‹ Annales du Muse colonial de Marseille (volume 3)Chapitre 8 sur 285 · DONNÉES GÉNÉRALES SUR LA CLASSIFICATION DES MIMUSOPÉES · texte numérisé non relu

DONNÉES GÉNÉRALES SUR LA CLASSIFICATION DES MIMUSOPÉES

Les Mimusopées sont donc caractérisées dans leur ensemble par l’adjonction à chaque lobe pétalaire de deux appendices dorsaux, ce qui triple en apparence le nombre des pièces de la corolle.

La plupart du temps ces pièces supplémentaires sont aussi développées que les pétales proprement dits; le plus souvent entières, 1l arrive cependant que leur limbe soit très profondément divisé; mais on ne peut guère tirer de ces variations que des caractères spécifiques : rarement les appendices se distinguent des lobes principaux par une taille excessivement

réduite (Northea).

En somme, les caractères fournis par la corolle sont d'assez minime importance et peut-être paraîtra-t-1l excessif d’opposer à ce titre le genre Northea à l'ensemble des autres Mimusopées groupées en un genre très hétérogène Mimusops, comme on l'a fait presque universellement jusqu à présent. Il semble au contraire beaucoup plus logique de mettre au premier plan les caractères qui nous ont donné satisfaction dans la classification des Sideroæylées : 11s sont tirés de la position de l'ovule et de la structure de la graine.

Nous rangerons donc, d'un côté, toutes les formes chez lesquelles le hile et le micropyle sont rapprochés (anatropie absolue) et où la cicatrice typique de la graine des Sapotacées est basilaire et relativement de peu d’étendue (ce sera le type eumimusopé correspondant au type eusiderorylé, parmi les Siderorylées), et, d'autre part, les formes chez lesquelles le hile et le micropyle sont assez éloignés ou occupent même les pôles opposés de la graine (hémianatropie ou atropie) et sont

réunis par une cicatrice latérale allongée: ce sera le type manilkaré correspondant au type lucumé, parmi les Siderorylées.

Dans ce deuxième type, tantôt l’ensemble de la tigelle et de la radicule (caudicule) forme un organe fortement saillant en dehors de la commissure des cotylédons, tantôt un simple organe punctiforme: il faut remarquer en outre que, si les embryons à caudicule punctiforme correspondent toujours à des graines exalbuminées, on peut trouver au contraire des Manilkarées à caudicule sallante avec ou sans albumen et que ces dernières forment: transition vers les types à caudicule courte.

Chez les Æumimusopées, nous n'avons pas rencontré d'exemple où la graine fût dépourvue d'albumen ou à caudicule punctiforme ; de telle sorte que les caractères de l’ovule et de la graine nous permettent déjà d'établir les subdivisions suivantes :

Graines à Graine fortement albuminée,

à caudicule \

cicatrice allongée é allongée

Graine sans albumen ou

tovule hémitrope) faiblement albuminée.

ou atrope Manilkarées

pe ——

à caudicule punctiforme,

Graines à cicatrice !/ s acdlare redoute \ Caudicule allongée ; graine fortement albuminée.

em

Eumimusopées

Les caractères les plus importants, après ceux que fourmt la graine, sont tirés du type floral; chez la plupart des Manilkarées, le type floral est 3, le calice étant formé de deux verticilles trimères et la corolle de six pétales en une seule série ; chez la plupart des Eumimusopées, il est au contraire #4, le calice comprenant deux verticilles tétramères et la corolle 8 pétales en une seule série.

Les autres caractères génériques peuvent être tirés soit de l’androcée qui, dans quelques cas exceptionnels, peut comprendre deux verticilles fertiles (Muriea) ou au contraire se réduire à un seul cycle épipétale (Northea), soit de la nerva-

SAPOTACÉES DU GROUPE DES SIDEROXYLINÉES-MIMUSOPÉES 5

on de la feuille qui, dans le seul genre Baillonella, est transversale par rapport aux costules, alors que, chez toutes les autres Mimusopées, on observe une ou plusieurs nervures descendantes entre celles-er.

Quant aux caractères tirés de la forme et de la subdivision des appendices pétalaires, de la forme et de la grandeur des staminodes, du nombre des carpelles, de l'isomérie de l'ovaire avec les verticilles externes, caractères qui ont souvent été invoqués par les auteurs, ils sont tellement sujets à variations, parfois dans une espèce définie, parfois même et pour certains dans une fleur unique, qu'on ne doit en user qu'avec une extrême prudence, même s'il s'agit de définir des espèces.

En résumé : 1° Le groupe des Mimusopées ne mérite nullement l'autonomie qu'on lui a conférée jusqu'ici ; il doit être logiquement ramené au rang de sous-tribu et mis sur le même plan que les Siderorylées.

2° Les caractères dominants sur lesquels on doit baser les grandes lignes de leur classification sont fournis par l’ovule et la graine comme chez les Sideroxylées.

3° Des caractères génériques importants peuvent être tirés du type floral, de l’androcée, du degré de développement des appendices pétalaires, de la nervation de la feuille.

4° Les caractères résultant de la forme des appendices et des staminodes et du nombre des carpelles sont d’une importance très discutable et peuvent tout au plus servir à définir les espèces.

Enfin, comme à propos des Siderorylées, nous devons remarquer que les caractères fondamentaux fournis par l’ovule et par la graine, tout en donnant une base solide à la elassification, n'empèchent pas de reconnaître entre les divers groupes secondaires des convergences indéniables, qui assurent une continuité remarquable dans la famille des Sapotacées.

A. — MaANILKARÉES

Ce groupe correspond identiquemeut aux Lucumées parmi les Sidero.rylées et se définit de la même manière :

Graine à cicatrice allongée, provenant d’un ovule atrope ou hémitrope, inséré, plutôt vers le haut de la loge carpellare; le hile occupe l'extrémité supérieure de la cicatrice et le micropyle l'extrémité inférieure.

Une première série de genres comprendra ceux chez lesquels les cotylédons sont minces, foliacés et où les réserves de la graine sont formées par l’albumen ; dans ce cas, la caudicule est toujours allongée.

Cette série est parallèle à celle des Planchonella, Micropholis, Achras, parmi les Lucumées.

Le genre fondamental de ce groupe est le genre Manilkara.

Manilkara Rheede !.

Cet ancien genre de Rheede (in Adanson) fut toujours considéré comme rentrant dans le genre Mimusops de Linné, où l'on range encore actuellement à peu près toutes les Mimusopées. Les considérations générales qui précèdent nous ont montré que, si l'on veut tenir compte des caractères de la graine, 1] est absolument nécessaire de démembrer ce genre Mimusops où se côtoient les types les plus disparates du groupe; nous avons donc rétabli le genre Manilkara que nous opposons aux vrais Mimusops, caractérisés par l’anatropie de leur ovule, c'est-à-dire pour les mêmes raisons qui nous avaient fait rétablir le genre Planchonella pour l'opposer aux vrais Siderorylon.

En agissant ainsi, nous ne faisons d'ailleurs que nous conformer à l'opinion de L. Pierre, maintes fois exprimée dans les notes manuscrites qui accompagnent ses herbiers ; cette opinion, il hésita cependant à lui donner toute sa valeur,

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