MARTINIQUE ET GUADELOUPE
Les exportations de la Martinique en 1915. — Ces
exportations ont été de:
11 632 » de sucre brut 30 » de mélasse 791 litres de rhum et tafia .299 kilos de café .307 » de cacaos 17.124 » de casse 1.645 » de vanille
La plus grosse partie de ces exportations a été à destination de la France.
Le commerce de la Guadeloupe en 1914 — Le commerce général de la Guadeloupe en 1914 s'est augmenté, par rapport à l’année précédente, de plus de 5 millions de francs; et cette augmentation est due surtout à l'essor de l’industrie rhumière et au relèvement soudain, par le fait de la guerre, des cours du sucre et du rhum sur le marché français. Les expéditions de sucre d'usine ont été de 39.617.280 kilos, au lieu de 26.636.053 kilos-en 1913; celles de rhum ont été de 15.840.523 litres (7.405.596 francs) au lieu de 9.540.485 litres (3.971.333 francs) en 1915.
Presque toute la vanille (11.499 kilos au total) a été envoyée aux États-Unis. (Pulletin de l'Office Colonial, Mars 1916.)
Les exportations en 1915. — I] à été exporté de l'Océanie Française en 1915 :
10.620.486 kilos de coprah 1.322.545 cocos en coques 4 015.650 oranges
292.883 kilos de nacres 163.880 » de vanille 8 046 » de champignons (fungus) 8.485 » de coton égrené 3.241 » de cire d’abeilles
.103 » de biches de mer
SJ EN D = hR
.160 » de phosphates naturels
Le total de ces exportations représente, en valeur, 7.707.539 francs, soit 810,413 francs de moins qu’en 1914. Mais cette diminution de 1915 est essentiellement due à l'infériorité des prix atteints sur les marchés par les trois principaux produits qui sont le coprab, la vanilleet les nacres, car, au point de vue de la quantité, la production, dans l'ensemble, a plutôt augmenté (82.853.284 kilos au lieu de 81.061.468 kilos) et l’augmentation a été particulièrement forte (3.079.881 kilos) pour le coprah. Il y a eu, par contre, affaiblissement sensible pour les nacres; mais encore cet affaiblissement est-il plus apparent que réel, car il restait au 1° Janvier 1916 de forts stocks de ces nacres dont l’expédition a été retardée par suite du fléchissement des cours. (Journal Officiel des Etablissements Français de l'Océanie, 1° Juin 1916.)
Au sujet de ces Etablissements de l'Océanie, signalons que, dans le but de protéger la colonie contre les maladies des végétaux, un arrêté a été pris en 1916 par M. le Gouverneur Julien pour prohiber l'entrée de tous palmiers, des caféiers, des bananiers, etc., ainsi que des terres ou composts qui pourraient contenir les parasites redoutés. Des certificats d'origine sont désormais nécessaires pour l'introduction de tous les végétaux vivants ou de toutes les portions de végétaux, y compris les graines.
Les vanilleries de Tahiti et Moorea. — La Chambre d'Agriculture de Tahiti et Moorea chargeait en 1906 M. Meinecke d’une étude sur les maladies de la vanille à Tahiti, et sur les remèdes à y apporter. En remettant son rapport au gouverneur des Etablissements Français de l'Océanie, M. Meinecke a résumé dans une lettre ses principales observations.
A son avis, les vanilleries de Tahiti et Moorea sont, pour la plupart, dégénérées par suite d’un épuisement continu et d’un manque presque complet des soins les plus élémentaires. 1] faudrait donc améliorer la culture. Mais il importe aussi de débarrasser les plants de toute trace de maladie et de détruire tous les foyers d'infection, en brûlant toutes les lianes ou parties de lianes attaquées ou mortes. On doit aussi faire disparaître entièrement toutes les vanilleries abandonnées.
L'un des abus actuels, à Tahiti, est aussi de cueillir beaucoup de gousses avant maturité. La préparation de la vanille est presque complètement entre les mains des Chinois ; or les planteurs indigènes, se préoccupant plus du poids que de la qualité, et cherchant à vendre les plus grandes quantités possibles avec le minimum de travail, récoltent bien à la date fixée officiellement, mais détachent les grappes entières, au lieu de choisir les gousses isolément. Et on peut dire que 20 à 40 pour cent des fruits d'une grappe ainsi cueillie ne sont pas au degré voulu de maturité. Cela importe assez peu aux planteurs, qui sont payés pour le nombre total des
gousses et qui donc provoquent une trop abondante fécondation, d'où résulte l'épuisement des pieds.
Un autre inconvénient qui résulte de cette façon de procéder, c'est que les gousses vertes, une fois préparées, ont bien l’aspect des gousses mûres, mais, en réalité, contiennent peu de vanilline. Et cela contribue à déprécier le produit de Tahiti. Le bas prix qui en résulte ainsi pousse, en retour, les planteurs à féconder beaucoup trop de fleurs. Il y a là un véritable cercle vicieux.
Une autre question fort intéressante est soulevée par M. Meinecke. Alors que l'Europe, et surtout la France, emploie plutôt la vanille sous forme de gousses, le marché américain réclame de préférence la vanille destinée à la fabrication des extraits. Dans ce dernier cas, la valeur de la gousse dépend uniquement de la teneur en vanilline, indépendamment de laspect ou de la longueur, qui entrent, au contraire, largement en ligne de compte dans les cours européens. Il y aurait lieu, dès lors, de remplacer l'unique classification actuelle par deux classifications correspondant à ces deux exigences différentes.
En terminant sa lettre, M. Meinecke fait remarquer que les. vanilleries ne sont pas, dans la colonie, la seule culture qu’il soit nécessaire de surveiller et pour laquelle il est urgent d’enrayer les dégâts causés par les maladies cryptogamiques et les insectes. Il importe aussi d'empêcher l'introduction de plantes infestées ; ce que, du reste, M. le gouverneur Julien a cherché à obtenir par l'arrêté cité plus haut. Mais cette première mesure ne suffit pas, et, comme le dit M. Meinecke, une inspection stricte et éclairée peut seule écarter tous ces dangers.
« Pour tous ces travaux touchant de si près aux intérêts agricoles de la Colonie, il faudrait un Service de phytopathologie. Le temps est passé depuis longtemps où ce Service aurait pu être confié à d’autres que des spécialistes possédant une expérience étendue. Je me permets donc de proposer la création d’un Service d'Agriculture, qui se composerait d’un botaniste ayant fait des études spéciales en pathologie végétale
sous les tropiques, et de lui associer comme aides, choisis par lui, un entomologiste pour l'étude des insectes et un chimiste pour les questions d'engrais, chimie du sol et chimie des produits agricoles. Un laboratoire bien‘installé, comprenant une bibliothèque scientifique et disposant d’un terrain destiné aux expériences nécessaires, complèterait le Service. » (Journal Officiel des Etablissements Français de l'Océanie, 15 Juillet 1916.)