‹ Annales du Muse colonial de MarseilleChapitre 112 sur 363 · COMMERCE MONDIAL · texte numérisé non relu

COMMERCE MONDIAL

Si forte qu'ait été, en ces dernières années, l’augmentation annuelle de la production du caoutchouc de plantation en Moyen-Orient, la consommation a facilement absorbé cette production.

L'Amérique du Nord est d’ailleurs la contrée qui utilise actuellement la plus forte partie (70 à 80 p. 100) de la récolte mondiale : tous les autres pays réunis (Grande-Bretagne, France, Russie, Italie, Australie, Japon, Pays scandinaves) ne reçoivent que les 20 à 30 p. 100 restants.

La revue de MM. Figgis et C° de Londres indiqué comme consommation pour 1916 :

ATRÉTIQUe AENOTAE FÉES EE Re 114.000 tonnes NOT LELTOR EE os Lie TR En CT 25.000 — FR DSSIOMES ATEN ANNE EE Re REA 20.000 — RANCE ME AU A NEA 8.500 — Jéponset-Xustralier::: 7: FRE 2er 2.000 — haie etes eu ur ue RSR Pere 5000722 Empires/centiraux (M): 2 er RER 1.500 —

Si donc la Grande-Bretagne est, à l'heure actuelle, par ses colonies, le grand producteur de caoutchouc, c’est | Amérique du Nord qui est le grand consommateur et tend à accaparer

(1) Ce caoutchouc est parvenu en partie en Allemagne dans les sacs postaux des vapeurs de pays neutres. Près de 3.000 paquets ont été ainsi saisis en 1916. Du caoutchouc a été aussi expédié sous la déclaration de «volumes de propagande ». Le kilogramme de caoutchouc brut valait, paraït-il, récemment en Allemagne, 137 francs.

la production. Les Etats-Unis, qui recevaient 48.000 tonnes de caoutchouc en 1913, en importaient 61.250 en 1914, 96.792 en 1915 et 66.397 dans le premier semestre de 1916.

Presque toute l’augmentation de la production mondiale a été ainsi achetée en ces dernières années par les Etats-Unis.

Mais, créée en partie par les circonstances présentes — quoique ce serait une erreur de croire que les besoins de la guerre expliquent seuls l’accroissement de l’industrie américaine — cette situation est vraisemblablement momentanée et, avec le retour à un commerce mondial plus normal, subira nécessairement de profondes modifications. Non seulement les Etats centraux, pour l'instant éliminés du marché, mais qui déjà avant les hostilités achetaient annuellement (1) plus de 40.000 tonnes (contre 8.000 en France) apporteront les fortes commandes qu’exigera le rétablissement de leurs industries, mais il est à prévoir que la Grande-Bretagne, stimulée par la concurrence américaine, multipliera ses manufactures ; et il n’y a certainement pas lieu, dans ces conditions, de redouter de longtemps une surproduction. L'avenir reste donc plein d’espérances pour les plantations de caoutchoutiers.

Henri JUMELLE.

Professeur à la Faculté des Sciences, Directeur du Musée colonial de Marseille.

(1) D’après le Aolonial Wirthschaftlicher Komitee, il y avait en Allemagne, en 1911, 100 importantes manufactures de caoutchouc ; le nombre des ouvriers était de 40.000 et la production représentait un minimum de 300 millions de marks. L’importation du caoutchouc brut, qui était de 13.000 tonnes en 1890, atteignait 33.000 tonnes en 1911. L’exportation des objets de caoutchouc manufacturés, qui était de 22.655.000 marks en 1890, dépassait 66 millions en 1910.

Contribution à l’Étude chimique des Noix de Sanga-Sanga

ou « Ricinodendron africanum »

par M. le Professeur PIERAERTS

Conservateur au Musée du Congo Belge

Sous le nom de sanga-sanga, nous avons reçu de Ganda- Sundi, localité du district du Bas-Congo située non loin de la frontière du Congo français, un lot de petites noix de la grosseur moyenne d’une noisette, à coque noire extrêmement dure.

La note explicative qui accompagnait cet envoi, fait en vue d’une étude chimique de ces graines, était ainsi rédigée :

« Le sanga-sanga est un arbre de haute futaie pouvant atteindre de 25 à 30 mètres de hauteur et 3 mètres de circonférence. Il est très répandu dans la région ; on en compte parfois jusque dix pieds à l'hectare. Quoique d’une croissance très rapide et à couronne très étendue, le sanga-sanga n'est pas du tout exigeant quant à la qualité du sol ; il croit dans n'importe quel terrain, même dans les plus pauvres. Le sangasanga fructifie très abondamment. Les fruits, qui müûürissent dans le courant du mois de mai, sont très coriaces. Pour en extraire aisément les noix, on met les fruits en tas et on Îles abandonne à la fermentation. Les noix de sanga-sanga se conservent durant de longs mois. Leur exportation serait très aisée. Jusqu'à présent, les indigènes de la région ont laissé ces noix sans emploi.

« Le bois du sanga-sanga est très poreux et de fort médiocre

qualité. On ne lui prévoit aucune utihsation ; 1l ne convient même pas en guise de bois de chauffage. »

C'était là, certes, des renseignements des plus utiles au point de vue de l'intérêt industriel et commercial que peut présenter le produit que nous avions à expertiser, mais la note ne nous fournissait pas la moindre indication concernant l’origine botanique des graines. On comprend cependant aisément que l’exacte connaissance de « l’état-civil» scientifique d’un produit naturel quelconque soit seul capable d'assurer un sérieux intérêt à l’étude de sa composition chimique, et cela quel que soit le mobile qui guide pareille étude.

Que celle-ci n’envisage que le côté purement spéculatii, ou qu’elle soit exclusivement orientée vers la recherche d’applications utilitaires éventuelles, l'effort qu’elle aura provoqué demeurera vain, et les résultats qu'on est en droit d’en escompter resteront 1llusoires, tant que l’on ignorera le nom scientifique de l’espèce d’où provient la matière examinée. Non seulement pareille ignorance restreint énormément l’intérêt et l’utilité de l’étude chimique d’un produit tiré du règne organique, mais elle peut conduire, au surplus, à des interprétations erronées et provoquer des discussions aussi stériles que superflues. Tout nom vernaculaire demeure toujours un pis-aller, qui ne mérite quelque crédit que pour autant qu'il soit unique, et réservé partout à la désignation d’une seule et même espèce (ou variété fixée). Malheureusement, c’est là précisément la grande exception. En effet, les espèces dont l'aire de dispersion géographique est quelque peu étendue ou qui sont plus ou moins ubiquistes dans l’une ou l’autre grande zone chimatologique (et il en est généralement ainsi pour les plantes de grande utilité), portent plusieurs noms ethnographiques, qui changent non seulement de pays à pays, mais fréquemment aussi d’une peuplade à l’autre. Cette variation de nomenclature prête inévitablement à confusion et contribue, par ailleurs, à rendre très difficile la connaissance de: l’origine botanique exacte d’un produit végétal. D'autant plus qu'en bien des cas la confusion déterminée par ces changements onomastiques se trouve encore compliquée du fait

DES NOIX DE SANGA-SANGA 29

qu'un nom vernaculaire donné s'applique, suivant les diverses contrées où 1l est en usage, à des végétaux spécifiquement différents et n'appartenant pas parfois aux mêmes genres, voire aux mêmes familles.

Les considérations précédentes nous ont déterminé à soumettre les noix de sanga-sanga à l'appréciation d’un botaniste colonial de renom. Notre ami, M. D. Bois, assistant au Muséum d'Histoire naturelle, qui voulut bien se charger de cet examen avec son amabilité coutumière et à qui nous réitérons ici nos vifs remerciements, nous déclara que la noix de sanga-sanga provient d’une Euphorbiacée, le Ricinodendron africanum Mull. Arg., dont elle forme la graine, recouverte de son endocarpe osseux.

Un examen comparatif ultérieur de la production que nous eûmes entre les mains avec des spécimens authentiques de noix de Ricinodendron africanum, dus àl’obligeance de M. H. Jumelle, directeur du Musée Colonial de Marseille, confirma absolument l'opinion du savant professeur de l'Ecole Coloniale.

Le Ricinodendron semble assez fréquent sur la côte occidentale d'Afrique. Selon Ed. Heckel (1), cette Euphorbiacée est connue au Congo français et au Gabon sous les noms d’essang, enguessang ou 1ssanguila, appellations qui accusent manifestement la même origine que l'expression « sangasanga » usitée à Ganda-Sundi. Cette dernière désignation présente évidemment des relations dialectales des plus étroites avec le terme onomastique «nsa sana » que l’on réserve au Ricinodendron africanum en d’autres contrées de l'Afrique occidentale équatoriale (2). La noix du sanga-sanga, dont la surface externe porte des sillons très tourmentés, comporte :

19 Une coque (endocarpe), très dure, noire à l'extérieur et d’un blanc laiteux à l’intérieur ; 20 une amande (graine proprement dite), qui remplit complètement la cavité de la coque chez les spécimens sains. Le tégument séminal est mince et fortement appliqué contre la face interne de lendocarpe.

(1) Ed. Heckel : Les Graines grasses ou peu connues des Colontes frarçaises. Paris, 1902, p. 40.

(2) Bulletin of the Imperial Institute, Londres, 1907, p. 369.

L'embryon, obovale, est muni de cotylédons cordiformes, à nervation palmée, que l’albumen, à aspect et à consistance de cire, ne dépasse que de quelques millimètres. 100 noix de sanga-sanga triées, c’est-à-dire contenant chacune une amande saine, pèsent 172 grammes en moyenne, tandis que 100 noix «tout venant » accusent un poids moyen de 170 gr. 5. Les noix triées comportent 66,5 p. 100 de coque et 33,5 p. 100: d'amande. Les noix «tout venant » er 72 p. 100 de coque et 28 p. 100 d'amande.

Le poids minimum d’une noix est de .....:.. 1 gr. 250 Le poids maximum — TS DS 2 gr. 400 La longueur minima — A ee CE 12 mm. 5 —— Maxima — TR ETES 17 mm. 5 La largeur minima — RS PR EURE - 11 mm.

— marima — TR dE 15 mm. 5

L’amande dose notamment :

Hunndié (à 1009) 7e 7 17/64:

Manbresechieste. UE ie PAS eve Matières minérales totales. . 7,32 % de la matière sèche

— — insol. dans l’eau 6,70 0 — = Soit donc, pour ces dernières, les 91,53 9% de latotalité des cendres.

Soumise à l’extraction par l’éther anhydre, l’amande donne 55,29 p. 100 d'huile (soit 67,13 p. 100 de matière sèche) chiffre qui, rapporté à la noix entière, correspond à une teneur de 18,52 p. 100 sur noix triées, et de 15,48 sur noix « tout venant ». Dans le tourteau restant après l’élimination de l'huile, il fut trouvé :

Humidité (a t008).::2 3 27016 202

Matière séche sn een 90,84 %

Matières minérales totales... 15,67 % de la matière sèche ArObeLDIAlL ETES SEM ER 10-04-2272 — — Acide phosphorique (P205). 5,56 % — — PEDIOSANES AP Pre 3,14 49% —— — Matière amylacée :........ néant

Alcalinité des matières minérales solubles dans l’eau,

ER COR ER TRES 0,95 % des cendres Acide phosphorique(P20$).. 34,99 o — Manganèse (Mn) (1) .…..... 0,056 % —

(1) Le manganèse fut déterminé par l’élégant procédé de G. Bertrand, qui permet d'obtenir des résultats d’une précision quasi-mathématique.

DES NOIX DE SANGA-SANGA SH

La coque (endocarpe) dela noix contient :

Humidité (à 1000). ........ 5,32

Matiéere Seche ee 94,68 %

Matières minérales totales... 9,89 94 de la matière sèche Azote OC Le De RES Dm — — Pentosanesmrci ee este 14969: ——— —- Pxitraitéthéré:s:7:::.112:. Pad — —

Alcalinité des matières minérales solubles dans l’eau, En COM EM OS 2,92 % des cendres.

Manganèse sr ne tu ie. 0,080 —- L'huile extraite pas l’éther est limpide, d’un jaune pâle et d’une saveur douce, à arrière-goût terreux ; elle ne présente pas d’odeur spéciale. Ses caractéristiques sont les suivantes :

Poids spécifique à ee DS RMS ETS Lo 0,9345 Température critique de dissolution dans

Feb labos Pat es re 909,2 Indice de réfraction à 19,5 ........... 1,5028 Examen polarimétrique (2) ........... , ap — + 00,04 PER AE Re 2 NT = 02 0,86

(Soit en acide oléique — 0,43 %)

Essai de MAmmenére sl io suce tur, 799 Bromures insolubles dans l’éther....... Néant Acides gras insolubles et insaponifiable . 95,83 % CET SENTE NME Ten IR EE Ta EEE QUE EN D LS Indice de saponification .............. 19% ,#%

Réaction de l’élaïdine (masse très visqueuse d’un brun jaunâtre).

Poiti de fUsi On EUR mener 320,3 (3) à 340,5 (4) Point de solidification (Les acides fondus restent en surfusion à la température du laboratoire (20°) et ne se resolidifient qu’au bout de deux heures.)

Pour le mélange d’acides gras insolubles, il a été trouvé :

Indice de neutralisation (poids moléculaire moyen correspondant — 323,3) ............. 173,5 Indice de saponification (poids moléculaire

moyen correspondant = 264,1)............. 214,8 Indice de saponification après acétylation...... 242,4 LOU RER A RAR ere ee 27,6 CPU TR 9 Ts CS AR PEN OR OURS DNS AUTRE 151,44

(1) Un volume d'huile et deux volumes d’alcool absolu ; opération effectuée en tube scellé.

(2) 6 gr. 349 d’huile furent dissous dans du chloroforme ; la solution fut portée au volume total de 25 centimètres cubes, puis examinée dans le tube de 220 millimètres,

(3) Température de fusion commençante.

(4) Température de fusion complète.

Nous avons soumis en outre l'huile de sanga-sanga à deux essais spéciaux, savoir : l’essai de siccativité ; l’action de l’iode en solution chloroformique.

Au point de vue de la siccativité, les expériences ont été tout d’abord effectuées à la température du laboratoire (15°).

Des poids sensiblement égaux d'huile de sanga-sanga furent étalés en couches minces, et aussi uniformément que possible, sur des lames de verre, puis placés sous une cloche dans laquelle l'air circulait librement. Du jour au lendemain, les prises d'essais se solidifièrent et donnèrent naissance à des pellicules peu élastiques et qui ne poissaient pas. Tant que ces pellicules restèrent transparentes, elles n’augmentèrent guère de poids, ce qui laisse présumer qu'un travail d’isomérisation ou de polymérisation précède l’oxydation.

Dès que l’opacité eut gagné entièrement les pellicules, celles-ci se ridèrent et se gondolèrent en certaines portions de leur surface. Arrivées à ce stade, les pellicules produisent, au toucher, la même sensation que celle .que détermine la cire. Les tableaux suivants relatent les particularités les plus saillantes observées au cours des expériences.

Page 1