GARDEN
DEUX ASCLÉPIADACÉES
CGACGTIEORNMES DE NADAGASCAR par M. Pierre CHOUX
Professeur à la Faculté des Sciences de Caen.
Les représentants les plus curieux de la famille des Asclépiadacées sont certainement les espèces où la crassulescence des tiges, la présence sur ces dernières de tubercules coniques régulièrement disposés et l’avortement corrélatif des feuilles, réduites à des épines ou à de petites écailles, pourraient laisser croire, au premier abord, et surtout en l’absence de fleurs, que l’on se trouve en présence d’une Cactacée.
Ces Asclépiadacées cactiformes, qui comprennent une dizaine de genres, dont le plus important est le genre Stapelia, sont rangées par K. Schumann (1) dans la tribu des Céropégiées, alors que d’autres auteurs, comme N. E. Brown (2), les séparent des Céropégiées pour en faire une tribu spéciale, celle des Stapéliées. D'autre part ces Céropégiées cactiformes, ou ces Stapéliées, sont surtout des plantes africaines, répandues par ticulièrement dans l’A frique tropicale, et plus encore en Afrique australe, toutes régions où les formations désertiques ne sont pas rares.
(1) K. Scnumanx : Asclepiadaceæ (Die natürlichen Pflanzenfamilien, von A. Engler, IV Teil, 2 Abteilung, p. 264, Leipzig, 1895).
(2) N. E. Browx : Stapeliæ Barklyanæ (Hooker’s Icones Plantarum, third Series, vol. X, under plate 1925, 1891). — Asclepiadeæ (Flora of Tropical Africa, vol. IV, sect. I, p. 239, 1904). — Asclepiadeæ (Flora Capensis, vol. IV, sect. I, p. 525, 1909).
Par contre, à Madagascar, qui a cependant des affinités floristiques évidentes avec l’Afrique tropicale et l'Afrique australe et qui possède une flore xérophile des plus variées, on n'a connu pendant longtemps aucune Céropégiée cactiforme.
On a bien décrit une trentaine d’espèces d’Asclépiadacées malgaches, dont les tiges charnues sont dépourvues de feuilles, ou ne portent que des feuilles réduites à de petites écailles. Mais, outre que ces plantes n’ont pas véritablement l’aspect cactiforme —— car leurs tiges souvent lisses, ou faiblement striées, ne portent ni tubercules, ni épines, — elles appartiennent toutes à la tribu des Cynanchées, sauf le Nemato- Stenuma Perrieri, quiest une Asclépiadinée. Quant aux quatre Ceropegia subaphylles de la région d’Ambovombé, que nous avons décrits il y a quelques années (1), ils n’ont pas, eux non plus, l’aspect cactiforme.
Et c’est en février 1931 que M. Decary a trouvé, pour la première fois, à 15 kilomètres au Nord d’Ambovombé (province de Fort-Dauphin), dans une région où le facies de la végétation est nettement xérophytique, une Céropégiée cactiforme, que nous avons décrite récemment sous le nom de Stapeliopsis madagascariensis (2). À vrai dire, cette plante, qui semble assez rare, avait déjà été observée par M. Decary quelques années auparavant ; mais elle n’était pas en fleurs à ce moment-là et M. Decary avait pensé, à l’époque, qu'il s’agissait d’une Cactacée, car, nous écrivait-il, l’année dernière, «cette petite plante crassulescente a plutôt le port d’une Cactacée que d'une Asclépiadacée ».
Or, nous pouvons signaler aujourd'hui, à Madagascar, et provenant de la même région, une deuxième espèce du même groupe, moins rare cependant que la précédente, et que M. Decary a récoltée, d’une part, en avril 1931, sur les pentes broussailleuses du Mont Angavo, au Nord d’Ambovombé
(1) P. Caoux : Les Asclépiadacées malgaches de la région d’Ambovombé (Bull. du Mus. d’Hist. nat., T. 31, 1925, p. 398-401).
(2) P. CHoux : Stapeliopsis madagascariensis n. sp., Céropégiée caetiforme de Madagascar (C. R. Ac. Sc. Paris, t. 193, p. 1444, 1931).
LR ra. Ps .
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(n° 8820) et d’autre part, en juin 1931, entre Behara et Tranomaro, au Nord-Est d’Ambovombé (n° 9033).
Cette plante vit là, en touffes, dans les broussailles. Les tiges, qui renferment un latex très amer, peuvent atteindre 15 et 18 centimètres de hauteur ou. exceptionnellement, 20 centimètres. Elles sont charnues, épaisses (7 à 10 millimètres de diamètre), dépourvues de feuilles et complètement recouvertes de mamelons coniques (de 2 mm. 3 à 2 mm. 5 de longueur), étroitement serrés les uns contre les autres, mais sans agencement régulier, et terminés à leur sommet par un poil de 3 à 4 millimètres de longueur, ce qui donne à ces tiges un aspect chevelu (voir Planche 1). Particularité curieuse : ces poils sont blanchâtres en saison sèche, mais verdissent rapidement à la moindre pluie, d’où alors un aspect plus ou moins musciforme. Enfin, si ces tiges sont normalement de forme cylindrique, il arrive parfois — voire même assez souvent — qu’elles soient déformées par des piqûres d'insectes.
Les fleurs sont situées par petits groupes à la base des tiges et portées par des pédicelles de 5 à 7 millimètres de longueur. Les boutons floraux, turbinés et de contour pentagonal, ont 7 millimètres de hauteur sur.6 millimètres de diamètre.
Les sépales, glabres et très peu soudés à la base, sont ovalessubulés ; leur partie inférieure, de forme ovalaire, se prolonge en effet par une pointe triangulaire aiguë assez longue (fig. 1 de la Planche III). Ils ont 5 millimètres de longueur sur 1 mm. 6 à { mm. 8 de largeur.
La corolle, brun-rougeâtre, charnue, est campanulée et a 11 millimètres de diamètre. Elle est garnie intérieurement de poils courts, cylindriques, massifs et terminés par une cellule sécrétrice, alors qu'extérieurement, aux sinus de la corolle, on remarque de petites pointes saillantes. Les pétales ont 10 mm.5 à 11 millimètres de longueur et sont soudés sur 6 mm. 5 à 7 mm. 5; les lobes, triangulaires, à sommet apiculé, ont
3 mm. 5 à 4 millimètres de longueur sur 6 millimètres de largeur à la base.
La couronne, double, est soudée au gynostège et cette soudure est plus étendue en hauteur au niveau des filets staminaux.
La couronne externe, oppositipétale, est tubulée-campanulée. Les cinq pièces qui la composent forment d’abord une sorte de tube de 2 mm. 6 de diamètre, puis elles se rabattent vers l'extérieur et se divisent enfin en deux pointes triangulaires, obtuses, sensiblement parallèles, de 1 mm. 4 à { mm. 5 de longueur. Cette couronne, dont la hauteur totale est de 4 millimètres (les pièces étant soudées à la base sur 1 mm. 5), dépasse nettement (d'environ 2 mm. 5) la colonne staminale, qui est peu élevée et qui n’a que 2 mm. 5 de hauteur. Si on étale cette couronne sur un plan horizontal, les deux pointes de chaque pièce se rapprochent par leur sommet, de manière à figurer un peu, comme lindique et le figure N. E. Brown (1) à propos des Trichocaulon piliferum N. E. Br. et flavum N. E. Br., «a pair of mandibles ». Cet aspect est bien visible dans la figure 1 (en bas) de la Planche ITT.
La couronne interne, beaucoup plus courte que la couronne externe, est formée par cinq pièces oppositisépales, imdépendantes entre elles, mais fixées à la couronne externe d’une part et aux étamines de l’autre. La partie libre de ces pièces, qui n’a qu'un demi-millimètre de longueur, est représentée par une pointe courte et triangulaire, plus ou moins rabattue horizontalement sur la partie médiane des anthères.
Les pollinies sont subhorizontales, du fait que la partie terminale des anthères, où elles sont incluses, est rabattue sur le sommet du stigmate et se trouve être plus ou moins horizon- talement disposée. Elles sont comprimées latéralement et présentent sur leur bord supérieur une lamelle translucide.
(1) N. E. Browx : The Stapelieæ of Thunberg’s Herbarium with descriptions of four new genera of Stapelieae (The Journ. of the Linn. Soc., Bot., vol. XVII, 1880, p. 164, pl. XI, fig. 1, 3 et 4).
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Elles ont 0 mm. 383 de longueur sur 0 mm. 245 à 0 mm. 25:
de largeur. Le rétinacle brunâtre est pourvu de chaque côté d’une expansion aliforme, sur laquelle s’insèrent de très courts caudicules.
La masse stigmatique, de contour pentagonal, avec cinq angles saillants pour l'insertion des rétinacles, présente sur sa face supérieure cinq concavités, dans chacune desquelles s’infléchit la partie supérieure des anthères ; au centre même se trouve une petite dépression.
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La Céropégiée cactiforme dont nous venons de préciser les caractères est bien différente, surtout par son appareil végétatif, du Stapeliopsis madagascariensis (1). Elle doit être placée dans le genre Trichocaulon, créé en 1878 par E. N. Brown (2) pour le Stapelia pilifera de Linné et qui comprend aujourd’hui une vingtaine d’espèces, toutes localisées en Afrique australe. Elle ne nous paraît d’ailleurs pouvoir être identifiée avec aucune de ces espèces et nous appellerons donc
(1) Stapeliopsis madagascariensis : Caules aphylli, densi, erectt, 10 cm. alti, carnosi, 6-costati, costis cum verrucis spinosis alternantibus (3 verrucis in quoque verticillo). Flores, parum fasciculati, ima parte caulis inserti. Sepalis ovatis-triangulis, acutis, glabris, # mm. 7 longis, 1 mm. 6- 1 mm. 9 latis, basi (0 mm. 9-1 mm.) coalitis. Corolla large campanulata, leviter carnosa, intus papillosa ferenteque pilos cylindratos, crassos, 1 mm.-1 mm. 4 longos, apice secretores ; petalis 13-15 mm. longis, fere in dimidio (6-7 mm.) coalitis, lobis triangulis acutis, 6-9 mm. longis, basi 6- 7 mm. latis. Corona duplice ; corona exteriore 3 mm. 5 lata, quinque lobis extus liberis, basi rectangulis, apice (1 mm. 7-2 mm.) alte bifidis, gynostegium superantibus ; corona interiore breviore (1 mm. alta), quinque lobis triangulis, basi corona exteriore staminibusque coalitis, apice ad antheras applicatis. Polliniis complanatis, translatoribus transversis, retinaculo basi lateraliterque appendiculato. Stigmate pentagono, supra excavato. Folliculi longi (8 cm. 2-10 cm. 3) et angusti (6 mm. 5 lati).
(2) N. E. Brown : The Stapelieae of Thunberg’s Herbarium with descriptions of four new genera of Stapelieæ (The Journ. of the Linn. Soc., Bot., vol. XVII, p. 164, 1880).
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Trichocaulon Decaryi (1) cette nouvelle Céropégiée cactiforme de Madagascar.
Mais, d'autre part, comme nous disposions d'assez nombreux échantillons: de Stapeliopsis madagascariensis et de Trichocaulon Decaryi, il nous a paru intéressant d’étudier la structure anatomique de ces deux Asclépiadacées cactiformes.
Structure anatomique du Stapeliopsis madagascariensis
La section transversale de la tige (fig. 1) montre nettement les six sillons qui alternent avec les six côtes saillantes : mais ces dernières, étant rehaussées de mamelons disposés en verticilles ternaires, sont, de ce fait, d'épaisseur et de forme variables, suivant le niveau où la section a été pratiquée. Les coupes obtenues sont elles-mêmes de formes différentes et si,
assez souvent, la section transversale est de forme triangulaire,
d’autres fois elle est plus ou moins irrégulière. D’autre part, ce que montrent également les sections transversales, c’est que les trois mamelons de chaque verticille ne prennent pas naissance exactement sur le même plan horizontal ; généra-
(1) Trichocaulon Decaryi : Caules aphylli, densi, erecti, usque ad 15-18 cm. (rarius 20 cm.) alti, carnosi, multis densatisque tuberculis conicis piliferisque ornati. Flores ima parte caulis inserti. Sepalis glabris, ovatissubulatis, 5 mm. longis, 1 mm. 6-1 mm. 8 latis. Corolla campanulata, fusca-subrubra, carnosa, intus pilos breves, cylindratos, crassos, apice secretores, ferente ; petalis 10 mm. 5-11 mm. longis, basi (6 mm. 5- 7 mm. 5) coalitis, lobis triangulis, apice apiculatis, 3 mm. 5-4 mm. longis, basi 6 mm. latis. Corona duplice ; corona exteriore tubulosa-campanulata, 4 mm. alta, gynostegium (2 mm. 5 altum) superante, quinque lobis basi (1 mm. 5 coalitis) apice bifidis ; aculeis triangulis obtusis Tmm. 4-1 mm. 5 longis ;: corona interiore breviore, quinque lobis triangulis basi corona exteriore staminibusque coalitis, apice (0 mm. 5 longis) liberis et ad antheras applicatis. Polliniis complanatis, subtransversis, lateraliter pellucidis ; retinaculo lateraliter appendiculato ; translatoribus brevissimis. Stigmate pentagono, supra excavato.