‹ Annales du Muse colonial de MarseilleChapitre 114 sur 363 · SECONDE EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

SECONDE EXPÉRIENCE

Temps écoulé Augmentation depuis le début Aspect de la pellicule de de lopération poids 1 jour ÉTARSDArERTeS PRIMAIRE ie. Néant 2 — RS CAS le sc She eee — 3 — RO 2 ee PRE RS — 5 — ee NE RE Si, 7 — Rares petits points opaques à Vexirèeme périphérie... .... 0,73 g — Opacité légèrement accentuée, mais restant limitée à l’extrème DÉMDRÉTIEENE ES PRE EEE, Li: 0,89 12 — Zone opaque sur tout le pourtour. 1,40 15-— L’opacité atteint la moitié de la SUCRE ET LE nr ae see 2,49 18 — Entièrement opaque, hormis en la portion centrale,restée transpa- HET RER RS PRET PET TE LS, 19 — Petit point transparent au centre. 13:29 22 — . Opaque en toute sa surface ,..... 9,13 25 — — — TS Le PS AN 5 10,10 26 — — ——- RS LES. 10,60 30: = RS NES EE 10,60

Une expérience, effectuée à 289, donna :

2 jours Entièrement opaque ............ 2,96 4 — Contractée en certains endroits, ridée et rugueuse au toucher... k,55

Une expérience, exécutée à 509, nous fit constater :

2 jours Opaque. 7,19 & — Devient jaune, se ride et est rugueuse au toucher.

Dans une expérience faite à 1000, au bout de deux Jours la pellicule était opaque, d’un jaune brunâtre, et son poids n'avait augmenté que de 0,57 p. 100.

Toutes ces expériences démontrent que l'action de l'air (et peut-être aussi de la lumière) sur l'huile de Ricinodendron africanum constitue un processus chimique complexe dont une étude systématique seule pourrait expliquer le mécanisme.

En ce qui concerne l’action de l’iode, la solution chlorotormique d'huile qui servit à l'examen polarimétrique fut versée

peu à peu, tout en remuant, dans un égal volume d’une solution saturée de cet iode dans le chloroforme.

Le mélange se prit au bout de quelques instants en une masse gélatineuse d’une consistance telle que rien ne s’écoulait du récipient quand on le retournait.

Le caractère spécifique le plus sallant de l'huile de Ricinodendron africanum réside en son indice de réfraction, qui dépasse sensiblement celui de n'importe quelle huile végétale connue, l'huile d’abrasin exceptée.

L'huile qui nous occupe présente d’autres points d’analogie avec l'huile d’Aleurites cordata, car ces deux corps gras ont à peu près les mêmes indices diode et les mêmes poids spécifiques : elles se comportent, en outre, d’une façon similaire lorsqu'on les expose à l’air ou qu’on les soumet à l’action d’une solution saturée d’iode dans le chloroforme. L'huile de sanga-sanga se distingue de l’huile d’abrasin par l’odeur ; alors que la première n’a d'autre odeur que celle que présente toute huile végétale, la seconde, par contre, possède une odeur pénétrante et désagréable. Il y a lieu de faire remarquer cependant que, selon Lewkowitsch, l'huile d’abrasin n’exhalerait cette odeur forte et caractéristique qu’au cas où l’on a négligé, lors de sa préparation, de séparer les graines saines de celles qui ont subi des altérations. Nous ignorons jusqu'à quel point cette assertion est fondée ; ce qui est certain (nous avons été en mesure de constater le fait), c’est que les noix de sanga-sanga dont le contenu est avarié ont la paroi interne de leur coque recouverte d’une matière brune, à odeur résineuse très intense.

L'huile de ARicinodendron africanum, à l'instar de l'huile d’abrasin, compte-t-elle l'acide oléomargarique parmi ses constituants ? :

Eu égard aux caractères analogiques signalés, auxquelsil convient d'ajouter l'observation faite naguère par Ed. Heckel (1),

(1) L'état physique de l’huile de Ricinodendron africanum dépend de la nature du dissolvant employé pour son extraction. Alors que l’huile obtenue par l’éther est liquide à la température ordinaire, celle laissée par le sulfure de carbone est solide. Cette curieuse particularité se cons-

tate aussi chez l’huile d’abrasin.

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il n’y aurait rien de bien surprenant que cet acide existât dans l'huile de sanga-sanga. Toutefois, les essais auxquels nous avons procédé ne nous mettent pas en mesure de répondre à la question posée. Pour l’élucider d’une manière satisfaisante, il s'agirait d'isoler le principe en cause et de contrôler ses propriétés.

Nous nous réservons de procéder à ce travail complémentaier dès que nous disposerons d’un copieux échantillon de matière première. Fenons-nous en, pour l'instant, à la stricte interprétation des données acquises et demandons-nous quelles sont les conclusions qui en découlent.

Il est évident tout d’abord que l’huile de sanga-sanga appartient au groupe des huiles dites « siccatives ». Elle semble plus siccative que l'huile de lin, en ce sens qu’elle sèche, c’est à-dire qu'elle se solidifie beaucoup plus vite. Or la rapidité avec laquelle se forme la pellicule solide, au cours du processus complexe cause de la siccativité, constitue un facteur d’une importance plus considérable, au point de vue de certaines applications possibles d’une huile siccative, que l'intensité avec laquelle se produit l'absorption de l’oxygène atmosphérique.

Est-ce à dire qu’on soit autorisé à déduire de cette constatation que l'huile de sanga-sanga soit un réel succédané de huile de lin ?

Nullement. De nombreuses expériences comparatives, réalisées dans des conditions rigoureusement déterminées, et exécutées à l’aide de produits soigneüsement préparés et d’origine bien authentique, seraient peut-être de nature à solutionner convenablement ce problème. A notre avis, l’opacité, la consistance et le manque d’élasticité de la pellicule en laquelle se transforme l’huile de ÆRicinodendron africanum lorsqu'on l’étale à l’air en couche mince, constituent un obstacle insurmontable à son emploi à titre d'huile pour pernture où d'huile à vernis. L'huile de sanga-sanga ne nous paraît pas apte davantage à remplacer l'huile de lin dans la fabrication des encres lithographiques et des linoléums ; mais, tout comme l'huile d’abrasin, elle servirait avantageusement

d’enduit imperméable, de mastic pour le calfatage des navires ou autres objets ayant des joints à rendre étanches, d'huile d'éclairage ou de mortier. Rien n'indique qu’elle ne conviendrait pas également à la préparation du noir de fumée pour l'encre de Chine.

Si elle ne contient aucune substance toxique (ce qui est fort peu probable), l'huile de sanga-sanga constituerait une bonne huile alimentaire qui manifeste une grande résistance au rancissement. En stéarinerie, elle ne saurait trouver emploi ; les fabricants de savons mous pourraient l’utiliser à la condition de prendre la précaution de l’associer à des matières grasses non siccatives.

Ilest certain, contrairement à l’opinion émise par Schlagdenhauffen (1) que l'huile de Ricinodendron africanum ne renferme pas de ricinoléine, du moins en quantité quelque peu notable. Son inactivité optique et son extrême insolubilité dans l’alcool absolu, pour ne s’en rapporter qu'à ces deux caractères, le prouvent formellement.

Le tourteau d'amande de sanga-sanga accuse une teneur en azote vraiment exceptionnelle (2); sa richesse en acide phosphorique est également extrêmement élevée (3). Ce tourteau ferait, indubitablement, merveille comme fumure pour pépinières, plantations vivrières et Jardins. Il est regrettable que la noix deshuilée n' abandonne qu'une quantité relativement minime d’un aussi précieux engrais (4). Au cas où il n'y aurait pas de principe toxique ou nuisible, ce tourteau fournirait une nourriture de tout premier choix pour le bétail et pour la volaille. suffirait, pour en faire un aliment complet,

(1) Ed. Heckel : Loc. cit.

(2) La teneur exceptionnellevemt élevée du tourteau en azote fait présumer qu’il renferme des quantités notables de composés autres que des matières protéiques.

(3) La quantité de matières minérales révélée par l'analyse nous surprit tellement que nous crûmes à une erreur de manipulation. Un dosage de contrôte effectué sur l’amande non déshuilée nous montra qu'il n’en était rien.

(4) 100 parties en poids de noix triées correspondent en moyenne à 15 parties de tourteau.

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de le mélanger avec de la farine de manioc, du maïs ou toute autre denrée riche en matière amylacée ou en sucre. Il nous reste un mot à dire de la comestibilité de la noix du -Sanga-SAnga, qui est une question encore controversée. D’après l’Impérial Institute (1), le tourteau est impropre à Palimentation du bétail, probablement à cause de la présence d’un alcaloïde. Cette appréciation, que nous transcrivons textuellement telle que la cite Lewkowitsch (2), n’est pas exprimée bien catégoriquement, nous tenons à en faire la remarque. D'autre part, Ed. Heckel (3), dans son mémoire sur l'huile d’enguessang, dit que, suivant Joly, les indigènes du Gabon-Congo mangent la graine du Ricinodendron africanum, et qu'à l’aide des amandes de cette plante ils confectionnent des colliers qu'ils suspendent dans leurs cases et qu'ils consomment en guise de friandise. L’assertion de Joly me fut confirmée par un missionnaire qui, avant de devenir, durant la présente guerre, aumônier dans l’héroïque corps Chaltin puis dans un groupe d'artillerie de l’armée belge sur l Yser, résida pendant de longues années à Kangu (district du Bas- Congo, région du Mayombé, Congo belge). Voulant donner plus de poids à son affirmation et dissiper mes doutes, le brave aumônier joignit le geste à la parole et croqua, en mia présence, une bonne douzaine de noix. Il ne s’en est pas porté plus mal.

(1) Bul. Imp. Inst., 1907, p. 369.

(2) Lewkowitsch traduit par Bontoux : Technologie et Analyse chimique des Huiles, Graisses et Cires. Paris, 1910, tome IIT, p. 1909.

(3) Ed. Heckel : loc. cit.

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