VII. — Faciès ue dénudation et Produits forestiers
La végétation autochtone, dans l'Ouest, a été détruite uniquement par les feux de prairie, c’est-à-dire par attaques répétées des lisières. Plus la prairie est épaisse, plus les feux sont violents et destructeurs. Zones fertiles dénudées, sols stériles ayant mieux conservé leur végétation arborescente, telle est, par suite, une des caractéristiques les plus constantes de la région occidentale. Tant que les feux y séviront, aucune reconstitution de la forêt n'v sera possible. Les produits forestiers étaient surtout du caoutchouc, de la cire, du raphia et de l’ébène.
Dans l’Ouest, la Forêt n’est pas détruite comme dans le Centre, par centaines d hectares à la fois. Elle brûle plus lentement, parcelle par parcelle, attaquée sur les lisières par les feux de prairie, que rendent plus violents à la fois les vents du Sud Est et l’accumulation des herbes sèches, tou jours plus grande aux abords des bois, surtout lorsque ces bois ont été déjà entamés par un incendie antérieur h
L intensité des feux, qui détermine la destruction plus ou moins rapide et plus ou moins totale du bois, est donc d’autant plus grande que la prairie est plus épaisse et les vents plus violents. En conséquence, si ce sont bien les feux qu1 ont anéanti la llore autochtone dans l’Ouest, ses restes doivent manquer absolument dans les endroits fertiles, où la prairie
1. La prairie est, en efTet, plus dense sur la lisière des bois brûlés, par suite des cendres et des restes d’humus qui en fertilisent le sol. Aussi une forêt brùle-t-elle d’autant mieux qu’elle a été plus profondément attaquée lors de l'incendie précédent, et cette progression se maintient constante jusqu’à l'anéantissement total du massif.
LA VÉGÉTATION MALGACHE
est plus dense, et ne subsister plus ou moins que dans les endroits stériles ou à l’abri des vents.
Et il en est bien ainsi. Sur les grandes plaines fertiles balayées par les vents, on ne voit qu'une prairie d'Anclropot /on , où toutes les plantes ligneuses manquent absolument; sur les plateaux et les plaines plus stériles, où la prairie est moins dense, apparaissent des Medemia, seule plante ligneuse
Prairie dans l’Ouest. Les pentes, où les feux sont plus violents, sont privées de toute végétation arborescente. Dans les parties plates (au premier plan) sont encore quelques Sclerocarya CafJ’ra et Hyphaene Shatan.
capable de résister aux feux encore très violents de cette localité ; sur les collines plus arides, où les Graminées sont plus espacées, ce sont de fausses savanes à Hyphaene , à Scleroearya, à Acridoearpus, accompagnées d’autres espèces ligneuses, d’autant plus abondantes que le sol plus sec est inapte à nourrir des Graminées. Enfin, les cours d’eau sont jalonnés de grands arbres grillés par les feux, du côté de la prairie, mais protégés ailleurs par les berges et la rivière. Les bois sont localisés dans les replis de terrain ou à l’abri des rocailles, et
LA RÉGION OCCIDENTALE
les massifs forestiers quelque peu étendus n’existent que sur les sols où le feu, poussé par le vent et propagé parla prairie, n'a pu accomplir son œuvre de destruction.
Plaines fertiles dénudées, plateaux et collines plus stériles, avec quelques vestiges de plantes arborescentes, ligne d’arbres au bord des rivières, bois et forêts localisés à l'abri des vents ou sur les sols trop secs pour nourrir une prairie dense, telles
Le feu dans un bois des plateaux calcaires. Au premier plan, la prairie brûlée qui a amorcé l’incendie (Ouest).
sont les caractéristiques du faciès de dénudation dans la région occidentale. La densité de la prairie est surtout la cause dominante de la destruction des bois. Aussi n’en existe-t-il presque plus sur les terrains cristallins et sur les terrains calcaires, où ils n'ont persisté qu'à l’abri des rocailles ou dans les ravins, et sur les sols alluvionnaires où les indigènes ont achevé de les détruire en y pratiquant des tavy. La flore autochtone a persisté davantage, au contraire, sur les sols arénacés que la prairie recouvre difficilement ; et tous les massifs forestiers un peu importants de l'Ouest sont localisés sur
LA VÉGÉTATION MALGACHE
ces terrains1. Quant au bush à xérophvtes, bien protégé par des rocailles ou la sécheresse du stat, il résiste parfaitement au feu et à la prairie.
C’est au mode plus lent de la destruction des bois, à leur incombustibilité relative, aux racines pivotantes et profondes de la plupart des essences forestières, à leur aptitude à mieux résister à la radiation et à la sécheresse, accrues par la dénudation, que sont dus la persistance de quelques arbres dans la prairie occidentale et l'aspect de savanes de quelques-unes de ces parties. Ces savanes à Medemia , à Sclerocarya , à Hyphaene , à Acridocarpus ne sont donc pas des Formations naturelles, mais de simples conséquences de l'action des feux. Dans la savane à Medemia nobilis , où la prairie est encore très dense, nulle plante ligneuse autre que ce Palmier, dont les qualités de résistance aux flammes sont extraordinaires 2, ne pourrait subsister. Il s’y multiplie néanmoins avec une grande abondance, malgré les feux et les suites de la dénudation. Il en est de même de Sclerocarya Ca/fra, d ' Hyphaene Shatan et d’ Acridocarpus excelsus , qui ne croissent d’ailleurs que dans les stats plus secs, à prairie plus claire, à feux non fatalement annuels. Ces quatre plantes sont les analogues, dans la Prairie occidentale, de certaines espèces du Savoka de l'Est. La dénudation, au lieu de nuire, leur a permis, au contraire, de se multiplier énormément dans certaines conditions déterminées, grâce à la suppression des espèces concurrentes.
1. Sur ces sols, dont ln prairie ne peut s’emparer, l’emplacement des tavy se recouvre de broussailles assez hétérogènes que l’on pourrait confondre avec une Formation native de buissons. Les changements moins grands dans les conditions de milieu causées par l’incendie et la profondeur des racines expliquent la persistance, dans ces sortes de Savoka, d'un grand nombre d’espèces, dont la plupart ne sont représentées que par des rejets des anciennes souches. La disparition des gros troncs, celle d'un grand nombre d’espèces natives et la présence de plantes importées permettent facilement de reconnaître ces sortes de broussailles.
2. La couronne de larges feuilles de ce Palmier végète souvent au sommet d’un stipe dont la base est aux 3 4 rongée par les ilammes.
LA REGION OCCIDENTALE
Il n'en est pas de même des autres espèces ligneuses, que I on trouve encore avec assez d’abondance dans les parties les plus sèches et les plus stériles de la Prairie de l’Ouest. Celles-ci ne sont manifestement que des restes des anciens bois détruits ; elles ont résisté grâce à leurs racines pivotantes et profondes, mais elles sont destinées à disparaître bientôt, puisqu'elles ne se reproduisent plus dans les nou-
Prairie sur sol arénacé pauvre, avec pieds isolés d' Ery trophleum Courninya , dont les branches inférieures ont été tuées par les flammes.
velles conditions. Ce ne sont d’ailleurs le plus souvent que des rejets d anciennes souches carbonisées, auxquelles les feux répétés ont donné des formes toutes particulières et caractéristiques *.
Nous avons dit plus haut que la prairie était toujours plus dense sur les lisières des bois, et que cette circonstance en
1. Ces souches, au-dessus du collet, s’étalent en larges plateaux diversement lobés, carbonisés au centre, et ne s'accroissent que sous le sol et sur les bords, qui s'éloignent déplus en plus de la racine centrale et pivotante. Les bords de ces souches, seuls, portent des rejets.