CHAPITRE CINQUIÈME
Les indications précises de M. Perrier nous ont permis d'établir assez exactement la répartition géographique des Chlænacées ; nous allons l'indiquer dans ce Chapitre, qui comprendra aussi quelques indications sur l'adaptation à la nature du sol, l’utilisation et les noms vernaculaires des Chlænacées.
[. — Répartition géographique
Les Chlænacées, plantes très autochtones, sont toutes originaires de Madagascar. Leur répartition dans File n'a jamais élé donnée, faute, sans aucun doute, d’avoir trouvé dans les herbiers des indications suffisantes sur l'habitat de chaque représentant de la famille.
C'est ainsi que Baron ‘ a simplement écrit que la majorité de ces plantes pousse dans l'Est du pays, ce qui est exact, du moins en partie. Cependant les très nombreuses espèces signalées par M. Perrier dans d'autres régions de notre colonie doivent nous rendre très réservés sur létablissement définitif de la carte des Chlænacées. Il ne saurait même être question de la tracer, car rien ne nous assure que le Sud-Ouest (avec seulement 2 espèces actuellement) ne nous offrira pas un jour des types nouveaux ou des représentants des genres connus. Ces réserves failes, nous pouvons cependant donner un certain nombre d'indications sénérales .
Le genre Sarcochlæna est répandu aussi bien dans la partie la plus septentrionale de File qu'au Nord-Ouest ou
1. Journal L. L. S. XXV, p. 254. ‘‘ The Flora of Madagasear ”
au Nord-Est. Il descend même assez bas sur la côte orientale el fut rencontré vers le Sud par Baron et d’ailleurs aussi, plus récemment, par M. Perrier lui-même.
Le genre Xerochlamys a des représentants nombreux, surtout au Centre et vers l'Est. Il y a cependant une espèce qui est du Sud-Est et deux qui ont été récoltées dans le Sud-Ouest.
Quant au genre Schizochlæna, quatre de ses spécimens sont septentrionaux, deux autres poussent au Sud-Est.
Le genre Rhodochlæna est plutôt du Centre et du Nord, tandis que le genre Æremochlæna est oriental et que les 2 types de Xylochlæna sont, l'un du Nord-Ouest, l’autre du
Nord-Est.
RÉPARTITION pes CHLÆNACÉES a MADAGASCAR
Nord-Ouest Nord Sarc. grandiflora Sarc. codonochlamys — codonochlamys | Schiz. cauliflora Xer. acuminala Rhod. altivola Lept. cuspidata Rhod. Humblotiana Schiz. viscosa Xyl. Richardi Rhod. parviflora Lept. multiflora Xyl. Richardi Centre Ouest Sarc.. oblongifolia Xer. pilosa Xer. Bojeriana Xer. acuminala — diospyroidea Lept. multiflora — pubescens Lepl. pauciflora — elliptica — acuminala Sud-Ouest Lept. pauciflora Xer. Grandidieri — lurbinala Xer. diospyroidea | Rhod. acutifolia Rhod. Bakeriana sud | Rhod. Bakeriana N.-B. — Les espèces en italique sont celles qui
sont signalées dans plusieurs régions.
Les Chlænacces fleurissent générale-
ment de Mai à Décembre, mais il y a des
espèces qui fleurissent plus tard (Janvier),
notamment dans la région orientale de
LE l'île.
Nord-Est
Sarc. grandiflora Xer. pilosa arenaria
rupestris
tampoketsensis
Lept. Bernieri -— turbinata Schiz. elongata — laurina Rhod. Humblotiana Erem. Humblotiana Xyky . Pétrier:
Est Sarc. mulliflora -— grandiflora er Grandidieri — acuminala Lept. multiflora — pauciflora — turbinala Rhod. Bakeriana Sud-Est Sarc. eriophora Xer. villosa Lept. parviflora — rubella Schiz. elongata
exinvolucrata
EÉrem. rotundifolia
IT — Adaptation à la nature du sol et à la latitude
Comme l'indique le tableau ci-contre, les Chlænacées sont presque aussi nombreuses dans le Nord et le Centre, c'està-dire dans la zone des hauts plateaux secs et frais, que sur la côte Est, basse humide et tropicale.
Mais il convient de signaler, d'après les notes de M. Perrier, que les massifs gréseux sont particulièrement riches en Chlænacées.
Les bois secs, à grès liasiques, au-dessous de 500 mètres dans les vallées, sont fréquemment peuplés de Sarcochlæna, de Xerochlamys et de Leptochlæna. Vers la côte, ces mêmes bois secs abritent encore des Rhodochlæna, tandis que certains Xerochlamys secs, comme Xer. arenaria et Grandidieri, poussent de préférence sur des coîlines sablonneuses.
Les monts quartzeux et gréseux (1400 mètres et auédessus) sont surtout couverts de certains Xerochlamys (elliptica, villosa), tandis que d'autres ({ampoketsensis, Bojeriana, pilosa) préfèrent les cimes gneissiques ou les rochers granitiques de la côte orientale ; c'est aussi le cas de X. rupestris.
Dans les dunes orientales, on rencontre des Sarcochlæna, Schizochlæna et Eremochlæna.
Les forêts du Centre sont riches aussi en Chlænacées ; on y rencontre surtout des Rhodochlæna. Vers le Sud-Est, en terrains bas et marécageux, on récolte des Leptochlæna.
En somme, l'aire de dispersion de la famille malgache est très étendue. I ya des adaptations multiples, sans qu'on puisse véritablement en noter de particulière à telle région et à telle espèce. La nature du sol paraît donc n'influer que très peu sur les conditions biologiques des Chlænacées .
[IT — Utilisation des GChlænacées
Les plantes de cette famille paraissent surtout ornementales. On ne sait que fort peu de chose de leur utilisation.
Cependant Baillon', après Dupetit Thouars, a indiqué que l'involucre du Sarcochlæna grandiflora a le goût des nèfles et qu'il serait mangé par les naturels du pays.
D'après Bernier, le Sarcochlæna multiflora est un arbuste aromatique dont on mâche les feuilles comme remède des odontalgies.
Baron”, indiquant l'époque de floraison de certaines espèces, donne aussi quelques renseignements. D'après le botaniste anglais, en effet, le Leptochlæna pauciflora est un arbre à bois dur qu'on utilise pour la construction des maisons. À une certaine époque de l’année, il tombe, parait-il, de cet arbre, de l'eau à jet continu. Et cette chute est provoquée par des insectes hémiptères qu'on rencontre en grand nombre sur ces rameaux.
Le Rhodochlæna Bakeriana est un assez grand arbre dont le bois est aussi emplové pour la construction; en outre, ses fruits seraient comestibles.
Le Xerochlamys pilosa serait utilisé dans la fabrication du rhum dans l'ile. Il passerait pour provoquer des vomissements de sang quand on lemploierait sans précautions, d'après Baron.
Le Xerochlamys Grandidieri porte en abondance des Gascardia à laque, d'après M. Perrier.