le déboisage consiste à détacher, avec un couteau ou à la main, selon Flespèce d'arbre, la résine qui recouvre les rameaux sectionnés. En certains cas, il faut achever l’enlèvement de la gomme-laque en écrasant les brins au moyen d’un rouleau en pierre, ou dhenkli : c'est le concassage.
La laque recueillie est laissée dans l'eau pendant toute une nuit ; c'est le lavage, que les Indous complètent parfois avec du carbonate de soude monohydraté. On saupoudre alors
avec ce carbonate, à la dose de 800 grammes pour 100 kilos, la matière qui a subi deux ou trois lavages et on lave de nouveau dans une petite quantité d’eau, en frottant aussi vivement que possible.
Après tamisage dans une pièce de toile assez serrée, la matière est séchée au soleil pendant 2 ou 3 heures, ou à l'ombre pendant 24 ou 48 heures; et un bon nettoyage par criblage donne enfin le seed-lac.
Ce seed lac est trié en:
Gros grain, qui est exclusivement employé pour la meilleure qualité de shell-lac ;
Grain moyen où petit, pour la marque T N, qui est un bon shell-lac moyen ;
Poudre, pour le button-lac.
Pour la cuisson et la filtration, qui sont deux opérations menées simultanément, on ajoute au seed-lac 2 à 3 pour cent d’orpiment (trisulfure d’arsenic), qui donne la teinte jaune, et dont l'utilité est d’ailleurs contestable, et 4 à 5 pour cent de résine de pin qui facilite la cuisson.
Ce mélange est versé dans des tubes en toile, de 9 à 11 m. de longueur et de 7 à 8 centimètres de diamètre: et c’est dans ces tubes que le stick-lac va être, à la fois, porté à l’ébullition et filtré. 0
Une des extrémités du tube convenablement rempli est fixée à un tourniquet en bois, ou phirki, qu’un ouvrier tourne toujours dans le même sens, et qui tord ainsi cette espèce de boudin ; l’autre extrémité est tenue par un ouvrier à proximité d’un four chauffé avec du charbon de bois.
L'enveloppe qui constitue le tube diffère selon qu'on veut préparer du shell-lac ou du button-lac. Pour le shell-lac, elle est composée de deux toiles; pour le button-lac une seule toile, au contraire, suffit, mais elle doit être fine et très résistante.
D'autre part, les fours employés sont plus grands pour le shell-lac que pour le button-lac.
On prépare, du reste, beaucoup plus du premier de ces deux produits que du second, puisque nous avons déjà vu
INDOCHINÉE 81
que, sur 339.166 quintaux (de 50 k. 700) de laque que l'Inde à exportés pendant la campagne 1913-1914, il y avait 275.357 quintaux de shell-lac et 21.865 quintaux seulement de button-lac.
S'agit-il donc d’obtenir du shell-lac ? La masse qui a été introduite dans le boudin entre en fusion sous l'influence de la chaleur du four ; elle traverse alors les toiles, en formant une sorte d’enduit qui s’agglutine autour du boudin et tourne avec lui. Mais, se ramollissant de plus en plus, cet enduit tombe en gouttes sur une dalle qui est devant le‘ fourneau. L'ouvrier, avec une spatule, ramasse la masse fondue, la malaxe sur une pierre de marbre, puis la replace sur le boudin, où il la maintient avec le plat de sa lame jusqu'au moment où elle a la consistance et la teinte voulues. Alors il l’'enlève par raclage et la passe à un assistant qui l’étale sur une bouteille en faïence, remplie d’eau chaude et disposée horizontalement. La paroi de cette bouteille doit être à la température de 60 degrés environ. La masse y est étalée sous forme de peau, que l’ouvrier détache ensuite pour la présenter à la flamme du fourneau, en même temps qu'il l'étire en tous sens. Et finalement il obtient une feuille transparente qui rappelle assez par son aspect une peau de vache très mince. Elle est étendue sur une toile, et, lorsque le refroidissement en est complet, on enlève à la main les parties défectueuses des bords, parties restées épaisses, brunes ou plissées, qu'on remet sur la matière en fusion, pour les traiter à nouveau. Les pellicules tirées sont étendues en couches minces jusqu’au moment de l'emballage.
La fabrication du bufton-lac est plus rapide que celle du shell-lac, car, lorsque la matière, qui est à grain plus fin que précédemment, est cuite, le chef de fourneau, au lieu de létaler à la surface de la bouteille horizontale chauffée, la dépose simplement, par petits macarons, sur le dos de la gaine foliaire d’une espèce déterminée de Musa. Le choix de ce Musa n'est pas indifférent, car les gaines de certaines espèces sont trop aqueuses, et leurs gaines, en cuisant sous l’action de la température de la gomme, se déformeraient. Lorsque chaque
petit macaon est bien refroidi, on le décolle ; il garde la forme d’un petit morceau de tuile creuse.
Telles sont donc les opérations pratiquées depuis longtemps dans l'Inde et que, nous l'avons dit plus haut, M. Hautefeuille s’est efforcé d'introduire au Tonkin.
Mais, en même temps, M. Hautefeuille s’est également préoccupé, au cours de plusieurs tournées en Indochine — tournées momentanément interrompues — d'établir la répartition exacte de la production de gomme-laque dans notre colonie. Dès maintenant il est reconnu que les trois grandes régions de cette production sont celles de Sonla, du Song-Ma et du Nam-Hou, qui descend sur Luang-Prabang. Il reste cependant encore à dresser une carte plus précise de ces régions et de celles qui sont encore mal connues, de même qu’à élucider différentes questions relatives à l'élevage du Tachardia, au choix des arbres à cultiver, aux sortes de gomme-laque produites et à la préparation rationnelle du stick-lac raffiné, etc. Espérons”que, par des recherches sur tous ces points, M. Hautefeuille pourra peu à peu compléter la belle série d’études qu'il a commencée et qui doit être si profitable à notre commerce indochinois.
Le produit de notre colonie n’est pas entièrement identique à celui de l'Inde. Il a le défaut d’être plus coloré, mais il a, par contre, l'avantage de se présenter en morceaux plus gros, et plus facilement détachables de la brindille qui les porte, et d'être aussi moins friables ; et ces caractères physiques, ainsi que l’a reconnu M. Hautefeuille, rendent inutile, au moment de la cuisson, l'addition de résine. C’est là une supériorité réelle qui doit contribuer à faire apprécier le shell-lac du Tonkin : et, en fait, l'article a déjà été bien accueilli sur les marchés européens. Nous n’aurions donc plus, désormais, à exporter à Calcutta, comme nous l'avons fait jusqu'alors, une partie de notre stick-lac, en vue de le faire soumettre au raffinage qu’exigent ordinairement les maisons d'Europe.
L'enseignement du raffinage de la gomme-laque est d’ailleurs officiellement reconnu par notre Administration, car, dans le Journal Ofiiciel de l’Indochine Française du 23 Septem-
bre 1915, on pouvait lire que cet enseignement pratique de la transformation de la gomme-laque en shell-lac sera donné par M. Hautefeuille à La Pho, du 1° Octobre au 1° Novembre, et que des démonstrations d’une durée de cinq jours auront lieu aussi éventuellement à Hanoï. Les inscriptions devaient être prises à la Direction des Services agricoles et commerciaux du Tonkin.
C’est la juste consécration de tous les efforts que fait, depuis 1904, M. Hautefeuille, efforts qui, au reste, n’ont pas empêché le distingué agronome de s'intéresser en même temps, comme on va le voir, à d’autres branches de notre culture et de notre industrie coloniales. |
La ramie en Indochine. — [a culture de la ramie en Indochine est, en effet, encore une de ces questions qu'a bien étudiées M. Hautefeuille ; et il l’a longuement traitée dans le Bulletin Economique de Septembre-Octobre 1915.
M. Hautefeuille dit au reste lui-même que son travail est surtout une compilation, mais à laquelle il a pu ajouter des observations tirées d’une longue pratique, ou recueillies au cours de voyages ou à la suite de ses expériences personnelles, et de celles notamment faites au Tonkin, depuis 1907, à cette même Station de La Pho, où ont été poursuivies les recherches sur la gomme-laque.
Les quatre ramies qui ont été cultivées à La Pho sont la ramie blanche, la ramie verte et deux espèces ou variétés qui ont été trouvées au Laos et au Yunnam, l’une jaune et l’autre rouge.
Les deux premières sont les plus intéressantes ; il ne semble pas néanmoins jusqu'alors que leur culture puisse prendre une grande extension au Tonkin. La ramre verte, persistante, convient aux climats très chauds, mais ne supporte pas l'hiver ; inversement la ramie blanche est l'espèce des climats tempérés, mais souffre des rudes étés du Tonkin. Quant à la ramie jaune et à la ramie rouge, elles sont acclimatées en Indochine, mais sont moins vigoureuses que la blanche.
Le choix des emplacements convenables à la ramie étant
très limité — car les terrains argileux et humides sont à rejeter, tout autant que les terrains élevés, qu'ils soient durs, pierreux ou sablonneux; et les terrains alluvionnaires nécessiteraient de grands travaux d'irrigation et de drainage — on ne peut pas songer, au Tonkin, à une culture en grand des Boehmeria.
On pourra seulement faire presque partout de la ramie près des maisons, comme annexes du jardin, et avec de la terre rapportée. C’est ainsi que le textile est déjà cultivé en haut pays par les montagnards, qui pourraient faire beaucoup plus s'ils étaient sollicités et guidés.
Telle est, du moins, l'impression que donnent ces premières études, qui posent le problème et méritent d’être continuées. (L. Hautefeuiile : Nofes et observations sur la culture de la ramie, dans le Bulletin Economique de l’'Indochine, nouvelle série, n° 113).
Le jute dans l’Inde et en Indochine. — On doit encore à M. Hautefeuille une étude sur le jute, analogue à celle que nous venons de résumer sur la ramie. M. Hautefeuille y examine d’abord ionguement les conditions culturales du textile dans l'Inde, ou, plus exactement au Bengale, puisque c'est dans cette région qu'est récolté, sur un minimum d’un million d'hectares, et principalement au voisinage des cours d’eau, tout le jute exporté, manufacturé ou brut.
La répartition des pluies, dans cette contrée où les Corchorus sont cultivés, indique bien que ces plantes supportent mal la sécheresse. Ainsi que l’a écrit très justement M. Tromp de Haas, le jute exige un climat chaud, avec des chutes de pluie de 50 à 75 centimètres, distribuées sur les quatre sixièmes des jours pendant la période de semis, et de 150 à 300 millimètres par mois pendant la végétation. Et, en effet, on sème en général au Bengale, suivant les localités, en Mai ou en Juin, plus rarement en Mars ou Avril. Or, à Dacca, les moyennes de pluie de 40 années ont été de 225 millimètres en Mai, 266 millimètres en Juin, 314 millimètres en Juillet, 315 millimètres en Août, 242 millimètres en
Septembre; à Bardwan, elles ont été de 164 millimètres en Mai, 214 millimètres en Juin, 312 millimètres en Juillet, 450 millimètres en Août, 345 millimètres en Septembre. Et ce sont des indications analogues pour les autres postes du Bengale. ‘‘ L'idéal pour le jute, dit en définitive M. Hautefeuille, est un développement sans arrêt, assuré par une alternance de pluie et de soleil.”
Le sol a une importance moindre que le climat. Cependant les meilleurs terrains sont ceux qui sontalluvionnaires et argilosiliceux ; les plus mauvais sont ceux qui sont graveleux, et aussi les latérites, les sables purs, les argiles compactes, et tous les sols qui durcissent trop au soleil. Il n’est pas indispensable que le sol soit très profond, ni que le sous-sol soit humide; au contraire, une bonne moyenne de sol arable, poreux, bien meuble, est ce qu'il y a de mieux. Il ne faut pas que l’eau séjourne, mais il est toujours utile qu'une bonne capillarité maintienne l'humidité.
Une excellente préparation de ces terrains est absolument nécessaire. L'ensemencement est ensuite une opération délicate, et qui doit être faite le jour même où le sol a été bien ameubli. Le semis en lignes présenterait beaucoup d’avantages, mais il nécessite trop de temps pour que les indigènes le pratiquent ; ils sèment de préférence à la volée. Quant à la quantité de semence, elle doit être, par hectare, d'après M. Hautefeuille, de 12 à 14 kilos pour le semis en lignes, et de 18 à 20 kilos à la volée. M. Hautefeuille a reconnu encore que c’est le semis superficiel qui donne la levée la plus rapide, en même temps que la plus abondante. On éclaircit et sarcle en même temps ; ces deux opérations n’en font généralement qu’une, qui est presque toujours suffisante et doit avoir lieu quand la plante a 12 ou 15 centimètres, ou 20 centimètres au plus.
On peut laisser la plantation très serrée, et les pieds rapprochés jusqu’à 10 à 15 centimètres les uns des autres. Ce qui importe plus qu’une distance plus ou moins grande, c'est une parfaite régularité.
Il importe beaucoup que le jute soit récolté et mis à l’eau
en temps voulu. Dès que la récolte est commencée, elle ne doit pas être arrêtée.
Le moment de cette récolte est indiqué par la pleine floraison, qui commence trois mois à trois mois et demi après l'ensemencement. Au delà de cette époque, les fibres s’altèrent, et le jute perd de sa valeur. Avant la floraison, par contre, la fibre est trop tendre. Il y a donc bien un moment précis de la maturité de la filasse. |
On récolte par coupe ou par arrachage, généralement par coupe. Dans l'Inde, ces tiges coupées sont étalées ou mises en tas sur le sol pendant un ou deux jours. Selon M. Hautefeuille, cette pratique n’est pas à recommander au Tonkin, où il vaut mieux mettre immédiatement en bottes, qu’on laisse dressées pendant 24 heures. Ces bottes sont faites avec des tiges qui ont été triées suivant leur longueur et leur force; on les immerge d’après les procédés souvent décrits. La durée du ‘rouissage est variable : elle est de 8 à 12 jours dans les mares, par temps chaud, et de 12 à 20 jours en eau courante. À La Pho, au Tonkin, il faut ordinairement de 10 à 12 jours, exceptionnellement 8 à 15 jours.
Il ne faut défibrer ni trop tôt ni trop tard. Un bon ouvrier peut obtenir de 35 à 45 kilos de filasse dans une journée bien remplie. Dans l'Inde, les cultivateurs se servent de presses pour la mise en balles, ces balles étant de 180. kilos environ.
Comme rendement, M. Hautefeuille a obtenu par hectare de 1.056 à 1.420 kilos; mais il ajoute que la production du jute est très capricieuse.
Les Corchorus sont assez épuisants. Les fumures organiques sont plus avantageuses que les matières minérales; le fumier de vache est favorable. La plante, d’ailleurs, ne doit revenir sur le même sol qu'après 2 ou 3 ans d'interruption, au cours desquels toutes les autres cultures sont possibles.
Au sujet des variétés, de leurs caractères distinctifs et de leurs valeurs respectives, nous renvoyons au travail même de M. Hautefeuille. On y trouve la base d’une classification : qu'il y aura lieu, dans l'avenir, de compléter. Pour le jute comme pour toutes les autres plantes cultivées des pays
chauds, l'étude des variétés reste à faire : et elle est, Ià comme toujours, de première importance pour une amélioration culturale méthodique.
I! ne faut pas perdre de vue que le jute, dont les premières gxportations ont commencé vers 1828, est, après le coton et le chanvre, le textile le plus important. La récolte annuelle de l'Inde est estimée à près d'un million et demi de tonnes. La valeur du jute brut exporté en ces dernières années atteignait 200 millions de francs, et celle du jute manufacturé dépassait 150 millions. Calcutta fabrique annuellement plus de 250 millions de ces sacs dits ‘‘gunnies”.
De tout le jute brut indien, la Grande-Bretagne, avant la guerre, employait environ la moitié, l'Allemagne 20 pour cent, les Etats-Unis 14 pour cent et la France 12 à 13 pour cent.
Les prix de ce jute variaient de 30 à 45 francs les 100 kilos.
Et alors ia question qui finalement se pose — puisque c’est dans le but d’y répondre que M. Hautefeuille, bien documenté par ses études dans l'Inde, a poursuivi, depuis 1907, ses essais à La Pho — est de savoir si le jute peut, en Indochine, et particulièrement au Tonkin, prendre un certain développement.
En printipe, conclut à cet égard le distingué agronome, la culture des Corchorus ne rencontre pas dans notre colonie un empêchement absolu, d'ordre climatique, cultural ou économique. Il est possible et il peut être avantageux de cultiver le jute au Tonkin. La moyenne de chaleur estivale y est suffisante, les pluies sont assez abondantes, il y a des terrains favorables, et des facilités se trouvent réunies pour le rouissage. Cependant, au total, ces diverses conditions sont toutes moins favorables au Tonkin qu'au Bengale ; et l'une des moins bonnes conditions notamment est la répartition des pluies, qui présente au Tonkin une inégalité susceptible d'entraîner une production moins régulière et une moindre certitude de récolte. La somme de chaleur est aussi plus faible au Tonkin qu'au Bengale, avec également une moins bonne répartition. Pour la plante coupée, les effets du soleil sont
plus nocifs chez nous que dans l'Inde. Nous avons aussi, au
fe RESSOURCES DES COLONIES
Tonkin, à craindre des inondations, et nous avons moins de facilités pour le rouissage dans les mares, qui sont moins nombreuses et moins vastes que dans la colonie anglaise.
La culture du jute ne pourrait donc certainement pas, en tout cas, prendre en Indochine une importance qui nous permettrait une concurrence, ou même un appoint sérieux à la production indienne. Les étendues susceptibles d’être, chez nous, consacrées au jute, ne représentent qu’un quarantième de la surface que la plante occupe au Bengale. Puis, les centres de production étant un peu dispersés, il faudrait une organisation qui permettrait de centraliser les récoltes; et cette organisation ne sera du reste créée que si l’on pressent des chances de production croissante. ‘ C’est pourquoi, bien que la culture du jute ne soit pas payante pour un colon européen, la culture indirecte ou indigène ne sera probablement possible que si elle est provoquée, encouragée et soutenue pendant encore bien des années par des colons européens qui s’en constitueront les banquiers et les exportateurs”. (Léon Hautefeuille: La culture du jute dans l'Inde et en Indochine, dans le Bulletin Economique de l’Indochine, n° 113 et 114, Mai-Juin et Juillet-Août 1915).
La quinine japonaise. — Par arrêté du Gouverneur Général de l'Indochine, en date du 10 Juin 1916, le médicament dit quinine japonaise, et connu en annamite sous le nom de KYy ninh nhut bôn, n'étant pas de la quinine, sa vente sous cette dénomination de quinine japonaise est interdite en Cochinchine. (Journal Officiel de l’'Indochine Française, Juin 1916).
Le développement minier au Tonkin. — L'étude que nous allons résumer est due à M. le lieutenant Sire, attaché au Bureau Militaire du Gouvernement de l’Indochine. L'auteur y passe en revue les principaux gisements métallurgiques ou de combustibles du Tonkin, en indiquant l’activité économique qui se concentre autour de chacun d’eux.
Le métal de beaucoup le plus abondant au Tonkin.est le
zinc, qui fournit 93 pour cent de l'exportation. Il se présente sous forme de calamine et de blende, minerais déjà connus autrefois des Chinois, qui en extrayaient le métal pour leurs sapèques. La valeur marchande de ces minerais de zinc du Tonkin est très supérieure à la moyenne, leurs teneurs varient de 36 à 65 et 70 pour cent. Les calamines, généralement plombeuses ou ferrugineuses, passent d’abord à la laverie, puis sont calcinées dans des fours spéciaux, et elles sont expédiées en Europe, où elles sont définitivement traitées pour l'obtention du métal par distillation. Avant 1914, elles étaient dirigées en partie sur Marseille, Bordeaux, Le Havre, Dunkerque, l'Angleterre et le Japon, mais les plus grosses quantités étaient envoyées à Anvers, Hambourg et Brême. Elles contribuaient donc surtout à approvisionner, pour la production du zinc métal, les usines allemandes et belges.
En 1910, la production mondiale de ce zinc métal étant :
PERS EniS ESeR. + +... 250.000 tonnes AUEMRABREr TLC ERNST 5284600 ÿ Beiquon RQ UE T2 000"! 15 Angleterre...... ste OS ADD -S Framepy nest 5% PEER 51.000 »
Hollandei, 1... santé D TTL 20 00 2 Autriche... Pot dote 13 000 »
Russæ et Japon. ..,...:,1,. + 20-000 725
Soit un total de 817.000 tonnes ; et 71 concessions minières participaient, au Tonkin, à la fourniture des minerais traités.
Après le zinc, les minerais les plus importants de notre colonie sont ceux de wolfram et d’étain, surtout du premier. Le wolfram se trouve dans le massif du Pia-Ouac, à l'ouest de Cao-Bang. Les proportions relatives de tungstène et d'étain sont variables ; il peut y avoir 65 pour cent d'acide tungstique par exemple, et 1 pour cent d’étain, ou des proportions égales. Le massif du Pia-Ouac comprenait, en 1914, 29 concessions. L'étain — qu'on extrait, au Yunnam, à Ko-Kieou, près de Mongtzeu, dans la vallée du Fleuve Rouge,
d'où les exportations annuelles vers Hong-Kong sont d'environ 8.000 tonnes — n'est qu'en petite quantité.
Le plomb est sous forme de galène ou de minerai mixte de blende et de galène. Il y a deux principales mines tonkinoises. Ce minerai de plomb est, en général, très argentifère. Au sud-ouest de Cao-Bang et au sud du Pia-Ouac, la mine de Ngan-Son est réputée pour sa teneur en argent ( 4 et 700 par tonne de minerai.)
Dans la région de la Haute Rivière Noire, il y avait encore en 1914 six exploitations cuprifères.
L’antimoine, si demandé en Europe pour la fabrication des aciers durs et des enveloppes d’explosifs, est à l’état de sulfure et d'oxyde dans les gisements situés au nerd de Port-Courbet, dans la province de Quang-Yen. On extrait aussi du sulfure dans la ‘province de Moncay et de l’oxyde et du sulfure près de Vinh. f
Le fer est peu exploité. Il y a cependant beaucoup de pyrites au Tonkin. ‘On peut regretter, dit M. Sire, qu'avec le charbon à proximité il ne soit pas construit de hauts fourneaux dans ce pays, surtout lorsqu'on songe que, par suite de occupation allemande en Meurthe-et-Moselle, la France se trouve actuellement privée des fameuses mines de Briey, qui produisaient à elles seules les 9 dixièmes du fer employé dans la métropole.” II y a, dans ces minerais, la présence presque constante de manganèse.
Pour le mercure, il y a lieu de mentionner deux gisements cinabrifères, ceux de Cao-Ma-Pe et de Khao-Loc, au nord de la province de Ha-Giang, entre la Haute Rivière Claire et le Song-Mieu.
Enfin il y a 12 concessions de gisements aurifères, notamment près de Ninh-Binh, de Hoa-Binh, de Son-La et de Cao-Bang. Mais il convient d’être très réservé à l'égard de la valeur et de l'étendue de ces gisements, que leur degré d’exploitabilité rendrait à peine payants.
Quant aux mines de combustibles, on sait depuis longtemps l'importance qu'ont les gisements de la baie de Hongay, où la Société Française des Charbonnages du Tonkin a une
INDOCHINE é 91
concession de 21.932 hectares, avec 50 kilomètres de côte. Près de 10.000 coolies chinois et annamites y sont employés. Au nord-est d'Hongay, les gisements de l'île de Kebao acquièrent aussi de l'importance, de même que ceux de Port- Courbet, à l’ouest d'Hongay et de Mao-Khé.
Dans la haute vallée du Fleuve Rouge, on a découvert des affleurements de schistes bitumineux. (Sire: Le développement minier au Tonkin et la participation allemande, dans le Bulletin Economique de l’Indochine de Septembre- Octobre 1915.)
En 1915, le mouvement général des sorties du charbon d'Indochine a été de 727.862 tonnes, chiffre le plus élevé qui ait été atteint jusqu'alors. La Société Française que nous venons de citer a produit 629.358 tonnes, soit 86 pour cent des ventes totales. Ces ventes, qui comprennent 98.318 tonnes de briquettes, 199.412 de criblé, et 430.132 de menu, se répartissent ainsi, suivant les lieux de production : Hongay 629.358 tonnes, Kebao 15.600 tonnes, Mao-Khé 33.311 tonnes, Port-Courbet 36.395 tonnes, divers 16.658 tonnes.