FASCICULE
1° Essais de Fabrication de Papier avec la Passerine hirsute et d’autres Thyméléacées, par MM. E. DOURON et L. VIDAL, professeurs à l’Ecole Française de Papeterie. .. 1
{ 2° Essais de Fabrication de Papier avec le Bois-bouchon de la Guyane Française, par
D DOLFRON<et-LENIPD ALES UE ME SR EN NET PE TR 11 3° Nouvelles observations surles Mascarenhasia de l’Est de Madagascar, par MM. H. JUMELLE CPR PER RER DE HAS AT HI, x ET AO CS EE CE A ele à 15 4° Les Dypsis de Madagascar, par M. H. JUMELLE. ............................ 21
5° L’Elevage à Madagascar, par M. GEorGEs CARLE, chef du Service de Colonisation à Ma- A CR SD RER PAS PT ES Pr a EE D 39 6° L’Elevage et le Commerce des Viandes dans nos Colonies et quelques autres Pays, pa”
A, PU A À RARE AS MO EN RENE APE CREER EN "TER Se 57 7° Palmistes et Noix de Bancoul de Madagascar, par M. Louis RACINE, chimiste à la Stéari- DORA r US Marne ne he à d'énnrte ee Des a 112 Eee SA A MARSEILLE | PARIS MUSÉE COLONIAL LIBRAIRIE CHALLAMEL 5, RUE NouïiLzes, 5 17, Rue Jacor, 17
Essais de Fabrication de Papier
avec Ja Passerine hirsute et d’autres Thyméléacées
Par MM. E. Douron et L. VipAL
Professeurs à. l'Ecole Française de Papeterie
La disette des matières premières propres à la fabrication du papier fait en ce moment envisager l’utilisation des Passerines, arbustes buissonnants de la région méditerranéenne, très communs dans certaines régions du Maroc et de l’Algérie. L’espèce la plus intéressante tant par son abondance que par sa taille est le Passerina hirsuta L. (Thymelæa hirsuta Endl.), plante touffue, très rameuse, atteignant 1 m. 50 environ (1). Des échantillons ont été envoyés du Maroc à M. le professeur H. Jumelle qui, après les avoir déterminés d’une façon précise, a bien voulu en confier l’étude technique au Laboratoire des essais de l’Ecole française de Papeterie. Le directeur de cette Ecole, M. Barbillion, nous ayant chargés de l’exécution de ce travail, nous allons le résumer brièvement.
(1) Cette espèce un peu polymorphe, bien connue en effet dans la région méditerranéenne — on la trouve, par exemple, aux environs de Marseille, dans le Var, etc. — ne nous semble guère avoir été signalée jusqu'ici au Maroc, où on mentionne plus souvent la Passerina canescens. Les premiers échantillons nous furent envoyés par M, Perrier de la Bâthie, dont l'attention avait été attirée sur cette plante « qui couvre en peuplements serrés presque tous les sables que lon voit autour de la forêt de Mamora, soit une superficie de plus de 100,000 hectares ». D'autre part, le service de l'Agriculture du Maroc, auquel nous devons les lots de tiges sur lesquels les essais de l Ecole de Papeterie de Grenoble ont été faits, nous indique que « cette plante pousse en abondance dans toutes les terres siliceuses de la zone littorale marocaine, et particulièrement dans la formation des sables miocènes situés au nord et au sud de la forêt de Mamora ». (H. 4.).
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utiliser la Passerine tout
On peut sans doute songer à
comme on le ferait d'un Genêt quelconque, puisqu'il est pos-
sible de faire du papier avec n’importe quelle plante ligneuse. Mais ce qui rend ce végétal plus particulièrement intéressant, c’est qu’il appartient à la famille des Thyméléacées, c’est-à-
dire à une famille illustre dans le monde de la papeterie : le”
papier impérial du Japon, le vrai « Japon », et c’est tout dire, est fabriqué avec l’écorce d’une Thyméléacée, l’Edgeworthia. L’Edgeworthia papyrifera est un petit arbre d’environ 2 mètres
que l’on cultive tout exprès pour la papeterie. Son nom Japo- .
nais, Mitsumata (trois fourchettes), lui vient de ses rameaux trifurqués. Son écorce, extérieurement noirâtre, est très épaisse.
On la détache régulièrement par un écorçage méthodique et
on la traite par des procédés spéciaux tenus jalousement secrets. On sait seulement que la base du traitement est un lessivage avec des cendres. Quoiqu'ils altèrent bien davantage
les fibres, on peut aussi employer les procédés ordinaires de
lessivage à la soude, et c’est ce que l’on fait dans les papeteries modernes, outillées à l’européenne. Avec lEdgeworthia on fabrique des papiers variés et très estimés, depuis tes emballages écrus, curieusement mouchetés de points noirs, si extraordinairement solides qu'ils sont presque indéchirables, jusqu'aux délicieux papiers pelures ornés de fleurs et d’hiéroglyphes, jusqu'aux somptueux papiers blancs, au magnifique éclat nacré caractéristique, réservés aux impressions de luxe.
D’autres Thyméléacées asiatiques sont employées en papeterie, mais d’une façon plus restreinte.
Le Wicksiroemia canescens, en japonais le Gampi, fournit une sorte de Japon supérieur. Il n’est guère utilisé qu'au Japon, bien qu’on le trouve aussi en Chine et dans l'Inde. La production est faible, parce que l’arbuste est petit et difticile à cultiver. Cette matière, de toute beauté, est extrêmement chère. On la réserve au Rp et on ne l’exporte pas en Europe.
Nous possédons au Tonkin une espèce voisine, le W Bone mia Balansæ Drake (Journal de Botanique, 1889). Il est spontané dans les bois de la région montagneuse, et il est cultivé
depuis longtemps par les indigènes pour la fabrication du papier dit de Caj-djo. C’est un excellent papier, assez fortement teinté, mais très résistant.
Le Lagetta lintearia Lam. (Daphne Lagetta Sw.) est origi- naire du Népaul. On le cultive dans l'Inde, à la Jamaïqueet au Brésil. C’est le bois- dentelle, ou plante à papier du Népaul, dont l’écorce très fibreuse donne un papier bien connu.
Le Daphne cannabina Wall., également du Népaul, est sou-
vent confondu avec le précédent sous le nom de Nepal papier
plant.
Enfin le Daphne Pseudo- Mezereum est spontané et cultivé dans le Japon méridional.
Les Thyméléacées del’Extrême-Orient étant donc des plantes à papier de premier ordre, il était tout naturel d'examiner sinos espèces indigènes ne pourraient pas fournir une matière uti- “lisable, fût-elle même un peu coûteuse.
Nous nous en étions occupés bien avant qu’on vint nous proposer la Passerine. I] y a cinq ou six ans, à un moment où la
- question des celluloses de remplacement, quoi qu’on en parlât
déjà beaucoup, ne se posait certes pas d’une façon aussi pressante qu'aujourd'hui, nous avons étudié à ce point de vue nos principales espèces françaises : les Daphne Laureola, Mezereum et Gnidium. Nous avions reconnu que leur écorce donne un produit assez remarquable, encore qu'inférieur à celui des espèces asiatiques, mais nous avions reconnu aussi, et même bien vite, que le prix de revient en serait tout simplement exorbitant. La guérre survenue là-dessus nous empêcha de publier ces résultats qui paraissaient de pure curiosité. Nous les aurions oubliés nous-mêmes si l’étude de la Passerine ne nous les avait pas fait exhumer.
Essais SUR LA PASSERINE (Passerina hirsuta)
La Passerine, d’après ce que nous venons de voir, pourrait être employée à la façon de l’Edgeworthia et de ses succédanés, c’est-à-dire en n’en utilisant que l'écorce. C’est là la première pensée, la plus naturelle, mais il faut Pabandonner tout de
suite. En effet les rameaux de Passerine sont menus : ils ont au maximum la grosseur du doigt, plus souvent celle d’un:
crayon. Dès le premier coup d’œil on voit que lécorce, qui ne
forme qu’une faible partie de l’ensemble, est bien trop mince
pour être exploitable seule : le rendement serait dérisoire.
Dans ces conditions nous avons dû traiter la tige tout entière, écorce et bois. Il est bon d’enleverles feuilles, quitombent du reste facilement. De plus il vaut mieux rejeter les extrèmités des pousses, trop molles et trop menues.
La matière, telle qu’elle nous a été expédiée, c’est-à-dire
séchée à l'air. renfermait environ 12 p. 100 d’eau. ?
Nous avons effectué le dosage de la cellulose pure par la
méthode de Cross et Bevan, dite par chloruration.
La tige entière (bois et écorce) renferme 32 p. 100 de son poids de cellulose. :
Le bois en contient 36 p. 100.
L'écorce en renferme 24 p. 100 seulement. SE
Ces notions, indispensables pour le calcul du rendement, montrent combien il serait faible sion n’utilisait que l’écoree. En effet, l'écorce ne représente qu'environ le tiers du poids total. ILs’en suit que 100 kilogrammes de tiges, qui donnent 33 kilogrammes d’écorce, fournissent seulement : 33 x = — 7 kgr. 92 de pâte à papier.
Si on emploie toute la tige on a le rendement acceptable de 32 kilogrammes de pâte pour 100 kilogrammes de matière.
Voici le traitement que nous avons appliqué.
Les tiges ont été débitées au hache-paille, en fragments de
3 à 4 centimètres, puis ont été soumises à un lessivage alcalin, effectué à l’autoclave dans les conditions suivantes, fixées après plusieurs tâtonnements :, \
Matière prémière : :....::2:.: Re D RCE 2 kgr. Soude {en NaOH pur) 20 p.100 ............ 0 kgr. 400 Concentration de la liqueur :...:......:...+. 5° Baumé PES Ion EU en er SR eee re 3 atmosph.
Durée dela cuisson er SE. SEE 144 heures
Le lessivage s’avère ainsi comme long et dispendieux.
L'LESÉRSE «© D
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