tonnes seulement en
Les ensemencements de 1916-1917 ayant été nt insuffisants, et le temps, d’autre part, ayant été défavorable, on sait que ce fut cette raréfaction prévue de la matière première qui détermina à la fin de juin 1917 une hausse exagérée des prix. Le Middling atteignit 19 d. 1/2 à Londres le 29 juin. Les grandes bourses du coton de Liverpool, du Havre et de New-York furent aussitôt momentanément fermées.
Le 17 août, le prix à Londres était de nouveau de 20 pence, et if redescendait à 19 d. 1 /2 le 31. Il était de 17 d. le 14 septembre.
(2) En 1907, le nombre des broches de l'Angleterre était de 50.679.640: et celui des Etats-Unis 26.242.000, pendant qu’on en comptait en Alle--
33 millions (chiffre donné au 31 juillet 1916) ; et, alors que, en 1910-1911, la grande république américaine n’utilisait encore que 35,6 p. 100 de sa récolte, elle en a employé depuis lors, progressivement, 38,2 en 1912-1913, 37,8 en 1913-1914, 40,2 en 1914-1915 et 58,3 p. 100 en 1915-1916.
Enfin il faut bien dire encore que, indépendamment de toutes les causes précédentes, les Etats-Unis n’ont jamais semblé bien désireux, pour un autre motif, d'augmenter leurs récoltes. Profitant de la sorte de monopole qu'ils détiennnent sur les qualités courantes, les planteurs américains, représentés par leurs Associations, se sont toujours préoccupés de maintenir les cours au mieux de leurs intérêts, sans se soucier outre mesure des nécessités mondiales. Et, dans ce but, non seulement leurs vastes entrepôts leur permettent de limiter la vente aussitôt que les prix tendent à baisser, mais, en outre, dès que cette baisse se manifeste, les ensemencements de l’année suivante sont également réduits. C'est ce quieut lieu, parexemple, après les années 1904, 1908 et 1912.
Et c’est pour toutes ces raisons que l'Angleterre — qui dut déjà plusieurs fois, dans le passé, avoir recours au short time, c’est-à-dire à un chômage partiel — s'inquiète à bon droit de l'avenir. Mais combien alors notre inquiétude, en France, doit-elle être plus grande encore ?
A la rigueur, la Grande-Bretagne pourrait peut-être trouver dans ses possessions, sinon en qualité, du moins en quantité, la matière première nécessaire à l’alimentation de ses fabriques. Si le Lancashire consomme annuellement un cinquième envi-
magne 9.339.448, en France 6.800.000, en Russie, 6.500.000, aux Indes 5.279.595, en Autriche 3.616.434, en Italie 3.500.000, en Espagne 1.850.000, en Suisse 1.484.000, au Japon 1.483.497.
Remarquons que non seulement ce nombre des broches augmente progressivement, mais: qu'en outre ces broches tournent aujourd'hui plus vite que jadis, et dans la proportion de 66 à 59, si l’on compare les années 1910 et 1896. En 1912, le nombre total des broches dans le monde était de plus de 135 millions, dont 56.750.000 en Grande-Bretagne.
Dans l’année qui précéda la guerre, la valeur des exportations de tissus de coton du Lancashire fut de 127 millions de livres sterling, soit 3 milliards 175 millions de francs. Sur ce total l'Inde importa 29,5 p. 100,
ron (1) de la récolte cotonnière mondiale (qui est de 20 à 27 millions de balles), c’est cette quantité à peu près que produit l'Empire Britannique ; et le Royaume-Uni, qui n'utilise pas la moitié de sa récolte coloniale, achète aux Etats-Unis du coton brut (40 à 50 millions de livres sterling par an), parce que ce coton est le seul qui convienne à certaines de ses usines.
Teln’est même pas notre cas. Indépendamment de toute considération de qualité, toutes nos colonies réunies ne peuvent nous donner actuellement même le centième de la quantité de coton (plus d’un million de balles), qui nous était déjà indispensable avant la guerre.
En quelle situation nous trouverons-nous donc demain, au milieu du bouleversement économique qui sera l’une des conséquences de la lutte en cours, si nous ne nous préoccupons pas dès maintenant de remédier aux éventualités qu'il est. facile de prévoir ?
Nous ne voulons même pas, d’ailleurs, envisager la question au point de vue des énormes besoins immédiats de la période d’après-guerre. À ces besoins tout momentanés il ne sera possible à aucune nation — en dehors des Etats-Unis, qui ont la ressource de se réserver leur production — de faire face dans des conditions autres que celles du passé ; aucun peuple n'a aujourd hui le temps ni les moyens de modifier sensiblement, dans le délai voulu, ces conditions anciennes. Mais le futur essor économique, et essor durable, que chacun se plaît actuellement à prédire à son propre pays — en admettant que les intentions que nous entendons partout si hautement exprimer soient de notre part mieux que des mots — doit entrainer un tel développement de nos manufactures, comme de celles de tous les autres Etats (2), qu’il nous faudra bien,
(1) Quarante fois à peu près, fait remarquer la presse anglaise, ce qu’a réussi à produire annuellement (100.000 balles) la « British Cotton Growing Association », créée depuis une quinzaine d’années.
(2) Parmi les pays où l’industrie cotonnière fera certainement de grands progrès dans un avenir prochain, il ne faut pas oublier la Chine, qui, déjà avant la guerre, avait commencé à multiplier ses filatures de
de toute nécessité, trouver sur notre propre domaine les éléments qui nous permettront de participer à cette renaissance industrielle, dans leffroyable, et, nous pourrions dire, l’impitoyable concurrence qui s'annonce.
Et nous répétons que, pour l’industrie cotonnière, nous ne sommes pas assurés, faute de matière première, de maintenir — bien loin donc de l’étendre — notre activité manufacturière de jadis. Or, ainsi que le rappelait M. Audiffred à l’une des séances de mars 1917 de l’Académie d'Agriculture, les tisseurs et fileurs de coton sont, en France. au nombre de 300.000. « ce qui représente, en y comprenant les femmesetlesenfants, une population de 1.200.000 âmes vivant de l’industrie cotonnière. »
Nous risquons ainsi à la fois de ne plus pouvoir fournir à plusieurs certaines de mille d'ouvriers le travail auquel ils sont habitués et d’être contraints d'acheter à l’étranger les tissus que nous ne serons plus à même de fabriquer.
À un autre point de vue — qui a également son intérêt — M. Audiffred faisait encore remarquer, dans la même séance de l’Académie : « Nous manufacturions avant la guerre 235 millions de kilogrammes de coton, qui nous coûtaient 400 millions. Aujourd’hui, le prix du kilogramme de coton a plus que doublé et nous dépensons plus de 800 millions (2). Au lieu de porter cette somme aux Etats-Unis, en Egypte ou dans l’Inde, si nous la portions dans nos colonies, nous augmenterions dans une proportion considérable le bien-être di
coton, surtout après la guerre russo-japonaise. Il y aurait actuellement, dans l'Empire chinois, au moins 31 filatures, avec plus d’un million de broches et environ 4.500 métiers, alors qu'il n°y avait pas 500.000 broches il y a vingt ans. La consommation totale de coton par toutes les filatures réunies s’élèverait à au moins 120.000 tonnes. Ce sont donc de nouvelles quantités de coton qui se trouveront prises sur les exportations réduites des Etats-Unis.
(2) « 950 millions », à rectifié M. Dybowski. EL, puisque l’occasion s’en présente, nous notons ici avec plaisir et confiance le haut intérèt que porte à cette si importante question cotonnière l’Académie d'Agriculture de France, Puisse la voix si autorisée des personnalités qui la composent avoir sur les décisions gouvernementales l'influence désirable !
ces populations qui nous rendent à l'heure actuelle l'immense service de combattre dans les rangs des soldats de la métropole, ou qui travaillent dans nos usines de guerre ; en les enrichissant de 400 millions par an, nous leur donnerions un pouvoir d'achat correspondant, en produits des industries françaises. »
C’est donc bien pour de multiples et sérieuses raisons que la culture du cotonnier dans nos colonies est pour notre France une question d’une importance capitale.
Voyons maintenant — car c'est un des facteurs de notre succès que nous ne perdions Jamais de vue tous les efforts entrepris de divers côtés, et que nous nous tenions au courant de tous les progrès accomplis chez nous et ailleurs — ce qui s’est fait en ces dernières années, soit dans les grands pays cotonniers, soit en d’autres contrées où il semble que la culture du cotonnier puisse être étendue ou introduite.
ù ALGÉRIE
La culture du cotonnier a été pratiquée de tout temps en Algérie, dans le Tell et les Oasis, et, en 1866, l'Algérie exportait 750 tonnes de cotons de toutes qualités. Mais, sous diverses influences, cette culture fut ensuite délaissée, et il n’y a guère que depuis une douzaine d'années, vers 1904, qu'elle a commencé à reprendre.
La récolte commence à la fin de septembre ou au commencement d'octobre, et il y a quatre oucinqeueillettes successives.
Comme variétés, M. Trabut (1) recommande les cotons égyptiens, qui ont bien «une période de végétation un peu longue pour ces contrées ; mais, par une sélection attentive des races locales qui ne manquent pas de se manifester, il est possible d’atténuer ce défaut ».
(1) Trabut. —« Instructions pour la Culture du Cotonnier en Algérie ». Bulletin des Informations agricoles du Gouvernement général de l Algérie, Alger; 4917.
« Les variétés égyptiennes Abassi, Mit-Afifi, Janovitch, Noubart, dit encore M. Trabut, ont donné des résultats satisfaisants ; mais 1l convient de séparer de ces races les formes qui conviennent le mieux à la région, et obtenir des formes locales aussi pures que possible. »
Le Noubari, par exemple, a donné de bons produits en Algérie. Depuis 1910, M. Colin, à l’Union du Sig, en Oranie, s’est attaché à le sélectionner et a obtenu le « Coton de l’Union du Sig », avec lequel on a obtenu, en 1916, 20 quintaux 4e coton brut à l’hectare. 8.831 kilogrammes de cette récolte ont fourni à l’égrenage 2.600 kilogrammes de coton égrené, qui a été vendu à Marseille 500 francs le quintal. C’est donc un rendement de 3.000 francs à l’hectare.
Dans la brochure à laquelle nous empruntons les renseignements précédents, M. Trabut recommande la formation de groupements coopératifs, qui n'auraient pas seulement pour but d’aider les cultivateurs dans les travaux d’égrenage et de préparation de leurs cotons, mais qui exerceraient aussi une surveillance sur le choix des semences et faciliteraient la vente des récoltes dans les meilleures conditions.
Des coopératives d’égrenage ont d’ailleurs été créées dès 1908 à Philippeville, à Bône et à Orléansville. A Oran, l’Association Cotonnière Coloniale a distribué des graines, installé une usine d’égrenage et créé des facilités pour la vente.
La culture du cotonnier en Algérie, dit M. Trabut, « doit être surtout développée dans les terres irrigables et accessoirement dans des sols conservant assez d'humidité sans irrigation. L'Oranie, la plaine du Chélf, les plaines et le littoral constantinois disposent du elimat, du sol et de l’eau pour tirer de la culture du cotonnier de grands profits ».
« L'irrigation, ajoute le même auteur, est généralement considérée comme indispensable ; cependant, il n'est pas impossible d'obtenir, dans des sols profonds et frais des plaines de l'Est, de bonnes récoltes sans irrigation : mais cett culture du cotonnier sans irrigation demande encore des precisions et doit faire l’objet de nouvelles recherches et observations avant d’être adoptée en grand. » Ajoutons que, en
fait, des essais tentés en ce sens par M. F. Godard à l'Ecole d'Agriculture de Philippeville ont déjà donné des résultats. encourageants.