LES PLANTES RL' DERA LES ET DES CHAMPS CULTIVES T
et des rocailles. D'autres, surtout annuelles, se répandent dans les champs cultivés, et s'y multiplient énormément, paraissant mieux s’y plaire que dans leur station d’origine. D’autres enfin mutent légèrement et s'adaptent franchement aux conditions nouvelles.
Toutes ces espèces, sauf celles qui sont essentiellement rudérales, semblent n'être localisées dans cette Formation que d'une manière toute provisoire. Elles y sont comme maintenues, refoulées par les feux. Mais que le feu. pour une cause ou une autre, vienne à cesser son action sur une parcelle de prairie, et toutes ces plantes l’envahissent k l'envie. Les espèces de la Prairie, lorsqu'elles ne sont plus protégées par les feux, disparaissent, en effet, lentement devant elles. Dans l'ensemble, en un mot, cette Formation, où la nature a repris une partie de ses droits, semble être un champ d’essai, un laboratoire où s’élabore lentement une flore nouvelle, destinée k s'emparer des espaces que couvre actuellement la Prairie, le jour où cette Formation échappera au régime des feux.
Et lorsque, dans quelques siècles, toutes les Formations autochtones auront été détruites, quand la suppression des feux, suite probable de l’extension des cultures et de l'élevage, aura rendu k la vie normale toutes les surfaces occupées parla prairie actuelle, cette nouvelle flore, accrue encore d'éléments nouveaux, régnera probablement sur tout le territoire malgache. 11 sera difficile alors de retrouver les affinités de la flore malgache ainsi modifiée, ou les causes d’ordre géologique qui ont pu influer sur sa constitution. Et pourtant ne sera-t-elle pas alors dans un état identique à celui sous lequel se montrent à nos veux les flores de Maurice, de la Réunion, des Seychelles, et, en général, de tous les pays tropicaux surpeuplés ?
Nous avons cité plus haut quelques exemples de plantes récemment naturalisées ( Solarium auriculaturn, liubus rosaefolius, goyavier) envahissant la brousse des tavy. La plupart des espèces de la Prairie n'ont probablement pas une autre origine. Sonchus oleraceus , sur les plateaux calcaires de 1 Ouest, Cynodon Daclylon et Setaria ylauca, dans le Centre,
LA VÉGÉTATION MALGACHE
pénètrent aussi maintenant dans la prairie, malgré les feux. Quelques-unes de ces espèces étrangères s’introduisent même dans les Formations autochtones plus ou moins modifiées, où elles luttent avantageusement contre les anciennes espèces. Ce sont surtout le manguier, le citronnier, diverses variétés d eCitrus medica, d’ailleurs peut-être indigènes, Opuntia Dillenii Ilaw., Jalropha Curcas , Scrjania curassavica Radlk., et
Dodomiea madagascariensis. Exemple d'espèce autochtone utile conservée par les indigènes Antsirabe, 1.500 m. ait. Centre). Utilisation : Les feuilles servent à nourrir le ver à soie malgache.
Argemone mexicana. Le manguier ne se reproduit guère, dans les bois de l'Ouest, que près des routes et des endroits peuplés, mais le citronnier, dans la même région, existe dans des forêts presque vierges. Il y a été vraisemblablement introduit par les chercheurs de caoutchouc, qui emploient son fruit pour coaguler le latex des Landolphia; et, comme il croit, sous ce climat, surtout aubord des ruisseaux, les crues, en emportant son fruit au loin, en ont répandu abondamment l espèce. Opuntia Dillenii s’est emparé des alluvions riveraines des fleuves de l’Extrême-