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EXPLICATION DE LA PLANCHE I

Cellulose de Passerine.

Pâte à papier obtenue par le traitement de la tige du Passerina hirsuta L.

f. éc. — Fibres corticales ; l’une d’elles est presque toute entière dans le champ, il n’en manque guère que le quart.

f. lig. — Fibres ligneuses.

sc. — Cellules scléreuses.

p. — Cellules parenchymateuses corticales.

v. — Vaisseaux.

AVEC LA PASSERINE HIRSUTE SN Are RES

La matière lessivée, puis bien lavée, a été défibrée dans une ‘pile d'essai. La pâte obtenue, relavée, est d’un brun clair ;

elle constitue la cellulose écrue. Nous en avons gardé une partie pour en tirer quelques feuilles par le procédé à la cuve et nous avons blanchi le reste.

Le blanchiment a été effectué au chlorure de chaux dans une solution à 109 Baumé. Nous avons enfin tiré quelques feuilles de cette pâte définitive, qui est la cellulose blanchie.

Le papier obtenu, blanchi ou même écru, est d’une très

médiocre. ténacité ; sa résistance à la déchirure est faible. Malgré le pourcentage élevé de chlore employé, le blanchiment est resté un peu insuffisant.

Examinée au microscope, la pâte se montre composée, ainsi que le montre la planche I, d’un mélange, en proportions fort inégales, de deux sortes de fibres : les unes très longues, provenant de l’écorce, les autres très courtes, du bois.

Les fibres corticales (péricycliques et libériennes pour em- ployer un langage plus rigoureusement scientifique) sont à la fois très longues et très fines. Elles mesurent de 2 à 4 millimètres et ont un diamètre de O0 mm. 010 environ. Elles ont la même longueur que celles de Edgeworthia, mais avec une finesse plus grande. Comme celles de toutes les Thyméléacées, elles sont caractérisées par un renflement allongé en ampoule, situé à peu près au mieu de la longueur. Outre ce gros renflement ampullaire, il y en a souvent d’autres, plus petits, qui rendent la fibre comme noueuse. La paroi est épaisse et le lumen assez réduit, mais très irrégulièrement dilaté dans les nœuds, et surtout dans le renflement ampullaire, où il s’élargit beaucoup. Les extrémités sont très variées de forme : elles sont souvent dilatées en spatule, ou munies de bourgeons latéraux disposés tous du même côté, ou bifurquées, ou capricieusement ramifiées. Toutes ces particularités se retrouvent dans PEdgeworthia et ont été décrites et figurées minutieusement par plusieurs auteurs (1).

(1) Saito : Anatomische Studien über wichtige Faserpflanzen Japans,

mit besonderer Berücksichtigung der Bastzellen, Tokio, Jour. Coll. Soc.

Ces fibres ont un pouvoir feutrant considérable. Leur longueur absolue (3 millimètres en moyenne) et relative (le

10 LR, 3.000 300 leur donnent en effet une grande capacité d’enchevêtrement.

Quoique suffisante, la ténacité est bien moindre que celle du Mitsumata ou du Gampi, parce que la fibre est beaucoup plus menue. En outre le lessivage assez sévère qu’elle a subi n’est pas sans en avoir diminué la résistance d’une façon très sensible. $

Au total, ces fibres sont tout de même très bonnes, et, s’ily en avait beaucoup, nous serions fort satisfaits. Mais que représentent-elles par rapport à l’ensemble ? Peu de chose: 15 p. 100, 20 p. 100 peut-être. Tout le reste est formé nue les fibres ligneuses.

Comme les peuples heureux, celles-ci n’ont pas d’histoire. C’est qu’on avait estimé jusqu'ici qu'elles ne pouvaient servir à rien ; en quoi du reste on ne se trompait pas.

Ces fibres ligneuses sont en effet extrêmement courtes, au point d’en être curieuses. Elles ont à peine 1 /2 millimètre en moyenne. Si on considère que 1 millimètre est un minimum pour les fibres utilisables en papeterie. on voit que nous sommes loin de compte.

Les fibres ligneuses de la Passerine sont donc très menues ; leur diamètre est de 0 mm. 015 en ne Le rapport du dia-

rapport du diamètre à la longueur est égal à :

est très mauvais. En 500 — 5 De |

sorte que le pouvoir feutrant est très faible, pratiquement nul. La paroi de la fibre est mince, et par conséquent peu tenace.

mètre à la longueur, qui est de =—

Mais ceci est accessoire, et la brièveté domine tout : cette pâte

Jencic : Bastfasern der Thymeleaceen. Œester. bot. Zeitschr., 1902.

Wiesner : Rohstoffe des Pflanzenreiches ; 2° édition, 1903. Donne.un résumé très complet, avec figures, du travail de Jencic, son élève.

Vogl : Anatomische Studien über Blatt und Achse der einheimischen Daphne-Arten, mit besonderer Berücksichtigung der Bastfasern. 1910. Traite plutôt de la distribution topographique des fibres que de leur structure. -

n’est pas an lacis, ce n’est à proprement parler qu'une pous-

sière de fibres.

En plus des fibres, on trouve dans la cellulose de Passerin les éléments variés que l’on rencontre dans toutes les pâtes de bois.Ce sont des cellules scléreuses, des cellules parenchyma-

teuses et des vaisseaux. Il serait oiseux de les décrire.

En résumé la pâte à papier de tige de Passerine renferme quelques bons éléments, malheureusement trop peu nombreux, noyés dans une masse de fibres sans valeur. Sa ténacité et son pouvoir feutrant sont, au total, franchement mauvais.

Aussi bien de l’étude micrographique que de l'examen du, papier fabriqué il ressort que la Passerine n’est pas susceptible de trouver un emploi pratique en papeterie.

Essais SUR LES DAPHNE

Les trois plus grandes espèces de nos pays sont les Daphne Laureola, Mezereum et Gnidium. Ce sont les seules à considérer, les autres étant beaucoup trop petites pour qu'on puisse envisager une utilisation quelconque.

Elles ont à peu près la même structure, et le produit obtenu est sensiblement identique pour toutes les trois.

La plus intéressante est le Daphne Laureola, arbrisseau

d'environ 1 mètre, à longues tiges peu rameuses, de la gros-

seur du doigt, ou même du pouce. Son écorce est très épaisse. Il est assez commun dans les bois frais et ombragés. En Algérie on ne le trouve que dans la région montagneuse.

Le Daphne Mezereum, ou Bois-gentil, est un peu plus petit. C’est une plante des montagnes, et qui n’est abondante nulle part.

Le Daphne Gnidium, ou Garou, dont l’écorce est employée en médecine comme vésicant, est assez commun dans le Midi de la France et bien plus en Algérie. Il atteint 4 m. 50 et même 2 mètres, mais ses rameaux sont grêles et effilés. En outre il est plus fortement lignifié que les précédents, ce qui rend son lessivage plus difficile et plus coûteux.

En reprenant la question, nous nous sommes occupés seulement de l’espèce la plus convenable, qui est le D. Laureola. Dans cette plante, l'écorce est, soit d’une manière absolue, soit proportionnellement au Los bien plus développée que dans la Passerine. En poids, elle représente à peu près la moitié de l’ensemble. Dans un premier lot d’échantillons, récoltés aux environs de Grenoble, nous avons trouvé que l'écorce formait les 45 p. 100 du poids total ; dans un autre lot, également du Dauphiné, mais provenant d'une autre localité,

nous avons trouvé 51 p. 100.

Fraîchement récoltée, la tige contient 32 p. 100 d’eau.

La teneur en cellulose de la tige entière (non écorcée) est en moyenne de 28 p. 100.

A la rigueur, on pourrait envisager Putiation de la seule écorce. Elle est assez épaisse et s’enlève facilement. La cellulose qu’on peut en retirer (nous avons fait l’expérience sur quelques grammes) est très fibreuse.

Toutefois, le rendement étant faible, pratiquement trop faible, il nous a paru nécessaire, bien que ce ne soit pas aussi indispensable que pour la Passerine, d’y joindre le bois.

Nous avons donc traité la tige non écorcée, sectionnée en

morceaux de 3 à 4 centimètres, et en rejetant seulement les extrémités qui sont vertes et encore molles. ni

Nous avons lessivé à l’autoclave et dans les conditions

suivantes :

MALIbre SPORE Er ME eines ar rer 2-kgr.

Soude, calculée en NaOH, DOD FOSSES 0 kgr. 400 Concentration de la liqueur CARPE Lee , 0 Baumé PrÉSSION MT duree Jar 3 atmosph. — Duréedelreuisson sir meer 10 heures

On voit que le lessivage a été intentionnellement abrégé ; c'était afin d’altérer les fibres le moins possible.

Mais, s’il était suffisant pour les fibres de l’écorce, quisont peu lignifiées, il ne l’était pas pour celles du bois, quilesont davantage. Et on voit là le gros inconvénient qu'il y a ätraiter ensemble deux matières d’une inégale dureté.

Avec cé lessivage peu poussé, le blanchiment devient très

difficile. Effectué dans les mêmes conditions que celui de la

Passerine, il n’a donné qu'une pâte verdâtre et d’un aspect peu satisfaisant.

Evidemment un lessivage plus énergique aurait facilité Paction du chlore et aurait permis d'obtenir un produit final au moins égal, sinon supérieur, au papier de Passerine.

Quoi qu’il en soit, les.papiers de Daphne, écrus ou plus ou moins blanchis, sont notablement plus solides que ceux de

Passerine. La résistance à la déchirure est meilleure; le papier est plus nerveux et a du sonnant. L'aspect pourtant n’en est

pas satisfaisant : 1l est déparé par des taches d’un jaune-verdâtre et par des incuits. À noter également la présence de matières gommeuses, qui le rendent fortement parcheminé.

L'examen microscopique de la pâte montre, mais avec une proportion plus élevée de fibres corticales, la même structure que dans la Passerine.

On peut estimer que les fibres corticales forment ici 25 à 30 p. 100 du poids de la pâte, et les fibres ligneuses le reste. Si les fibres’-corticales ne constituent pas, et il s’en faut de beaucoup, la moitié du poids de la pâte, bien que l'écorce représente la moitié du poids de la tige, c’est parce que le rendement de l’écorce est moindre que celui du bois. Nous ne l'avons pas déterminé exactement pour le Daphne, mais on peut s’en faire une idée par les dosages de Passerine que nous avons rapportés plus haut.

Nous ne décrirons pas la cellulose de Daphne puisqu'elle est semblable à celle de Passerine. Qu'il nous suffise de dire que les fibres du bois y sont tout aussi courtes, tout aussi mauvaises, mais qu’au total la pâte, renfermant davantage de fibres longues, est tout de même plus tenace, Il n’est pas étonnant qu’elle donne un papier plus résistant.

Néanmoins Putilisation du Daphne n'est pas à envisager Le rendement est faible, le traitement difficile, le produit médiocre, En outre le tonnage nécessaire à alimentation d'une usine serait impossible à réaliser, la plante n'étant nulle part très abondante.

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