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CHAPITRE XII

La région occidentale.

Cette région est scindée en deux territoires très inégaux, l'un au Nord, très petit, l’autre, très vaste, au sud de la région du Sambirano. Son climat est caractérisé par deux saisons très tranchées : S mois d’orages et de fortes chaleurs, 7 mois de sécheresse intense. Sa végétation varie peu du Nord au Sud, beaucoup, au contraire, de l’Est à l’Ouest, par suite de la constitution géologique de ce versant. Des G Formations que nous distinguons, 3 recouvrent des zones géologiques déterminées. Les trois autres constituent plutôt des ilôts disséminés sur toute la région.

La région Ouest comprend donc un petit territoire isolé dans l’extrémité de Plie, et d’immenses surfaces entre Maromandia et Fort-Dauphin. Le petit territoire du Nord, qui entoure le massif d’Ambre que nous avons rattaché à la dore du Centre, est limité aux bassins de la Manankolala et de la Loky, aux environs de Diego-Suarez, et aux bassins inférieurs de la Mahavavy et de l’Ifasy1. La seconde partie, infiniment

1. Ce rattachement de l’Extrême Nord de l’Ile à la région Ouest surprendra peut-être. Nous avons, en effet, été très surpris de retrouver au nord de Vohémar, par exemple, avec une végétation identique, en tant que faciès, à celle de l’Ouest, les espèces suivantes caractéristiques de la région occidentale: Hyphaene Ilildebrandtii, Chrysalidocarpus oleraccus, Tamarindus indica, Ophiocaulon fîringalavense, Adenia olaboensis, Landolpliia Perrieri, Cxjnanchum Messeri, Sarcostemma virninale Prosopostelma graridi/lorum, Euphorhia Laro, Adansonia madagascariensis, Sclerocarya Cafjfra, Stereospermum euphorioides etc. Ce petit territoire n’est d’ailleurs isolé du reste de la flore occidentale que depuis l’affaissement récent (Voir : Lemoine , Etudes géologujues sur le Nord de Madagascar, p. 334), qui a modifié les côtes dans le Nord- Ouest de Elle. Avant ce mouvement positif, il devait exister à l’ouest et au nord de la région du Sambirano des terres basses, recouvertes de végétation à feuilles caduques, qui reliaient l’Extrême Nord au reste de l’Ouest.

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plus vaste, comprend tous les versants Ouest et Sud, sauf la région méridionale, telle que nous venons de la délimiter.

Cette vaste région jouit d'un climat très uniforme, bien qu’elle s’étende sur plus de 13 degrés de latitude. En voici les principales caractéristiques observées sur trois points différents de la côte : Diégo, Majunga et Morondava.

Comme on le voit par ce tableau, les pluies seules diminuent légèrement en descendant vers le Sud. Mais ces données ont toutes été recueillies sur des points de la côte et nous avons tout lieu de penser, sans pouvoir malheureusement nous appuyer sur des observations sûres, que la température et la quantité d’eau doivent augmenter un peu, sous une même latitude, de la côte vers l'intérieur des terres. Il est tout au moins certain que sur la côte, jusqu’à Betroka, point situé dans le bassin de l’Onilaby, elles atteignent encore 614 mm. en saison des pluies et 63 mm. en saison sèche.

Dans le tableau ci-joint, nous avons compris, comme mois de saison sèche, les mois de mai à novembre, mais il serait infiniment plus juste, en ne considérant que le point de vue climat, de dire que la saison des pluies commence en novembre pour se terminer à la fin mars, et que la saison sèche dure pendant les sept autres mois. Au point de vue strictement phénologique, au contraire, la saison de repos de la A^égétation ne dure que 5 mois, de mai à octobre. Quoi qu'il en soit, la division en deux saisons est partout très nette.

Dès que les vents du Sud-Est ont cessé, avant toute pluie, au commencement d octobre, et parfois même dès la fin de septembre, quelques arbres ou arbustes ( Ad&nsonia , Pachypodium, Chadsia, Dalbcrgia , etc.), encore privés de feuilles, se couvrent de fleurs. Ces fleurs nouent, se transforment en fruits, et c'est seulement à la fin d'octobre ou au commencement de novembre, avec les premiers orages, qu’apparaissent les feuilles de ces espèces précoces, en même temps que celles des autres espèces à feuilles caduques. Dès ces premières pluies, les bois se couvrent, comme par enchantement, de fleurs et de feuilles nouvelles. Rien n’est soudain, merveilleusement rapide, comme ce réveil de la végétation ; et la grande majorité des espèces de l'Ouest fleurissent à cette époque.

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Cptte floraison se continue pendant le cours de décembre, date de l'apparition des fleurs chez les quelques espèces à feuilles persistantes. Pendant les grandes pluies de janvier, février et mars, peu d'espèces au contraire fleurissent, mais beaucoup fructifient ou mûrissent leurs fruits, et tout l'effort de la végétation se porte en ce moment sur les rameaux et les feuilles. Les bois, avec les feuilles larges, molles et d'un vert clair des arbres de la futaie, prennent alors un aspect tout nouveau dans la flore malgache.

Après les grandes pluies de l’hivernage, quelques espèces entrent à leur tour en floraison. Ce sont surtout des plantes à inflorescence terminale, dont la fleur représente l'apogée de la période végétative. Cette absence de fleurs pendant les grandes pluies est ici plus nette encore que dans le Centre ; et toutes les fleurs de l’Ouest, aussi bien celles des espèces vernales que celles des espèces tardives, n éclosent que le matin ou pendant la nuit et sont très généralement fanées dès les grandes chaleurs du milieu du jour. Cette fugacité des fleurs résulte évidemment, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire, d'une adaptation remarquable au climat de l'Ouest, car les fortes chaleurs et les orages de l’après-midi rendraient impossibles leur an thèse et leur fécondation. Les insectes aériens qui fécondent si souvent les fleurs ont d'ailleurs despériodes d’apparition ou de repos absolument concordantes. Ils abondent au printemps, manquent pendant les grandes pluies, réapparaissent après elles, bourdonnent intensément jusqu'à midi, et dorment ou restent cachés pendant les grandes chaleurs ou les orages du soir.

Dès avril, quelques feuilles commencent à tomber. Cette chute des feuilles s'accentue en mai, et s’échelonne ensuite, suivant les espèces, pendant tout le cours des mois secs. Rien d'ailleurs n'est irrégulier comme la caducité des feuilles chez les espèces de l'Ouest. Non seulement chaque espèce se dépouille à une date différente, mais encore les individus d'une même espèce conservent ou perdent leurs feuilles à des moments très variables, pour des causes diverses : âge de l’individu, rapidité plus ou moins grande de sa croissance, milieu,

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lül

etc., qu'il n'est pas toujours facile de déterminer. Certaines espèces ne restent feuillées que pendant un temps très court, 4 mois à peine. Ce sont celles dont les fleurs apparaissent avant les feuilles, à la fin de la saison sèche. D'autres, au contraire, celles que nous appelons « à feuilles tardivement caduques » ne les perdent qu'à l’apparition des feuilles nouvelles et portent souvent les deux feuillages sur des rameaux

Le manguier dans la région Ouest. Hauteur totale, ls m. ; diamètre, 1 m. 70.

Pied adulte. Majunga.

différents d’un même pied. Entre les types à feuilles très fugaces et ceux à feuilles persistantes dont on voit encore quelques exemples dans l’Ouest il y a d'ailleurs tous les intermédiaires possibles.

Pendant les mois de mai, juin, juillet août, septembre, toutes les tiges herhacées se dessèchent, et les bois prennent peu a peu l'aspect de nos bois d’Europe en hiver. Le repos de la végétation est alors absolu, mais beaucoup d espècesont des formes de repos toutes particulières. Ainsi, certaines plantes (. Kalan choe, Plectranthus, etc.) perdent les feuilles grandes et

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membraneuses qu'elles portaient pendant la saison des pluies et les remplacent par des feuilles crassulantes et plus petites. D'autres, des arbres ou des arbustes à feuilles caduques ( Syn chodendron Perrieri Baill., Vernonia Merana Bak. , etc.) se couvrent, à la fin d'avril, de boutons floraux prêts à s’épanouir, mais qui restent néanmoins ainsi jusqu'à la fin de la saison sèche. Chez quelques espèces, généralement des lianes à feuilles persistantes ou caduques [Landolphia, Marsdenia , Secamone , etc.), les fruits déjà formés en avril passent, sans s’accroître, les mois de sécheresse et ne mûrissent qu’à l’approche de la saison des pluies1.

Ces fruits et ces boutons floraux presque stationnaires pendant toute la saison sèche, ces feuilles irrégulièrement caduques semblent indiquer quelque perturbation récente dans les conditions de milieu. On dirait que la végétation de l'Ouest est comme en voie de s'adapter à un climat plus sec, qui ne le serait devenu qu'à la suite de causes fortuites et récentes. D’autres faits semblent confirmer cette manière de voir. Souvent, en effet, après quelques légères pluies, des arbres et des arbustes, surtout ceux situés à la lisière des bois, entrent prématurément en végétation et se couvrent de fleurs. Puis les vents du Sud-Est se remettent à souffler, la sécheresse redevient plus intense, et les jeunes feuilles et les fleurs tombent et se dessèchent, tant et si bien que ces plantes ont perdu la faculté de se reproduire. Ces sécheresses printanières,

1. Les plantes cultivées supportent mal ce climat. Cependant, quelques espèces tropicales peuvent y prospérer dans les endroits irrigués. Le manioc seul, parmi les plantes vivaces, peut en supporter sans souffrir la sécheresse intense. Voici néanmoins quelques remarques sur les phases delà végétation de quelques plantes cultivées, pour faire mieux comprendre combien dilfère le climat occidental de ceux des autres régions. Le manguier, qui croît et fructifie mieux dans l'Ouest que dans n’importe quelle autre partie de l’Ile, fleurit en août-septembre et fructifie en novembre-décembre. La vigne peut donner deux récoltes, une en mai, l’autre en janvier. Elle se repose 3 à 4 mois. Le riz, dont les deux récoltes, dans le Centre et dans l'Est, ont lieu en février et en avril-mai, est récolté, dans l'Ouest, en mars-avril et en octobre-novembre.

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dont les eil'ets sont tout à fait comparables à ceux des gelées que nous avons observées dans le Centre, comme les faits relatés ci-dessus, ne sont pour nous que des conséquences de modilications du climat occidental, que le déboisement de l’Est et du Centre aurait rendu plus sec. L’alizé, dont l'action rend actuellement si intense la sécheresse de ce climat, devait en effet, jadis, lorsque ces régions n'étaient pas déboisées, arriver plus humide sur le versant occidental et en tempérer la sécheresse au lieu de l’exagérer.

Les racines de presque toutes les espèces de la région occidentale pénètrent beaucoup plus profondément dans le sol que celles de la flore à feuilles persistantes. Les plantes à racines pivotantes ou tuberculeuses abondent dans toutes les Formations, sauf dans les marécages où les racines sont traçantes. Ceci prouve bien que la disposition des racines est plus une conséquence de l’humidité plus ou moins grande du stat ou du climat que de la nature du sol, qui peut être ici, comme dans l Est et le Centre, de la latérite très compacte.

Comme on sait, le versant occidental de Madagascar est constitué par des terrains sédimentaires s'étageant du trias inférieur à l'éocène et reposant surdes terrains métamorphiques. Sur cet ensemble s’est déversé un déluge de laves basaltiques, provenant soit de cimes volcaniques bien définies, soit plus souvent de fissures parallèles ou subparallèles à la côte Ces terrains sédimentaires se divisent en trois régions géologiques : la première, la région de l'Ouest, très vaste, s'étend du cap Sainte-Marie au cap Saint-André ; la deuxième, celle du Xord- Ouest, moins grande, du Cap Saint-André à la presqu ile d' Ampasimena ; et la troisième, celle du Nord , très limitée, de cette presqu ile à l’embouchure de la Manankolala. Ces trois régions paraissent avoir eu chacune une histoire géologique distincte depuis le trias. Aussi, abstraction faite de la région du Sambirano qu elles englobent, n'est-il pas surprenant de trouver entre elles quelques différences dans la végétation qui les couvre, mais ces différences sont minimes. Cinq à six espèces au plus sont spéciales à chaque région ; et, comme la nature des sols et leur succession de la côte vers

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