CHAPITRE XIV
Résumé et conclusions
Parvenu au terme de notre longue course à travers la végétation malgache, nous pouvons maintenant jeter un coup d’œil d'ensemble sur les caractères physiques de l'Ile, sur la flore qui recouvrait cette Ile lorsque 1 espèce humaine y étaitencore inconnue et sur les perturbations profondes, tant physiques que biologiques, que l'homme y a déterminées.
Comme on le sait, 111e malgache est orientée Nord-Est Sud-Ouest. Elle est traversée, dans le sens de la longueur, par un massif montagneux qui la divise en deux versants, le versant Est, taillé en falaises successives, de direction parallèle à celle de Pile comme à celle du rivage, et le versant Ouest, qui s’étale, au contraire, en larges plateaux, légèrement inclinés vers le canal de Mozambique. Le massif montagneux médian occupe environ lé tiers de la surface totale. Il atteint 2.800 mètres à son point culminant, mais son altitude moyenne est d’un millier de mètres, et toutes les autres parties de Pile sont situées à des altitudes beaucoup plus basses.
Toute l’ossature médiane, presque tout le versant oriental et une grande partie du versant occidental sont constitués par des terrains métamorphiques. Sur presque tout le pourtour de ce massif cristallin, on trouve des terrains sédimentaires ; sur le versant Est, ce sont des dépôts crétacés, disposés en lambeaux rectilinéaires de même direction que la côte ; et sur le versant Ouest, les sédiments s’étagent du trias à Péocène. Ces dépôts ne manquent que dans le Sud, où les terrains métamorphiques ne sont séparés delà mer que par des formations toutes récentes. Sur cet ensemble de terrains sédimentaires et métamorphiques, on remarque, en outre, des épanchements plus ou moins vastes de roches éruptives d’âges divers.
LA VÉGÉTATION MALGACHE
La gerçôse géologique de 1" 1 le peut se résumer d'un trait. Elle dépend étroitement de l’histoire du géosynclinal de Mozambique, géosynclinal qui diffère des autres géosynclinaux connus par la lenteur de son évolution, qui a duré pendant des périodes géologiques et qui se continue vraisemblablement encore de nos jours. Madagascar n'est, en somme, qu’un reste d’un massif plissé, d'âge probablement hercynien, effondré et soumis ensuite à des mouvements positifs et négatifs, à des transgressions et à des régressions successives, qui en ont tour à tour augmenté ou diminué l'étendue. La mer semble avoir isolé l’Ile du reste du monde, au Nord, à l’Est et à l'Ouest, dès la fin du crétacé, mais rien ne prouve qu'il en ait été ainsi du côté du Sud. Tous les terrains sédimentaires s’évanouissent en effet successivement vers le Sud, et Madagascar, dans cette direction, était probablement, tout récemment encore, beaucoup plus étendu qu il ne l'est de nos jours.
L’ensemble physique que nous venons de décrire est soumis à deux régimes de vents très différents. D'avril à octobre, c’est le régime des alizés : pendant cette saison, les vents du Sud-Est, dont la direction est perpendiculaire à la direction générale de Elle, la balayent de l'Est à l’Ouest, se débarrassent de leur humidité sur le versant oriental et les montagnes du Centre et arrivent totalement desséchés sur le versant occidental. D'octobre à avril, c’est le régime des moussons. Les vents soufflent, au contraire, de l'Ouest ou du Nord et amènent des orages sur la surface entière de Elle, sauf sur l’Extrême- Sud, où la saison des moussons et celle des alizés sont presque également dépourvues d’eau. Ces vents subissent d’ailleurs de nombreuses déviations locales, la quantité des pluies qu'ils provoquent est excessivement variable, et. entre la région du Sud, où il ne pleut presque jamais, et celle de l’Est, où il pleut presque toujours, on trouve tous les intermédiaires possibles.
De ce régime des vents, de l’allure générale du relief et de la position de Elle, sont résultés deux climats très différents : un climat tropical humide sur les parties balayées par l’alizé encore saturé d'humidité; et un cli-
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
mat tropical sec sur les régions où ce vent est nul ou desséché. Ces deux climats se modifient suivant l'altitude ou d'autres causes locales, mais, bien que Madagascar s’étende sur près de douze degrés de latitude, ces modifications sont peu sensibles du Nord au Sud, et beaucoup, au contraire, de l'Est à l'Ouest. En d’autres termes, le facteur qui influe le plus sur les conditions climatiques des différentes régions de rile n’est pas leur position plus ou moins éloignée de l'équateur, mais leur orientation par rapport à l’alizé.
Les caractères de la flore autochtone sont la conséquence, non seulement de ces conditions physiques d’ensemble, mais aussi d’une autre cause, qui semble d'ailleurs découler directement de la genèse géologique de 1 I le et des anciennes étendues du continent malgache. Les types de végétaux dont les modifications sans nombre, sous l’influence de facteurs si divers, constituent cette flore semblent avoir, en effet, des origines différentes. Les uns, dont les représentants sont plus abondants dans la flore à feuilles persistantes, paraissent avoir une origine plutôt orientale et s’être, de là, propagés vers l’Ouest. Les autres, plus nombreux dans la flore à feuilles caduques, semblent, au contraire, provenir de l'Ouest ou du Sud-Ouest, et s'être répandus, de ces points, vers le Nord et vers l’Est, jusque vers l’arête centrale, qu'ils ne dépassent guère. En outre, on observe sur les cimes culminantes quelques autres types de climat tempéré, qui sont peut-être des restes d'une période antérieure plus froide 1 2 ou plus simplement de la végétation qui couvrait jadis les hauts sommets avant que l’érosion ne les eût réduits à leur altitude actuelle.
De cette diversité d'origine des types constituant la flore autochtone, ainsi que des conditions physiques si diverses sous l’influence desquelles ces types se sont modifiés à 1 infini, proviennent les caractères généraux de cette flore, c’est-àdire sa merveilleuse richesse en espèces -, l'étonnante variété
1. V. Baker, in Baron, The Flora de Madagascar (J. L. S. Bot. London, XXV, 171, 1889).
2. Les restes actuels de la flore autochtone, c’est-à-dire le sixième environ de l'ancienne végétation, son! constitués par plus de cinq mille espèces différentes de Phanérogames.
LA VÉGÉTATION MALGACHE
de leurs ports le grand nombre de ses formes endémiques ?, la complexité de ses associations végétales, et ses divisions en flores ou en régions telles que nous les avons établies au cours de cette étude.
Quand l'homme était encore inconnu dans cette partie du globe, 1 ’ I le tout entière disparaissait sous un épais couvert de végétation arborescente1 2 3. Sous l'influence de l'alizé, cette végétation prenait deux aspects très différents. Dans la Partie du Veut, le feuillage était persistant : c'étaient de sombres et belles forêts dans l'Est, dans le Sambirano et sur le versant oriental des montagnes du Centre, des bois à futaie plus basse sur le versant occidental de ces mêmes montagnes, et des broussailles éricoïdes sur leurs crêtes ou leurs cimes culminantes. Dans la Partie sous le Vent , le feuillage était, au contraire, caduc : c'étaient encore de belles futaies aux bords des rivières, des bois plus clairs, à grands arbres espacés, sur les collines et les plateaux ; et des broussailles, à plantes bizarres et monstrueuses, dans les lieux secs ou sur les territoires desséchés de l'Extrême-Sud. *
Sous cet épais couvert, les roches cristallines se décomposaient lentement en latérite, mais cette transformation, par suite de l'irrégularité du relief, était rarement poussée jusqu'au stade final, où la latérite, dont la cause première est une
1. Les grands genres malgaches sont, en effet, remarquables par la diversité des ports de leurs ditl'érentes espèces. Comme exemple, nous citerons ici le genre Euphorbia, dont les espèces, suivant les variations des conditions de milieu, sont des arbres, des arbustes ou des lianes aphylleSjà feuilles caduques ou persistantes, à troncs renflés, inermes ou munis d’épines, des plantes tuberculeuses ou cactées, des herbes vivaces ou annuelles.
2. Baron ( The Flora of Madagascar. J. S. S. Bot. London, XX\ ,171, 1889 estime ce nombre égal au 3 4 du total des espèces malgaches. Il est beaucoup plus considérable si l'on n’envisage que les Formations autochtones. Dans beaucoup de familles, à quelques unités près, toutes les espèces sont essentiellement malgaches.
3. Les plantes annuelles sont, en effet, très rares dans les Formations autochtones. Ce fait est d’ailleurs assez singulier, car les climats à saisons tranchées, comme celui de l'Ouest, sembleraient, a priori, propices au développement de telles espèces.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
végétation forestière, devient impropre à nourrir une telle végétation. Sous leur épais manteau d’humus et de forêts, ces sols restaient alors meubles et perméables, et les phénomènes d’érosion étaient, par suite, réduits au minimum. Le climat du Centre était alors moins froid et celui de l'Ouest moins sec. L alizé, en passant sur la végétation du Centre, admirablement organisée pour emmagasiner l’humidité et la restituer en période sèche, provoquait alors, en effet, la formation d’abondants brouillards. Ces brouillards recouvraient le Centre pendant les froids, puis étaient entraînés par les vents du Sud-Est jusque sur le versant occidental, dont ils tempéraient 1 intense sécheresse.
Dans ces forêts, dans ces bois et dans ces broussailles, toute une faune, aussi étrange, aussi archaïque que la flore vivait et s’agitait. C’étaient des tortues géantes, des hippopotames nains, de nombreux Lémuriens, dont la taille variait de celle d’un ours à celle d’une souris, de grands oiseaux, Epyornis et Mullerornis , plus nombreux dans les bois plus clairs de l’Ouest et du Centre et dans les broussailles du Sud. Comme les plantes, ces animaux appartenaient tons à des espèces essentiellement malgaches. Comme elles encore, c’étaient tous des espèces silvestres, merveilleusementadaptéesau milieu. L Ile présentait alors un magnifique exemple d’ensemble biologique en équilibre parfait, où le temps avait définitivementréglé les rapports multiples des êtres entre eux et de ces êtres avec le milieu. Tout concourait à faire de cette terre un chef-d’œuvre de vie harmonique et complexe, d'une étrange et merveilleuse beauté.
L’homme vint; et ce merveilleux décor édifié par les siècles s évanouit devant lui. Les forêts de l’Est tombèrent peu à peu sous la hache ; celles du Centre flambèrent comme un monceau de paille ; celles de l'Ouest disparurent plus lentement devant les feux. Lne végétation très homogène, invariable sous tous les climats, une flore très pauvre, à espèces presque toutes exotiques, s’emparèrent des espaces rendus vacants par la destruction de la végétation et de la flore autochtone. La faune subit des modifications parallèles. Le
climat du Centre devint plus froid et plus sec. Les rosées et les brouillards diminuèrent dans l'Ouest. L'érosion s'exagéra : de profonds ravins se creusèrent dans les flancs des collines et des montagnes, des fleuves s'ensablèrent et d'autres changèrent de lit. Les latérites dénudées devinrent de plus en plus dures, compactes et imperméables, et Madagascar fut ce qu il est de nos jours : une grande terre stérile, couverte d'une prairie monotone, où nous voyons disparaître les derniers restes de la faune et de la flore natives.
L'homme, le destructeur de la flore autochtone, a-t-il au moins retiré quelque avantage, quelque bénéfice de cette destruction? Non, sûrement non. Et les perturbations profondes qu il a causées ainsi à la vie d ensemble de 1" Ile ont et auront des conséquences désastreuses pour l’avenir économique de 1 Ile . C est ce que nous allons essayer de montrer en déduisant de cette étude, quelques conclusions d’ordre pratique.
Parmi les conditions physiques que nous venons d exposer, il importe tout d abord, à ce point de vue. de retenir la grande variété des climats malgaches. Ces climats sont reconnus depuis longtemps. On ne le dirait pourtant pas. si l’on compulse la liste déjà longue des essais de culture ou d’introduction de plantes utiles, tentées soit par les colons, soit par l'administration. Les données météorologiques ne sont guère entrées en ligne de compte dans les raisons qui ont déterminé la plupart de ces essais. Aussi ces essais ont-ils été toujours négatifs. Sans vouloir ici nous appesantir sur cette question, nous rappellerons seulement qu'aucune plante autre que des espèces annuelles ne peut prospérer simultanément dans l'Est, le Centre et l'Ouest, et qu'à chacune de ces régions conviennent des cultures et des méthodes de culture spéciales.
Nous avons donné aussi, au cours de cette étude, quelques preuves non équivoques des modifications récentes de ces climats. Ces modifications se sont produites, sans aucun doute possible, à la suite du déboisement des cinq sixièmes de 1 Ile. A vrai dire, elles sont encore peu marquées, car les Savoka, qui couvrent un de ces sixièmes, ont. au point de vue climat, un rôle analogue à celui de l'ancienne forêt qu ils ont rem-
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
placée. Mais lorsque les dernières futaies de 1 lie auront été détruites, lorsque ces Savoka auront été remplacés par la Prairie, est-on certain que les conditions climatiques ne changeront pas du tout au tout et que ces changements ne se traduiront pas par des désastres économiques 1 ? Pour établir sur des bases certaines la réalité de ces modifications possibles, il faudrait des observations longues et précises -, des données multiples que nous ne possédons pas. Aussi nous borneronsnous ici, pour montrer quelle importance insoupçonnée peut avoir cette question, à citer simplement ces deux faits : 1° Toutes les cultures tropicales, tentées avec succès par les Européens dans l'Ile, sont toutes étroitement localisées aux abords des grands massifs de forêt ou de savoka encore existants. 2° La région Sud-Ouest, la plus riche de l’Ile, est située sous le vent de la partie du versant Est, la plus complètement et la plus anciennement déboisée.
Un autre point qui pourrait avoir des conséquences très graves pour l'avenir économique de 1 I le est le peu d étendue, relativement à la superficie totale, que recouvrent encore les massifs forestiers susceptibles d’assurer à la colonie le matériel ligneux dont elle a ou pourrait avoir besoin. Sur les 7 millions d'hectares qu’occupe encore la flore autochtone, la moitié environ se compose de broussailles ou de bois peu exploitables. Madagascar a ainsi un coefficient forestier bien inférieur à celui qu il devrait avoir en regard de son étendue. Aussi ses forêts ne suffisent déjà plus aux besoins actuels. On importe déjà depuis 15 ans dans 1 I le des bois de Suède et de Norvège ; et, toutes les contrées avoisinantes étant presque
t . « Quand la direction du vent est constante, il ne doit pas pleuvoir ou il pleut très peu en l'absence de forêts. En l’absence du vent et par un temps serein, après une longue période de pluies, le courant d'air qui s’élève au-dessus des forêts est bien plus humide qu'au-dessus des contrées découvertes, où le sol est sec et la végétation fanée ». (Drude : i Manuel de Gtoi/raphie Botanir/ue, traduction Poirault, p. 67).
-. Ces observations seraient d’ailleurs facilitées par les conditions physiques toutes spéciales de l’île, et l'état de dénudation très avancé de quelques-unes de ces régions.
LA VÉGÉTATION AJAI.GAC11K
aussi dépourvues de forêts, l’on peut se demander comment la Golonie-résoudra ce grave problème, lorsque les besoins de ses habitants se seront encore accrus.
Enfin, les effets des feux de prairie, bien que moins visibles, moins frappants, moins immédiats que ceux de la destruction des bois, sont bien plus désastreux encore. Nous avons essayé de montrer comment ils modifiaient les caractères des latérites, comment ils ôtaient petit à petit tout caractère de pâturage à la Prairie malgache. La stérilité si frappante, si absolue, si désastreuse des trois quarts de l'Ile n'a pas d'autre cause, et Madagascar ne peut être mieux comparé, à ce point de vue, qu’à un grand champ, dont on en enlèverait chaque année la récolte, sans le labourer ni le fumer jamais. Ces feux, avec le temps, ne peuvent avoir qu un résultat final: la création, sur les trois quarts de l'Ile, de vastes déserts, où la vie et les cultures se concentreront de plus en plus dans les vallons, dans les vallées, sur les sols alluvionnaires, ou autour des points d eau. L Ile ollre déjà maintenant de nombreux exemples de ce stade final de dénudation. Puis, la coutume des feux annuels, invétérée chez tous les indigènes de l’Ile, a encore d'autres inconvénients. Elle est certainement la raison pour laquelle la plupart des Malgaches se refusent à toute culture arbustive, à toute culture durable ; et le nomadisme de certaines peuplades n'en est probablement aussi qu’une conséquence indirecte 1 .
Il faut donc de toute nécessité, pour les graves raisons que nous venons de résumer, conserver à Madagascar le reste de
1. On a préconisé souvent les feux de brousse comme moyen de destruction des sauterelles et des tiques. En réalité, tous les laits d’observation, aussi bien à Madagascar qu’en Afrique du Sud, où ces faits ont été examinés de très près, sont contraires à celte assertion. Les berbes ne sont pas sècbes au moment où les criquets sont encore trop jeunes pour pouvoir échapper aux flammes et où les tiques sont encore surles chaumesde Graminées. Les sauterelles elles tiques sont d’ailleurs surtout abondants à Madagascar dans les régions où les feux sévissent plus régulièrement. Cela n’établit évidemment pas que les feux sont la cause de l’abondance de ces insectes dans ces régions, mais semble bien prouver «pie ces feux ne leur sont pas très nuisibles.
HÉSL'.MÉ El- C.O.NCI.l'SIONS
ses forêts et y supprimer les feux de prairie. Pour conserver les restes des forêts malgaches, il ne suffit pas d’interdire les tavy, ce que vient enlin d’obtenir l’administration de l’Ile ; il faut encore empêcher d’exploiter les bois par coupe rase, car le résultat, dans ces deux cas, est identique. C’est la construction complète et definitive de la forêt. Jamais, en effet, sur des latérites ainsi dénudées, une futaie ne se reformera. Le reboisement de tels sols ne pourrait être ensuite obtenu que par vraie plantation, dont le coût élevé enlèverait alors tout intérêt économique aux bois ainsi créés. L'exploitation de la forêt malgache ne devra donc être que partielle. Il faudra l’exploiter sans lui enlever son caractère de futaie, ou, en d’autres termes, en conservant les conditions d’ensemble qui lui ont permis de se constituer. Peu à peu on arrivera ainsi, en enlevant les essences inutiles ou médiocres, à la rendre plus homogène et à donner à sa futaie la valeur qu elle doit avoir. La détermination de méthodes d’exploitation de ce genre n’est pas d’une difficulté bien grande. En tous cas, c’est là œuvre très ordinaire de forestier. Il suffira donc à la Colonie, pour conserver son domaine de forêts, tout en augmentant sa valeur et son rendement, de faire ce que l’on a fait partout au moude : avoir un service forestier disposant des moyens nécessaires pour accomplir cette œuvre.
La suppression des feux de prairie sera bien plus difficile à obtenir. On y parviendra peut-être par une lente éducation non seulement des masses, mais aussi de la classe dirigeante, qui semble parfois n’être pas tout à fait indemne de cette manie étrange et contagieuse qui pousse tout Malgache à faire flamber les herbes sèches. Il faut compter beaucoup aussi, pour obtenir ce résultat, sur le développement économique de 1 Ile, surtout sur celui de l’élevage, car avant vingt ans, si des épizooties n’ont pas réduit considérablement les troupeaux, les indigènes se disputeront les pâturages les armes à la main ou auront appris à faucher leurs prairies. Les Malgaches, peu intelligents, très passifs, dénués au plus haut degré de toute idée de prévoyance, et certains colons, dont le seul but est une exploitation hâtive et temporaire, seront sans doute tou-
LA VÉGÉTATION MALGACHE
jours les ennemis de toute mesure interdisant les feux. 11 appartient donc à d'autres, à ceux qui ont la charge de ses intérêts généraux, de vouloir et d'obtenir ce résultat. La conquête de File n'aurait aucune raison, aucune excuse, si nous n’étions venus ici que pour continuer une destruction sans but. sans souci de l avenir, en imitant les Malgaches et leurs gestes enfantins.