‹ Annales du Muse colonial de Marseille (volume 5)Chapitre 48 sur 62 · HT CP · texte numérisé non relu

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Graphique 8. — Courbes de décoloration au cours d’essais pratiques indigènes.

On peut donc poser en principe que, dans les conditions de milieu particulières au Cameroun, toute manipulation de l'huile, au stade auquel nous l’avons prise, et ayant pour objet son exposition, à chaud et à l’état divisé, à l'air, aboutit à sa décoloration pratique.

Valeur alimentaire. — La dégustation comparée de l’huile préparée par le procédé actuel et de l’huile provenant des mêmes fruits obtenue suivant la méthode que nous préconi-

sons est nettement en faveur de cette dernière, Cette affirmation est la traduction de l’opinion générale d’indigènes originaires de différentes contrées auxquels nous avons fait goûter les échantillons. D’après eux, ces huiles présentent de plus avantage d’être particulièrement convenables à la préparation culinaire du poisson.

Cette dernière observation est particulièrement précieuse ; elle laisse entrevoir la possibilité de préparer sur place des conserves bon marché de poisson, à l’usage des indigènes. Ces conserves pourraient être expédiées dans certaines régions de l'Afrique Equatoriale où règne la misère physiologique. D'où éclosion possible d’une nouvelle industrie pour les entreprises locales de pêcherie.

Savons. — Les savons durs préparés directement avec de l'huile simplement décantée sont blancs et parfaitement marchands.

L'huile ainsi fournie par l’indigène doit donc bénéficier des avantages dont nous avons signalé plus haut l’intérêt économique. En plus de.ces avantages, il s’y ajoute celui très important de la fourniture au consommateur indigène d’une denrée de qualité alimentaire accrue ; d’où plus-value d’ensemble de l’huile extraite, ce qui est normal, étant donné le travail nécessaire à la bonne préparation du produit.

L'ensemble des opérations d’extraction, tout en conservant sa simplicité, n’est guère plus pénible que celui actuellement pratiqué. [l peut par suite, être, comme d’habitude, confié à des femmes, voire même à des enfants.

En conséquence, l’essai de diffusion de la technique indigène que nous préconisons parait séduisante à tenter, même si le point de vue alimentaire était seul susceptible d'intérêt.

On peut nous objecter que le procédé simple de blanchiment utilisé même dans les régions tempérées, et qui consiste à exposer à l’air et en couche mince l'huile chauffée aurait dû retenir notre attention. Dans le territoire du Cameroun, les précipitations atmosphériques se chiffrent précisément dans les zones

favorables à l’Elæis guineensis par une moyenne de 2 mètres à 5 mètres par an. Cette abondance de pluies souvent soudaines contraindrait à préserver les surfaces d’exposition par une toiture. D’où diminution notable des conditions favorables à l'oxydation (air et lumière). De plus, la construction d’une

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F1G. 3. — Schéma d’une installation modernisée pour la décoloration de l’huile de palme, selon le procédé Guichard et Aubert.

aire étanche de grande surface n’est en général pas à la portée de l’indigène. Il nous est permis d’entrevoir, comme consé- . quence des répercussions esquissées plus haut, une amélioration de l’état de l’indigène et ceci, sans heurter les traditions de l’industrie familiale. Ce sont ces dernières considérations qui nous ont guidé dans ce travail.

On peut du reste moderniser très facilement et sans gros

frais le procédé que nous avons étudié. Il suffit par exemple de concevoir l'installation suivante (fig. 3).

L'huile, débarrassée de ses impuretés végétales par filtraton sommaire et portée à 1109-1150, est prise à la partie inférieure de la cuve C par une pompe qui l’élève et la fait retomber en pluie d’une hauteur } sur un flotteur F. Le prix d’une

Huile

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lit F16. 4. — Schéma d’un dispositif s’adaptant à l’appareil précédent et permettant la surveillance de la décoloration de lhuile.

telle installation est insignifiant. Le temps supplémentaire de chauffe représente une dépense infime, en raison du maintien facile de l'huile à la température optimum. La dépense d’énergie que nécessite la manœuvre de la pompe parait seule entrer en jeu et se chiffre, tous calculs faits, par une augmentation de 1 centime au plus par kilogramme du prix de revient de Phuile.

On peut intercaler sur le tuyau de circulation d’huile une cuve à faces parallèles et très rapprochées. Normalement à cette cuve serait adapté un petit spectroscope de poche (fig. 4).

Le stade de la décoloration peut être ainsi directement observé.

Cette observation permettra d’établir facilement les constantes de fonctionnement de l’appareillage utilisé.

Notre procédé a ainsi pour résultat l’obtention d’une huile :

Faiblement acide,

Décolorée,

Stabilisée,

Partiellement désodorisée.

Elle à donc droit au titre d’hurle blanchie ; et, filtrée, elle peut être dénommée huile purifiée blanchie.

Ces deux produits, faciles à obtenir, sont de premier ordre ; et un effort de propagande adroite peut les faire aisément sortir des mains du producteur indigène. Cet effort s'impose si lon songe aux répercussions heureuses qu’il doit avoir sur le développement économique du Territoire, répercussions dont nous avons fait entrevoir et démontré les multiples bienfaits.

CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA DÉCOLORATION, SUR PLACE, DÉSSYAUIEES 'DERPNENE

Conséquences et Applications

par MM. F. GUICHARD, Pharmacien-Commandant des Troupes Coloniales et C. AUBERT, Ingénieur agricole, au Cameroun (Laboratoire de Chimie de Douala).

Le procédé indigène actuel d'extraction de l'huile de palme fait intervenir une fermentation du fruit. Cette fermentation, qui s'ajoute à celle résultant d’un choix plus ou moins judicieux de régimes de maturités inégales, a pour résultat Pobtention d’une huile fortement colorée et déjà acide. De plus, au cours de la dernière phase d’extraction, qui consiste à chauffer, en présence d’eau, la substance grasse résultant de la pression de la pulpe, en vue de faire surnager l'huile qui sera ensuite décantée, le produit finalement séparé n’est pas seulement très acide et très coloré, mais contient une notable proportion d’eau et d’impuretés diverses. Cette hydratation de l’huile est un fait assez général, puisqu'elle est fréquemment constatée, même chez les huiles provenant de plantations et extraites suivant des méthodes industrielles.

Done, d’une manière générale, on constate :

Pour les huiles indigènes

Une acidité notable, Une coloration intense, Une odeur forte, Présence d’eau et d’impuretés.

Pour les huiles de plantation Présence d’eau, qui fait croître avec le temps le taux d’acidité de Phuile.

La conséquence de cet actuel état de choses se traduit d’abord par les difficultés que l’indigène éprouve à adapter à tous les usages culinaires, et surtout aux mets à base de poisson, le produit qu'il obtient, et celles, plus sérieuses, de ne pouvoir le conserver en bon état.

D'autre part, cette instabilité de l'huile oppose, pour les grosses agglomérations d'individus (chantiers, plantations, camps sanitaires, prisons, etc.), au stockage de cet élément primordial de nourriture : d’où pertes ou produit inférieur.

En ce qui concerne l’exportation, l'huile acide, colorée et contenant de l’eau, est exclue de toute une catégorie de débouchés de haute importance. En effet, les huiles provenant de l’Afrique Equatoriale sont connues sur les marchés comme étant souvent, en Europe, d’une décoloration difficile, voire même impossible, quel que soit le procédé employé. Cette difficulté provient, nous lavons démontré, du taux d’acidité qu’elles présentent à leur arrivée en Europe, alors qu'elles étaient parties de la colonie avec un taux faible qui s’est accru pendant le transport grâce à l’humidité résiduelle, par suite d’un phénomène d’hydrolyse qui a provoqué le dédoublement des glycérides. Il s'ensuit que ces huiles ne peuvent pas être employées dans l’industrie de la savonnerie pour textiles, n1 pour la préparation des savons de toilette, blancs, mousseux, marbrés mixtes, et de différentes crèmes.

Une autre conséquence des plus importantes est la difficulté économique, et même quelquefois lPimpossibilité de: faire entrer ces huiles dans la catégorie des substances crasses alimentaires.

Enfin il y a encore cet inconvénient commercial extrêmement sérieux qu’il n’est guère possible actuellement de passer avec les importateurs des marchés fermes, en fonction de la caractéristique principale (acidité) de lPhuile dont dispose le producteur, ce produit ne restant très souvent pas identique à lui-même, pour les raisons exposées plus haut.

Ces faits permettent de déduire que, en général, les huiles

exportées actuellement se trouvent en posture défavorable pour lutter utilement contre la concurrence qui leur est faite par les huiles africaines plus rapprochées du continent européen et par celles des plantations des Indes Néerlandaises et des Etats Fédérés malais.

Les inégalités de cette lutte peuvent être considérahlement réduites si le producteur est amené à préparer son huile avec des fruits judicieusement choisis, sans fermentation, naturelle ou artificielle, et à décolorer sur place son produit suivant la technique que nous avons préconisée.

L'huile faiblement acide (moins de 8 p. 100), blanchie, stabilisée, partiellement désodorisée, pourra dès lors se présenter sur tous les marchés dans de bonnes conditions. Ces qualités peuvent impliquer par la suite la standardisation de Phuile exportée du Territoire. L'huile « Cameroun » doit occuper la même place que les autres huiles dans Péchelle des cours sur certains marchés. Elle doit pouvoir aussi se coter «blanchie ».

L'Huile de Palme décolorée sur place.

La décoloration sur place de lhuile, en dehors des avantages qu’elle est susceptible de procurer à lindigène, permet à l’exportateur de la fournir à toutes les branches de l’industrie des corps gras utilisant ce produit, blanchi ou non.

La constance de son acidité, due à l’absence de l’eau, a été vérifiée par nous. Des huiles décolorées, et séjournant depuis plus de trois mois dans les conditions défavorables de chaleur et d'humidité atmosphérique de la colonie, n’ont pas vu leur taux varier de plus de 0,1 p. 100. De plus, la désodorisation partielle de l’huile due au départ des acides volatils et de certaines autres substances mal déterminées, lui confère une aptitude toute particulière aux usages alimentaires.

La décoloration, sur place, par les producteurs de Ja colonie se traduit donc par des avantages considérables dans tous les domaines.

Pour donner à cette conclusion une plus grande valeur affirmative, nous avons tenté, au Cameroun, une série d’applications pratiques de l'huile de palme préparée avec des fruits frais (donc peu acide) et décolorée suivant les indications données dans le Mémoire précédent.

Applications alimentaires.

Pour l’Indigène, l'attrait de l'huile que nous avons décolorée se manifeste par une grande gourmandise vis-à-vis de ce produit. Il est tel qu'actuellement certains d’entre eux, qui utilisaient d’autres corps gras alimentaires importés, sont revenus au produit amélioré que peut leur fournir le pays.

Pour lEuropéen, des repas entiers (viande, poissons, légumes) ont été préparés à l’insu des consommateurs uniquement avec de l’huile de palme peu acide et décolorée. Nous-mêmes avons été surpris par la substitution de ce produit à un autre corps gras alimentaire. La consommation de l'huile de palme peut donc être envisagée pour la cuisine européenne, et doit se traduire par une économie domestique très sensible, étant donné son prix inférieur.

La préparation des conserves de poissons dans l'huile de palme décolorée a été aussi tentée par nous. M. J. Briaud, Directeur des Pêcheries et de l'Ecole de Pêche de Malimba, a bien voulu mettre à notre disposition ses profondes connaissances, son enthousiasme, ainsi que le matériel et le personnel dont il dispose dans son entreprise. Nous ne saurions trop souligner la valeur de cette initiative particulière et tenons à lui rendre ici Phommage qui lui est dû.

M. J. Briaud transporta tous les éléments de pêche (personnel et matériel) nécessaires à nos essais à la pointe de Souellaba, estuaire du Cameroun.

Les premiers essais furent faits par cuisson des produits de la pêche convenablement nettoyés et fragmentés, mis en boite, recouverts avec de l’huile de palme blanchie, et stérilisés à l’autoclave à 1209 C. pendant vingt minutes.

La faune ichtyologique mise en expérience était représentée par :

Noms doualas

HET AS PRO RER Trigon margarita Douba Capitaine... Polynemus quadrifilis Sé Corb (fausse morue). Corvina nigrita Niendé MUle LEE NE, : Mugil M'bo Hareng plat ....... Pellona africana Moyo Denté (dorade;rouge) Lutjanus Sp. Onanga

Tous ces poissons se sont très bien conservés, en dehors de la consistance de leur chair qui reste plus ou moins ferme à la suite de la cuisson. Les essais de dégustation faits auprès d’indigènes et d’Européens ont été concluants.

Afin d'éliminer d’emblée les gros frais de l’autoclavage, une deuxième série d’essais fut entreprise dans les mêmes conditions que la première, mais avec stérilisation par tyndallisation.

Furent conservés dans de très bonnes conditions, en dehors des espèces précédentes :

Noms doualas

Raïe guitare ..... Rhinobatus rasus Etutumé Polynemidès ..... Pentanemus quinquarius Ebengué et Polynemus plurifilis DerTANIAes re 27 Lutjanus entactus Kanga Silure (où Mâchoi- TONER Chrysichthys Cranchi Wandi

Les aloses (Ethmalosa dorsalis), ou cépas en douala, qui se présentent dans les eaux saumâtres par bancs importants, ont fait leur apparition dans l'estuaire à lépoque de nos essais. Leur conservation est très bonne. C’est, de l’avis de M. Th. Monod (L’Industrie des Pêches au Cameroun) et de M. J. Briaud, l’espèce la plus intéressante à exploiter en vue de la consommation indigène.

Les cépas fumés sur la côte, ainsi, du reste, que tous les

autres poissons fumés, en général, sont d’une conservation assez difficile. Avec le temps,ils s’imprègnent d'humidité, leurs chairs se ramellissent, et ils sont envahis par une série de parasites qui leur font perdre une partie de leur valeur. Ces mêmes poissons fumés, mis en boite dans de huile de palme décolorée, et stérilisés par tyndallisation fournissent, au contraire, un produit de conserve d'excellente qualité très apprécié de l’indigène.

Il réside, dans l’observation de ces derniers faits, une série d'applications qui doit présenter une haute importance au point de vue du ravitaillement, en poisson de bonne qualité, des agglomérations diverses, des chantiers de travailleurs, camps sanitaires, etc., éloignés de la côte, ainsi que comme secours efficace et économique à porter aux peuplades en état de misère physiologique. La substance albuminoide et grasse représentée par le poisson se complète, en effet, par l’apport d’autres éléments gras d’une grande valeur alimentaire.

Applications domestiques.

Chauffage. — L'huile décolorée peut s’employer mélangée en parties égales avec le combustible liquide (pétrole ou essence) habituellement utilisé dans tous les appareils de chauffage sous pression. Les essais tentés dans ce sens, qui ont porté sur des fourneaux genre «Primus » ou € Ultimus », ainsi que sur des lampes à souder fonctionnant suivant le même principe, nous ont démontré que le pouvoir calorifique était toutefois légèrement diminué. Mais, en raison du bas prix de l’huile de palme, la dépense faite pour obtenir un résultat déterminé reste sensiblement la même.

L’encrassement est pratiquement négligeable.

Les essais ayant été pratiqués sans aucune modification des appareils, il est très vraisemblable qu’une étude sérieuse de l’adaptation correcte du système de vaporisation permettrait d'utiliser dans de bonnes conditions un mélange où l’huile

de palme prédominerait. L’économie réalisée serait importante.

Quoi qu'il en soit, d’ores et déjà, l'emploi d’un mélange à parties égales de pétrole lampant et d’huile de palme, sans modification des appareils, doit présenter un gros intérêt dans les régions productrices d'huile et où l'éloignement et les communications difficiles augmentent considérablement le prix des carburants.

Eclairage. — La lampe à huile utilisée sous sa forme la plus simple et la plus primitive par les indigènes (récipient quelconque garni d'huile et d’où pend une mèche) donne avec le produit brut une flamme fumeuse, d’odeur âcre et désagréable. L'huile de palme décolorée fournit, par contre, dans les mêmes conditions une flamme claire, non fuligineuse et sans odeur.

Dans les appareils d’éclairage à essence sous pression (lampes genre «Aïda »}), le mélange en parties égales d’essence et d'huile décolorée donne, sans modification de la lampe, une excellente lumière.

Par rapport à la même lampe fonctionnant avec de l'essence pure, les déterminations photométriques que nous avons pratiquées se traduisent par une réduction de 10 p. 100 de l'intensité lumineuse. Etant donné la puissance d'éclairage déjà considérable de ces lampes, cette diminution ne présente pas un gros inconvénient pratique. La dépense en combustible restant sensiblement la même, son prix étant abaissé d’un tiers environ, l’utilisation du mélange se traduit au total par une économie.

Les mêmes observations faites sur les appareils de chauffage conservent, ici encore, toute leur valeur.

Applications industrielles.

Moteurs. — A l’heure actuelle, où une grosse série d'efforts se porte sur l’emploi, dans l’alimentation des moteurs à com-

bustion interne (Diesel ou semi-Diesel), des huiles végétales, la production d’une huile de palme d’acidité faible, c’est-àdire d’un pouvoir corrosif diminué, doit présenter un certain intérêt.

De plus, l’élimination, dans l’opération de décoloration, des acides gras volatils, ainsi que celle d’une série d’impuretés diverses et surtout d’eau, doit conférer à cette huile une aptitude plus grande à son utilisation industrielle.

En outre, son état stable permettra d’alimenter les moteurs avec une huile de composition plus régulière.

Les modifications à faire subir à un moteur à combustion interne alimenté par des hydrocarbures, pour la substitution des huiles végétales, sont minimes au point de vue technique.

Etant donné que la France ne possède pas de pétrole, ou si peu, et que la production des oléagineux par ses colonies est particulièrement féconde, on peut dire, sans exagération, que les huiles végétales y joueront, à échéance plus ou moins éloignée, un rôle de premier plan.

Savons. — L'huile de palme blanchie peut être employée seule, sur place, pour la fabrication des savons blancs locaux, ou mélangée, pour la fabrication de savons destinés à l’exportation. C’est sous cette dernière forme que les savons à base d’huile de palme ont, en Europe, toute leur valeur commerciale. L'industrie du savon d'exportation serait donc amenée à utiliser des graisses de coco du pays, ainsi que celles issues d’autres végétaux étudiés tout particulièrement par M. le Pharmacien-Lieutenant-Colonel Peirier, dans une thèse sur les oléagineux du Cameroun. (Faculté des Sciences de Marseille, 1930.)

Le développement de cette industrie amènerait done une extension parallèle de l’exploitation des plantes oléifères du Territoire ; ce qui apporte un complément d'intérêt aux différents essais de sélection du cocotier faits dans la région de Kribi.

Applications médicales.

Les préparations officinales, pour usage externe, où le principe actif mcorporé est soluble dans l'huile peuvent très bien, nous l’avons essayé, s'effectuer avec de l’huile de palme décolorée et très peu acide. Nous avons ains! préparé des huiles camphrées, phénolées, gaïacolées, goménolées, suivant les formules classiques. Elles sont parfaitement utilisables.

Leur usage peut se traduire, pour la Pharmacie d’approvisionnement de Douala, par une économie annuelle de quelques milliers de francs.

Des essais d'utilisation d'huile lavée, et purifiée suivant la technique préconisée au Codex pour l'huile d'olive, en vue de préparations injectables, seraient à tenter.

D'autre part, le savon noir communément employé dans le traitement de certaines affections cutanées, pourrait être utilement remplacé par un savon de potasse à base d’huile de palme de déchet ou encore d'huile que sa trop mauvaise qua- Hté rendrait inapte à l’exportation. Le palmitate de potasse est, en effet, le sel d’acide gras qui possède le pouvoir désinfectant le plus élevé (J. Fritsch). L’Assistance médicale indigène détiendrait donc sur place un savon mou très peu coùteux.

Les essais au Cameroun, leurs résultats immédiats.

Les conséquences économiques de la diffusion de la technique de décoloration de l'huile, telle que nous l’avons décrite, n’ont pas échappé au Pouvoir local. M. le Commissaire de la République au Cameroun a déjà provoqué des expériences de diffusion en différents points du Territoire.

La première démonstration fut faite à Douala, grâce à l'initiative de M. le Chef de Circonscription, et fut extrêmement probante. Le produit préparé sous les veux des indigènes fut unanimement très apprécié.

La photographie ci jointe (PI. IT), qui représente la distribution de l'huile décolorée, montre l’empressement des indiwènes à recevoir une part du produit obtenu.

A la même époque, la Mission Catholique de Douala nous faisait part de ses essais, tous concluants, et de l'adoption du procédé de décoloration en vue de différents usages alimentaires et de préparation de savons.

De plus, l’huile de palme décolorée entre dans l’alimentation normale des détenus de la Prison de Douala, à l'exclusion de l'huile brute. Cette huile est préparée par les prisonniers eux-mêmes.

A Eseka, les mêmes démonstrations furent faites sur la demande de M. le Chef de Subdivision et se traduisirent par la stupéfaction des indigènes constatant qu’ils pouvaient très facilement obtenir une huile de qualité supérieure « qui plait au Blanc ».

En effet, des dégustations de l'huile préparée et utilisée à la confection d’un repas auquel assistaient des Européens de ce Centre ont prouvé que cette huile pouvait se substituer sans inconvénient aux graisses alimentaires consacrées par l'habitude. Depuis lors, un colon qui prit part à ce repas utilise, désormais, pour son alimentation, l'huile de palme fraiche et décolorée que lui prépare son cuisinier.

A Edea, sur la demande de M. le Chef de Circonscription, deux essais de décoloration furent entrepris, l'un devant la population indigène, l’autre devant l’élément européen de ce Centre particulièrement producteur d'huile de palme ; comme partout ailleurs, le premier fut marqué par l’étonnement et lefsecond par l'intérêt d’ensemble que peut présenter le produit obtenu. Les dégustations faites de part et d’autre se montrèrent favorables à son adaptation culinaire.

A Yaoundé, les démonstrations faites au Grand Marché furent suivies avec un très gros intérêt par les différents Chefs de Service du Gouvernement de la Circonscription et par quelques Colons et Commerçants de cette ville. L’élément indisène présent bénéficia de la distribution de l'huile décolorée

devant tous et ne dissimula ni sa surprise ni sa gourmandise. A Ayos, quartier général de la Jutte contre la maladie du sommeil, des expériences furent faites devant le Médecin

Chef de ce Centre sanitaire qui héberge de 500 à 600 trypano- somés en traitement, et devant le Gestionnaire chargé de leur ravitaillement. Ces expériences démontrèrent la facilité avec laquelle 1l est possible d'obtenir un produit stable, pouvant être stocké sans risques d’altération. Les deux principaux Chefs indigènes de la région assistant à cette démonstration furent très vivement intéressés.

A Ebolowa, mêmes résultats et mêmes observations que partout ailleurs.

Aux Pêcheries de Malimba (Embouchure de la Sanaga), la décoloration fut expliquée et pratiquée devant les Moniteurs et les indigènes présents.

Tous les essais relatés ci-dessus, essais qui ne connurent aucun insuccès, ont été pratiqués par des indigènes non choisis, totalement dépourvus d'instruction et non évolués : ce qui prouve la facilité avec laquelle l'éducation de la population des régions productrices peut être faite.

Résumé.

Le procédé indigène de décoloration sur place (procédé F. Guichard et C. Aubert) que nous préconisons est, en défimitive, le suivant :

Les fruits mûrs non fermentés sont chauffés, puis pressés par foulage au pied. Ce dépulpage sans fermentation est complété par malaxage dans l’eau. Il surnage alors une écume grasse chargée d’eau et de débris divers. Cette écume est placée, comme de coutume, dans une marmite en fonte ordinaire. Au-dessus de cette marmite, entre trois montants de bois liés à leur partie supérieure et formant ainsi trépied, est placé horizontalement un tissu végétal quelconque à larges mailles (serpillière, toile d'emballage, tissu de moustiquaire, gaze, morceaux de filet de pêche en plusieurs épaisseurs) for-

mant poche, ou une corbeille quelconque en rotin (basket à poissons, à vivres, paniers à cacao ou à café). Le fond de ces tamis primitifs est placé à environ une longueur de main audessus du bord de la marmite.

L'opération se fait en plein air et à la lumière.

Le contenu de la marmite est chauffé jusqu’à ébullition et disparition de vapeur d’eau. L’émulsion est détruite. L'huile impure est alors passée sur le tissu afin de la débarrasser des nombreux débris qui la souillent. Ces débris sont éliminés. On place sur le liquide une planchette carrée en bois blane ayant pour côté la moitié environ du diamètre du récipient. L'huile chauffée jusqu’à émission à peine marquée de vapeurs légères est recueillie à l’aide d’une casserole de 2 à 3 litres ou d’une louche de même contenance taillée dans un morceau de parasolier, ou combo-combo (Musanga Smithii), et déversée rapidement sur le tamis primitif. On répète méthodiquement ce geste à une cadence modérée. Au début de l’opération, le liquide passe avec une couleur rouge ; peu à peu cette couleur vire au brun rouge, puis au brun jaunâtre, jaune verdâtre, vert sale et finalement Jaune franc. L'opération proprement dite de décoloration est alors terminée.

Afin d'obtenir une huile plus belle encore, on peut la débarrasser des minuscules grains brun verdâtre qu’elle tient en suspension ; on peut soit la laisser reposer et décanter ensuite, soit la filtrer. Le produit obtenu est limpide et jaune franc à Pétat liquide, blanc à l’état solide.

L'opération, beaucoup plus facile à pratiquer qu'à décrire, dure de trois à quatre heures.

Remarquons que cette technique de décoloration s'applique très aisément aux huiles d’acidité faible (moins de 8 p. 100). I suffit, comme ci-dessus, de les chauffer jusqu’à émission à peine marquée de vapeurs légères et de les déverser méthodiquement à l’aide d’un récipient de 2 à 3 litres environ. La décoloration est obtenue au bout de trois heures. L’acidité de moins de 8 p. 100 a été choisie dans le but de maintenir les huiles dans la catégorie des corps gras alimentaires.

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