III. — La Forêt orientale
Peu variable du Nord au Sud, la forêt orientale l’est un peu plus de l’Est à l'Ouest. Néanmoins son faciès est partout le même, et ses variations sont insensibles. Dans l'ensemble, c'est une belle forêt à feuillage large et sombre, très hétérogène, sans essence dominante, avec trois étages très marqués. Elle ne forme qu'une seule et immense association, excessivement complexe, où le nombre des espèces représentées, parmi 100 plantes poussant côte à côte, dépasse souvent ”>0. Le nombre d’épiphvtes s'accroît avec l’altitude. Beaucoup de ces végétaux sont organisés pour utiliser les débris végétaux qui tombent du dôme supérieur. Les fougères épiphytes ont une préférence marquée pour les stipes des fougères arborescentes. Vers Ê00 m. d’altitude, cette forêt passe insensiblement à la forêt à sous-bois herbacé de la région centrale.
Si nous n avons fait qu’une seule et même Formation de toute la forêt de 1 Est comprise entre les lagunes et l’altitude 800, c’est que les mêmes conditions de milieu ont eu partout, sur cette immense surface, les mêmes conséquences au point de vue végétation. Le faciès de cette formation varie, en ell’et, très peu du Nord au Sud, et vice versa , mais des espèces de
LA VEGETATION MALGACHE
port analogue, appartenant presque toujours au même genre, remplacent ces espèces absentes, et l’aspect de l'ensemble reste le même. Des variations un peu plus tranchées se montrent bien de l’Est à l’Ouest, c’est-à-dire entre les lagunes et la région du Centre, mais elles sont insensibles et ne permettent nulle part une subdivision. A peine peut-on remarquer une plus grande abondance des Palmiers sur les sols placés au-dessous de l’altitude 200.
Au reste, il nous faut bien avouer que ce n’est pas sans peine que nous sommes arrivé à nous faire une idée de la forêt qui couvrait les basses altitudes. Aux environs de Maroantsetra et du massif de Masoala, la forêt orientale, sur toute sa largeur, est bien encore intacte, mais, à peu de distance du rivage, l’altitude s’y élève brusquement jusqu'à b 00 mètres, sans laisser assez d’espace aux bois inférieurs pour qu’ils puissent s'y montrer avec tous leurs caractères. Partout ailleurs, nous avons été réduit à étudier quelques bosquets isolés, échappés par hasard aux tavy ou protégés par un fady (tabou) quelconque. Néanmoins, comme ces restes sont heureusement disséminés à toutes les altitudes et sous les latitudes les plus diverses, nous croyons quand même avoir acquis une idée exacte et lidèle de ce qu’était l’ensemble de la forêt orientale avant l’arrivée de l’homme ; et c'est cette forêt encore totalement vierge (pie nous voulons tenter de décrire
C'était et c est encore une belle forêt. La futaie, haute de 2b à 30 m., n'est pas composée de ces arbres immenses à troncs énormes, qui sont la caractéristique des autres forêts tropicales ; les arbres qui la constituent sont des arbres moyens à troncs droits, de diamètres irréguliers, formant un peuplement serré, parsemé de loin en loin, surtout dans les basfonds, de géants isolés, Canarimn ou Ocotca à ramures puissantes. Rien, au premier abord, si ce n'est les écorces d'aspect divers, ne trahit, vu par-dessous, l'hétérogénéité remarquable de cette haute futaie. Il faut, pour s'en rendre compte, pouvoir contempler d’une cime la partie supérieure du dôme de la forêt. Alors la diversité de forme et de couleur des difTé-
LA ItÉGlON ORIENTALE
rents feuillages la révèle d'une façon saisissante. Seules, quelques espèces à port particulier, Ravenala et Palmiers, tranchent assez, sur le fond de cette mosaïque de tons verts, pour être reconnues de loin, et lisolement, l’éloignement de leurs individus, rendent sensible immédiatement le manque absolu, dans cet ensemble, de tout groupement d'espèces, de
Bambou-liane sur Pandanus. Bords d’un torrent de la région orientale, vers 500 m. ait.
tout peuplement d’essences sociales. Et c’est là une impression première vite confirmée par une étude plus approfondie.
Les arbres qui composent cette futaie sont des Symphonia à (leurs pourpres, des Canarium à hase du tronc dilatée en ailes, des Uapaca à nombreuses racines adventives qui les
LA VÉGÉTATION MALGACHE
rendent semblables à de grands Rhizophora . des Ravensara , des Ocotea. de nombreuses essences à port analogue, encore indéterminées1, des Ravenala et de grands Palmiers à feuilles pennées. Aucune essence n'a les feuilles caduques, sauf aux abords de la région centrale Les Ficus sont peu communs.
Plati/cerinm sur un tronc Forêt orientale .
1. Beaucoup d'arbres des futaies malgaches sont encore indéterminés botaniquement. Il faut, pour se procurer des échantillons complets, les abattre ou les faire escalader, opérations dil'liciles qu'ont pu rarement pratiquer les botanistes de passage dans l'Ile. De là provient l'absence ou la rareté de ces espèces dans les herbiers.
2. Acacia Sassa, Sij nehodenrlron ramiflorum et quelques autres espèces à feuilles irrégulièrement et très tardivement caduques. La date de foliaison de ces arbres, à Analamazaotra par exemple, est aussi irrégulière que possible. Certains individus de ces espèces portent des feuilles nouvelles des la fin d'octobre et d autres en sont encore dépourvus à la fin janvier.
LA REGION ORIENTAL!'
saut dans les endroits humides ; ceux k port de banian manquent absolument, mais les Ficus épiphytes se substituant lentement à leur hôte se rencontrent néanmoins çk et lh.
Syncarpe de Tambourissa éclaté sur le tronc qui le porte. Le réceptacle et les graines sont d’un rouge intense (Forêt orientale).
Les lianes sont assez rares, et leurs tiges, souvent uniques ou peu nombreuses, s'élèvent d’un seul jet jusqu’au laite des arbres, sans former cette inextricable fouillis que nous avons l occasion de décrire dans quelques Formations de l Ouest et du Centre. Ce sont surtout des Apocynacées, des Ménispermacées ou des Chailletia. Leurs ramifications et leurs feuillages s'unissent k ceux des arbres pour former l'étage supérieur de la forêt, dôme sombre de feuilles presque toujours épaisses et
coriaces .
F.A VÉGÉTATION MALGACHE
Au-dessous, constituant le second étage, croissent degrands arbustes ou de petits arbres à feuillage peut-être plus opulent et .plus coriace encore, souvent groupé en couronne au sommet des rameaux. Ce sont des Rubiacées, des Mvrsinacées, des Ochnacées, des Dracæna, ainsi que des Vonitra , ces élégants Palmiers, dont le stipe, souvent ramifié à la base, est enfoui, dans le haut, sous une longue crinière de fibres fauves
Au-dessous encore, tout à fait sur l’humus, nu et sans mousse, l'étage le plus inférieur de cette végétation est constituée par des Graminées, des Cypéracées, des Fougères, des Bégonia , des Impatiens , et surtout par ces innombrables Palmiers nains ou acaules, Dypsis et Neophloga , qui sont une des caractéristiques des plus nettes de la forêt orientale. Toutes ces plantes, rares et clairsemées sous les futaies très sombres, deviennent plusabondanf.es aux abords des ruisseaux et dans les bas-fonds, mais ne forment nulle part un sous-bois impénétrable.
Sous cette futaie, les Pandanus, à port si particulier, manquent presque absolument. Les nombreuses espèces de ce genre recherchent des stats plus éclairés, les unes sur les cimes, où nous les retrouverons dans la Formation suivante, les autres sur les bords de cours d'eau, où elles croissent mêlées avec certains Ficus et Palmiers de port moyen, qui affectionnent aussi ce stat. Les Fougères arborescentes sont rares aussi aux basses altitudes, mais leur nombre s'accroît beaucoup aux abords des montagnes de la région centrale. Les épiphytes sont abondants, bien moins pourtant que dans la forêt du Centre, sauf sur certains arbres ombrageant le cours des torrents. Dans la futaie, ils sont cachés dans les ramures, tout au faite des arbres ; et seules, quelques Fougères, Platycerium, Asplénium Nidus , ornent les grands troncs nus.
Voici, pour donner une idée de la composition très hétérogène de cette forêt, le dénombrement détaillé des végétaux poussant côte à côte dans deux endroits différents de la région orientale :
1° Bassin du Fandrarazana, au sud de Maroantsetra. Colline. Latérite de gneiss. 220 m. d’altitude.
LA RÉGION ORIENTALE
Plantes
superficie,
vasculaires croissant sur cent individus non adultes compris.
mètres carrés de
Fuphorbiacées 4 espèces o arbustes
Myrtacées 2 >• 2 »
Ochnacées 1 » 2 »
Clusiacées 6 » 8 » ou petits arbres
7 jeunes plants.
Forêt orientale vers 600 ni. ait.
Logauiacées 3 » 3 arbustes
Bignoniacées 2 .. 2 » et 1 arbre
Apocynacées 6 >. 2 »> et 13 arbres
Rubiacées 20 ■■ 48 » ou jeunes plants
Ebénacées 3 .. 13 » » »
Sapindacées 3 » 7 » » »
Myrsinacées 3 » 4 » » »