I. — LES CONDITIONS DE L’ELEVAGE
La grande île de Madagascar, avec ses immenses steppes, sa brousse herbeuse sur collines de terre rouge ou rocailleuses qui couvrent les 9/10 de sa superficie, représente un type de pays à élevage pastoral extensil. L'élevage en pare ou à l’étable est encore l'exception ; il n’est pratiqué que dans les plantations pour l'entretien du bétail de travail.
Régions et pays d'élevage. — Un pays d'élevage est une contrée de prairies naturelles ; il ne dépend que d'elles, il est
d'autant plus rémunérateur, plus prospère que la qualité de ses prairies est plus grande.
Les prairies naturelles de la Grande Ile peuvent se classer de différentes façons, suivant les sols qui les portent ou leur composition botanique. Mais, quelque classification qu'on adopte, le caractère prédominant de la steppe malgache résulte. du petit nombre d'espèces qui la composent, espèces pour la plupart cosmopolites. Mais cetteuniformité, à quoi est-elle due ? Quelle a été la cause originelle et assez persistante pour maintenir, malgré des différences de sol, malgré le temps, ce même caractère à cette formation ? Pourquoi nous semble-t-il, au contraire; voir partout une rareté progressive de l’herbe, une progression encore croissante des terrains nus ? C’est ce que nous explique l’origine de la steppe.
La venue de l’homme dans la Grande Ile a été marquée par une déforestation intense et continue ; la forêt disparaissant a été remplacée par une prairie qui, en séchant chaque année, a provoqué l’extension des incendies ; l’extension des surfaces déboisées a été suivie par l'extension de la zone des herbes et, par suite, par celle des incendies. C’est le feu qui a pérmis à la brousse d'occuper actuellement les 9/10 de l’île ; c’est lui qui maintient cette composition spéciale, si pauvre en espèces. Seules ont résisté au feu les plantes qui sont aptes à supporter sans souffrir la destruction de toutes leurs parties aériennes et qui sont capables de se multiplier sans graines ou, du moins, de vivre et de se reproduire en ne se resemant qu’à de longs intervalles ; les espèces de Ja prairie ont doncété toutes choisies, triées par le feu.
Des observations précises nous permettent d’avancer que :
19 Partout où l'herbe a été péturée ou coupée en fin de saison des pluies, notamment le long des chemins suivis par les troupeaux en transhumance, l'herbe repousse dès le commencement de la saison sèche.
20 Certaines prairies que lesindigènes HAE spécialement, et qui, sans être attribuées individuellement, sont la jouissance collective de villages bien déterminés, ne sont pas brû-
lées ; et un feu mis accidentellement est souvent éteint par les abiants des villages eux-mêmes.
30 Le feu est le seul moyen de régénérer des prairies sans maître et sans usage défini. Tout autre moyen d'amélioration nécessiterait de la part des villageois pasteurs des travaux plus difficiles, spéciaux, exigeant plus de peine. Or, ces travaux, à qui profiteront-ils ? Certainement à ceux qui les auront effectués. Mais rien ne le dit en l’état actuel de notre législation malgache ; et il faut donc commencer, avant tout, par approprier, attribuer les pâturages. C’est une opération préalable, nécessaire à toute tentative d'amélioration de la prairie malgache.
Régions et pays de culture. — Par opposition avec la formation précédente, les régions où se pratique l'élevage intensif sont avant tout des régions de culture, c’est-à-dire celles où
la main-d'œuvre et les frais généraux, pour une surface déter-
minée, sont élevés. Les animaux y sont rarement élevés, mais le plus souvent exploités pour toutes les ressources qu'ils peuvent procurer, engraissement, travail, lait. L’herbe ne pourrait suffire à elle seule comme alimentation; d’où la nécessité de produire des aliments plus riches, plus concentrés, tels que le manioc, le maïs, le pois, arachide, riz, etc.
Les animaux élevés. — On rencontre dans l'ile tous les animaux domestiques, mais c’est le bœuf qui restera encore longtemps l’animal le plus répandu, le plus intéressant, le plus apte à utiliser cette brousse spéciale de la Grande Ile.
Le bœuf malgache est, en réalité, un zébu ; peut-être pourrait-on en faire une espèce particulière, bien que n'étant pas autochtone dans l’île. C’est un animal de formation au-dessous de la moyenne. Il est brachycéphale et possède sur le garrot une bosse plus ou moins volumineuse ; il a des cornes longues, en forme delyre; l’encolure est mince, le fanon très développé; le tronc a des proportions raccourcies ; le train antérieur est ample, le postérieur un peu défectueux, étroit, mais les membres sont fins et lé squelette léger. La robe est fauve plus
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ou moins foncée, souvent ee noire ; la peau est ÉD le poil dur.
Au point de vue obioique. la race malgache, par la petitesse de sa taille, s'éloigne beaucoup de nos races d'Europe. La taille moyenne est, chez la vache, de 1 m. 20, avec variations de 1 m. 111à 1 m. 24 ; ehez le mâle, de 1 m. 24 en moyenne, avec variation jusqu’à 1 m. 93 et plus. Des géniteurs de faible corpulence ne peuvent donner naturellement que des coupés de faible poids.
Etudions maintenant les qualités du bœuf Male at elles résident toutes dans le tronc, et, pour plus de précision, dans lavant-train.
Le train antérieur présente un beau développement; la poitrine est ample et bien descendue entre les membres, les côtes sont bien arquées, les épaules très écartées, le périmètre thoracique suffisamment long, le dos bien horizontal. Les membres
sont parfois courts, ce qui est une qualité absolue, puisque ce.
sont des régions sans valeur commerciale.
Quant aux défauts, étudions-les avec soin,. puisqu'il faut
exactement les connaître si nous voulons les faire disparaître dans l’élevage de l’avenir.
Laissons de côté les défectuosités insignifiantes, telles que le trop grand développement des cornes et la trop grande 1mportance du cou ; indiquons les défauts indéniables.
Les animaux malgaches ont le tronc trop court, la croupe trop développée et parfois les membres trop peu longs.
Un bœuf de boucherie doit avoir le tronc aussi long que possible, la croupe très longue et large; les membres doivent être réduits au strict minimum. Les chiffres qui vont suivre montreront que ces caractères, ne se rencontrant pas sur les deux géniteurs, ne sauraient être réalisés sur les coupés.
La longueur du tronc, mesurée par la distance qui sépare
la pointe de l’épaule de la pointe de la fesse, mesure 1 m. 25. à 1 m. 63 chez le taureau, avec une moyenne de 1 m. 45, et
chez la vache de 1 m. 23 à 1 m. 48, avec une moyenne de 1 m. 34, soit dans les deux sexes 1,12 à 1,13 p. 100 de la taille. Mais le défaut capital réside dans le défaut de développe-
ment de la croupe. Cette dernière’est trop courte, trop étroite ; le sacrum est trop surélevé, ce qui donne une croupe tranchante ; les cuisses sont trop rapprochées et trop peu musclées,
Aucune race d'Europe n’a la croupe aussi courte que les représentants de la race malgache.
. Taille Longueur
moyenne de la croupe
Vache malgache.............. 1 m. 20 0 m. 44% 2%, Tarentaise -:::........ 1 m. 95 0 m. 53 nca EU 1 E 11 PE NOR EETEER 1 m. 96 0 m. 67
Quant à la largeur de la croupe, disons que cette dernière atteint en moyenne 86 p. 100 de la longueur chez le mâle et 91 p. 100 chez la vache.
Vache malgache PRE = ,0E.
longueur C
Vache Tarentaise — — 0,94.
Vache Durham — — 0,98.
et pour certaines vaches, de 100 à 110 p. 100.
En conclusion, les reproducteurs malgaches ne possédant ni tronc allongé, ni croupe longue £t large, les bœufs qui en résultent ne sauraient être pourvus de ces qualités. Or la viande de première qualité est presque entièrement située au niveau de la croupe, au dos et aux reins. Les animaux malgaches en possèdent donc moins que les races d'Europe et c’est là leur grande défaut.
Au point de vue physique, les animaux malgaches pos-
sèdent des propriétés indéniables et absolument remarquables.
Leur facilité à l’engraissement est étonnante, ainsi que leur résistance aux intempéries et à la sécheresse. C’est un fait qu'il est inutile d'exposer, car tout le monde a vu le troupeau résister aux tempêtes de la saison des pluies, et on sait que, pendant les deux derniers mois de sécheresse, ils se maintiennent en état pourvu qu'ils aient à leur disposition l'eau courante en abondance, les chaumes desséchés des hautes graminées et quelques très rares pâturages verdoyants. La résistance de la race malgache compense largement les défectuosités morphologiques, défectuosités amendables du reste.
Pour augmenter la production laitière, des croisements ont été tentés avec des animaux d'Europe; ils ont donné un bétail sans bosse. Ces animaux se rencontrent aux environs de Tananarive et des villes du Centre.
Les pores sont très nombreux sur les Hauts-Plateaux, principalement dans les régions où le climat et le sol permettent la culture de la pomme de terre.
Le mouton de Madagascar appartient au type «à grosse queue » que l’on rencontre en Asie et en Afrique. Ces animaux n’ont pas de laine et sont recouverts d’un poil plus ou moins long. RS:
Les croisements continus, effectués à Tuléar, entre des brebis du pays et des béliers mérinos, ont montré que l’amélioration er la transformation de la race est rapide et peut s’effectuer dans de bonnes conditions.
Les conditions climatériques du Sud de l’île, Pabsence ou la douceur de l'hiver, la rareté des pluies sont favorables à l’élevage du mouton.
Il existe également un élevage du cheval, principalement sur les Hauts-Plateaux. Il est le résultat de l’action du Service Vétérinaire. Elle a permis de développer, dansles environs des principales villes du Centre, quelques milliers de chevaux qui sont employés pour le transport des hommes. Nous ne dirons rien de cet élevage, pas plus que de celui de lautruche ; 1l°. s’agit d'espèces importées, dont l’acclimatement est encore à faire, et dont la réussite est sous la dépendance immédiate de l’intensivité des cultures qu’on peut entreprendre.
C’est l'élevage du bœuf qui est, et restera pendant longtemps encore, la base de la richesse de l’île de Madagascar.
IT. — Mise EN VALEUR DES /PATURAGES ET DES STEPPES
PAR LES BŒurs
Les procédés de l'élevage indigène. — Décrire les procédés, les méthodes du pasteur indigène, ses habitudes, ses croyances, est chose difficile ; fort peu s’y sont essayés. Il est certain que
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les troupeaux paraissent venir à l'abandon, avec le minimum
de soins ; cependant certaines croyances, certaines coutumes, que l’indigène respecte et suit sans les comprendre peut-être, sont favorables au bon entretien du troupeau. D’une façon sénérale, la constitution d’un troupeau est pour le Malgache un moyen de placer son argent. Le principal du bénéfice, c’est à-dire le croît du troupeau, est consommé dansles réjouissances et les fêtes de famille. |
Comment les troupeaux sont-ils appropriés ? Comment s'effectue leur gardiennage ? Quel est exactement le croît des troupeaux chez les indigènes ? Nous sommes peu renseignés sur ces questions D'une façon générale, on s’accorde à reconnaître que le rendement d’un troupeau est peu élevé ; cela tient principalement aux pertes éprouvées pendant le jeune âge des animaux et au manque de précocité.
Diverses évaluations sont d'accord pour arrêter à 7.000.000 le nombre de têtes de bœufs, donnant un effect annuel dispomible de 420.000 têtes, dont 300.000 seraient consommées par la population de Pile.
Le disponible de 120.000 têtes est actuellement utilisé par 5 usines qui fabriquent des conserves et préparent des viandes frigorifiées.
Ce disponible augmentera avec l'accroissement du troupeau. On admet que cet accroissement peut atteindre le 3 p. 100 de l'effectif total ; il serait donc possible d'utiliser pour les besoins de la Métropole 200,000 têtes par an.
Les usines d'utilisation du bétail sont réparties en différents points de l’île. Deux sont à Diégo, à l’Extrème-Nord de l'ile, une près de Majunga, à l'embouchure du grand fleuve, la Betsiboka, une à Tamatave, une près de Tananarive, une à Antsirabé.
Le nombre des bœufs abattus par les usines, qui était de 14.800 en 1911, a passé à 109.691 en 1916 et a été de 140,000 en 1917.
L'état sanitaire du troupeau est, en général assez bon. On n’a pas à lutter contre les grandes épidémies qui ont dévasté notamment les troupeaux du Sud Africain. La tuberculose est fréquente dans les troupeaux du Sud de l'ile ; elle y sévit à
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l’état endémique. Le charbon bactéridien cause plus de pertes. On y remédie par la vaccination anticharboneuse avec le
sérum Chauveau, qui a donné dans ces dernières années de très
bons résultats.
Nous pouvons essayer de définir par quelques chiffres les résultats obtenus par l'élevage indigène. Ils constituent une sorte de point de comparaison qui nous fera mieux comprendre ce que nous devons éviter et le mieux auquel nous pouvons arriver par des méthodes. plus raisonnées. Les dénombrements que nous rapportons ont été effectués par le vétérinaire Rouquette ; ils ont porté sur 41 villages, dont 14 possédaient des troupeaux de 50 à 100 bœufs, 14 de 100 à 200, 9 de 100 à 300, 4 de 300 à 400.
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