‹ Annales du Muse colonial de Marseille (volume 3)Chapitre 50 sur 285 · D 27 MS C'EN · texte numérisé non relu

D 27 MS C'EN

Rochon qui visita l'île de Palme et en apporta en France un fruit mûr entré en germination dans sa malle, ainsi qu'une grande palme de 20 pieds de long. Il remit, comme nous l'avons vu, ces deux échantillons, avec divers renseignements, au Docteur Le Monnier, qui en entretint sans doute l’Académie en 1770. Les deux savants botanistes avaient reconnu dans l'arbre comme une espèce de Latanier. La description en fut lue, nous ne savons par qui, à la séance de l’Académie des Sciences du 13 décembre 1773!. C’est sans doute celle que l’on trouve dans le Voyage à la Nouvelle-Guinée, de Sonnerat, paru en 1776. Sonnerat qui, lui aussi, fut un remarquable botaniste, dont le nom fut donné à un certain nombre de plantes tropicales, visita les Seychelles en juillet 1771. Il était embarqué sur la Flûte du Roi l’Zle de France, commandée par M. de Coëtivy. Nous avons déjà cité la partie historique de son récit concernant l'île Praslin et le Cocotier de Mer. Voici maintenant la partie scientifique : « L'Isle Praslin « ou l'Isle des Palmiers a tout au plus 6 à 7 lieues de tour... « C'est dans cette Isle d’une étendue si bornée et dans « cette isle seule, qu’on a découvert jusqu’à présent ce coco « si précieux dans l'Inde.

« Cet arbre observé attentivement a été reconnu pour une « espèce de latanier ou de lontard des Indes ; il s'élève jus- « qu’à 42 pieds de hauteur; sa tête se couronne de 10 à 12 « feuilles en éventail, de 22 pieds de haut sur 15 pieds de « large, portées sur des pédicules longs de 6 à T pieds; elles « sont échancrées assez profondément dans leur contour et « chaque lobe est lui-même subdivisé en deux portions par le « haut ;leur consistance est ferme et coriace, ce qui les rend « préférables aux feuilles des cocotiers ordinaires pour faire « des couvertures de maison à la façon indienne. De l’aisselle « des feuilles s'élève une panicule considérable et très ramifiée « de 6 pieds de longueur; sa base est charnue, épaisse, ses « rameaux sont terminés par des amas de fleurs femelles,

1. Ainsi que nous l’apprend une note du Voyage à la Nouvelle- Guinée, par Sonnerat, ch. [, p. 1-2.

« qui paraissent avoir {outes un calice composé de plusieurs « pièces à 5, 6 et quelquefois 7 divisions ; leur pistil en müris- « sant devient un fruit sphérique d'un pied et demi de dia- « mètre, dont l'enveloppe est très épaisse et fibreuse, comme « celle du coco; elle renferme trois coques dont une avorte le « plus souvent. Ces coques sont très grosses, presque sphé- « riques, comprimées sur un de leurs côtés et divisées « jusque dans le milieu de leur longueur en deux portions, « ce qui leur donne une figure très bizarre. Leur intérieur se « remplit d’abord d'une eau blanche d'un goût amer et assez « désagréable; à mesure que le fruit mürit, cette eau se « change, comme dans les cocos ordinaires, en une substance « solde, blanche, huileuse (?) qui s'attache aux parois inté- « rieures du fruit. Clusius donne une légère description « de ce coco sous le nom de Nux Medica..…….

« Ces fruits ont, chacun à leur base, le calice dont j'ai parlé « ei-dessus, qui ne les quitte point, même après leur parfaite « maturité.

« Le tronc de l'arbre, semblable à celui du cocotier pour « la forme, est en général plus gros, plus dur et d'une cou- « leur plus noire.

« On a transporté à l'Isle de France des plans et des noix « de cet arbre qui ont très bien réussi. L'arbre que je viens de « décrire est, à ce qu'il paraît, un individu femelle. Je n'en « ai point rencontré d’autres, ainsi que ceux qui ont voyagé « comme moi dans ces isles où j'étais en juillet, qui était « sans doute le temps de la parfaite maturité de leur fruit, « mais depuis, j'ai reçu de M. Cosdé!, qui avait relâché dans « cet archipel en octobre, une portion d'un régime de fleurs « mâles de cet arbre, qui semble fixer le temps de sa florai- « son au mois de septembre qui répond au printemps de « l'Europe, et le temps de sa maturité aux mois de juin et « de Juillet qui répondent à notre hiver. Cette portion de « régime avait environ deux pieds et demi de longueur sans

1. Le Capitaine Cosdé {d'autres écrivent Cordé) commandait la Corvelte Le Nécessaire qui vint aux Seychelles en juin 1772.

« aucune ramification ; elle était d’une forme cylindrique, « de quatre pouces de diamètre, couverte entièrement d'un « nombre infini de fleurs mâles, composées d’un calice à 6 « divisions et de 6 étamines opposées à chacune de ces divi- « sions. Les régimes de fleurs mâles n'ayant point encore été « rencontrées sur les pieds qui produisent les fruits, 1l est « probable que cet arbre les porte sur des individus diffé- « rents, de sorte que l’on peut regarder ce palmier comme « une espèce de latanier, ainsi qu'il a déjà été dit, c'est-à-dire « de lontard des Indes auquel il ressemble d’ailleurs par « toutes ses autres parties!. »

Les figures de ce travail au nombre de six représentent d'abord PI. IT : « Le grand palmier de l'Isle Praslin vulgairement appelé Cocotier de Mer. » Il est chargé de quatre fruits presque aussi gros que le tronc, de forme ovoiïde, égaux entre eux et disposés en couronne à la base des feuilles, sans qu'il y ait trace de régime (ce qui est une erreur évidente du dessinateur et ne répond nullement à la description du texte). Ce dessin est encore erroné, en ce qui concerne la forme des feuilles, qui ne répond pas mieux à celle indiquée par l’auteur, puisqu'elles sont représentées ovales. La forme trop grêle, tortueuse et inclinée du tronc n'est pas conforme à celle de l’arbre décrit, qui est toujours droit, vertical et assez gros. On l’a trop fait ressembler à celui du cocotier ordinaire. Le dessinateur a évidemment travaillé de mémoire ou d'inspiration, et non d'après nature. Il a sans doute pris son modèle sur les dessins de cocotiers, dits de mer, que nous avons trouvé figurés au lavis au coin de quelques cartes manuscrites des Seychelles. C’est ainsi que, dans celle de Laflite de Brasier, datée 1777, cet arbre est représenté avec des feuilles de bananier et des fruits bilobés, par conséquent décortiqués !

Dans la superbe gravure servant de frontispice à l'ouvrage on voit l’auteur dessinant à l'ombre d’un Cocotier de Mer

1. Voyage à la Nouvelle-Guinée, par M. Sonneral, in-4, enrichi de 120 figures en taille-douce, Paris, MDCCLXXVI (1776), chap, I, p. 1-2, pl. IT et frontispice. ;

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pareil à celui de la planche IT. La planche IV, p. 3, donne une assez bonne représentation du fruit avec son enveloppe et son calice, mais le pédoncule trop grêle et trop long paraît avoir été dessiné d'inspiration. Le fruit est peut-être aussi un peu trop ovoïde, et on ne se rend pas compte de sa forme exacte qui est le plus souvent celle d’un cœur aplati. C’est la première fois qu’on le voit représenté en entier.

La planche V représente le même fruit décortiqué mais 1l ne vaut pas, comme exactitude, celui que nous avons trouvé dans l'ouvrage de F. Redi paru près d’un siècle auparavant (1685).

La planche VI donne deux sections dè la noix intitulées : 1° Coupe perpendiculaire du coco de l'Isle Praslin; 2° Coupe horizontale du même fruit. On ne s’y rend pas compte’ des épaisseurs respectives de la coque et de l’'amande figurées ensemble. Ce dessin, fait sans doute d’après un fruit sec, est insuffisant comme renseignement scientifique.

La planche VII figure un chaton entier ainsi désigné: « Portion de fleur mâle de Coco de l'Isle Praslin »; à côté, on a figuré à part une fleur avec au moins 1# étamines et 2 pétales seulement, ce qui ne correspond nullement au texte. Aucune des planches n'indique l'échelle des grandeurs proportionnelles, c'était d’ailleurs l'habitude peu scientifique de l’époque.

C’est sans doute d'après les informations de Le Monnier, Rochon, Poivre et Sonnerat que A.-L. de Jussieu donna la première diagnose latine du Cocotier de Mer, en 1785, dans son Genera Plantarum.

« Lontarus Rumph. — Borassus L. — Rondier, Lontar — « Dioica. — Spatha polyphylla. Mas. Spadix amentaceus..……. « Huc retulit D. Sonnerat speciem novam. (ZLodoicea Com- « mers. absque descript.) folis distinguendam pinnato- « palmatis spadice et fructu majori et praecipuè seminibus « semididymis maximis rotundatis 4 aut 2 saepè abortivis, « Gallis dictam Cocotier de Mer : an genus diversum!. »

1. Antonii Laurentii de Jussieu, Genera plantarum secundum ordines naturales disposita, juxta methodum in horto regio Parisiensi exaratam

On voit quil cite Commerson, qui l’a décrit et nommé Lodoicea. Nous n'avons pu réussir à retrouver de cet auteur le texte manuscrit, qui ne semble pas d’ailleurs avoir été imprimé; en tout cas il nous a échappé. Nous avons eu l’heureuse chance de pouvoir consulter à la Bibliothèque du Muséum d'Histoire naturelle de Paris les grands cartons contenant les dessins à la plume et au crayon faits par ce grand botaniste et P. Jossigny. Nous y avons trouvé un cahier infolio intitulé : « Liste des dessins originaux des Plantes de la « famille des Palmiers, » et au-dessous: « Palmarium volu- « men in quo usque desiderata palmarum arborum seu bul- « borum arboreorum historia methodice ad iconographia « illustratum curis et observationibus Philiberti Commerson CLDTME

« 1° Monographie du Coco Maritime, 12 planches, de 1 à « 12, dont une triple.

« 2° Lodoicea callipyge. Coco Royal ou Coco de Mer des « îles Séchelles, 3 planches, 13 à 15, dont une double, ceci « de la main même de Commerson., »

Quant aux dessins ils sont au crayon noir et de grandeur naturelle, sauf le premier, représentant le Cocotier, naturellement à petite échelle, 0"22, et qui est à la plume. Tous sont signés P. Jossigny et ont été faits, sauf ce dernier, d’après nature, sans doute à l'ile de France, où Commerson quitta Bougainville vers 1766, et où il mourut en 1773 sans être rentré en France. Il ne paraît pas avoir même été aux Seychelles, où l’expédition de Bougainville ne toucha pas. C'est ce qui explique sans doute pourquoi il accepta comme représentation exacte du palmier, qu'il baptisa en l'honneur du Roi Lodoicea, une figure absolument inexacte et qui paraît avoir été inspirée par celle de l'ouvrage de Sonnerat, à moins toutefois que ce ne soit l'inverse. La seule différence est que les feuilles sont ici beaucoup plus allongées, plus étroites à la base et en nombre double. Elles paraissent avoir été dessinées

anno M.DCC.LXXIV (1774), Parisiis, 1789, in-8°, p, 39, Ordo Palmae. Il n'y a pas de figures.

d'après une jeune feuille qui forme en grandeur naturelle la planche n° 1. Or, on sait que les premières feuilles sont, comme celle du cocotier ordinaire d’ailleurs, entièrement différentes de celles qui leur succèdent après un an ou deux. Jossigny n’a donc pas vu la grande palme rapportée en France par l'abbé Rochon, et il n'a eu sous les yeux que celles de très jeunes plants (1 an ou 2) rapportés de Praslin à Poivre par le même auteur.

Au dos de la planche n° 1, de format in-4°, on lit écrit à l'encre, de la main et avec la signature de Commerson : « Je « ne doute nullement que le Cocotier de Mer (qui rentre dans « l'ordre des palmiers à feuilles en éventail) ne soit « comme tous les genres de cet ordre, à pieds mâles et femelles « séparés.

« Des gens qui ont été sur l'ile Curieuse, qui les produit, « ayant été interrogés s'ils n'avaient pas vu parmi les coco- « tiers de mer, qu'ils y ont trouvés, plusieurs pieds qui « quoique aussi grands que les autres ne portaient pas de « fruits, m'ont répondu très affirmativement que oui ». (Ceci prouve bien qu'il n'y a pas été lui-même.)

Il semble bien être le premier naturaliste qui ait signalé que le Lodoicée est dioique.

La planche n° 2, formée de trois feuilles collées bout à bout, représente trois rameaux fructifères avec les fleurs femelles, deux fruits très jeunes, un adulte (dessiné à demi), et les calices après la chute du fruit mür.

Les planches 3 et 4, presque exactement pareilles, montrent un morceau du tronc vu extérieurement et en coupe longitudinale (diamètre 0"22 1/2).

Le n° 5 est le dessin d’une jeune palme longue de 0"60, large de 0"34. Elle fut sans doute copiée sur l’une des premières feuilles sorties du coco après sa germination ; elle a, en effet, la forme ovale très allongée qui les caractérise à ce moment.

Le n° 6 est une noix décortiquée avec un champignon poussant à la jonction des lobes et croissant évidemment sur le germe sans doute pourri. À première vue, on croit que l’au-

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teur a dessiné une noix germant. À côté, ce champignon est figuré en entier et dégagé de la noix. Il semble appartenir au genre Auricularia ! (dimension de la noix, 0 "20><0 "17, du champignon, 0"14).

Le n° 7 montre une noix coupée longitudinalement à travers les deux lobes : longueur 0" 32, largeur 0 "30, épaisseur de la coque 0"005, de l’amande 2 à # centimètres, ce qui indique un fruit âgé. Dans le fruit jeune, l’amande remplit entièrement la noix.

Le n° 8 représente une noix vue de trois quarts et coupée dans le sens de la longueur à travers l’un des lobes; à gauche, le demi-lobe enlevé (dimensions : longueur 0"27, largeur 020).

Le n°9 donne la figure de deux noix coupées en travers par le milieu : Pune de 0 "295 de largeur sur 0"145 d’épaisseur (coque et amande).

Le n° 10 est une noix entière, avec son brou et son calice ; elle est de forme arrondie (dimensions : 0 "43 >< 0 "32),

Le n° 11 montre de profil la même noix (0"42 x<0"26 d'épaisseur).

Le n° 12 est une autre grosse noix entière vue de face, ovale (0mM43 x 0"315).

Le n° 13 en est une autre encore avec brou et calice (0m425< 040).

Le n° 1% est une noix décortiquée vue du côté plat (0m 90 x 0 » 33).

Le n° 15 est une noix ouverte du haut en bas entre les deux lobes (dans le sens de l'épaisseur). Elle montre bien le trou de communication entre les deux lobes et le germe placé contre la coquille juste à l’orifice du trou qui doit laisser passage à l'axe cotylédonaire (dimensions : longueur 0"25, largeur 024, épaisseur 0" 15).

Il manque à cette collection pour être complète le dessin d'une noix décortiquée montrant la face supérieure avant et

1. Un champignon pareil ayant poussé sur une noix que nous possédons, nous avons cru y reconnaître le Lentinus flabelliformis (tribu des Agaricinées).

après la germination. Ces dessins ne sont pas datés. Ils ont été sans doute exécutés pendant le séjour de Commerson à l'Ile de France, soit de 1766 à 1773. Ils sont très heureusement complétés par la collection des moulages de Robillard d'Argentelle, dont nous reparlerons plus loin. Malheureusement ni l'un ni l'autre n'ont donné un dessin ou un moulage de la fleur, sur la structure exacte de laquelle nous ne serons renseignés que plus tard (1800). Il est étonnant que Commerson se soit contenté du dessin très imparfait que donne Sonnerat du chaton mâle et d’une fleur séparée.

Labillardière en avait sans doute reçu, ce qui lui permit le 14 octobre 1801 de lire à une séance de l'Académie des Sciences le premier mémoire décrivant complètement le Cocotier de Mer avec ses fruits et ses fleurs. Nous l'avons rétrouvé dans les Annales du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, où nous avons pu examiner, dans la galerie de botanique, les échantillons de fleurs, fruits et feuilles provenant sans doute de l’abbé Rochon ou des envois faits ensuite et qui ont évidemment servi à Labillardière, aidé aussi par les dessins de Commerson et des renseignements fournis par Quéau de Quincy, dont la description légèrement abrégée se trouve à la suite du mémoire à l'Académie, Vu l'importance historique de ces deux documents nous les citerons ici in extenso.

Voici d'abord ce que dit Labillardière :

« Le palmier connu vulgairement sous le nom de Cocotier « des Maldives croît, comme on sait, aux Iles Séchelles. Il « avait été pour Commerson le sujet d’un nouveau genre qu'il « avait appelé Lodoicea, nom que je conserverai, mais sa des- « cription ne nous est pas parvenue. Sonnerat l'a depuis rap- « porté au genre Borassus (sans doute en 1773).

« Il ne restera, je le présume, aucun doute, d’après la des- « cription que je vais donner, qu'il ne forme vraiment un « genre à part.

« Le Lodoicea porte ses fleurs mâles sur des pieds diffé- « rents de ceux qui en produisent les fleurs femelles. Elles « sortent les unes et les autres de spathes formées de plu- « sieurs feuilles oblongues, aiguës.

Pages 230-231.

Annales du Musée colonial de Marseille, 3° série, l'® volume 1915,

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PI. IV. — Labillardière, 1801. Annales du Muséum, Fig, a. Le palmier femelle. Fig. b. Le fruit. Fig. ce. Rameau de jeunes fruits. Fig. d. Portion de régime mâle. Fig. e. Ecaille de régime mâle avec bouquet floral, Fig. f. Faisceau de fleurs mâles vu en dessus. Fig. g. Le même vu de côté. Fig. h. Petite écaille qui sépare chaque fleur. Fig. i. Fleur mâle ouverte. Fig. 1. Etamines vues en diverses positions. De e à 1 légère réduclion.

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« Le régime des fleurs mâles est composé d'un très petit nombre de chatons cylindriques d'environ 2 pieds 17/2 (8,1210 décimètres) de longueur sur 3 à # pouces (8,1210 à 10,8280 centimètres) de diamètre, dont les larges écailles imbriquées se divisent en dessus et vers le quart de leur longueur en 2 lames à peu près verticales qui enveloppent presque en entier un faisceau de fleurs dirigé dans sa plus grande longueur vers l'intérieur du chaton. Chaque faisceau est à peu près réniforme et composé de 30 à 40 fleurs, disposées sur deux rangs se croisant alternativement dans la moitié de leur épaisseur et séparées chacune par une petite écaille oblongue, renflée du côté externe, attachée comme les fleurs à un réceptacle presque demi-circulaire dont la partie supérieure et postérieure est mobile, ce réceptacle étant divisé postérieurement par une fissure oblique dans les deux tiers de son étendue.

« Les fleurs ont pour calice 6 folioles étroites, creusées en forme de gouttière dans leur longueur; les folioles extérieures, échancrées d'un côté vers l'extrémité, l’autre côté présentant une pointe oblique, sont plus longues et un peu plus coriaces que les intérieures alternes dont la sommité est obtuse, et sont attachées à 2 millimètres au-dessous d'elles, sur le même pédicelle, qui s'amincit par le bas. Les étamines, au nombre de 20 à 36, sont portées sur un réceptacle central de 2 millimètres environ d'élévation et qui semble être le prolongement du pédicelle dont nous venons de parler. Elles onten outre un petit filament pour chaque anthère vacillante, oblongue, obtuse, à 2 loges s'ouvrant par le côté et un peu à l'intérieur, en répandant une poussière globuleuse et jaunâtre.

« Il est remarquable que le faisceau de fleurs porté par chaque écaille est en grande partie couvert par l'écaille supérieure, de sorte qu'il ne reste à la partie inférieure et externe entre les deux lames mentionnées ci-dessus, qu'une petite ouverture par où il ne peut sortir à la fois qu'une seule fleur. Leur développement successif s'exécute par un mécanisme facile à concevoir à la première inspection de

la figure g. Les fleurs les plus avancées se trouvent toujours en d. et leur épanouissement n'a lieu qu'après avoir quitté le réceptacle pour sortir par la petite ouverture dont il vient d'être fait mention et faire place à la fleur qui sort à son tour, et ainsi de suite jusqu'à ce que par l’évolution de ce même réceptacle, les fleurs les plus éloignées en o. aient aussi été amenées vers d. pour trouver passage par la même ouverture, ce qui prolonge irrégulièrement, comme on voit, le temps que mettent ces fleurs à répandre leur poussière fécondante, en assurant d'autant plus la réussité des individus femelles. Alors les petites écailles intermédiaires se sont rapprochées les unes des autres et n'occupent plus que fort peu d'espace.

« Le régime des fleurs femelles, assez divisé, porte vers l'extrémité ses fleurs qui sont sessiles. Le calice est formé de 5 à 7 folioles ovales et très larges. L'ovaire, presque sphérique, est surmonté de 3 ou # stigmates sessiles, aigus. Il devient une baie ovale d'environ 1 pied 1/2 (4,8726 décimètres) de long, quelquefois terminé par une sorte de mamelonet renfermant dans son enveloppe fibreuse 3 à 4 noyaux qui rarement viennent tous à bien. Ces noyaux, d'une dureté extrême, sont de forme ovale, aplatie, ayant au milieu une dépression répondant à une saillie intérieure qui représente assez bien une demi-cloison. Ils sont séparés en deux lobes supérieurement, c’est-à-dire à leur extrémité la plus éloignée du calice, rarement en 3 à # lobes. On en a vu plus rarement qui avaient jusqu’à 5 lobes. C'est entre ces mêmes lobes qu’on remarque dans le noyau une ouverture oblongue garnie de fibres sur ses bords et donnant issue à la radicule et à la plantule lors de la germination.

« L'amande, qui ne laisse pas d'acquérir une grande consistance, a la forme du noyau. On voit différentes coupes de l’un et l’autre dans le Voyage à la Nouvelle-Guinée, pl. VI. « L'embryon est enfoncé dans une cavité de l’amande aboutissant à sa superficie entre les lobes, vis-à-vis de l’ouverture oblongue du noyau mentionnée ci-dessus, aussi doit-on le regarder comme supérieur. Je n’en donnerai pas la figure,

le fruit sur lequel je l'ai observé n'ayant pas acquis le degré de maturité nécessaire pour être bien conservé. Je dirai cependant que la plumule dirigée vers l'intérieur se termine en pointe recourbée, la radicule étant ovale, tuberculeuse à l'intérieur, où l'on remarque une dépression longitudinale.

« Les caractères énoncés ci-dessus, la position surtout de l'embryon et la forme des noyaux de la baie fibreuse, le nombre des étamines, leur disposition et celle des fleurs mâles suffisent bien pour l'établissement du nouveau genre qui vient d'être proposé. Il ne peut être confondu avec le genre Borassus quoique d’ailleurs il ait avec lui beaucoup d’affinités.

« J’ai appelé ZLodoicea Sechellarum (Lodoïcée des Seychelles) le palmier qui fait le sujet de ce mémoire, dénomination tirée comme on voit du groupe d’iles dont il est originaire. Mais on doit présumer qu'à l'exemple de Sonnerat, qui l’a transporté à l’île de France, il se trouvera des navigateurs jaloux d'enrichir quelque autre terre de cette belle production de la nature.

« Le Lodoïcée des Seychelles s'élève assez droit à 15 ou 18 mètres (46 à 55 pieds), quelquefois même beaucoup au delà. Son tronc fibreux, assez semblable à celui du cocotier, est marqué, dans toute sa longueur, par l'empreinte des feuilles qui se détachent à mesure qu'il croit; d’autres feuilles se développent en nombre à peu près égal chaque année, de sorte qu'il se trouve assez constamment couronné du même nombre de feuilles (15 à 20). On ne les a pas représentées toutes dans la figure ci-jointe, afin de faire mieux sentir leur forme. Elles sont d'une texture assez ferme et, comme on voit, en éventail, ovales, échancrées à la base, divisées inégalement dans leur pourtour, les divisions inférieures étant les plus courbes. Les pétioles longs de T à 8 pieds (227 à 259) sont élargis à la base où ils se déchirent quelquefois en deux parties, à mesure que les feuilles supérieures se développent.

« L'amande de ces gros fruits est un aliment assez mé-

« diocre. Je ne dirai rien des vertus imaginaires que lui avaient « attribué quelques botanistes et voyageurs des xvi° et xvi* « siècles, et l'on doit bien présumer que je ne répéterai pas « non plus les fables qu'ils racontent sur l’origine de ce pal- « mier, On trouvera ces matières traitées au long dans l’Her- « barium Amboinense du célèbre Rumphius, livre x11, cha- « pitre 8. Il ya même la figure d'un noyau de cet arbre inté- « ressant. On y verra encore cités la plupart des auteurs qui « en ont parlé avant lui.

« Les feuilles servent à couvrir les toits : leur consistance « les rend encore plus durables que celles du Corypha « umbraculifera.

« Le tronc peut être employé avantageusement à tous les « usages auxquels on fait servir celui du cocotier. Quoique « Sonnerat ait donné dans son Voyage à la Nouvelle-Guinée, « planche III, une figure du Lodoïcée des Séchelles, j'ai « pensé qu'on verrait encore avec plaisir celle-ci faite aux « Seychelles par M. Lilet, correspondant de l’Institut; mais «il était indispensable de donner les détails de la fructifica- « tion. Je les ai dessinés d’après des échantillons conservés « dans l'esprit de vin, qu'il a bien voulu me communiquer. »

Cette planche est fort bonne, sauf pour la forme des feuilles qui semble inspirée par celle de la planche de Sonnerat, avec cette différence qu’elles sont plus ovales, plus profondément et plus largement échancrées. C'est la troisième manière de les représenter, mais elle n’est guère plus exacte que les deux autres.

Par contre, nous y voyons pour la première fois une approche de la vérité en ce qui concerne le pétiole fendu en triangle à la base, comme on l'observe sur l'arbre. Les fleurs femelles sont représentées pour la première fois, ainsi que l'anatomie des fleurs mâles et la position des fruits sur leur régime. Labillardière aurait pu mieux figurer les feuilles s'il les avait dessinées d’après la palme rapportée par Rochon, au lieu de $’en rapporter au dessin de Lilet, qui, bien que Correspondant de l'Institut aux Seychelles et les ayant soi-disant faites d'après nature, nous paraît un observateur aussi peu

exact que peu scientifique. On peut se demander s'il n’y a pas eu aussi une interprétation du graveur.

A la suite de ce mémoire, on trouve, dans le vol. IX des Annales du Muséum, un extrait du mémoire envoyé par M. Quéau-Quincy. Labillardière s’est borné à ne citer que les parties ne faisant pas double emploi avec ce qu'il avait communiqué à l'Académie. Ainsi que nous l'avons dit dans le chapitre précédent, il a été publié in ertenso en 1905 à l'île Maurice et nous avons pu en obtenir une copie.

Nous allons citer tout ce qui nous paraît compléter les informations déjà fournies et que l'auteur n'a fait que répéter d’après les anciens écrivains :

« Cet arbre vient dans toutes les parties de l'Isle de Praslin « et de l'Isle Curieuse ; l'on en trouve partout dans les pleines « (sic) de sable, au bord de la mer, dans les mares, parmi les « rochers les plus arides, où il ne paraît point de terre, et « une très grande partie sur le sommet des plus hautes mon- « tagnes qui n’est formé que de tuf.

« L'Isle Praslin et l'Isle Curieuse ! ayant un sol très mau- « vais, neseraient point habitables s'il n'y avait pas de mares, « aussi le coco de mer vient-il très bien partout où on le « plante, dans toutes les autres isles de l'archipel et même « aux isles de France et de La Réunion (Bourbon) où il y en a, « mais qui ne sont pas encore en rapport, cet arbre étant très « long à venir.

« Le tronc de cet arbre s'élève communément de 50 à 60 « pieds; l’on en trouve cependant beaucoup qui ont 80 et « 100 pieds de hauteur, il est droit comme un mât? | parfaite- « ment cylindrique}, sa grosseur varie très peu aïant à peu « près 12 pouces de diamètre, sans diminution sensible jus-

« qu'à son sommet qui est couronné par une toulle d'environ

« 12 à 20 feuilles, ce qui forme sa tête.

1. Ces deux isles sont séparées l’une de l’autre par un étroit canal d'environ 300 toises et de la distance de 6 lieues de Mahé.

2. Le rapport cité par les Annales ajoute « parfaitement cylindrique », les parties entre [| | sont celles qui sont en plus dans la rédaction des Annales dues à Deleuze, l'éditeur,

« Cet arbre ne produit point de branches mais seulement de grandes feuilles dont les anciennes tombent à mesure qu'il sélève. La feuille de cet arbre est très grande, formant l'éventail; j'en ai mesuré qui avaient 20 pieds de long, sur 10 à 12 de largeur, leurs queues sont quelquefois aussi longues que la feuille; elles ne sont cependant pas toutes de cette largeur, leur dimension la plus commune est de 8 à 10 pieds de longueur sur 5 à 6 pieds de largeur, les vieux arbres produisent ordinairement de ces dernières. « La tête de l'arbre d'où partent les feuilles qui les couronnent (sic) s'appelle choux ; il se mange comme le choux palmiste, le choux du latanier des Indes et celui du cocotier ordinaire, mais cependant il n’est pas aussi délicat ayant un petit goût d’amertume; confit au vinaigre, l’on en fait d'assé bons achards.

« Le bois de cet arbre est assez dur, mais il diminue de solidité en approchant de son centre, n'étant dans cette partie qu'un composé molasse de longues fibres que l’on sépare facilement du reste de l'arbre lorsqu'il a été coupé et fendu dans sa longueur. Son écorce est extrêmement mince, l’on pourrait dire même qu'il en est à peu près dépourvu.

« Les feuilles de cet arbre sont d’un gros verd tirant sur le Jaune; elles deviennent même toutes jaunes en séchant, leur tissu est croisé et chaque feuille sort du milieu de la touffe du sommet. Elle est fermée, lisse, longue de 6 à 8 pieds, en diminuant comme un jet : chaque branche de cet arbre n'est done exactement qu'une longue queue d’une très grande feuille, qui dans le commencement ressemble à un évantail fermé, mais qu'en se développant ensuite forme un grand évantail ouvert, dont les plis sont exactement marqués ; sur les côtes qui forment les plis des vieilles feuilles on y trouve attaché un duvet assez épais qui est semblable à celui qu’on trouve sur les feuilles des lataniers des colonies.

« Le cocotier de mer mâle produit des fleurs qui fertilisent les fleurs du cocotier de mer femelle. Cette fleur du cocotier de mer mäle sort à l’origine des feuilles. Elle est

oblongue, de couleur pourpre ou violet, elle est parsemée dans toute sa longueur à des distances égales de jolies petites fleurs jaunes qui en ressortent et qui font le plus bel effet. La longueur de cetté fleur est de 2 pieds à 2 pieds 1/2, même trois pieds, et sa grosseur, à la partie la plus forte, est d'environ 6 pouces de circonférence.

« Il sort à l’origine des feuilles du cocotier de mer femelle un régime appelé communément dans le pays, ainsi qu'au bananier et au cocotier ordinaire, un Baba ! ; les fleurs femelles ont un ovaire qui produit un fruit d’une forme toute particulière qui mérite bien, par toutes ses singularités, d'être décrit, ne l’ayant pas encore été par aucun naturaliste, à ce que Je crois.

« Le fruit qui succède aux fleurs femelles est très gros, comme le plus gros melon de France, au nombre de #, 5 et 6 quelquefois à chaque régime, 1l est recouvert par une enveloppe extérieure en peau, qui a beaucoup de rapport à l'enveloppe ou peau qui couvre les noix de France et ayant même en grand à peu près la forme, la même couleur, c'està-dire d’un verd foncé, mais en considérant en détail ce singulier coco lorsqu'il est dépouillé de sa première peau, et de son enveloppe filandreuse, l’on voit d’un côté, qu'il ressemble parfaitement à des fesses, l’entre-deux qui les sépare représente la partie naturelle de la femme, on y remarque même une protubérance ressemblant absolument à l'une des parties extérieures de la génération de la femme, autour de laquelle plusieurs petits filaments qui y existent représentent des poils parfaitement imités; c’est aussi de ces entre-deux que sort le germe, qui, dans les premiers jours, lorsqu'il ne passe pas la longueur de 6 à 8 pouces, ressemble parfaitement au membre viril. C'est cet instant qu'il faut saisir pour avoir un coco de mer qui soit on ne peut plus curieux par sa singularité et ses formes *,

1. Baba (ou Bava ?), nom indien. 2. Ce sont évidemment ces singularités qui ont suggéré aux indigènes

de l'Inde et autres pays d’en faire un remède antisyphilitique et aphrodisiaque, et à Gordon Pacha le fruit défendu du paradis terrestre.

« Quand l’amande du coco de mer n'est pas encore dans sa parfaite maturité, l’intérieur du coco, dans la partie supérieure par laquelle il est attaché au régime, est divisé en deux parties, il contient une substance en forme de gelée blanche, ferme, transparente, excellente et agréable au goût, un seul coco peut en contenir deux bonnes assiettes à soupe; pour peu qu’il y ait quelques jours que le coco ait été cueilli ou coupésur l'arbre, cette gelée s’aigrit, ellen’est plus mangeable ayant alors l’odeur, la couleur et la consistance réelle de la semence humaine.

« L'intérieur de la noix de coco de mer est partagé en deux par une cloison assez forte qui communique par le trou d'où sort le germe ; au lieu de gelée il est rempli, lorsqu'il est en maturité, d'une amande fort dure, très coriace, qu'on a de la peine à couper, et qui peut se rapper, c'est de ces deux amandes que sort le germe, elles semblent lui servir de testicules.

« L'arbre cocotier de mer est très long dans sa croissance, un coco de mer planté est environ un an avant de pousser, il est 20 à 30 années avant que de rapporter des fruits, et ce fruit, du moment qu'il commence à paraître sur l’arbre, est plus d’un an à acquérir sa parfaite maturité. J'en ai vu qui ont resté 3 ans sur pied avant que de tomber à terre.

« Chaque arbre porte environ 20 à 30 cocos qui font un poids considérable au sommet de cet arbre, car l’on peut compter que l'un dans l’autre, chaquecoco peutbien peser 20 à 25 livres, il y a ordinairement 2 cocos dans une même enveloppe et quelquefois trois ; l’on en trouve aussi de fort curieux qui, au lieu de ne former que deux parties, setrouvait (trouvent) en former 3 et 4. Et j'en ai possédé un seul (en ayant) jusqu’à 5; ces derniers sont extrêmement rares et fort recherchés des curieux ; ils ne peuvent être considérés que comme des jeux ou bizarreries de la nature

Usages et propriétés du coco de mer.

« Le tronc de l'arbre après avoir été fendu et netoyé de sa partie mole et fibreuse, sert à faire de longues jumelles

pour recevoir l'eau, l'on en fait des palissades pour entourer les cazes ou maisons, les jardins, etc.

« Les feuilles servent à faire de très bonnes couvertures aux cazes, aux maisons, même à les entourer, car avec cent feuilles l’on peut faire une maison commode, la couvrir, l’entourer, même faire les cloizons pour séparer les chambres ainsi que les portes et fenêtres; à l'Isle Praslin, la plus grande partie des maisons des habitants et les magasins sont ainsi construits.

« Le duvet qui est attaché aux feuilles sert à faire des matelas et des oreillers comme la ouate.

« Les côtes des feuilles et le cotton de la queue servent à faire des paniers et des balais.

« Les feuilles tendres, ou pour mieux m’exprimer, les cœurs des feuilles, quand elles ne sont point encore épanouies en éventail, séchées au soleil, coupées dans leurs longueurs par petites bandes de deux à trois lignes de largeur, et pressées, servent à faire des chapeaux bons pour hommes et pour femmes, l'on ne s’en sert pour ainsi dire pas d’autres aux Isles Seychelles.

« La noix, que l’on appelle communément le Coco de mer, sert de vases à différents usages, en le conservant entier, et lui faisant un ou deux petits trous à son sommet, l’on s’en sert pour porter de l’eau ; les noirs en portent ainsi plusieurs qu'ils attachent aux deux bouts d’un bâton, il y a de ces cocos qui contiennent 6 à 8 pintes, quand on lés scie en deux, droit par la moitié ils servent à faire des plats, des assiettes, suivant leurs grandeurs, et quand l’on en trouve de petites, ils servent à faire des vases pour boire, à peu près comme l’on se sert des tasses du coco de terre ; mais celui du coco de mer est préférable étant beaucoup plus fort et plus épais. Voilà pourquoi on l'appelle aux Isles Seychelles, la vaisselle de l'Isle Praslin, Les cocos de mer sont vraiment d'une grande utilité et économie pour les pauvres gens et pour les nègres; aussi les vaisseaux qui passent aux Seychelles tâchent de s'en procurer le plus qu'ils peuvent étant très commode pour les matelots, car

« les cocos de mer sont très forts, et ne cassent point en tom- « bant, l’on en fait aussi de jolis plats à barbe, que l’on fait « graver et garnir en argent. Ils se gravent facilement; ils « prennent un très beau poli et une couleur fort noire.

« Les Indiens avaient attribué aux premiers cocos de mer, « que l’on avait trouvé sur la mer près des Isles Maldives, « plusieurs vertus chimériques qui les avaient fait rechercher « avec le plus grand empressement, ce qui ne paraîtra pas « étonnant quand l’on saura que l’on a vendu dans l'Inde «jusqu'à 2 et 300 Roupies (750 livres) un seul coco de mer; « en raison de ce que les Indiens prétendent. à cette époque « que l’amande qui était dans l’un des côtés du coco de mer « était un poison très violent, tandis que celle qui était du « côté opposé était un contrepoison ; ils lui attribuaient éga- « lement une vertu propre à exciter l'amour, aujourd’hui que « le coco de mer est parfaitement connu, tout le merveilleux « est évanoui et sa valeur tombée aux Indes en raison de ses « vertus supposées et de ce quil est devenu commun.

« L'amande du coco de mer, lorsqu'il est en maturité, est, « comme je l'ai déjà dit, très compacte, elle a de la ressem- « blance avec de la corne blanche, elle n’est employée à aucun « usage ; jusqu'à présent, elle n'a aucune qualité encore par- « faitement connue ; cependant l'on la croit propre à être ‘« employée comme astringent, dans les dissenteries et les flux « de sang. L'on ne peut en tirer de l'huile et elle ne peut que « faire beaucoup de mal si l’on en mange pendant quelque « temps ou une trop grande quantité, étant très indigeste, « l’on a même vu des matelots indiens mourir pour en avoir « fait un usage immodéré à la mer. La gelée de coco de mer « est très froide, la quantité en serait très indigeste.

«A Mahé, Iles Seychelles, Le 1° Thermidor an II [le 20 juil- « let 1803 v. s. (vieux style)].

« Le Commandant administrateur civil, aux Iles Seychelles,

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