CHAPITRE I
Nomset histoire du fruit :
fo d'après les anciens navigateurs : Ant. Pigafetta, 1519: Joäo de Barros, 1553; Garcia de Orta, 1560 ; Jan Huygen van Linschoten 1579;
2° d’après les naturalistes, poètes, voyageurs : Dalechamps, 1587; Camoëns, 1572; Christophorus Acosta, 1593; Carolus Clusius, 1593-1605; Pyrard de Laval, 1602; Jean Bauhin 1619; Nieremberg, 1635 ; John Johnston, 1662: D. Chabreus 1677; François Redi, 1685; John Ray, 1686: Pomet, 1694 et 1735: L. Plukenet, 1696; Valentin, 1732 ; Wormius, 1655; Samuel Dale, 1739; Weinmann, 1745: G. E. Rumphius, 1750 ; etc.
Description et usages du fruit d’après ces auteurs.
Le Cocotier de Mer des Iles Seychelles est un des arbres les plus rares et les plus curieux qui existent. En effet, on ne l’a jamais trouvé que dans une île et deuxilots de ce merveilleux archipel des Seychelles, situé au milieu de l'Océan Indien, à quatre degrés et demi au sud de l'Équateur, entre l'Afrique et les îles de Sumatra et de Java, l'Inde et Madagascar, et séparé de la côte la plus proche (celle de l'ile de Madagascar) par 275 lieues de mer et des profondeurs atteignant plus de 3.600 mètres. Il n’y fut découvert, dans l'île Praslin, qu'en 1769, soit 27 ans seulement après la première visite de ces îles par Lazare Picault en 1742. La forme et les
dimensions extraordinaires de ses fruits; les nombreuses années qu'il leur faut pour arriver à maturité, la germination originale de ses graines; les dimensions de ses feuilles, dont il ne pousse qu'une par an; la taille du tronc, sa longévité étonnante, la forme curieuse de ses racines; la structure et le nombre extrêmement considérable de ses fleurs mâles ; tout, sans parler des légendes relatives à son habitat et des propriétés médicinales, longtemps attribuées à ses noix; qu'on payait autrefois au poids de l'or, contribue à faire de l'histoire et de la description détaillée de ce végétal un sujet aussi instructif qu'intéressant. Plusieurs de ces particularités uniques dans la connaissance des végétaux, sont encore peu connues même parmi les botanistes. Aussi, après avoir eu l'occasion d'admirer plusieurs fois, aux Seychelles mêmes, ce magnifique palmier et ses fruits, nous n'avons pu résister au désir d'en connaître à fond l'histoire et la description. Nous les avons trouvées tellement curieuses qu’elles nous ont entrainé à condenser en un mémoire le résultat de nos nombreuses et patientes recherches dans les bibliothèques et musées d'histoire naturelle. Ce travail, commencé en 18891 et achevé seulement cette année, grâce à la complaisance du gouverneur des Seychelles M. W. E. Davidson, et de nos correspondants dans ces îles, aussi bien qu’à Maurice, Ceylan et au Jardin Botanique de Kew, nous l’offrons aujourd'hui aux lecteurs et amateurs d'histoire naturelle coloniale.
Nous commencerons par donner l'histoire et la description du fruit, d'après les anciens auteurs, qui ne connurent que la noix dépouillée de son enveloppe fibreuse, nous rapporterons les légendes curieuses au sujet de l'arbre que l'on supposait la produire. Nous raconterons ensuite la découverte du palmier de l’île Praslin sur lequel pousse ce fruit extraordinaire et y ajouterons les descriptions scientifiques qui en furent faites à l'Académie des Sciences, en les complétant par des travaux plus récents, dus à plusieurs voyageurs et naturalistes.
1. Ce mémoire a été achevé en 1906 et représente donc 17 années de echerches. (Note de la Direction.)
Nous éluciderons, d’après nos propres observations et celles de nos correspondants scientifiques aux Seychelles et ailleurs, certains points restés obscurs jusqu'ici. Le tout sera terminé par une liste bibliographique aussi complète que possible des sources auxquelles nous avons pu puiser, tant imprimées que manuscrites. Enfin, un certain nombre d'illustrations permettront au lecteur de comprendre plus facilement les descriptions un peu obscures des anciens écrivains.
Ceci dit, entrons dans le corps du sujet.
La noix double du Cocotier de Mer fut certainement connue des populations des îles Maldives, de Sumatra et de Java bien avant la date de la découverte de ces terres insulaires de l'Asie orientale. Leurs habitants, qui, de loin en loin, les trouvèrent portées sur leurs rivages par les courants de l'Océan Indien, frappés par leur forme singulière et leur grande rareté, leur attribuèrent, comme à tout objet rare, une valeur d'autant plus grande qu'on les trouvait plus rarement. Puis, considérant leur forme, ils s'imaginèrent, comme cela avait lieu en Europe au moyen-âge, que, suivant la théorie de Porta, dite des signatures, ces fruits devaient posséder des vertus médicinales en rapport avec leur forme, et leur valeur s’en accrut d'autant. Comme nous le verrons plus loin, les fragments de ces noix devaient guérir toutes sortes de maladies.
Les nations d'Europe ne connurent ces noix qu'après la découverte du Cap de Bonne-Espérance, lorsque les navigateurs portugais entrèrent en relation avec les habitants des îles de Java, Sumatra et les Maldives.
La première mention que nous en ayons se trouve consignée, sous une forme quelque peu mythologique, dans l'histoire manuscrite du premier voyage de Magellan, allant, par le détroit qui porte encore son nom,à la découverte des Indes, Cette histoire, écrite en italien par un compagnon de voyage du grand navigateur, le patricien de Venise Antonio Pigafetta!, se trouve aussi dans un manuscrit français de la
1. Anthoine Pigaphete, patrice vincentin et chevalier de Rhodes, à l'illustrissime et très excellent seigneur de Villers de l'Isle Aden, inclite
Bibliothèque Nationale, dédié à Philippe de Villiers de l'Ile Adam, par le traducteur anonyme français.
Voici ce qu'on y lit : « Aussi nous dirent les pilotz que au dessoubs de Java, la grande, vers la tramontain au goulfe de China (que les anciens appellent Sino Magno) se trouve ung arbre tres grand ouquel habitent oyseaulx dits Garuda, tant grandz quils emportent ung beuf et un elephant au lieu où est l'arbre. Lequel lieu est appelé Puzzathar, l'arbre Caiu paugganghi. Le fruit Bua paugqanghi qui est plus grand queung concombre. Les Mores de Burne que avions en noz navires nous dirent qu'ilz en avoyent veu pour ce qu'on en avoit envoyé deux à leur Roy du Royaulme de Siam. Aucun junche ny aultre barque ne peult de troys ou quatre lieues approucher du lieu de l'arbre, pour les grandz oraiges deaux qui sont la autour. Et la premiere fois que fut sceu de cest arbre fut ung junche que par violance des ventz se gecta en cest endroit, ou fut tout rompu et pery, et tous les hommes se noyerent excepte ung petit garson. Lequel si estant pris sur ung ais de boys fut par miracle transporté auprès de cest arbre, et estant monté dessus se mist sans s’en appercevoir soubz une aille de lun de ces oyseaulx, et le lendemain alla en terre, et avant pris ung beuf ce garson sortit et s’eschappa de dessoubz laille le mieulx qu'il peut. Et par cestuy on sceut le tout. Et alhours les peuples voisins congneurent les fruictz qu'ilz trouverent par mer estre venus de cest arbre. »
Il était intéressant de chercher la signification des noms
étranges donnés par Pigafetta à l’arbre et au fruit, et aussi la situation de l’endroit où il pousse. Nous avons donc, dans ce but, consulté le texte italien imprimé en 1800 à Milan pour la première fois sur un manuserit de la Bibliothèque Ambro-
orand maitre de Rhodes, son seigneur excellentissime. Navigation et descouvrement de la Indie supérieure, faicte par moy Anthoine Pighaphate Vincentin chevalier de Rhodes (Bibliothèque Nationale. Manuscrits, Fonds français n°5650, p. 90-91).
6j LE COCOTIER DE MER DES ILES SEYCHELLES 173
sienne !. L'orthographe des noms propres diffère quelque peu de celle du manuscrit français, le texte étant presque exactement le même quant au récit et à la description. L'arbre y est appelé Campauganghi (sans doute une erreur de l'écrivain ou plutôt de l'éditeur de 1800, Cam étant mis pour Caiu). Le fruit y est appelé Buapauganghi; c'est, à une lettre près, le nom du texte français qui a redoublé le g comme il a redoublé le 3 de l'italien Puzathaer pour le nom de lieu.
La traduction anglaise, faite en 1894 par Lord Stanley? reproduit exactement les noms propres du texte imprimé italien mais elle donne wafer-melon comme signification de anquria (pastèque) ce qui est plus exact que le mot concombre, employé plus haut.
Il est assez difficile d'identifierle pays appelé Puzzathar ou Puzathaer. Peut-être est-ce là un nom indigène ancien désignant soit Sumatra, soit les Maldives, où furent trouvées pour la première fois les noix du Cocotier de Mer. En tout cas, les noms de l'arbre et de son fruit sont reconnaissables, en partie au moins, comme appartenant à la langue malaise dans laquelle Caiu (prononcez Caiou) signifié bois ou arbre, et Bua (Boua) veut dire fruit. Quant à pauganghi, il faut lire sans doute Pau jangqi, que certains orthographient Pauh Jangqi, Po Jangai, ou Pau sengi (d’après M. Sheat). Or, Pau, Pauh ou Po en bon malais est le nom d'une espèce de mangue sauvage.
Pour ce qui est de ganghi— janggi—senqi, il est peut-être
1. Primo Viaggio intorno al Globo Terracqueo, ossia Ragguaglio della Navigazione alle Indie Orientali per la via d'Occidente fatta dal Cavaliere Antonio Pigafetta, Patrizio Vicentino Sulla Squadra del Capit. Magaglianes negli anni 1519-1522. Ora pubblicato per la prima volta, tratlo da un Codice Ms. della Biblioteca Ambrosiana di Milano e corredato di note da Carlo Amaretti Dottore del Collegio Ambrosiano, con un Tran-
sunto del Trattato di Navigazione dello stesso Autore. In Milano MDCCC (1800), in-4°, pp. 11-237, p. 174, Bibliothèque Nationale G. 6513.
2. The first voyage round the world by Magellan, translated from the account of Pigafetta... by Lord Stanley of Alderley, Hackluyt Society, 1874,p. 155, et cité par le colonel Yule dans : Glossary of indian words and phrases. London. Au mot Coco de Mer, p. 227.
d'origine arabe, s'il faut en croire le naturaliste Rumphius qui dit ceci en parlant du Coco de Mer :
« Fructus itaque hic marinus duplex est major et minor. « Major est geminus, est Cocus Maldivicus..... Malayensibus « (dictus) Calappa laut, Boa Pausengi et Boa sengi quod illi « pronuntiant Bootjungi..….…. », et un peu plus loin:
« Flamines Aethiopes..…... arbor ipsa is dicitur Pauseng1.… « Fructus vero hujus arboris vocant Boa pausengi vel Boa « sengi suntque nuces celebris istius Calappi marinae quae « contra undas sese elevantes aliquando in Javae et Solorae « littore projiciuntur..... Sic quoque credo hosce flamines « verbum Pausengi audivisse ab Arabibus, atque arborem esse « crescentem in magno Indico mari, quod Africanam oram « Orientalem insulasque Majottos irriguat quarum incolae « vulgo Zangi seu Zengi. h. e. tosti Aethiopes vocantur, ubi « minor horum fructuum species reperitur quam postea des- « cribemus!. »
Buapausenghi signifierait donc: Fruit du manguier sauvage du pays des Zengi ou éthiopiens brülés (noirs), et Rumphius était bien près de la vérité en plaçant dans la partie africaine de l'Océan Indien la patrie du Calappa laut où Coco de Mer des Malais et Javanais.
Par contre, nous n'avons pu trouver nulle part dans Rumphius le passage où, suivant l'anglais Skeat cité par Yule, il aurait correctement traduit Zangi par magie malaise ?? D’après ce même Skeat, Pauh Jangqi ou Pau sengi est, jusqu'à ce jour, le nom donné dans tout l'archipel malais à l'arbre qui pousse dans le tourbillon central des océans, dit aussi le nombril des mers, suivant la mythologie de ces pays.
Rumphius nous apprend encore que les Chinois appellent ce fruit Hayja (Haï-ya) — Mer noix ou coco de mer, traducüon littérale du malais Calappa laut, coco marin, aussi connu
1. Georgi Everhardi Rumphiü. Med. Doct. Hanavensis..... Herbarium Amboinense (MDCCL), Liber XII, cap. 8, p. 210-241.
2. « Janggi, according to Rumphius, and he is quite correct, means Zangi, malay magic ». Yule, À Glossary of Indian Words and phrases, in-8°, London, 1893, au mot Coco de Mer, p. 227.
dans l'Inde, nous dit Yule, sous le nom de « Daryas Nariyal or cocoa nut of the seal ».
Après Pigafetta, les premiers auteurs européens qui ont parlé du Coco de Mer sont naturellement les voyageurs portugais. Dès 1553, une allusion y est faite par Barros, qui, sans le nommer, fait pousser au fond de la mer ce fruit plus gros que le coco ordinaire, et dont les propriétés médicales sont supérieures à la pierre de*Bezoar. En effet, après avoir parlé du cocotier ordinaire aux îles Maldives il ajoute : « A « fra estas arvores, que se eriam naquellas Ilhas sobre a « terra, parece que e tam viva a semente dellas, que a natureza « alli repositon; que em alguas, pärtes debaixo da agua sal- « gada nasce outro genero d’ellas, as quaes dam hum pomo « maior que o coco; e tem experiencia que à segunda casca « delle à muito mais efficaz contra a peçonha, que a pedra «UBeZOATE: : 5%: »
C'est du reste ce que chantait le Camoëns, dès 1572, dans les vers suivants, où il ne nomme pas plus le fruit que Barros :
Nas ilhas de Maldivas nasce a planta
No profundo das aguas soberana
Cujo pomo contra o veneno urgente
He tido por antidoto excellente (Lusiades, X, 136).
Un autre auteur portugais, Garcia de Orta, dans ses Dialogues sur la pharmacopée de l'Inde, imprimés à Goa en 1563, nous entretient avec plus de détails du Coco des Maldives.
Les passages du Livre de Garcia de Orta* que nous allons
1. Nous avons cherché en vain dans nombre d'ouvrages de botanique et de médecine chinois sans réussir à y découvrirla moindre mention du Haï-ya.
2. Barros(Joao de), Decadas da Asia... decada terceira, livro terceiro, capit. vi, p. 311-312. Lisboa, Regia officina typografica, 1777.
3. Garcia de Orta, Colloquios dos Simples e drogas e couzas medicinaes da India e assi de algunas fructas achadas nella (varias cullividas no Brazil) compostos pelo Doutor Garcia de Orta Physico del Rei D, Joño 3° : Feita moscimamente pagina per pagina pela primeira impressa em Goa por Joäo de Endem no anno 1563. Lisboa na impresa nacional,
analyser nous apprennent, qu'à son époqué le Coco de Mer s'appelait Coco des Maldives en Portugal, où on en avait reçu des noix rapportées des Indes par les navigateurs. D’après le témoignage de personnes dignes de foi, les noix et surtout l'amande étaient fort réputées dans ces pays comme un excellent remède contre les poisons, la colique, la paralysie, l’épilepsie et denombreuses maladies nerveuses, contre celles des entrailles qui causent des vomissements. Elle prévient d’autres maladies quand on boit de l'eau conservée quelque temps dans la noix avec un peu de l’amande. Garcia n'ose affirmer que tout cela soit exact, car il n’en a pas fait l'expérience et il ne sait si le mieux ressenti par ceux qui s’en sont servis est dû à l’action du médicament ou à l'effet de l'imagination.
Il décrit la noix comme plus noire et plus brillante que celle du coco ordinaire. Elle est aussi plus grande et ovale au lieu de ronde. L'amande intérieure est très dure, d'un blanc tirant un peu sur le jaune; vers la partie centrale elle est fendillée et très poreuse. Elle n’a aucun goût marqué. En médecine, on en mélange un poids de dix grains de blé avec du vin ou de l’eau.
Il ne donne pas les dimensions de cette noix mais il dit qu'il en a une de la contenance de sept chopines (sete quartillios). On en trouve d'ailleurs de très grandes et de petites rejetées toutes par la mer sur le rivage. Garcia continue en disant que : d'après la croyance populaire, les îles Maldives faisaient autrefois partie du continent (de l'Asie), mais elles en furent séparées par une inondation marine. Dans ce cataclysme les palmiers porteurs de ees noix furent ensevelis sous la terre et les eaux, et c’est pour cela qu’elles sont devenues aussi grandes et aussi dures que nous les voyons.
Comme personne n'a encore pu voir les troncs ou les feuilles de ces palmiers, il n’est pas facile de dire s'ils appartiennent ou non au même genre que ceux que l'on connaît. D'après ce que l'on sait de la structure des noix et de leurs propriétés diverses, ces arbres doivent appartenir à une autre espèce que le cocotier commun. Les noix sont généralement réunies deux à deux, ce qui leur donne l'apparence de fesses d'animaux
Gr
(arcos de bésta), mais on les trouve aussi quelquefois séparées. On en tire l’amande comme on tire celle des cocos ordinaires pour la sécher et faire le copra, mais (au contraire de celle-ci) elle devient très dure et la partie interne prend l'apparence de très bons fromages debrebis. Un Portugais qui connaissait fort bien les Maldives et lui a donné ces informations a ajouté que toute personne qui trouve ces noix sur le rivage doit, sous peine de mort, les apporter au roi. C'est pour cela qu'elles ont une si grande renommée.
Le roi des Maldives gardait ces précieuses noix pour en faire des présents aux grands du pays ou aux souverains étrangers, ainsi qu'on le trouve consigné dans le livre des voyages du navigateur hollandais Jan Huygen von Linschoten aux Indes Orientales, fait en 1579. Parlant des noix bonnes contre les venins qu'il vità Ceylan il dit :
« De ces noix y en a aucunes fort estimées entre toutes les « noix d'Inde pour la vertu qu'on tient qu’elles ont contre les « venins, lesquelles sont fort grosses et belles et de couleur « noire. J'en ai vu présenter au viceroy de l'Inde qui estoient « chacune de la grandeur d’un pot de mesure, estimées de la « valeur de trois cents pardauves! quiestoyent gardées pour en « faire un présent au Roy d'Espagne. De cet arbre et de ses « fruits sera parlé plus amplement cy-après?. »
Cette promesse ne semble pas avoir été tenue, car malgré toutes nos recherches, il nous a été impossible de trouver les informations complémentaires annoncées.
Les Dialogues de Garcia de Orta furent promptement traduits. Ce fut d’abord en latin par Charles de l'Écluse, plus
1. Pardauves — Pardaw ou Pardawes ou Pardaus. Xeraphius — Pardao d'Ouro. Cette monnaie portugaise valait du temps d’Albuquerque trois testons de Portugal, soit 370 Reis actuels ou environ 1 shilling 6 pence 1/2 de monnaie anglaise actuelle. C'était une pièce d'or de l'Inde Occidentale, changée plus tard à Goa en monnaie d’argent (Yule, Glos-
Say; fc. . 5 au mot Pardauve).
2. Histoire de la navigation de Jean Hugues de Linscot Hollandais, et de ses voyages aux Indes Orientales, ..., à Amsterdam MDCX (1610), des iles dénommées Maldives, chap. XIII, page 30. (Il était parti du Texel en 1579.)
Annales du Musée colonial de Marseille, — 3° série, 3° vol. 1915, 12
connu sous son nom latinisé de Carolus Clusius ou Clutius. La date de la première édition de son livre doit être antérieure à 4587 puisque Dalechamp le cite dans son Historia generalis plantarum, parue cette même année 15871, comme ayant vu à Lisbonne et en autres lieux des vases faits du Coco des Maldives. Nous avons retrouvé ce passage en note au bas de la page 110 de la 4° édition de Clusius imprimée à Anvers en 1593°?, parlant du Coco des Maldives ildit: d. « Vidimus vas- « cula ex hoe cocco de Maldiva confecta Ulyssipone (Lis- « bonne) tum aliis locis, oblongiora plerumque 1is quam quae « ex vulgari cocco parantur, et nigriora nitidioraque. Sed et «ipsam medullam siccatam Ulyssipone venalem reperias, « cujus facultates mirifice extollunt, atque omnibus fere alex1- « pharmis praeferunt : eamque ob causam magnum eJjus « pretium. Quäm verd parum fidei sit adhibendum hujusmodi « fabulosis et commenticiis facultatibus, Auctor noster satis « declarat. »
On voit par cette note que la vertu médicinale de lamande de ce coco était connue même au Portugal. Dans l'édition de 1605, une belle gravure (Planche Ï) nous montre une aiguière en argent ayant la forme d'un oiseau à queue de serpent dont le corps est formé par une moitié de coco des Maldives.
C'est la première représentation du Coco de Mer que nous ayons encore pu trouver; malheureusement on ne peut guère se faire une idée de la forme exacte de ce fruit, la gravure ne laissant voir à travers les ornements d'argent qu'une bien faible partie d'une moitié du coco. A côté, le graveur a représenté un petit fragment de l’amande à une échelle légèrement
1. Dalechamp, Historia generalis plantarum, ? vol. in-folio, Lugduni, MDLXXXVII (1587), vol. 2, p. 1762 — De nuce indica.
2. Aromatum et simplicium aliquot medicamentorum apud Indos nascentium Historia primum quidem lusitanica lingua ôtæhoytx@s conscripta a D. Garcia ab Horto proregis Indiae medico; deinde latino sermone in Epitomen contraclus et iconibus ad vivum expressis locupletioribusque annotationibus illustrata a Carolo Clusio Atrebate. Quarta editio. Castigatior et aliquot locis auctior. Antwerpiae, ex Officina Plantiniana apud viduam et Joannem Moretum, MDXCIII (1593). Liber I, p. 102, De nuce indica, p. 107-110 note d.
réduite, mais qui n'est pas plus indiquée que celle de l'aiguière. On peut déduire du texte, qui lui donne comme dimensions 14 pouces de longueur sur 7 de largeur, qu’elle état faite d'un petit échantillon de noix des Maldives dont les beaux spécimens atteignent jusqu'a 50 centimètres de longueur sur 24 de largeur pour la demi-noix.
La note d de l'édition de 1593 est complétée par ces mots dans celle de 1605 :
« Longè autem reliqua vascula ex simili cocco confecta « magnitudine superabat illud quod argento inclusum in « prætoria illa navi MDXCIT ab anglis occupata repertum « est, longum enim erat quatuor et decem, latum septem, « ovalis infernà parte figurae superne paullo planioris, latere « dextro magis rotundum et tumens, externae parti calcei pedi « inducti paenè instar, color qualis in cocco vulgari laevi- « gato et expolito. Ilius iconem qualem Jacobus Garetus ad « 1psius vasculi normam expressam ad me mittebat huc intu- « limus . »
Ce texte nous éclaire, un peu plus que la gravure qu'il accompagne, sur la forme de la moitié seulement de la noix des Maldives. On s'en rend cependant encore difficilement compte. Quant aux qualités de l'amande, Dalechamps ajoute ce qu'aucun auteur ne nous a encore appris :
« Medulla sive nucleo recenti cum carne et piscibus vescuntur non aliter quam nos pane nec amygdali duleis sapori cedit. » C'est d’ailleurs une erreur. En effet, à cette époque on ne connaissait encore que le fruit flotté, c'est-à-dire déjà vieux et à demi décomposé par l’eau de mer à la suite de son long séjour dans l’onde amère. L'auteur le confond évidemment avec le fruit frais du cocotier ordinaire dont la jeune amande constitue un mets très agréable. D'ailleurs, celle du Jeune coco de mer est absolument insipide, comme nous
1. Caroli Clulii Atrebatis aulae Caesareae quondam familiaris Exoticarum libri decem quibus Animalium, Plantarum, Aromatum Aliorumque peregrinorum Fructuum historiae describuntur item Petri Belloni observationes. Ex officina Plantinianä, Raphelengi, 1605. { vol. in-foho. Liber I, Aromatum hisloriae, pp. 190-193.
l'avons constaté nous-même, et elle ne peut être consommée que sur place, car elle se gâte très rapidement
Mais d'où venaient ces noix mystérieuses, c’est ce qu'on ne savait pas encore à l’époque des historiens et naturalistes que nous venons de citer. Un voyageur français, Pyrard de Laval, qui partit le 20 mai 1601 de Saint-Malo pour les Indes Orientales et fit naufrage l’année suivante (juillet) sur l'île Pouladon de l'archipel des Maldives, va nous renseigner à sa façon sur cette question!. Ayant passé plusieurs mois dans ces îles, il y apprit quantité de choses intéressantes, consignées dans la relation de son voyage, parue en 1615 à Paris. Voici ce que nous y trouvons concernant le Coco dit des Maldives : « Isle étrange à découvrir. Quelque temps après « le Roy envoya par deux fois un très expert pilote pour « aller découvrir une certaine isle nommée Poulloys, qui « leur est encore presque inconnüe... Ils ont opinion que ces « gros cocos médicinaux, qui sont si chers là, en viennent. « D'autres pensent que c’est du fond de la mer. »
Pour ce qui est du coco des Maldives, voici ce qu'il en dit:
« L'ambre gris appartient au Roy et nul n'oserait le retenir « qu'il n’eût le poing couppé. Il en est ainsi d’une certaine « noix que la mer jette quelquefois à bord, qui est grosse « comme la teste d’un homme, qu'on pourrait comparer à « deux gros melons joints ensemble. Ils la nomment « Täâvarcarré et ils tiennent que cela vient de quelques arbres « qui sont sous la mer. Les Portugais la nomment Cocos des « Maldives : c’est une chose fort médicinale et de grand prix. « Souvent à l’occasion de ce Tavarcarré ou bien de l’ambre « gris et noir (qu'ils appellent gomen ou meunare quand il « est préparé) comme il s’en trouve aussi, les gens et les « officiers du Roy maltraitent de pauvres gens quand ils « les soupçonnent d’en avoir trouvé et même quand on veut « faire déplaisir à un homme, on luy impute et on l’accuse de
1. Voyage de (François) Pyrard de Laval, contenant sa navigation aux Indes Orientales, Maldives, Moluques, etc., divisé en trois parties par le Sieur Du Val, géographe ordinaire du Roi. Nouvelle édition. Paris, M. DC;LXXIX (1679), 4 vol. in-4°, 1e partie, chap. XXI, p. 212.
« cela, comme on fait ici de la fausse monnoye, afin qu'il en « soit recherché : et quand quelqu'un devient riche tout à « coup et en peu de temps on dit communément qu'il a « trouvé du Tavarcarré ou de l’ambre comme si c'était un « thrésor.....»
L'île Poulloys serait-elle les Seychelles ? C'est ce que le colonel Yule incline à croire. À notre avis, la position de dix degrés au sud de l'Equateur, qu'elle occupe d’après le pilote des Maldives, et les tourmentes qui la désolent, ainsi que les maladies qui firent périr ses hommes, sans parler des maléfices des diables qui l’habitent, tout cela se rapporterait beaucoup mieux aux Comores. Celles-ci sont en effet par 11° Sud dans la zone des cyclones et leur climat est des plus insalubres, et l'une d'elles au moins possède un volcan en activité, aussi sont-elles souvent bouleversées par les tremblements de terre, d'où les craintes superstitieuses des habitants des Maldives à leur endroit.
Pour ce qui est du nom donné aux Maldives au coco de mer ef que nous trouvons mentionné pour la première fois par Pyrard, voici comment Yule, ayant cité en partie ce passage, l'explique :
Tavarcarré — Tava-karhi : karhi means Coco-nut. Properly it is Tava’karhi — the hard shelled nut!.
Continuant nos recherches dans les ouvrages scientifiques du commencement du xvu* siècle, nous trouvons pour la première fois dans l’histoire générale des plantes de Jean Bauhin et de J. H. Cherler, imprimée en 1619, un dessin des deux moités séparées d'un coco des Maldives, on dirait deux gros haricots et l’on ne se rend pas encore bien compte de la forme du fruit entier. La description qui accompagne la gravure est empruntée pour une partie au texte de Garcia de Orta,
1. Yule, Glossary of.... etc., citant Gray ou Pyrard de Laval, Hackluyt Society, au mot Coco de Mer. On trouve encore à Ceylan le noms suivants pour ce fruit: Dyria kanaril; Kadil tagingai; Sumatrapoo tainkaya. (Vide Le Naturaliste, Revue illustrée des Sciences naturelles, XIII: année, 2° série, 1 janvier 1894, p. 14-15, le Lodoicea Seychellarum.)
aussi nous ne citerons que celle qui nous renseigne un peu te)
plus que cet auteur.
« Hujus cocci medullae fragmento nos donavit Illustr. noster Princeps : fungosum est, eà consistencià quam videmus in fungis nucum, colore foris in luteo cinereo, intus pallido, fibris variatum subinde ferrugineis et eroceis, gustu insipido. Integras autem duas nuces apud eumdem, Il. nostrum principem vidimus Stutgardiae, nuce seu Cocco indico majores, longiores, admodum capaces ; pedem sunt longae, rotunditatem vix duabus. manibus amplecti poteramus ; pars compressa erat sex uncias lata, in quâ amplum foramen apparebat ab alio fructu separatum, ita ut gemellus fuerit fructus, conjunctorum fructuum ingentem fuisse magnitudine apparebat. Utriusque capacitas erat insignis : cortex durus et spissus, qualis aliis nucibus, externè strus obliquis, longis, excavatis, colore nigro : pulsatus ollae modo resonans. Sic corticem etiam villosum habet, ut aliae nuces Indicae, praegrandem fructum esse oportet capiteque humano majorem multà : foramen tantum est, ut pugnus‘inde possit. Dicuntur CC (ducentis) aureis gallicis emptae. Ejus ieonem geminam damus utramque faciem ostendentem. »
« Acosta testatur hanc nigriorem, nitidiorem, longiorem, majoremque esse quam vulgata Nux Indica, Coccum de Maldiva vocat idem ex Vers. Clus. Garcias verd Cocecum de Maldiva. Item Coccus de Maldiva Hist. Lugd. Et rursus in append. (ne ei deesset numerus) Coccus de Nalediva eidem. Grana maldivana : Nuces Maldivanae : Cocci di Maldiva. Aein frombde purgiriende Frucht Catal. Francofurt.
« Sed cur purgantem fructum Germania vocet nescimus. Nec placet tam magnum fructum grani nomine vocari!.
4. Joh. Bauhini. D. ill. Cels. Wirtemb. archiatri et Joh. Hen. Cher-
leri Basil D. Phil. et Med. Historiae Plantarum nove et absolutiss.... Prodomus qui velut in Sciagraphia quadam.. Ebroduniex Typographia Societatis Caldorianae. Anno M.DC.XIX. (1619), 1 vol. in-4°, Liber IN,
11, Nux indica ad venena celebrata sive Coccus Maladiva,,
« Vires et usus. » Il cite ici intégralement le texte de Garcia puis il ajoute :
« Fiunt in eam gratiam ex illo pocula quae auro vel « argento excipiuntur et in navium triremiumque figuram « efformantur, ad aquam bibendam in quam ex catenula « medullae ipsius cocci fragmentum pendere sinunt : sibique « certo persuadent 1llis qui aquam ex his poculis hauriunt « nullum venenum nocere posse futurosque immunes a nullis « [multis] morbis in quos sanè memini multos incidere qui ex « ls poculis bibere soliti erant. Et licet omnem diligentiam « adhibuisset Costa, nunquam tamen observare potuit similia « pocula aliquem ex morbis curare ad quos utilia esse « creduntur. Potius igitur arbitratur et is tantam laudem « obtinuisse a vulgi opinione.
« Nonnullos ex hujus modi vasculis bibere solitos sibi « affirmasse ait seu experientia didicisse jecur incendi, renes « noxam contrahere et calculum generari : nihilominus « tamen magnum esse eorum pretium longè que pluris « aestimari lis locis ubi inveniuntur, quäm als procul inde « dissitis : nam interdum ejusmodi nuces nudas, neque auro « aut argento exornatas L (quinquaginta) aut amplius aureis « nummis aestimari..... RENE
« Paludanus quoque a se tentatum, an contra venena « aliquid posset tradit sed nullo successu !. »
Comme on le voit, on ne se rendait pas encore bien compte de la forme du fruit entier. Quant aux vertus et aux défauts dudit coco et de son amande au point de vue médicinal, on commençait à n y plus croire, Paludanus les ayant essayés en vain. Gaspar Bauhin, en 1623, cite Garcia, Acosta et Linschot, sans nous apprendre rien de neuf?. Il en est de
1. Historia Plantarum universalis auctoribus Johanne Bauhino archiatro, Joh. Henrico Cherlero Doctore Basiliensibus quam recensuit et auxit Dominicus Chabraeus D. Genevensis, juris vero publici fecit Fr. Lud. À Graffenried Düs in Gertzensee. Ebroduni els. 19. cL. (1650), 4 vol. in-folio, t. I, Liber IT, cap. CLXXIX, p. 38#.
2. Pinax Theatri Botanici Caspari Bauhini sive Index in Theophrasti Dioscoridis Plinii et Botanicorum qui a seculo scripserunt opera M.DC.XXIIT Basileae Helvet. sumptibuset Typis Ludovici Regis, { vol, in-4°, Liber XIT, sect, VI, p. 509, col, I.
même du père Eusèbe Nieremberg en 16351. IL semble ignorer la monographie aussi complète qu'on pouvait alors l'écrire sur ce fruit curieux et qui avait paru l’année précédente à Amsterdam, sous forme d'un petit opuscule in-4°, de 57 pages illustrées de 10 gravures sur bois et due à la plume du médecin hollandais Augerius Clutius ??.
L'une de ces gravures (PI. IT, fig. 1) représente pour la première fois en grandeur naturelle (33 centimètres de long sur 27 de large), et hors texte, une noix de coco des Maldives ou plutôt une coupe bilobée et polie formée d’un fruit de cet arbre. Cinq autres gravures également sur bois et à petite échelle sont intercalées dans le texte du chapitre IX et représentent aussi pour la première fois la noix entière ou sectionnée de façon à bien faire comprendre sa forme à l’état naturel, tant à l’intérieur qu'à l'extérieur. L'échelle n'étant pas indiquée on ne peut se rendre compte des dimensions de la noix qu'en consultant le texte où elles sont données. A la fin de l'ouvrage, l’auteur donne en annexe (Paralipom seu praetermissum) deux gravures montrant un fragment de l’amande et un de l'écorce interne placée entre cette amande et la noix. Il figure aussi, sans doute en grandeur naturelle, le germe du coco ordinaire et celui du coco des Maldives, d’après des échantillons à lui donnés par D. Samuel Blommert, probablement quelque navigateur. La noix ouverte est dessinée en grandeur naturelle d'après la coupe en possession de l’amiral
Wolphard (Harmansen).
4. Johannis Eusebii Nierembergi, Madritensis ex Societate Jesu in academià regia madritensi Physiologiae professoris Historia Naturae maxime peregrinae Libris XVI distincta(1 vol. in-folio). Antwerpiae, ex Officinà Plantinianä, Balthasari Moreti, M.DC.XXXV Liber XIV, cap. IX, pag. 298. De Cocco Maldivensi.
2. Augeri Clutii M. D. Opusculum. De Nuce Medica. Amstelodami, typis Jacobi Charpentier, anno 1634, 1 vol. petit in-4° avec figures.
Se trouve aussi imprimé avec un second opuscule sur l'Ephémère sous le titre :
3. Augeri Clutii M.D. Opuscula duo singularia. 1° De Nuce Medica. 2° de Hemerobio sive Ephemero insecto. { vol. petit in-4° avec figures. Amsterodami, Typis Jacobi Charpentier, anno 1634.
L'ouvrage est aussi complet que possible puisqu'il prétend contenir tout ce qu'on connaissait alors sur ce sujet: « Opusculum in quo Medici, Physici, Historici, Politici, Critici exercitium suum invenient », comme l'annonce le titre. Il n’a pas moins de trois pages de préface, trois d'avis au lecteur. Douze sont consacrées à l'index ; une à ce que nous appelons aujourd'hui la Bibliographie : « Nomina eorum quorum opera in utroque opusculo adjuti fuimus ». Nous y relevons, pour ce qui a trait au Coco des Maldives, non seulement les noms des écrivains qui en ont parlé, mais aussi ceux des personnes qui possèdent des échantillons de cette noix ou qui lui ont procuré des renseignements ;
ce sont : Laurentius Realius Eques et Senator ; Jacobus Speccius Ind. Or. generalis quondam ; Godefridus à Clermont, civis Harlemensis possessor geminali coceci ; D. Bontius P. M. Indicarum Plantarum quarundam et autor [sic] ; Johannes van Maerle, jocularius Amsterodamensis, scyphi in India argento excepti ex Coco Medico possessor ; Samuel de Bendana, Lusitanus mercator duos Antwerpiae quondam argento munitos usuique aptatos habet : Johannes Tradescantius Regiae Majestatis Angliae Botanicus, dimidiam nucem habet.
L'ouvrage intitulé : Catagraphus Cocci Maldivensis Tavarcare 20 est dédié comme suit: D. Wolfardo Harmans Thalassiarcho... dati et consecrati anno cl. I. cL. (1650). Une page de compliments adressés à « Gothofredo Clermontio » est datée «23 sept" 1634» et signée «T. Augerius Clutius ».
Les pages 1 à 60 comprennent XV chapitres que nous allons analyser. Le chap. I, au-dessus duquel on lit: Historiae Cocci de Maldiva seu Nucis Medicæ Maldivensium, n’est, suivant les habitudes de l’époque, qu'un long discours sur l'invention des médicaments « immensum beneficium Dei ». « Pharmaca exotica a Nautu nostro orbi illata sunt et Nucis Medicae primatus. »
Le chap. Il contient une longue description des Maldives sur les rivages desquelles les flots rejettent l'ambre et la Nux Medica qu'on ne trouve que là. Il cite Barros et Acosta,
Au chap. IIL, il rapporte les fables concernant l'origine de
la noix et ce que nous a appris Pyrard de Laval sur l'Ile Palloys (sic pour Poulloys).
Au chap. IV, il décrit la noix : « Nux Medica gemina semper « qualfiguraet dividi nequit propter vincula. Medulla N. Med: « tegit interiora utriusque putaminis, ejus forma rotunda seu « fabacea.. .. Nucleum N. Med. tunicae quaedam tutantur.… « Totus nucleus non excernitur, ubi seyphus inde fabricatur, « pars relicta in duritiem ipsius Cocei vertitur..... N. Med. « adaperta exprimit cymbia duo et usüs interno et externo « applicatur, medulla ex catenulà aureà appenditur..... « Poculi gemini ex Nuce Medicà extremitates nisi auro con- « jungantur ad usum inhabiles Pixidis vicem aliquando « supplet — Scyphus ex N. Med. remedia plurima contra « morbos habet., — Nucis expolitae putamen naturali caela-
Magnitudo
«tura dotatum, color cujus ex nigrosaturatus. « a melonum majorum specie et magnitudine non recedit. « Modus poliendae nucis oleum in poliendâ nuce noxium. » Il faut employer pour la polir du tripoli et de l’eau, car l'huile lui fait contracter une mauvaise odeur. Nous n'avions encore trouvé cette donnée nulle part.
Dans le chap. V, l'auteur, qui l'intitule Catagraphus Nucis Medicae, nous raconte comment, vers la fin de son règne, l'Empereur des Romains Rodolphe IT offrit à la famille de l'amiral Wolfert Hermanssen! de lui céder pour une somme de 4.000 florins d'or (environ 80.000 francs) la noix de coco des Maldives que celui-ci avait reçue en présent du roi de la ville de Bantam (à Java) comme remerciement pour le courage qu'il avait montré en 1602 lorsqu'il délivra cette ville assiégée par les Portugais. Cette noix était cependant incomplète, comme le montre la gravure. Clutius explique, en effet, que le roi de Bantam en avait fait enlever au préalable la partie supérieure pour ne point offenser la pudeur du noble amiral.
1. Wolphard Harmans ou Wolfart Hermanzen, suivant Yule, loc, cit, On le trouve ailleurs écrit Wolfart Harmenz,
Il décrit ensuite les diverses formes de noix, tant entières que coupées par le milieu dans le sens de la longueur.
Le chap. VI est une série de considérations d’après Cl. D. Realius, surtout au point de vue médicinal et au sujet de son origine probable. En somme, un tissu d'erreurs et de fables attribuant à ce coco une origine sous-marine, et à l'amande et au germe transformés en pierre des propriétés curatives. |
Le chap. VII ne nous apprend pas grand'chose d’intéressant sinon qu'en 1614 Speccius ! et Coenius virent ce coco à la cour du rajah de Bantam. Coenius essa ya en vain de s’approprier quelques parcelles de l’amande que ledit roi était en train de retirer d’une noix pour s’en servir comme d'un médicament précieux contre les poisons, la fièvre, etc. Il fabriquait avec les fragments de la coque diverses sortes de vases et cuillers, « caliculis, scyphulis, cochlearibus », en somme ce qu'on appelle aux Seychelles la vaisselle de Praslin. Speccius finit par obtenir un petit coco : « Speccius.... minutulum « Coccum Maldivensem conquisivit, sed a nostro differen- « tem. Specciani cocci ovi anserini magni testa scabra, crassa, « color saturatus, odor fragrans (?) sapor amaricans ossea « durities. Speccius proprio satu Plantarium vulgarium Coc- « corum adornavit. » Cette description nous fait supposer qu'il s'agit là d’une autre espèce de noix.
Le chap. VIII ne contient rien d’intéressant, c'est une série de digressions à la mode du temps qui n'ont rien à faire avec notre étude.
Le chap. IX, par contre, est le plus curieux de l'ouvrage parce qu'il est orné des cinq figures déjà citées qui nous permettent de nous former, pour la première fois, une idée assez exacte de la noix vidée de son amande. Le texte complète les figures et les explique. La figure À représente une noix ouverte par une section à travers les deux lobes, dans le sens de sa longueur ; en B, on voit le dos de cette même coquille,
1. Jacob Spex et Jean-Pierre Koen, deux chefs nobles envoyés par le préfet Pierre Booth,
un trait ponctué indiquant la partie enlevée : « Sessilem et « summam partem exhibet, quae sensim declinat in modum « interfeminei, facie oculis pudicis aspicienti horrida.... »
Il n'a fait représenter, n1 dans cette figure n1 dans la précédente, l'ouverture qui donne passage au germe et 1l semble attribuer à la noix deux autres trous comme dans le coco ordinaire : « Dein spiracula duo consideranda esse lateraliter « in parte hac punctulis annotatae et suprema regione locata « quae ceteris paribus magnitudine etiam non superant vul- « gariorum coccorum spiracula. Ea ad scyphum consoli- « dandum obturantur, quod videre est in minore Cymbio mal « divensi honestissimi mercatoris Samuelis de Bendana qui « duo possidet ab artifice quondam Antwerpiensi argento « affabre investita. Tertium verd non est praetereundum, «in integra Maldivensi nuce colliculum quasi Veneris, « foemineae pubis faciem dextrè aemulari quae serrae moli- « mine transadacta deperditur. »
La fig. C montre l’autre face de la noix entière.
De la fig. D, il dit: « Dimidiatum Coccum ad schyphi (sic) usum omnibus numeris concinnum ostendit parte sinistra cui si jungatur dextra apprime referunt par Calceorum rusticorum e faginà materie id est een paer Hulften of Clompen. »
Pour E, il ajoute qu'elle montre le dos de la coquille vue en D par l'intérieur.
Dans le chap. X, Clusius rapporte ce que Garcia de Orta et les médecins portugais ont dit. Parlant de l’amande, qu'on fait sécher comme celle du coco ordinaire ou copra, il dit qu’elle devient dure comme de la corne et qu'on la vend fort cher à Lisbonne ainsi que la noix entière.
Du chap. XI, qui est fort long, nous ne citerons que ce qui n'a pas été encore dit ailleurs et qui intéresse notre sujet : « Putaminis rasura insipida est, sine odore sine ullà quali- « tatis repugnantia.... Nucis Med. putaminis instar ebeni « ater ut vulgaris aetate et tinctura ater redditur.... Nux « est frigida ‘temperamento.... Nucis M. integumentum « internum non minorem Leptomeriae gustuve gratiam habet
« quam Thamariscus. Medulla solitaria atque aliis simplicibus « mixta ad effectum valens est. Medulla ob corneam duritiem « lima radi nequit, sed cultro et malei percussu adacta « finditur. Medulla mortario aeneo et pistillo ferreo in pol- « linem redigitur qui inodorus et insipidus est ut Lapis Bezoar « occidentalis cui strus et colore affinis est. Medulla ovilli « casei crustae veteri assimulanda, cujus pars interna rimosa, « externa soliditatis firmae et spani coloris. Integumentum « internum tenellum est, coloris ferruginei, crassitudine coru « hircini ex quo calcamenta formantur. Cortex fibris quibus- « dam varie distinctis praeditus est. Cortex seu integumentum « internum crassiorum partium ignave seu subastringit. « Cortex non se colligit inter mandendum sed per universam « linguam se spargit. »
Le chap. XII est une longue digression médicale.
En tout douze cas de maladies diverses et de couches difficiles, dans lesquelles ce remède fut souverain.
Le chap. XV est entièrement consacré à ce coco. L'auteur cherche la signification de T'avarcarré : « Carè fruitus seu coccos insularibus Mald. est nuncupatus; quid Tavar significat ignoratur. » Il pense que le nom de Tofocke donné par CI. de Laet à un coco dont l'enveloppe très dure et ligneuse contient deux noix se rapporte au fruit d'un palmier des Maldives, sans doute celui qui produit le coco de ces îles.
Suivent quelques formules médicales à employer contre la dysenterie, les accouchements difficiles, la peste et les fièvres malignes.
On sait depuis longtemps déjà que la noix de Coco de Mer, aussi bien que son amande, ne possède aucune vertu médicinale, Dalechamp dans son Hisloria generalis plantarum, parue en 1587, se moquait déjà, comme nous l'avons vu, des croyances des Portugais à ce sujet et il est encore plus explicite dans l'édition française parue en 16531. Elle ne fait
1. Dalechamp, Histoire générale des Plantes contenant XVIII livres également départis en 2 tomes. Tirée de l'exemplaire latin de la bibliothèque de M. Jacques Dalechamp, puis faite par M° Jean des Molins,
d'ailleurs que reproduire en français le texte de Garcia déjà até en latin dans l'édition de 1587.
En 1658, le médecin hollandais Guillaume Pison consacre 23 pages in-quarto à l'histoire du Tavarcare « seu Nuce Medicà Maldivensium » dans le chap. XIX de son livre sur les productions naturelles et médicinales des deux Indes‘. Suivant l'usage du temps, il cite les auteurs précédents, mais précise la profondeur à laquelle ont été ensevelies sous la mer les îles qui portaient autrefois les palmiers fournissant les cocos des Maldives. Il la fixe, on ne sait sur quelles preuves, à un minimum de «sedecim orgyarum »? (soit environ 120 mètres). « Unde est quod nonnisi singulari fortuna a « supernavigantibus et linum demittentibus, nux capiatur. »
Il décrit la situation des Iles Maldives, leur richesse en fruits de toutes sortes, puis revient au fameux coco dont le lieu d'origine est inconnu {anceps et incerta), car on ne connaît pas la situation géographique exacte de l'ile Palloys où certains le font encore croître. Le nom de l'amiral Wolfert Hermanssen y est latinisé Wolfredius Harmanides (!). Comparant le coco des Maldives au coco ordinaire des Indes, qui a tant d'emplois utiles, il estime évidemment beaucoup moins celui des Maldives qui ne sert que d'amulette, « Nux Maldivensis amuleta in se continet ».
Il donne cinq figures, dont trois montrant la noix ouverte, un morceau de l’amande et le germe comparé à celui du coco
médecin très fameux de leur siècle. A Lyon, chez Philippe-Borde, Louis Armand et CI. Rigaud, M. DC. LIII, 2 vol. in-folio, t. II, ch. XXXIII, p. 654.
1. Gulielmi Pisonis Medici Amstelodamensis, De Indiae utriusque re naturaliet medica, libri 14mquarum contentu pagina sequens exhibet.…. Amstelodami apud Ludovicum et Danielem Elzevirios A°. clo. lo. czvirr. 1658, 1 vol. in-4°, caput XIX, De Tavarcare seu Nuce Medicà Maldivensium, pp. 203-226, et non pas dans Mantissa aromalica.…. relatio nova, comme l'indique Yule. (Cette dissertation formant le chapitre VI du même ouvrage) qui indique l’année 1650 comme date de l'ouvrage de Pison.
2. Orgya, mesure grecque valant environ 2 mètres (peut-être la brasse ancienne 1 ® 82).
ordinaire sont des copies des figures de Clusius. La cinquième seule, montrant une noix entière, a été évidemment dessinée d'après nature sur un échantillon en sa possession et qui diffère sensiblement comme forme de celui de Clusius. Il en compare la forme aux vases antiques dits Cymbia dont on se servait autrefois dans les sacrifices ou encore aux barques (accouplées ?), dites Sambuques, et dépourvues de leurs agrès, dont Marcellus se servit au siège de Syracuse. Il explique que les chainettes d’or qu'on y fixe servent à les plonger dans les liquides destinés à la boisson. Pour plus de détails, il renvoie au livre de Bontius : « Descriptio plantarum Indiae orientalis », où 1l nous a été impossible de rien trouver à ce sujet.
Il est à remarquer que plusieurs auteurs de la fin du xvii* siècle, par suite postérieurs à ceux que nous venons de citer, voulant illustrer de figures leurs informations sur le coco des Maldives en donnent des dessins beaucoup moins exacts, quelquefois, même entièrement faux.
C'est ainsi que, par exemple, John Johnston dans son Histoire naturelle des arbres et des fruits, parue en 16621, représente la noix des Maldives avec une forme différant entièrement de toutes celles données par les auteurs précédents. Il lui donne la forme ovale avec un mamelon à l’une des extrémités, ce qui le ferait prendre pour un gigantesque citron dont il diffère cependant par les longs poils frisés représentés à sa surface, On pourrait supposer qu'il a représenté un coco de mer encore en partie revêtu de son enveloppe fibreuse à demi détruite par son long séjour dans la mer. Nous pensons cependant que le dessin a été fait d'après un vulgaire fruit du Cocos nucifera remarquable par des dimensions plus qu'ordinaires et qu on aura pris pour un petit coco des Maldives. En
1. Historia naturalis de arboribus et fruticibus Johannis Jonsloni, medicinae doctoris. Libri X cum aeneis figuris Johannes Jonstonus. Med. Doctor concinnavit Francforti ad Moenum Impensis haeredum Math. Meriani. La 3° page du titre porte : Dendrographias sive Historia naturalis de arboribus etc. Anno MDCLXIT, 1 vol. in-folio, p. 147, col. 2. Palma Naldivensis (sic).
effet, l'enveloppe de ce dernier résiste beaucoup mieux que celle du coco de mer, à demi charnue, et par suite pourrissant très facilement et très promptement. Il est done plus que certain qu'avant la découverte des Seychelles on n'avait jamais vu un coco de mer avec son écorce.
La description qu'il en donne est copiée presque textuellement sur celle de Clusius dont il explique la description du fruit.
Quelques années plus tard, en 1677, Chabreus ne consacre qu'une douzaine de lignes à ce sujet et 1l se contente de reproduire le dessin déjà donné (sans doute par lui) en 1650 dans l'Histoire universelle des plantes de Bauhin, et avec la même légende : Coccus de Maladiva seu Indica !.
On trouvait cependant déjà un certain nombre de cocos des Maldives, tant en Hollande qu’en Portugal, où ils étaient considérés comme des trésors de haute valeur, généralement montés en aiguières ou coupes avec des ornements d'or et d'argent. Tous les princes désiraient en posséder, témoin la Reine de Portugal, comme nous l'avons déjà vu dans Barros, et cette lettre écrite de Dacca en 1678 et citée par Yule : « Pray remember y° Coquer nutt shells (Doubtless coco de mer) and long nutts formerly desired for y° Prince?. »
Dans l'ouvrage de François Redi, imprimé en 1685 à Amsterdam, on trouve la meilleure représentation qui ait encore été faite d’une de ces noix entières. Dans cette gravure, de 11 centimètres 1/2 de longueur sur 11 de largeur, on peut remarquer, pour la première fois, un rudiment d'attache qui indique que c'était par l'extrémité opposée aux deux lobes que la noix était fixée à l'arbre. L'auteur ne paraît pas y avoir attaché d'importance, car il n’en parle pas dans le texte.
Par contre, il s'étend longuement sur diverses expériences
1. Stirpium icones cum omnibus quae de plantarum natura natalibus synonymis, usu et virtutibus scitu necessaria quibus accessit scriptorum circa eas consensus et dissensus authore Dominico Chabraeo. Med. Doctore apud Joannem Anthonium Choüet. Genevae, MDCLXX VIT. 1 vol. in-folio, p. 28.
2, Yule, Glossary, etc..., loc. cit. Coco de mer.
plus qu'enfantines qu'il a effectuées avec cette noix et qu'il raconte dans une lettre écrite au savant naturaliste Jésuite Athanase Kircher.
Une première édition de cet ouvrage imprimé en italien à Florence en 1671 est pareille à celle de 1685 quant à la teneur du texte, mais elle ne possède pas de figure f ?.
L'écrivain anglais John Ray consacre près d'une page de son histoire des plantes, imprimée à Londres en latin en 1686, à l'étude de notre coco, mais il n'ajoute rien de nouveau à ce que nous savons déjà par les auteurs précités auxquels d'ailleurs il renvoie ses lecteurs. Il doute fort des vertus curatives qu'on lui attribue *.
Malgré cette opinion, la noix des Maldives se trouvait encore en 169% chez tous les grands apothicaires, s'il faut en croire Pomet, marchand épicier et droguiste à Paris, auteur d'une Histoire générale des drogues, imprimée en un bel in-folio orné de 400 figures en taille-douce exécutées d’après nature {. Il ne semble pas très au courant cependant de la forme exacte dudit coco, car la figure qu'il en donne est fort petite et représente plutôt un coco ordinaire, garni de son enveloppe fibreuse, qu'une véritable noix de coco de mer. Il ajoute pourtant, à la fin du volume, qu'il possède dans son
1. Esperienze intorno a diverse cose naturali e particolarmente a quelle che ci son portate dall Indie, fatte da Francesco Redi e scritte in una lettera al reverendissimo padre Atanasio Chircher della Compagnia di Giesù; in Firenze all'insegna della Nave, MDCLXXI, 1 vol. in-40, p. 27-29.
2. Franciscus Redi Opusculorum. Francisei Redi nobilis Aretini Experimenta circa varias res naturales speciatim illas quae ex Indiis afferuntur ut et alia ejusdem opuscula quae pagina sequenti narrantur. Amstelodami apud Hen. Wetstenium, clo In CLXXXV (1685), { vol. in-12, p. 30.
3. Historia plantarum species hactenus......... autore Joanne Raio, Londini, cl9. 15. CLXXXVI (1686), 3 vol. in-folio, vol. IT, p. 1359.
4. Histoire générale des drogues traitant des plantes, des animaux el des minéraux, Ouvrage enrichi de plus de 400 figures en taille-douce tirées d'après nature par le Sieur Pomet, marchand épicier et droguiste à Paris, MDCXCIV (1694), 1 vol. in-folio, p. 215.
Annales du Musée colonial de Marseille. — 3° série, 3° vol, 1915. 13
magasin toutes les drogues qu'il a décrites. Or la description qu'il en donne confirme ce que nous avançons au sujet de sa connaissance imparfaite du sujet. En effet, au chapitre XXIV, intitulé des Cocos il dit : « Outre ces cocos il y en a encore « une autre sorte mais beaucoup plus rare qui est ce que « Jean Bauhin appellé Nux indica ad venena celebrata sive « Coccus Maladiva. J'en ai un qui ne diffère des autres cocos « qu'en ce qu'il est plus long, plus pointu et que sa coque est « plus brune. Ses propriétés sont cause qu'il est extrêmement « rare et cher. » Dans la seconde édition, parue en in-#4° en 17351, il cite en plus les qualités médicinales d’après Dalechamp. Il ne semble pas, d’après texte et planche, avoir eu entre les mains un véritable coco de mer.
Leonard Plukenet y attache encore moins d'importance, car dans son Almagestum Botanicum publié à Londres en 1696? il ne consacre que tout juste cinq lignes à ce sujet, dont deux pour la synonymie. Il partage l'erreur de plusieurs auteurs qui croyaient à tort que cette noix était quelquefois simple *.
L'ouvrage consacré par les Valentin père et fils, en 1732, à l'histoire des simples, et qui n’est que la mise au point d'un travail analogue de Jean Conrad Becker, traitant du Coco des Maldives, lui attribue la forme d’un cœur.
Puis 1l ajoute ce renseignement complètement nouveau et fort intéressant : « Difficulter comparatur, quod Sinenses « istum tanquam idolum, domibus suis custodiunt, istum « que ubique conquirunt teste Rumphio in Epist. XII. Indiae « orientalis in Appendice hujus tractus legenda » (p. 59). Nous n’en avons jamais entendu parler en Chine, pendant un séjour effectif de dix années que nous y avons fait, et nous n'en avons trouvé aucune trace dans les livres si documentés