OA
Les Variétés du Palmier à Huile
par M. Henri JUMELLE.
Nous ne saurions être dès maintenant trop documentés sur tout ce qui concerne et peut faciliter l'exploitation et la culture du palmiste africain. Les deux produits du fruit de V'Elæis guineensis, beurre de palme et beurre de palmiste, sont certes connus et largement utilisés de longue date, le premier en savonnerie et en stéarinerie, et le second en savonnerie, mais il semble que cette utilisation doive s'étendre encore dans l'avenir, et que le beurre de palmiste notamment occupe à l'avenir, dans les industries française et anglaise, une place plus importante que par le passé. Il est vraisemblable, en outre, que les deux substances ne tarderont pas à prendre rang parmi les graisses végétales de consommation, au même titre que le beurre de coprah.
Pour le beurre ou huile de palme, en particulier, la question de l'emploi de cette substance, comme graisse alimentaire, était soulevée et sérieusement mise à l'étude, en Allemagne, par le « Kolonial-Wirthschaftliche Komitee » de Berlin, à la fin de 1913. Ce Comité créait à cette époque une « Olrohstoff- Kommission », ou Commission des Oléagineux, et, dès la première réunion de décembre, cette Commission se préoccupait des mesures à prendre pour obtenir à bon compte un beurre de palme qui pût devenir, dans l'alimentation, le concurrent du beurre de coco.
Trois causes, a priori, ainsi qu'il résultait de la discussion, pouvaient empêcher le beurre brut de palme d’être livré à la consommation : sa couleur, sa saveur et sa forte acidité. Or, tandis qu'il n’est ni bien difficile, ni très coûteux de décolorer
la substance et d'éliminer sa saveur, la forte acidité du beurre tel qu'il est exporté des colonies, après après avoir été préparé par les méthodes indigènes, est un inconvénient plus grave, car le degré de saponification nécessaire en ce cas pour la neutralisation a pour effet concomitant un dédoublement, et, par conséquent, une perte d'huile qui élève considérablement le prix du produit. 11 faut done — condition absolument indispensable — que le beurre brut importé et reçu par les usines ne dépasse déjà une certaine proportion d'acide, que les techniciens de la Commission estimaient à 8 p. 100, quoique certains fabricants prétendissent pouvoir travailler encore jusqu à 10 p. 100.
Mais, en définitive, la Commission admettait que le beurre brut type, propre à la préparation de Ia « speisepalmôl », devait avoir comme teneur, au maximum, 8 p. 100 d’acidité, 0,5 p. 100 d’impuretés et 0,5 p. 100 d’eau.
Et, comme il n’est pas à espérer que les indigènes, par leurs procédés primitifs, puissent fournir une huile de palme qui satisfasse à ces conditions, il faut bien absolument s’efforcer de répandre et de généraliser, dans les colonies de l’Afrique occidentale, l’emploi des procédés et de l’outillage européens.
Et cette nécessité s'impose de plus en plus au fur et à mesure que s’accroissent les exportations d'huile de palme et d’amandes.
En 1915, la Grande-Bretagne a importé 67.369 tonnes d'huile de palme et 233.249 tonnes d'amandes.
Sur ces 233,249 tonnes d'amandes, 195.389 tonnes sont venues des colonies anglaises et 37.860 tonnes des colonies étrangères.
La même année, la Grande-Bretagne a produit 94.082 tonnes d'huile de palmiste, dont elle a employé 93.902 tonnes, n’en réexportant que 180. Si l’on remarque que, avant la guerre, les importations de palmistes pour l'Allemagne étaient de 261.408 tonnes en 1912 et 235.917 tonnes en 1913, alors que les deux colonies allemandes du Cameroun et du Togo n’exportaient guère que 25.000 tonnes de ces palmistes (11.639 t. du Togo en 1912 et 15.742 tonnes du Cameroun, la même année),
on voit comment la Grande-Bretagne a repris dès ajourd’hui une industrie qui était passée entre les mains de l’Allemagne.
Il sera facile, d’ailleurs, au Royaume-Uni de la conserver, puisqu'il lui suffira désormais de continuer à importer pour son propre compte la production de ses colonies. Les possessions britanniques de l’Afrique occidentale exportaient, en effet, en 1915, 197.719 tonnes de palmistes, contre 164.655 en 1904, les exportations, pour ces deux années, se répar-
tissant ainsi :
(En tonnes)
CAMES NE SR P er 179 #95 SICRTA ECOLE TAROT EUR ere de 25.101 39.264 COL CGDASTE RE ET SR ET NL à 9::557 4.064 LES Ne PRES Do RCE SANTE 129.818 153.900
Les mêmes années, les exportations en huile de palme étaient
de 76.245 tonnes, dont :
(En tonnes)
SV due PNEU VON AREAS 904 1.978 CMP ASEE SN RL RSS La 8.666 1.360 DRE EE RD M RARE HR Se 53.000 72.097
La Nigérie et, en particulier, la Nigérie méridionale, est donc la grande colonie britannique à palmistes ; et la nouvelle voie ferrée orientale, en desservant la grande région des palmiers à huile, facilitera encore l’extension de ce commerce (1), extension qui retentira sur l’accroissement de l’industrie anglaise.
Ce qu'il nous faut, toutefois, naturellement nous demander en France, c’est l'influence que pourrait avoir sur notre propre industrie cette monopolisation par l'Angleterre des produits de ses colonies.
Pour répondre à cette question, comparons tout d'abord
(1) Avant la guerre, l'Allemagne absorbait 44 p. 100 du commerce de la Nigérie anglaise,
nos chiffres d’importations métropolitaines et d’exportations coloniales.
Avant la guerre, nous importions annuellement environ 18.000 tonnes d'huile de palme et 3.000 tonnes de palmistes. Or nos colonies ont exporté, d’une part en 1904, et, d’autre part, en ces dernières années, tant en France qu’à l’étranger :
En huile de palme :