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RESNTES DU SOUBDANRRRANCAIS RÉCOLTÉES PAR LE LIEUTENANT BOERY
par M. Henri JUMELLE
Les plantes dont nous donnons ici la liste ont été récoltées par le lieutenant d'Infanterie coloniale Boëry, de 1928 à 1930, dans la partie de la zone sahélienne du Soudan français qui, à 250 kilomètres environ au N. O. de Tombouctou, comprend, entre à peu près 170 et 190 de lat. N. et 110 et 80 de long. O., lPAoukar, le Bâten, le Labiar, le Dahar Oualata et le Dahar Nema, la partie plus à l'Est étant PAklé.
La région est plutôt plus sèche encore que celle de Kiffa (plus rapprochée de la zone soudanienne) où le lieutenant Boëry avait déjà récolté, de 1924 à 1926, des plantes que nous avons alors énumérées (1). Comme on peut le pressentir, et comme on le constatera, il est un certain nombre d’espèces qui sont communes à ces deux contrées, administrativement distinctes, puisque la région de Kiffa fait partie de la Mauritanie, mais qui, toutes deux, appartiennent à la même zone subdésertique, prolongement méridional du Sahara.
(1) H. Juuezce : Plantes de Mauritanie récoltées par le lieutenant Boëry. (Annales du Musée colonial de Marseille, 1928, fascicule I.)
(2) Sur la biologie de la flore de la région de Tombouctou, voir notammen’ : Aug. CHEVALIER : La végétation de la région de Tombouctou. (Actes du Congrès international de Botanique, Paris, 1900). — O. Hace- RUP : Etude des types biologiques de Raunkiaer dans la flore autour de Tombouctou. (Det K gl. Danske Videnskabernes Selskab ; Biologiske Meddelelser, IX, 4, 1930).
Morphologiquement, le caractère dominant, et bien connu, de beaucoup de ces plantes est la faible hauteur de la partie aérienne et, au contraire, la très grande lorgueur de leurs racines pivotantes.
Graminées.
Andropogon laniger Desf.
«Ezkryr (1). Plante des terrains argilo-sablonneux et du rag caillouteux.
«N'est pas touchée par les chameaux ».
Distr. géog. : Région saharienne du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie ; zone subdésertique du Nord-Africain tropical (2) ; zone steppo-désertique du Sud-Ouest Asiatique, Inde et Thibet.
Cette espèce est ramenée par quelques auteurs, notamment Stapf, au Cymbopogon Schœnanthus Spreng. (Andropogon Schœnanthus Lin.); d’autres botanistes cependant, avec Hackel, la considèrent comme distincte.
On sait que, en Afrique du Nord comme en Arabie et dans:
l’Inde, le Cymbopogon Schœnanthus est depuis l'antiquité, connu comme herbe aromatique (comme est aromatique, d’ailleurs, également l’Andropogon laniger) et que son essence est le camel-grass oil des Anglais.
Le Cymbopogon Schœænanthus passe pour être dans le désert la nourriture principale des chameaux, ce que confirme l’un de ses anciens noms latins : fænum camelorum. Ce n’est pas ce que dit le lieutenant Boëry dans son Andropogon laniger, mais M. Boëry a pu faire plusieurs fois cette constatation que, selon la plus ou moins grande diversité des espèces dans
(1) Toutes les dénominations indigènes indiquées en italiques sont les dénominations hassanes.
(2) Au sujet de ces zones un peu approximatives et conventionnelles, nous renvoyons aux explications données p. 12 et 13 dans notre précédente étude sur les plantes de Mauritanie (Loc. cit).
telle ou telle région, les chameaux se nourriront, dans certains endroits, où leur choix sera limité, de plantes qu'ils délaisseront dans d’autres, où ils trouveront des espèces qui leur paraîtront meilleures.
Dans le rag caillouteux, les chameaux de la région dont nous nous occupons mangent une autre Graminée qui est appelée en langue hassane hechych erraoui, c’est-à-dire Pcherbe du mouflon », mais léchantillon que nous possédons est dépourvu de toute inflorescence et indéterminable.
Brachiaria ramosa Stapf (Panicum ramosum Linn.) (1).
«Beyata. Vit en association avec le gasba. Un peu partout au sud du parallèle d’Oualata, en juillet, août et septembre.
«Assez bon pâturage à chameaux ».
Distr. géogr. : Iles du cap Vert ; Guinée portugaise ; Sénégal ; Soudan français (entre Sompi et le lac Débo) et Dahomey (Allada), d’après Chevalier. |
Cétte espèce présente une forme à épi glabre et une forme à épi pubescent.
Panicum lætum Kunth.
«Az. Pousse, en juillet et août, au sud du parallèle d’Oualata, dans les bas-fonds humides à terre argileuse.
«C’est un fonto des indigènes. Les grains sont ramassés et mangés par les gens de condition servile ».
Distr. géogr. : Sénégal ; Soudan français (Moyen Niger); Nigérie septentrionale (Katagum) ; Baguirmi.
Dalziel dit que, dans le district de Katagum, cette Graminée appelée baia est pour les indigènes une importante ressource en cas de disette. Ce renseignement, reproduit par Stapf, est en concordance avec celui que nous donne M. Boëry que, à Oualata, les grains sont un «fonio ». On sait, d’ailleurs
(1) La détermination de cette espèce et des cinq suivantes a été faite è Kew.
que le fonio de la Guinée française est tout autre chose, puisque ce sont les grains du Digitaria exilis.
Dans les échantillons que nous possédons, l’espèce présente sur ses gaines, comme caractère qui aide à la reconnaitre, de longs poils blancs espacés bien perpendiculairement dressés.
Danthonia Forskalii Trin.
«Zheithifie. Plante des sables, au nord du Bâten (El glatt, Bou M'haye, Keddama).
«Bon pâturage à chameaux et à moutons. »
Distr. géogr. : Se retrouve dans toute la région saharienne et, dans les sables, en Egypte, en Arabie et en Perse.
Aristida mutabilis Trin.
«Eïinfi. Plante du rag caillouteux.
«Mangée par les chameaux à l’état de paille. »
Aristida acutiflora Trin et Rup.
«Sfar. De novembre à mars dans le Nord du Cercle de Nema et dans la région au nord-ouest d’Oualata.
«Bon pâturage à chameaux. »
Distr. géogr. : Sahara, zone subdésertique du Nord-Africain tropical ; Arabie. °
Latipes senegalensis Kunth.
« Tougourit. Plante des sables, au sud du parallèle d’Oualata, en septembre et octobre.
«Excellent pâturage à chameaux, aussi bien vert que sec. »
Cette espèce, qui est le Tragus Latipes et le Tragus senegalensis de Gay, a été à tort indiquée sous le nom de Tragus racemosus dans notre précédente note sur les plantes de Mauritanie. C’est donc ce Latipes senegalensis, et non le Tragus racemosus, qui a été récolté antérieurement pete le lieutenant Boëry dans la région de Kiffa.
Ses inflorescences, dont les épillets sont portés par paires ou isolés sur des pédicelles très aplatis, sont très Tâches, bien
plus lâches que celles du Tragus racemosus, et surtout que celles des exemplaires de ce Tragus que nous citons ci-dessous, où ce sont des grappes spiciformes cylindriques plutôt denses.
Distr. géogr. : Espèce bien moins répandue et moins largement distribuée que le Tragus racemosus, connue cependant au Sénégal, au Soudan français et en Abyssinie, ainsi que dans l’Inde, au Sindh, à Kurrachee, d’après Hooker.
Hooker la signale aussi en Arabie, mais elle n’est pas mentionnée par Boissier dans sa «Flora Orientalis ». Elle n’est pas saharienne.
Chevalier et Hagerup indiquent sa présence dans la région de Tombouctou, où, d’après Hagerup, elle est commune dans les endroits secs. Elle s’y présente en touffes serrées, vivaces, à proximité directe de la surface de la terre ; mais presque toutes les feuilles se fanent entièrement pendant la sécheresse, sous l’influence de laquelle tout d’abord elles s’enroulent.
Tragus racemosus Scop.
« Tnesmer. Graminée des sables, dans les régions assez arrosées ; de Juillet à août, associée au gasba.
« Les chameaux ne la mangent que lorsqu'elle est jeune. »
Distr. géogr. : Plante des lieux sablonneux secs de nombreuses régions non seulement tropicales et subtropicales, mais tempérées, de l’Ancien Monde (Europe, Asie et Afrique). On la trouve en France jusqu'aux environs de Paris, où toutefois elle est très rare, tandis qu’elle est plus fréquente dans le Sud-Est.
Hackel, dans le «Pflanzenfamilien » d’Engler et Prantl, donne, dans son tableau dichotomique, comme caractère distinctif principal entre les genres Tragus et Latipes, le nombre des épillets portés par chacune des courtes ramifications de l’axe principal de la grappe spiciforme : ce nombre serait de 1 à 2 dans les Latipes et de 3 à plus dans les Tragus. Nous trouvons bien, en effet, des groupes de 3 à 4 épillets dans des Tragus racemosus récoltés dans la banlieue marseillaise, mais nous n’en trouvons jamais plus de 2 dans les exemplaires
d’Oualata. Cette constatation concorde avec la remarque déjà faite par Hooker, qui, pour les spécimens de l’Inde qu'il a examinés, dit que les épillets y sont toujours par paires et qu'il n’a jamais vu les fascicules (the fascilet spikelets) décrits dans le «Genera Plantarum ».
Cypéracées.
Cyperus conglomeratus Rotth. (1).
« Telebout. Plante des dunes ; de novembre à février, dans lAoukar, le Labiar et l’Aklé, à l'Est du Dhar Oualata.
«Excellent pâturage à chameaux et à moutons. »
Distr. géogr. : Toute la région saharienne dans les sables ; zone subdésertique du Nord-Africain tropical ; zone steppodésertique du Sud-Ouest asiatique.
Commélinacées.
Commelina Forskalaei Vahl.
« Agerf. De juillet à août, dans la région des dunes assez arrosées, au sud du parallèle d’Oualata.
«Bonne plante à chameaux, mais trop peu abondante pour constituer à elle seule un pâturage. »
Distr. géogr. : Déjà donnée (loc. cit.).
O Hagerup dit que cette espèce atteint près de Tombouctou (169,45 de lat. N.), sa limite N. Elle peut cependant remonter un peu plus haut puisque Oualata est vers 180.
Amarantacées.
Alternanthera nodiflora R. Br. ;
«Plante des bas-fonds argileux, près des mares temporares; pendant la période d’hivernage, en août et septembre. »
Distr. géogr. : Déjà donnée (loc. cit.).
(1) Détermination de M. Chermezon.
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Nyctaginacées.
Boerhaavia repens Linn.
« Temechalt. Plante des sables, abondante dans les régions sablonneuses du Bâten ; de novembre à janvier.
« Excellent pâturage pour les moutons ; très médiocre pour les chameaux .»
Distr. géogr. : Déjà donnée (loc. cit.) pour le Boerhaavia adscendens, que, avec l «Index Kewensis », nous considérons comme synonyme de ce Boerhaavia repens.
Baker et Wright distinguent les deux espèces, en indiquant,
comme caractère distinctif, dans leur clef dichotomique, la
longueur du périanthe fructifère, qui aurait 1 ligne 1,2 dans le B. adscendens et 2 lignes dans le B. repens !
L’exemplaire du Bâten, qui possède une forte racine allongée, diffère de celui de Kiffa, en ce que ses fleurs ne sont pas aussi nettement disposées en une grande panicule terminale (caractère que Baker et Wright attribuent au Boerhaavia adscendens) et aussi par des feuilles plus petites, plus étroites, plutôt lancéolées qu’ovales, en général plus nettement pétiolées, mais nous ne croyons pas qu’il faille attribuer une importance réelle à ces légères différences, très probablement inconstantes.
Chénopodiacées.
Cornulaca monacantha Del.
«Had. Nord du Bâten (Bou M’haye).
«Excellent pâturage à chameaux. Cette plante salée, qui
- a besoin de très peu d’eau au début, provoque toutefois des P » P
diarrhées chez les animaux qui ne sont pas habitués à la consommer. »
Distr. géogr. : Sahara (1) ; Egypte, littoral de la mer Rouge, Perse et Afghanistan, dans les régions désertiques.
(4) Barranpier et TrAaBur : Flore de l’Algérie. — Sw. MURBECK : Plantes du Sahara Algérien récoltées par Th. Orre. (Acta Universttatis
Suæda sp.
«Soueid. Plante iniquement dans les sebkra (terraias salés) du Bâten, au Nord de Frekike.
«Plante très salée, qui n’est mangée par aucun animal ».
Espèce fortement ligneuse, rappelant beaucoup, par le port, le Suæda fruticosa, dont elle a les rameaux blanc jaunâtre, différente néanmoins de ce Suæda fruticosa.
Ses feuilles, charnues, linéaires, obtuses, deveaant gris blanchâtre par la dessiccation, ont 1 centimètre environ de longueur, et sont, par conséquent, plus courtes que celles du Suæda monoica. Ses bractées florales sont plutôt ovales, comme celles de ce Suæda monoica, qu’oblongues, comme celles da Suæda fruticosa.
Mais c’est essentiellement par son anatomie foliaire que le soueid se distingue bien du Suæda fruticosa.
Comme la bien observé de Solms-Laubach, l'anatomie de la feuille est très différente chez ce Suæda fruticosa, d’une part, et chez le Suæda vermiculata d'autre part.
Chez ce Suæda vermiculata, il y a, sous l’épiderme, une assise continue de cellules palissadiques et, en dessous, une seconde assise de cellules beaucoup plus courtes, étroitement unies entre elles et avec les cellules en palissade. Ces deux assises à chlorophyile sont le tissu assimilateur, qui enveloppe le centre de la feuille, composé d’un parenchyme aqueux incolore où sont les faisceaux libéro-ligneux.
Chez le Suæda fruticosa, V'assise de cellules courtes sous-
Lundensis ; Lund et Leipzig, 1924). — Dr Azy IBraAniImM Ramis : Bestimmungs-tabellen zur Flora von Æ gypten ; léna, 1929.
(1) Graf zu Sorms-Laupacx : Ueber die in der Oose Biskra und in deren nachster Umgebung Vachsenden spiroloben Chenopoden. (Botanische Zeitung ; 1901, p. 159.)
3attandier, qui avait confondu le Suæda pruinosa et le Suæda fruticosa Var. brevifolia, a partiellement reproduit ces observations anatomiques de Solms-Laubach en 1910 dans le Bulletin de la Société Botanique de France (Sur quelques Salsolacées du Sahara), mais ne semble pas avoir bien exactement compris la description qu’a donnée de Solms- Laubach de la feuille du Suæda fruticosa.
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palissadiques manque complètement et il n’y a pas cette délimitation nette entre la zone assimilatrice sous-épidermique et la région centrale. Sous l’épiderme, c’est ici un parenchyme plus homogène formé de cellules inégalement allongées disposées en files radiales et de plus en plus longues de lextérieur vers l’intérieur.
Au type S. vermiculata se rattachent les Suæda pruinosa, Forskalii Solms, baccata Volk. et hortensis, ainsi que le Suæda monoica, avec cette particularité, pour cette dernière espèce, qu'il y a une étroite interruption de la zone assimilatrice aux angles de la feuille. l
Au type S. fruticosa se rattachent les Suæda altissima, physophora, setigera, salsa, maritima, etc.
Notre plante est très nettement du type vermiculata, et sans présenter aux angles l'interruption du S. monotca.
Salsola sp.
« Lemoïlha. Plante encore des sebkra du Bâten, où elle est abondante.
«Un peu mangée par les chameaux ; bien mangée par les moutons.
«Octobre à janvier. »
Rameaux ligneux et grêles, un peu blanchâtres, à petites feuilles linéaires, embrassantes à la base, à rameaux également opposés.
Salsola sp.
«Grassal. Plante salée, poussant dans les bas-fonds des sols salés et sur les dunes environnantes. ol
« Excellente pour les chameaux, pour lesquels elle ne constitue pas, à proprement parler, un pâturage, mais sur lesquels elle produit un effet laxatif lorsqu'ils en conscmment pendant quatre ou cinq jours et qu’ils boivent, en même temps, de l’eau salée.
«Il est nécessaire d’abreuver les animaux qui mangent le grassal. »
Plante à rameaux blancs, brièvement laineux, à très petites feuilles sur les rameaux qui portent les inflorescences (la seule partie de la plante que nous connaïissions, comme pour l'espèce précédente). Ces inflorescences sont de très nombreux petits épis floraux très rapprochés.
La plante a beaucoup de caractères du Salsola fœtida.
Polygonacées.
Calligonum comosum L’Hérit.
«Plante uniquement des dunes, dans le Nord du Labiar et dans l’Aoukar.
«Elle passe pour contenir beaucoup d’eau ; elle rafraichit les chameaux, qui la mangent très volontiers, mais ne constitue pas une nourriture très substantielle. »
Distr. géogr. : Sables sahariens ; déserts d'Egypte, d’Arabie, de Syrie et de Perse.
Aizoacées.
Gisekia pharnaceoides Linn.
Sans aucune indication.
Cette petite plante, parfois rangée parmi les Phytolaccacées, est largement distribuée en Afrique et s’étend, en Asie, jusque dans l’Inde. On la trouve donc dans la zone subdésertique du Nord-Africain tropical, dans la zone subdésertique de lEst- Africain, jusque vers le Cap, dans la zone subdésertique du Sud-Africain tropical, enfin dans la zone steppo-désertique du Sud-Ouest Asiatique.
Hagerup dit qu’elle ne remonte pas dans les stations plus septentrionales que Tombouctou ; c’est cependant un peu audessus de cette latitude qu’a dû la trouver M. Boëry ; et Battandier et Trabut la signalent dans les dunes sahariennes à Baniou, près de Bou-Saada.
Comme autre Aizoacée de Tombouctou, Hagerup cite, entre autres, le Semonvillea pterocarpa, qui est encore une